• Les hommes illustres

    Guillon/Pierrat

    Le tatouage des origines à nos jours...
    Ou plutôt devrait-on écrire, des origines connues à nos jours. Parce qu'au-delà des traces relevées sur le corps d'Otzi, l'hibernatus autrichien vieux de 5 300 ans, les racines de la pratique se perdent dans les glaces éternelles. D'où vient-elle ? Quand apparaît-elle ? Seule certitude, son caractère est planétaire et son histoire multimillénaire. Le rite est si profondément inscrit chez l'être humain, qu'il lui semble naturel.
    Celtes, Eskimos, Egyptiens, Japonais, Berbères... rares sont les peuples du globe qui ne se soient marqués. Sous les piqûres des aiguilles, le corps est devenu carte d'identité, totem mystique... et le tatouage remède médical, épreuve initiatique, parure érotique... Mais la civilisation, la colonisation et la religion vont, au cours des siècles, tenter de le faire disparaître, le reléguant au rang des marques d'infamie ou identitaire des parias de la société (truands, voyous et bagnards).
    Quelques restes pourtant de ces coutumes ancestrales avaient traversé les océans sous forme de photographies, de statuettes étranges, d'outils rudimentaires, empilés dans les malles à souvenir des voyageurs. Grâce à ces reliques reléguées dans les caves des musées, le souvenir du tatouage ne mourut pas tout à fait. Les marins, militaires et voyous, quant à eux, en avaient perpétué la pratique sous forme de dessins malhabiles.
    Aujourd'hui, deux siècles après sa réintroduction en Occident, le tatouage reconquiert enfin ses lettres de noblesse. Et sa réhabilitation dans nos sociétés s'accompagne de sa redécouverte "là-bas", d'où nos ancêtres l'ont rapporté. Par un curieux retournement de l'histoire, il retraverse les mers, réimporté par ceux là même qui l'avaient censuré. La boucle est bouclée...

  • Jusqu'à peu, tatouage et prison étaient encore menottés ensemble et difficilement dissociables.
    Nul hasard. En France, de 1850 à 1945, le piquage fut majoritairement l'attribut des truands. Leur carte d'identité. Le derme des Hommes racontait leur vie derrière les barreaux, dans les bars et sur les trottoirs des bas-fonds. Au début du siècle pour être un mec du Milieu, il fallait être naze et bouzillé, soit syphilitique et tatoué. Cette "école française du tatouage" est née dans les bagnes militaires au XIXe siècle en Afrique du Nord, dans ce que l'on appelait alors Biribi.
    Bat d'af, Compagnie de discipline et autres pénitenciers furent de véritables machines à tatouer les mauvais garçons. Aujourd'hui tombés en désuétude, les grands classiques de l'encrage hors-la-loi ont quitté les peaux des vrais de vrais. Ne restent que les photos - souvenirs noir et blanc laissées par les criminologues.

  • Le 11 avril 1769, l'Endeavour de Cook jette l'ancre à Tahiti. Les fêtes se succèdent en l'honneur des invités étrangers. Un jour, les marins assistent à l'étrange cérémonie du "tatau" qui consiste à décorer le corps de marques bleutées en injectant de l'encre sous la peau. Envoûtés, les marins succombent à leur tour à la coutume locale. Ainsi naît le "tattow", du polynésien "tatau" (tatahou), issu de "ta", qui signifie "heurter". Au retour, ils décrivent avec enthousiasme et nostalgie cette vie paradisiaque. L'attrait pour le tatouage est né, définitivement accolé à l'exotisme et à l'érotisme. Les exhibitions de marins tatoués obtiennent un immense succès. Dans les villes portuaires s'ouvrent les premiers studios. De l'Angleterre à l'Allemagne, le phénomène se propage et touche aussi bien la classe ouvrière que les marins, c'est la "rage du tatouage". Le plus souvent, le tatouage a lieu à bord, en dehors des heures de service, et surtout quand les matelots sont punis. Le matelot se sert aussi de sa peau comme d'un agenda où il inscrit les principaux épisodes de sa vie. Aux côtés des classiques trois mâts, on rencontre des coeurs enflammés percés d'une flèche, des sirènes, souvent une ancre ou une rose des vents. Un cochon et un coq sur le dessus des pieds protègent le marin de la noyade : ces animaux de ferme ne sachant pas nager, ils le porteraient à terre rapidement. Un dragon indique une escale en Chine... En France, nombre de tatoueurs apprennent leur métier derrière les barreaux de la prison de Toulon ou dans les cages de l'Hercule, un pénitencier flottant amarré à Brest. Jusqu'aux années 80, ils continuent d'orner l'épidémie boucané des marins de tous les pavillons à Lorient, Brest le Havre, Saint Malo, Saint-Nazaire ou Toulon.

  • Ces photographies d'identité judiciaire, prises au cours des arrestations, constituent une galerie de portraits de voyous et montrent leurs tatouages, slogans, souvenirs, pensées et dessins qui témoignent de leur vie marginale, entre détention et exclusion sociale. L'ouvrage raconte l'histoire de cette pratique et décrypte les marques de reconnaissance des motifs.

  • Ce coffret de 50 cartes postales détachables de grand format (130 x 180 mm) reprend des illustrations du livre Mauvais garçons publié en 2013 à la Manufacture de livres (4000 exemplaires vendus). Il mêle l'esthétique du portrait photo criminel, des archives uniques et l'art populaire du tatouage. Certaines de ces photos sont exposées au musée du Quai Branly jusqu'en octobre 2015 dans le cadre de l'exposition Tatoueurs, Tatoués qui rencontre un vif succès.
    Le tatouage court aujourd'hui sur toutes les peaux. Mais durant des décennies, il fut en France l'apanage des mauvais garçons, la marque de leur passage dans les bagnes d'outre-mer et les prisons centrales de la métropole. Durs de durs, issus des fortifs parisiennes, des faubourgs lyonnais et des villages marseillais, ils arboraient sur leurs peaux leurs diplômes de voyous, les stigmates de leur vie marginale. Pour être un Homme du Milieu, au début du XXe siècle, il fallait être « naze et bousillé », soit syphilitique et tatoué... Les photos de l'identité judiciaire prises lors des arrestations, qui constituent une galerie unique de gueules de marlous, mettent à nu les truands en dévoilant slogans vengeurs, pensées mélancoliques, dessins obscènes, souvenirs d'Afrique... la « poésie de la canaille malheureuse » comme l'écrivait Albert Londres.


  • le tatouage est à la mode, entend-on partout.
    mais se faire tatouer n'est pas un acte anodin et cela demande de se poser les bonnes questions avant de passer à l'acte. quel motif choisir ? où le placer ? comment choisir son tatoueur ? comment la peau réagit-elle ? quelles sont les règles d'hygiène ? peut-on se faire détatouer ? pour les moins convaincus, qu'en est-il du tatouage éphémère ? vous trouverez toutes les réponses à vos questions dans cet ouvrage et pourrez alors prendre votre décision en toute connaissance de cause.


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