L'arche

  • L'histoire, cette faiseuse d'histoires. Le point de départ : une photo de Robert Capa prise à la Libération dans une rue de Chartres, raconte l'histoire de Simone, une jeune femme tondue pour avoir été " fille à soldats ". Dans ses bras, elle tient l'enfant qu'elle a eu avec un Allemand. C'est aussi l'histoire d'un photographe juif, qui fuit la Hongrie puis l'Allemagne, et devient le grand photographe des conflits, toujours au coeur du théâtre des opérations. La Seconde Guerre mondiale est devenue un mythe. Tous ses épisodes sont devenus des mots, passés de génération en génération. Cette photo symbolise l'état d'esprit d'une France tiraillée par ses vengeances. Mankell et Capa se demandent la même chose : pourquoi tant de haine ? Les résistants, les collabos devenus résistants, et tous ceux et celles que l'on trouve partout, les badauds, les opportunistes, pourquoi ne peuvent-ils pas trouver la paix ?
    Miles, " monologue pour un acteur et un petit orchestre de jazz ", relate la rencontre improbable de Steinar, propriétaire d'une casse de voitures, et le jazzman Miles Davis. Une pièce sur la musique, et ce qu'elle est capable d'ouvrir en chacun de nous.
    Henning Mankell est connu dans le monde entier pour ses polars. Mais, comme il le dit lui-même, le théâtre est la passion de sa vie.

  • Tenebres / antilopes

    Henning Mankell

    • L'arche
    • 5 Janvier 2006

    Les deux textes se font pendant. Ils traitent le thème de l'exil, mais sous deux perspectives inverses : les personnages de Ténèbres semblent avoir perdu, au cours de leur voyage clandestin vers la Suède, le droit à l'existence - tandis que le couple suédois d'Antilopes, émigré en Afrique pour le compte de la Banque mondiale, s'y est octroyé la place des puissants.
    Dans Ténèbres, un père et sa fille, reclus dans un pauvre appartement d'une ville suédoise dans l'attente de faux papiers, se confortent et s'affrontent. Les ténèbres les enveloppent. Ténèbres du passé : le souvenir de la mère disparue, des amis torturés. Ténèbres de l'avenir : on attend dans l'angoisse les papiers promis par les passeurs. Ténèbres du présent où s'instaure, dans l'obscurité et le silence forcés, un face-à-face entre deux êtres que le traumatisme a rendus étrangers l'un à l'autre.
    Antilopes est une satire. Un quadragénaire suédois, spécialisé dans l'humanitaire et vivant depuis onze ans en Afrique, arrive à la fin de son mandat. C'est le dernier soir. Dans sa maison armée jusqu'aux dents, avec sa femme, il attend son successeur. Mais le paysage africain - les bruits de la nuit, les animaux chassant, les femmes aux seins nus - s'infiltre comme un charme magique dans l'espace clos de la maison, déplace les objets, les mots et les repères.
    « Je ne suis pas venu en Afrique pour des raisons romantiques », dit Mankell. « Il n'y a rien de paradisiaque là-bas, bien au contraire. Mais depuis mon enfance je savais que je devais m'y rendre un jour. À présent j'ai une tour d'observation en Europe et une autre en Afrique. Ça me permet de voir le monde plus clairement, surtout l'Europe. Je suis en colère quand j'entends comme on parle de l'Afrique. On sait tout de la manière dont les Africains meurent, et rien de la manière dont ils vivent. Il est temps que l'Afrique envahisse l'Europe avec ses histoires [.]. L'Occident ne se soucie que de l'avenir. De ce qui arrive, de ce qui vient après. Nous [.] perdons le lien à l'Histoire. Ce que j'ai vu en Afrique, c'est l'Europe. L'Afrique fait de moi un meilleur Européen. »

empty