• Ismaïl Kadaré Avril brisé Deux histoires s'entrecroisent ici : celle de Gjorg, le jeune montagnard qui vient de venger la mort de son frère et qui attend le châtiment selon les termes du Kanun, et celle d'un jeune couple en voyage de noces, venu dans cette même région pour étudier les coutumes ancestrales et sanglantes de cette vendetta d'honneur. L'action a beau se situer au début du xxe siècle, la vie sur les hauts plateaux d'Albanie nous enfonce dans le Moyen Age.
    Le choc est si grand pour la jeune mariée qu'il sera fatal à son bonheur. Et cette expérience tragique va faire basculer son époux, écrivain mondain, dans la vraie réalité. C'est là sans doute la morale de Kadaré quand il apostrophe son héros : « Vos livres, votre art, sentent tous le crime. Au lieu de faire quelque chose pour les malheureux montagnards, vous assistez à la mort, vous cherchez des motifs exaltants, vous recherchez ici de la beauté pour alimenter votre art. Vous ne voyez pas que c'est une beauté qui tue. »

  • Ismail Kadaré est l'un des plus grands écrivains d'aujourd'hui. Son oeuvre, ancrée dans sa propre expérience des drames contemporains, dépasse les frontières de son pays pour atteindre à l'universel à travers une dénonciation corrosive et percutante des systèmes totalitaires.
    Ce volume regroupe trois grands romans politiques, consacrés aux rapports difficiles qu'entretint la petite Albanie avec l'Union soviétique et la Chine. Trois livres aux tonalités bien différentes - biographique et intimiste pour Le Crépuscule des dieux de la steppe, épique et shakespearienne pour L'Hiver de la grande solitude, plus grotesque, voire cocasse, fantastique, pour Le Concert - mais qui forment une manière de fresque historique qui nous éclaire, de l'intérieur, sur les convulsions traversées par le monde communiste de la fin des années 1950 aux années 1970. Kadaré y évoque les combats idéologiques que se livrèrent les dirigeants des hautes sphères rouges, mais aussi la vie du petit peuple albanais, avec ses espoirs et ses déboires - aux antipodes des canons du réalisme socialiste. La petite histoire côtoie ici la grande, les drames personnels, les émois intimes se jouent à la lumière des schismes et des anathèmes, de part et d'autre d'un fossé qui se creuse et s'élargit entre révisionnistes et staliniens.
    Ces trois romans ont valu à leur auteur, contraint à l'exil, d'être attaqué avec virulence par le régime d'Enver Hodja en raison notamment de sa peinture pleine de dérision du bloc communiste et de ses méthodes tyranniques. Une peinture d'autant plus redoutable qu'elle est l'oeuvre d'un admirable conteur.

  • Ismail Kadaré Le Palais des rêves Rejeton doeune illustre famille de grands serviteurs de loeEtat, Mark-Alem est embauché dans la plus secrète, la plus puissante, la plus terrifiante institution qui se puisse imaginer : une administration chargée de collecter, jusque dans les provinces les plus reculées, les songes de tout un chacun, de les rassembler dans un lieu unique, puis de les trier, de les classer, de les interpréter, afin doeisoler ces « maîtres-rêves » dans lesquels le destin de loeEmpire et de son tyran pourra être déchiffré.
    Cercle après cercle, Mark-Alem est promu dans les instances concentriques de ce haut lieu de pouvoir, jusqu?à en devenir le maître tout-puissant. Mais un maître hanté par la crainte d?être à son tour broyé par la bureaucratie infernale quoeil dirige : ne finira-t-il pas par lire un jour, dans le rébus de quelque rêve anonyme, la disgrâce et la condamnation de sa propre famille ?

  • Ismaïl Kadaré Le Général de l'armée morte « ...Et puis, ces derniers temps, il m'arrive quelque chose d'étrange. Dès que je vois quelqu'un, machina- lement je me mets à lui enlever ses cheveux, puis ses joues, ses yeux, comme quelque chose d'inutile, comme quelque chose qui m'empêche même de pénétrer son essence, et j'imagine sa tête rien que comme un crâne et des dents (seuls détails stables). Vous me comprenez ? J'ai l'impression de m'être introduit dans le royaume du calcium. » Ismaïl Kadaré

  • Une chronique épique et fantasmagorique d'une ville albanaise au milieu du vingtième siècle.
    Une ville bizarre, terriblement penchée. si l'on glisse sur le côté d'une rue, on risque de se retrouver sur un toit. si l'on étend le bras, on peut accrocher son chapeau à la pointe d'un minaret. sous sa dure carapace de pierre se cache pourtant la chair tendre de la vie.
    Il n'était pas facile d'être un enfant dans cette ville.

  • Des remparts ensanglantés que des dizaines de milliers d'hommes tentent, malgré tout, d'escalader ; un commandant en chef, dont le sort est dramatiquement lié à la prise de ces murs ; une angoisse constante, sous un soleil torride.
    Les événements se déroulent au xvè siècle. la place assiégée est une citadelle albanaise. elle évoque parfois troie, avec ce cheval assoiffé, vivant cette fois, qui tournoie autour d'elle. et elle rappelle à plus forte raison l'albanie moderne des années 60, que les pays socialistes soumirent à un blocus implacable.
    Précise somme un procès verbal, cette chronique impitoyable d'une succession de journées gorgées de chaleur, de cruauté et de mort, vous introduit lentement dans son angoisse, une angoisse étrange, pleine de soleil et d'une aveuglante lumière.

  • A l'âge de treize ans, dans un coin perdu de l'Europe communiste, Ismail Kadaré, naïf adolescent albanais, s'empare du Hamlet de Shakespeare pour y apporter une correction de son cru : ' Je me souviens de ce jour ensoleillé d'hiver où j'ai pris le livre sur le rayonnage, cette fois non pas pour le recopier, mais dans une tout autre idée. Que les autres conservent leur Hamlet si ça leur chante, moi j'aurai le mien ! ' Après plus d'un demi-siècle, nous pouvons enfin découvrir le Hamlet de Kadaré. Afin de percer le mystère du personnage le plus complexe du théâtre mondial, l'écrivain remonte aux origines parmi les dunes glacées du Jutland, explorant les sagas islandaises, sondant les abîmes d'OEdipe et d'Oreste. Après Dante et Eschyle, c'est Shakespeare que Kadaré nous invite à revisiter.

  • La poupée

    Ismaïl Kadaré

    • Fayard
    • 1 Avril 2015

    Dédié à la mémoire de sa mère, ce court récit est, pour le grand écrivain albanais, prétexte à évoquer à nouveau sa ville natale Gjirokastër. C'est aussi, et surtout, l'occasion de décrire les relations entre une mère aussi frêle et légère qu'une poupée de papier mâché, égarée dans une vaste maison dont elle est censée assumer la gestion sous le regard revêche des femmes de sa belle-famille, et un fils intellectuel, émancipé, entretenant une relation hors mariage, usant de mots qu'elle ne comprend pas, dont elle redoute qu'il en vienne à renier tout ce qu'elle incarne : une des plus anciennes traditions balkaniques.

  • D'Andersen à Tchekhov.

    « La nuit de Noël, l'esprit exact de l'homme se fond avec son imagination et sa poésie. C'est le moment ou le cerveau humain est le plus enclin a absorber et a diffuser de l'imaginaire.

    Noël est en quelque sorte un poème épique, une histoire racontée au coin du feu, ou l'aede est remplacé par un vieil- lard a la barbe blanche. Et ce vieillard vient de loin, d'autres horizons. Il est différent, il apporte un message, un espoir que chaque être perçoit différemment. ».
    I. K.
    Quand vient le temps de Noël, les hommes de neige prennent vie et les jouets s'animent, le Ciel apparaît aux orphelins et les mères retrouvent leurs enfants disparus. Le givre fleurit sur les branches et les loups sortent des forêts.
    En Espagne et en Russie, aux États-Unis et dans l'antique Byzance, conteurs et poètes prêtent voix aux légendes et mystères de leur pays. D'Andersen aux frères Grimm, de Lope de Vega a Hoffmann, d'Oscar Wilde a Tchekhov, ce recueil, préfacé par Ismail Kadare, rassemble quelques-uns des plus beaux textes inspirés par Noël, l'hiver et l'année nouvelle.

  • Le dîner de trop

    Ismaïl Kadaré

    • Fayard
    • 2 Septembre 2009

    Gjirokastër - la « ville de pierre » au sud de l'Albanie - voit déferler les troupes allemandes qui remontent de la Grèce envahie. À leur tête, un colonel nazi qui a fait ses études en Allemagne avec un dignitaire de la ville, le docteur Gurameto. Le colonel von Schwabe retrouve avec effusion son ex-condisciple qui l'invite à dîner. Or, des maquisards ouvrent le feu sur l'avant-garde des blindés allemands . En représailles, les nazis raflent des otages parmi les habitants de la cité. Le docteur Gurameto se sent contraint durant le souper avec l'état-major allemand de convaincre le colonel de les libérer - y compris un pharmacien juif- sous peine de passer pour traître aux yeux de la population. Il obtient gain de cause.
    Une fois la guerre terminée et le communisme instauré, cette affaire revient sur le tapis. Au moment où dans tout le bloc communiste la paranoïa stalinienne atteint des sommets, la libération du pharmacien juif par le colonel nazi désigne Gjirokastër comme un noyau du grand complot planétaire visant à décapiter les pays socialistes.
    Quelle est la clé de l'énigme du fameux dîner ? Et si l'invité du docteur Gurameto n'avait été autre qu'un mort ?
    Brassant avec une virtuosité encore jamais atteinte balades balkaniques, chroniques de sa ville natale et charges tragi-comiques contre les dictatures défuntes (l'ottomane, la fasciste, la communiste.), Ismail Kadaré donne ici un roman qui le montre au sommet de son art.

  • Dante, l'incontournable

    Ismaïl Kadaré

    • Fayard
    • 6 Septembre 2006


    quelle relation particulière a pu se nouer entre un pays comme la petite albanie et le plus grand poète d'italie et même d'europe ? étrange relation que celle-là.
    surprenante dans sa première phase quand, en 1939, l'italie fasciste, pour annexer l'albanie, utilisa, avec plus de succès que ses tanks, voire même que la couronne royale de victor-emmanuel commune aux deux pays, le prince de la poésie dante alighieri. et plus surprenante encore ensuite, quand, après la capitulation italienne et l'instauration du communisme à tirana, dante alighieri, si peu compatible avec tout régime dictatorial, mais a fortiori avec la tyrannie communiste, n'en demeura pas moins le plus populaire des poètes en albanie.
    c'est ce mystérieux phénomène que se propose d'élucider ce bref essai.

  • L'accident

    Ismaïl Kadaré

    • Fayard
    • 27 Août 2008

    Il est question ici d'un accident dans l'acception littérale du mot : un taxi quitte la route et plonge dans un ravin, il y a deux tués, un homme et une femme, un couple d'amants à l'évidence ; quant au chauffeur survivant, il est bien incapable d'expliquer la cause de l'accident.
    Il semble que cette cause ait un rapport avec ce qu'il a vu ou cru voir dans son rétroviseur. Mais il n'est pas en état de préciser ce qu'il a vu au juste, ni même de dire qui étaient les deux passagers, où ils se rendaient et pourquoi, tout, chez eux, paraissait si indéchiffrable.
    Une histoire d'amour peut sembler la chose la plus banale qui soit au monde, mais peut aussi apparaître comme inextricable. Des millions d'individus ont beau en faire l'expérience chaque jour, rien ne permet d'en résoudre l'énigme. On finit par croire qu'en cela même réside son pouvoir. A l'immémoriale question "L'amour existe-t-il ou n'est-il qu'une illusion ? " fait à présent écho cette autre interrogation : "S"il existe, peut-il se raconter ?" Dans cette oeuvre magistrale, Ismail Kadaré a tenté de raconter l'irracontable : une histoire d'amour ou l'histoire d'un meurtre, voire une tout autre histoire les recouvrant toutes deux tel un masque ? Jusqu'à la fin, la question ne cesse d'obséder le lecteur.
    Ismail Kadaré, écrivain albanais traduit dans une quarantaine de pays, a publié l'essentiel de son oeuvre aux éditions Fayard. Il a reçu en 2005 le Man Booker International Prize.

  • Par son écriture prophétique et épique, Ismail Kadaré a révélé sa terre natale : l'Albanie. Le " pays des aigles ", trop étroit pour les multitudes de peuples, de langues, de religions qui l'entourent, incarne la tragédie des haines légendaires.

  • Avec ses amis, Gjon, un jeune professeur, crée de toutes pièces un faux parchemin censé prouver que le texte fondateur de la littérature albanaise n'est pas de nature religieuse mais bien laïque, voire révolutionnaire, puisqu'on y discerne une forme primitive du concept de la lutte des classes... En fait, il s'agit là, entre autres, d'une satire du stalinisme et l'on comprend que des extraits de ce texte (où l'on croise des jeunes filles vénales et de jeunes intellectuels médiocres qui sévissent dans une ville de province où se morfond le commun des mortels dans un univers aux antipodes de la littérature socialiste), publiés en 1959 au retour de l'auteur en Albanie ( il avait alors vingt-trois ans) sous le titre Le Tour des cafés, aient été tout aussitôt interdits. Kadaré garda donc dans ses tiroirs ce premier roman qui y resta pendant quarante ans et qui est publié ici tel qu'il fut rédigé à Moscou où l'écrivain faisait ses études.

    Né en 1936 à Girokastra, dans le sud de l'Albanie - qu'il évoque dans ce livre -, Ismail Kadaré a connu d'emblée un succès international avec Le Général de l'armée morte publié en 1963. Ses oeuvres complètes sont en cours de publication aux Editions Fayard.

  • Froides fleurs d'avril

    Ismaïl Kadaré

    • Fayard
    • 20 Septembre 2000

    Une petite ville du nord de l'Albanie à l'aube de l'an 2000. Dix ans après la chute du communisme, les gens sont encore traumatisés. Malgré tout, la vie va de l'avant, comme elle l'a toujours fait. Même dans le hold-up perpétré contre une banque, tout un chacun voit un signe de modernité, d'occidentalisation de la société. Quant au terrible Kanun, le Coutumier immémorial, il essaie de refaire surface au bout d'un demi-siècle d'hibernation, comme toutes choses interdites sous le communisme.

    D'autres épisodes singuliers surviennent. On se reprend à évoquer des événements énigmatiques advenus deux ans, deux siècles, deux millénaires auparavant : ainsi, les noces d'une fille et d'un serpent ne font pas simplement figure de légende, mais apparaissent comme un fait divers cyclique qui se répète de loin en loin et en vient à paraître aussi éminemment moderne.

    À la périphérie de la ville, en un lieu pratiquement désert, des gens cherchent une fissure par où se faufiler à l'intérieur d'un bunker réputé abriter les Archives secrètes. Ils sont en quête des traces des crimes qu'ils ont commis, voire de ceux qu'ils auraient pu commettre. Le bruit court qu'on aurait repéré dans les parages les spectres d'Enver Hodja, de Brejnev, d'Ulbricht, de Thorez, voire d'Oedipe-Roi...

    Simple, passionnée, sensuelle, une histoire d'amour entre un peintre et une jeune fille se déroule dans ce cadre et sur cette trame, contrastant comme le jour et la nuit avec les ombres du passé.

    Rédigé dans la période récente entre Paris et Tirana, ce roman appartient à la plus pure veine classique de Kadaré, avec son riche et grave trésor de traditions locales et de schémas narratifs universels. Une fiction amoureuse sur fond d'un " printemps albanais " encore trop frisquet pour ne pas laisser craindre un regel et ses ravages sur les frêles efflorescences de la liberté recouvrée. Un chef-d'oeuvre à l'égal d'Avril brisé ou du Palais des rêves

  • « Si l´on se mettait à rechercher une ressemblance entre les peuples, on la trouverait avant tout dans leurs erreurs. » Ismail Kadaré, en évoquant entre autres les erreurs de son propre pays, passe en revue la symbolique de l´Albanie qui, soumis au joug ottoman pendant un demi-millénaire, a connu au XXe siècle successivement la république, la monarchie, l´invasion hitléro-mussolinienne, le communisme stalinien puis maoïste, enfin un retour à une démocratie brouillonne, tout en battant la semelle aux portes d´une Europe qui la fait lanterner. Ces symboles sont l´hymne et le drapeau, le premier non exempt d´arrogance vis-à-vis du reste du monde, le second ambigu avec son aigle à deux têtes figurant une nation divisée et un peuple en douloureuse discorde. S´y ajoute le père fondateur, Georges Kastriote Skanderbeg, lequel, trente ans durant, se battit pour contenir le déferlement ottoman qui atteignit jusqu´aux portes de Vienne, et prôna jusqu´au bout - comme le fait avec ardeur Kadaré aujourd´hui - le retour de la petite Albanie dans le giron du continent-souche, l´Europe.

  • Linda B. est une jeune fille aux rêves à première vue des plus simples : entre autres visiter la capitale de son pays. Mais c'est précisément ce qui lui est impossible. Dans la plupart des pays communistes existait une loi interdisant cet accès à une catégorie de gens dont Linda fait partie.
    Sa condition de reléguée évoque celle d'Eurydice, « entravée » elle aussi, et retenue aux enfers. Linda B. est vivante, elle, mais les lois de l'Etat albanais sont encore plus inflexibles que celles de la mort.
    Pourtant, une amie lycéenne, dans le rôle de la « passeuse », essaie de l'arracher à son assignation à résidence, du moins son enveloppe corporelle. Un dramaturge, de son côté, tente d'en extraire sa composante spirituelle. Réunie corps et âme, va-t-elle pouvoir accéder un jour à la réalisation de ses rêves ?
    Dans cette oeuvre majeure mariant, comme souvent chez lui, les mythes immémoriaux et une actualité historique à peine refroidie, Ismail Kadaré revient ici sur l'antique pacte d'Orphée, mais par une approche singulière, en essayant d'en décoder un aspect resté jusqu'ici inexpliqué.

  • Le pont aux trois arches

    Ismaïl Kadaré

    • Fayard
    • 7 Novembre 1989

    Un épileptique dont on interprète les contorsions comme un message de Dieu, des rhapsodes ambulants colportant d'étranges ballades, des envoyés d'une puissance étrangère qui soudoient un prince crédule et vénal, des caravanes d'asphalte - marchandise du démon -traversant le pays, une main malfaisante qui détruit la nuit ce qui a été fait le jour, un emmuré: tels sont, racontés sous forme de chronique par le moine Gjon, les événements de mauvais augure qui entourent, en 1377, la construction d'un pont sur l'Ouyane maudite, dans le sud de l'Albanie.
    Une nouvelle fois, dans le Pont aux trois arrhes, Ismail Kadaré analyse le rapport légende-réalité: il démontre comment la légende peut être utilisée à des fins «perfides» - ici, pour camoufler un crime. Mais chez ce maître de l'allégorie et de la métaphore, tout se déploie pour s'inscrire dans une réalité plus vaste, et les événements calamiteux du pont ne sont que la préfiguration, ou la répétition générale, d'un fléau plus terrible: l'invasion de l'Albanie par l'empire ottoman, début d'une tyrannie qui durera plusieurs siècles.
    Ismail Kadaré, poète, romancier, nouvelliste, est né en 1936 à Gjirokastra, dans le sud de l'Albanie. Il a fait ses études à Tirana puis à Moscou, et vit actuellement à Tirana. Illustration de couverture: Camille Corot, «Le pont de Narni», 1826 (détail). Paris, Musée du Louvre.

  • Le dossier H.

    Ismaïl Kadaré

    • Fayard
    • 11 Janvier 1989

    L'Albanie du Nord, vers 1935. Deux Irlandais de New York, Max Roth et Willy Norton, arrivent dans la petite ville de N..., où ils comptent poursuivre des recherches sur la vieille épopée albanaise et peut-être, grâce à l'enregistrement des derniers rhapsodes ambulants, élucider le mystère des poèmes homériques _ à savoir: le poète aveugle est-il bien l'auteur de l'Iliade et de l'Odyssée ou, au contraire, un simple compilateur, voire une sorte de rédacteur en chefoe Mais, tandis que la femme du sous-préfet, en mal de mondanités et d'aventures galantes, organise une soirée pour les accueillir, son mari, alerté par le ministère, qui soupçonne les " chercheurs de folklore " d'être des espions, ordonne à son indicateur préféré, Dul Lasoupente, de prendre le guet. Bientôt, des combles de l'Os de buffle, l'auberge isolée située au pied des Cimes maudites où les deux Irlandais se sont installés, Dul envoie à son chef des rapports au contenu aussi troublant que leur style est fleuri...

    Comme le Pont aux trois arches, comme Avril brisé, comme Qui a ramené Doruntineoe auxquels il s'apparente par l'atmosphère, le cadre, le mystère, le nouveau roman d'Ismaïl Kadaré, qu'on pourrait qualifier de " thriller épique ", se présente sous la forme d'une enquête: sur la naissance et le devenir des grandes épopées, sur l'éternel et l'éphémère en art, sur l'énigme insondable de la création littéraire.

    Ismaïl Kadaré, poète, romancier, nouvelliste, est né en 1936, à Gjirokastra, dans le sud de l'Albanie. Citons, parmi ses autres oeuvres traduites en français: Le Général de l'armée morte, Les Tambours de la pluie, Le Grand Hiver, La Niche de la honte, Eschyle ou l'éternel perdant.

  • Ancêtre du rideau de fer , mur biface, digue contre l'invasion et l'influence extérieures, enceinte carcérale pour le pays retranché, la Grande Muraille, témoin concret et symbolique de la coupure entre les peuples, révèle aussi combien les moyens et signes de la terreur survivent aux dictateurs qui les ont jadis engendrés.Par la continuité de l'inspiration et de l'écriture, ce texte, le premier composé par Ismail Kadaré après son installation en France, montre à quel point son oeuvre entière était et reste, en deçà comme au-delà de l'exil, celle d'un esprit libre.Ecrit en 1984 du vivant d'Enver Hodja, le Firman aveugle, dont le manuscrit fut aussitôt mis à l'abri en France, décrit, sous les dehors d'une chronique de l'époque ottomane, une campagne-type de l'ère stalinienne, de celles dont les persécutions, visant tour à tour différentes catégories sociales _ ici, par métaphore, les porteurs du mauvais oeil _, ont jalonné l'histoire de ce siècle en Europe de l'Est et ailleurs.Après le départ en exil d'Ismail Kadaré, ce récit a été son premier texte publié à Tirana par la presse libre albanaise.

  • Qui a ramené Doruntine ?

    Ismaïl Kadaré

    • Fayard
    • 10 Janvier 1986

    Dans un bourg de l'Albanie médiévale, une vieille femme et sa fille _ seules survivantes d'une famille dont la guerre et la peste ont fauché tous les enfants mâles _ succombent à un épisode troublant sur lequel l'inspecteur local est chargé de faire la lumière: Doruntine a été mariée " au loin ", selon la tendance moderne de l'époque; son frère Constantin avait, de son vivant, juré à leur mère de lui ramener sa fille chaque fois qu'elle exprimerait le désir de la revoir. Or, les investigations de l'inspecteur révèlent que c'est bel et bien Constantin qui a ramené Doruntine, de nuit, au domicile maternel.

    Constantin serait-il sorti de sa tombe pour tenir la parole donnée à sa mère quant il était en vie ? Ou faut-il ajouter foi aux aveux extorqués sous la torture au pauvre commerçant ambulant qui prétend avoir convoyé Doruntine depuis sa lointaine provinceoe Comme pour Le Pont aux trois arches, Kadaré a puisé ici dans le patrimoine légendaire de son pays la substance d'un " thriller " hors d'âge, plein de brumes, de chevauchées nocturnes et de pierres tombales déplacées, mais dans lequel court, en filigrane, une réflexion universelle sur la portée de l'Histoire.

    Ismaïl Kadaré, poète, romancier, nouvelliste, est né en 1936 à Gjirokastra, dans le sud de l'Albanie. Citons parmi ses oeuvres traduites en français: Les Tambours de la pluie, Le Grand Hiver, La Niche de la honte, Avril brisé, L'Année noire.

  • Spiritus

    Ismaïl Kadaré

    • Fayard
    • 23 Octobre 1996

    Par un soir d'octobre, deux invités se présentent en retard à l'entrée du palais où se déroulent d'ordinaire les réceptions officielles dans l'albanie communiste:

    - nous voici arrivés, mon âme..., dit l'un d'eux. je pense que tu devais avoir la nostalgie de la capitale. bien sûr, en bas, jamais tu n'aurais pensé, j'imagine, reparaître un jour ici. et de quelle façon! en hélicoptère, directement à un dîner de gala... dans un palais débordant de joie et de lumière, tel que tu n'en as encore jamais vu, même en rêve... le guide en personne t'attend!

    Conversation singulière au moins à un titre: un des interlocuteurs est vivant, l'autre n'est plus de ce monde!

    Spiritus est le récit fantastique de la poursuite et de la capture d'un esprit dans un cadre on ne peut plus réaliste: l'univers de la dictature, puis de la période post-communiste en albanie. roman d'une envergure et d'une richesse peu courantes, il atteint tout à la fois à la profusion de la saga et à la densité de la tragédie antique. ses trois parties _ " chaos ", " révélation ", " vestiges " _ tendent à esquisser par ailleurs les phases successives qu'a traversées la narration humaine, orale puis écrite, au fil des millénaires.

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