• La vie, malgré. Malgré quoi ? Malgré tout.
    Tout ce qui l'obscurcit, la salit, la détruit. La vie malgré la douleur, la déchéance, la mort. Au jour le jour. « Chronique », donc. Comme cette Chronique d'un égarement de l'auteur (texte publié par Lettres Vives en 2011) dont ce livre est en quelque sorte un prolongement. Ou « journal », si l'on préfère. Journal du temps. Car ces pages relèvent essentiellement du journal, de cette écriture non pas des événements de la vie de l'auteur, de ses sentiments, de ses pensées, mais du jour, de sa lumière, de son perpétuel recommencement - de cette extase ou Amnésie du présent, pour reprendre le titre d'un essai récemment paru. Journal, oui, de l'énigme d'être là, d'être vivant.

  • Ode au recommencement est le prolongement de La brûlure et de L'identité obscure, c'est le même mouvement qu'on retrouve - le même souffle qui vous traverse et vous emporte à la rencontre de ce que vous ignorez et qui ne cesse de recommencer. Ce présent de la vie qui, d'un même élan, vous arrive et vous abandonne, comme les vagues de la mer que semblent mimer ces grandes laisses, ces grandes strophes où tout voudrait entrer, l'infime et l'immense, le proche et le lointain, la lumière et les ténèbres, l'ordinaire et l'extraordinaire, la douceur et la douleur, tout ce qui fait, le merveilleux, l'épouvantable, l'inépuisable réel.

  • Le chat, le pré, le chêne, la forêt, la roche, les nuages. Le regard monte, circule, cherche, s'arrête, repart. Qu'est-ce qu'un paysage sinon cet échange ? Cette pénétration du dedans par le dehors et l'inverse. Au point qu'il n'y a plus, du corps à la ligne de crête, que ce continu de mots, de formes, de rêves, de couleurs, de souvenirs et d'air qu'on appelle l'espace.

  • Quelque chose comme un cri

    Jacques Ancet

    Après avoir enseigné pendant plus de trente ans dans les classes préparatoires des grandes écoles, il se consacre aujourd'hui à son travail d'écrivain et de traducteur près d'Annecy, où il réside. Auteur d'une quarantaine de livres, il a reçu les prix de poésie Charles Vildrac de la Société des gens de lettres et Heredia de l'Académie française 2006 pour Diptyque avec une ombre (Arfuyen), le Prix Apollinaire 2009 pour L'Identité obscure (Lettres Vives) ainsi que la Plume d'or 2013 de la S.A.S. pour l'ensemble de son oeuvre. Traducteur de quelques-unes parmi les plus grandes voix des lettres hispaniques comme Rodolfo Alonso (Entre les dents, érès, 2017), il s'est également vu décerner les prix Nelly Sachs 1992 et Rhône-Alpes du Livre 1994, la Bourse du Prix Européen de Littérature 2006 et les prix de traduction Alain Bosquet 2015 et Roger Caillois 2016. Enfin, tout récemment, son travail de traducteur et d'écrivain vient d'être distingué par un doctorat honoris causa de l'Université Catholique de Louvain. Il a publié aux éditions érès Portrait d'une ombre (érès, 2009) et Travaux de l'infime (érès, 2012).

  • 95 sizains et 2 proses dont une inaugurale pose l'enjeu de ce livre : écrire le jour, ses odeurs, ses lueurs, ses rumeurs. Ce qui s'approche, s'éloigne et le lieu même de cet enjeu : le poème comme une fenêtre. Un petit rectangle de mots qui donne sur ce qu'on ne sait pas.

  • Huit fois huit poèmes de huit versets chacun. Pourquoi cette forme s'est-elle imposée à l'auteur ? Qu'est-ce qui se joue dans cet e et de réverbération numérique ? Peut-être cet amour de la lumière - du jour qui occupe une place importante dans son oeuvre. Le jour commence , pour ses premiers poèmes, Le jour n'en fi nit pas à mi parcours et, à présent, cette répétition insistante Huit fois le jour , comme si quelque chose en lui ne voulait pas lâcher, toujours recommencer. Ce que dit bien un autre de mes derniers titres Ode au recommencement dont ce livre est le prolongement, plus maîtrisé, peut-être, plus apaisé. Sans doute le jour est-il ici une image de vie ? D'un passage de vie porté par un passage de langage et d'un passage de langage porté par un passage de vie, indissolublement.

  • Dans ce petit livre, il regroupe des petits poèmes qu'il nomme " milonga " inspirés par la disparition du grand poète Juan Gelman.

    Le livre est bilingue traduit en espagnol ( Argentin ) par Rodolfo Alonso qui a bien connu le poète argentin exilé au Mexique.

  • Dans la continuité de La Brûlure (Lettres Vives 2002), L'Identité obscure est un poème, un chant intérieur où souffle et intensité, lenteur et accélération, concentration et expansion, méditation et vision, se heurtent, se croisent et se confondent. « Au jour le jour, sans aucune idée de ce que j'écrivais, sauf que c'était ma vie, j'ai composé pendant plus d'un an ces longues laisses où se sont mis à alterner les trois pronoms « je », « tu », « on », portés par cette voix qui, une fois encore, s'était mise à parler, que je ne comprenais pas bien, mais qui m'emmenait où elle voulait et non où je voulais. J'étais dans l'emportement et le trouble et ce fut ce fragment de Lao-tseu qui, si j'ose dire, m'éclaira : « fusionne toutes les lumières, / unifie toutes les poussières, / c'est l'identité obscure ». Oui, comme toujours, c'était le poudroiement du multiple - toutes les lumières, toutes les poussières - et la force d'unification de cette voix autre, de cette identité souterraine, qui lui donnait un sens. D'où le titre du poème L'Identité obscure. »

  • Il ne faut pas mésestimer le poids des notes dans le parcours d'un écrivain. Qu'il s'agisse d'essais, de préfaces ou de chroniques, ces textes parallèles esquissés le long de l'oeuvre en cours en disent long sur la circonférence de ses lectures, et donc sur sa profondeur de champ. En somme, les auteurs que l'on porte en soi façonnent autant notre réalité que notre environnement direct ou notre histoire personnelle.
    Dans le premier opus de son cycle critique L'amitié des voix, Jacques Ancet réunit moins un panthéon d'auteurs qu'une colonne vertébrale, nécessairement subjective, d'oeuvres ayant soutenu sa voie : une géographie de préférences personnelles qui s'étend sur près de quarante ans. Car on n'écrit pas sans l'autre, et dresser la carte de ses voix d'écriture, c'est livrer un peu de soi-même.
    Pour ce volume, à travers les siècles, nous suivons un sillon majoritairement franco-hispanique qui va de Cervantes à Claude Simon via Quevedo, Mallarmé ou Maria Zambrano, sans oublier Borges. Quant à savoir qui s'exprime en marge de ces textes, c'est à la fois le poète, l'écrivain, le professeur, le lecteur, le traducteur, tant tout est intriqué dans l'acte littéraire.

  • Portrait d'une ombre

    Jacques Ancet

    "Il y a une ombre. On dit ombre, faute d'un autre mot. Pour donner forme à ce qui n'en a pas. On pourrait dire tout aussi bien compagnon - " ce latent compagnon qui en moi accomplit d'exister ", écrivait Mallarmé. Mais ombre est moins net, plus évasif. Alors, faire le portrait d'une ombre ? Faire signe non pas vers une image déjà visible, mais vers ce non-visible qui peu à peu se trame aux lisières du visible. Vers cette chose qui passe et vous laisse dans la bouche comme une voix silencieuse. Une voix qui parle, pourtant, qui parle, même si vous vous taisez. Ce que dit cette voix, vous n'en savez rien. Vous ne vous y reconnaissez pas - vous vous y reconnaissez, peu importe. Il ne s'agit pas d'identité. Ou alors de cette identité obscure qui est une autre manière de dire qu'on ne sait rien. Qu'on est entre : entre ici et ailleurs, entre hier et demain, entre tout et rien. Entre, toujours, entre. Entre le jour, la nuit, ce qui vient, ce qui s'en va -et qui revient toujours." (Jacques Ancet) Une écriture poétique simple et claire pour dire l'énigme d'exister, pour tenter de rendre visible cette part de non-visible qui nous constitue (aussi) et nous accompagne comme une ombre.

  • Le Dénouement

    Jacques Ancet

    • Opales
    • 3 Septembre 2003
  • Au coeur d'un de cor re duit a sa plus simple expression (un champ, une montagne au loin, une ferme), l'image d'un arbre se de pose sur une fene tre. Un homme, dans une chambre, le regarde. Et inversement. Se de ploie alors un espace, immense et infime a la fois, qui s'approprie l'obscur de la nuit, la friction des e corces, les flux de luminosite du jour et la phosphorescence des neiges. Dans cet opus qui s'apparente a ses Quatre saisons, Jacques Ancet chante l'apparente immutabilite des choses et leurs secre tes me tamorphoses.

  • Ce livre réunit un certain nombre d'essais écrits durant plus de deux décennies (1991-2014). Ils accompagnent un chemin d'écriture qui, depuis une quarantaine d'années tente difficilement, fragmentairement, de prendre conscience de lui-même dans l'après-coup du regard jeté en arrière ou dans l'accompagnement d'un certain nombre d'oeuvres aimées. Ces textes ont tous en commun d'être traversés par une interrogation insistante qui, depuis Don Quichotte, est celle de toute entreprise littéraire : qu'en est-il des rapports de l'écriture et du réel ? Laquelle ne peut engendrer que d'autres interrogations ou quelques réponses provisoires et toutes plus ou moins formulées ici ou là depuis longtemps déjà. Ce qui ne dispense personne d'essayer de les reformuler à son tour et à sa manière. "Tout ce qu'on a pensé d'intelligent, écrit Goethe, on l'a déjà pensé ; ce qui nous reste à faire, c'est de le penser de nouveau.".

  • Finir c'est commencer - mais qui parlait ? Nous écoutions incrédules fixant le lent déclin de la lumière Ou surpris par ce suspens inattendu qui brusquement nous séparait de la rumeur du jour.

    Oui, commencer : les mots vous abandonnent, mais derrière eux reste comme un écho de choses Qui se cherchent. La voix se perdait avec le ciel rouge. Laisser dire, on l'entendait encore, - et voir venir.

  • Comme un voyage, « au jour le jour du mystère d'exister» . Et nous conviés ici à accompagner ces voix, leurs pas dans les jours, qui résonnent ou se tiennent, silencieux, au plus près des bruits du monde qui sont là, et leur musique de toujours. De se tenir dans les ombres ou les heures, les voix deviennent des visages, nos visages multiples et uns, à l'écoute de ce qui surgit des jours. En soi, une « dictée», un « éboulement obscur» se laissent entendre. Presque saisir. Et proches. Autour, le bruit du monde ne cesse pas, tout au contraire : « clapotis d'eau», « ce bleu, cette transparence», des passages autant d'instants comme sauvés : un enfant, un matin, la fin d'une après-midi d'été. Un insecte passe, de l'autre côté de la vitre un feuillage tremble. L'encre finit de sécher sur la page où la main la dépose, et tout à côté, le halo d'une lampe. Voix multipliées, elles aussi incessantes, dans le lent travail de leurs gestes : écrire, peindre, vivre. Aimer. Serait-ce aussi le craquement d'un radiateur, loin, dans le lieu clos, où l'on se tient à l'ouvert d'écrire.« Une sorte d'album du temps qui passe», et sonore, où il arrive que même la langue fourche de se chercher, au plus près de ce qui est à dire, et le dire ainsi pour accueillir, il le faut, tout « ce qui n'a pas de nom», quand « une voix nous traverse». Quand « je t'entends marcher, au matin, un oiseau chante, la page commence, on pourrait croire à la vie». Toutes voix comme autant « de solitudes qui tissent entre [elles] des fils invisibles.» Et d'elles toutes, une présence invoquée, inlassablement. Jean-Yves Fick

  • « ... Livre ouvert, où tout peut entrer » ce sont les mots par lesquels Jacques Ancet  présente L'Incessant, première séquence de prose lyrique ouvrant le cycle plus ample encore qu'est l'Obéissance au vent. D'entrée, «des voix mêlées entretissées» emmènent leur lecteur «où dedans et dehors ne sont qu'un seul instant», quand bien même ne demeureraient seuls que «le fil cassé des phrases», «les mots (...) inaccessibles», «toutes ces choses penchées glissant en un éboulement sans fin». Un devenir, oui, assurément, et où tout s'écoule, et les reflets qui s'élèvent depuis une vitre sur le fond obscur des jours montrent alors des corps, leur visage, une main à son lent travail d'oeuvrer. D'autres figures convoquées, la table, la lampe, le corps amoureux sont elles-aussi à leur interminable nuit, et leur silence est ce qui seul permet un naître, un dire, même si la main hésite sur la page, sur la toile, même si le geste se gauchit et manque ce qui, en définitive, seul le légitime, et fait énigme de toujours : «comment vivre le présent». À ce point précis, la voix alors dénombre et énumère les bruits, les objets, les pas, les rues, les traces. Pour ne pas se perdre à son propre vertige, elle emporte cette mémoire. Et c'est bien ce rythme qui traverse un monde d' «assourdissant silence», aidé en cela par quelques figures tutélaires (la fin du volume les nomme sobrement), elles qui incarnèrent toutes à leur mesure, un «corps ouvert aux forces invisibles» et partant, lui aussi inachevé, «emporté malgré lui par une page ouverte, interminable elle aussi», au silence de son propre voyage. Jean-Yves Fick

  • Trois recueils de proses poétiques brèves sont ici rassemblés : Les travaux de l'infime ; Portraits sans visages ; Pour ne pas finir.
    Jacques Ancet rassemble en un unique recueil tous ses travaux poétiques visant à appréhender ce qu'il appelle « l'infime » - l'imperceptible, l'indistinct. « Cette identité obscure qui est une autre manière de dire qu'on ne sait rien. Qu'on est entre. Entre ici et ailleurs, entre hier et demain, entre tout et rien. Entre, toujours, entre. Entre le jour, la nuit, ce qui vient, ce qui s'en va - et qui revient toujours. Il s'agit de faire signe non pas vers une image déjà visible, mais vers ce non-visible qui peu à peu se trame aux lisières du visible. »

  • Cette Chronique d'un égarement pourrait s'intituler " Chronique de l'impondérable des jours ". La première phrase, " je suis perdu " est non pas le fil " directeur " mais le leitmotiv de ce livre. D'où l'exergue empruntée au grand poète israëlien Israël Eliraz, dont l'auteur se sent très proche : " Tu me dis : vois les choses de plus près // ensuite observe-les dans leur insomnie, où / je suis totalement perdu ". Car, ce n'est que dans l'égarement au coeur même du monde balisé, sans surprise, de la routine qu'on appelle " réalité ", ce n'est que dans la perte de tout repère, à travers cet exercice de méditation où se croisent paradoxe et humour, angoisse et éblouissement, que quelque chose peut soudain se produire : le sentiment d'une présence. Illimitée, apparaissante, disparaissante, sans cesse poursuivie dans tous ses livres, celle du merveilleux, de l'épouvantable, de l'inaccessible " réel ".

empty