• Un enfant qui, tout petit, a été confronté à un terrible secret, peut-il devenir un adulte semblable aux autres ? Comment fait-il face aux choses cachées, dont il devine obscurément l´effrayante présence ? Comment, plus tard, devient-il père et époux ? Comment devient-il un homme ? Jean-Claude Snyders tente de répondre à ces questions, et à bien d´autres, à travers ce récit autobiographique d´un enfant placé très jeune devant le silence de son père, sur un épisode particulièrement douloureux de la vie de celui-ci.

    En mal d´affection et en recherche d´identité, l´enfant imposera peu à peu sa présence à cet étranger, lui manifestant un soutien constant. Père et fils devront s´apprivoiser. Les blessures de l´Histoire, qui ont marqué ses parents et dont il a reçu le violent contrecoup, pourront-elles s´apaiser un jour ?

    Dans un texte publié en fin de volume, Georges Snyders, père de l´auteur, éclaire ces problèmes d´une nouvelle lumière.

  • «Il y a quelque part, dans la maison où je demeure, une pièce interdite, à laquelle la plus lointaine allusion ne peut être faite, une pièce non seulement inaccessible, mais comme maudite, où personne ne doit se rendre. On sait bien qu'elle existe cependant; il se peut même que l'on sache à peu près où elle se trouve: si on la cherchait longuement, on réussirait à la découvrir sans doute. Pourtant il est impossible de faire un pas dans cette direction: tu interdis, mon père, que l'on aille de ce côté; tu défends l'entrée de cette pièce avec une résolution farouche.
    Pourquoi es-tu si déterminé à empêcher que l'on s'y rende; qu'est-ce qu'il y a donc dans cette pièce, qu'avec tant d'obstination tu veuilles dissimuler ? Le spectacle qui s'y trouve caché doit être effrayant, je le devine, même pour toi qui semble l'avoir déjà vu; si tu refuses que l'on y jette les yeux, si tu ne veux pas toi-même le regarder, c'est parce qu'il y a des choses, peut-être, que l'on ne peut pas regarder deux fois.
    Tu ne dois pas t'inquiéter cependant: je n'essaierai pas d'entrer dans cette pièce, je te le promets, enfin je ne peux pas te le promettre parce que je ne sais pas encore parler, mais, à ma manière je t'en fais le serment; la terreur m'empêcherait, quoi qu'il en soit, de m'y aventurer.»

  • Toi, mon côté sombre, ma part cachée, maudite, il faut que tu reviennes sans tarder davantage ; il m'est si difficile de ne pas t'avoir avec moi. Je voudrais te parler ; je te parle peut-être, sans savoir où tu te trouves. Je parle et ne puis savoir si tu m'entends : tu es partie au loin, et je ne peux t'atteindre. Pourtant il ne m'est possible de sortir du gouffre qu'avec toi. Sauvagerie ancienne, reviens à mes côtés : je ferai tout pour te laisser la place à laquelle tu as droit ; cette place est la tienne, on ne te l'enlèvera plus. J'essaie de me tourner vers toi, parce que tu es ma source lointaine ; cette source qui m'alimente, il me faut la retrouver pour vivre. Il ne faut pas que tu m'en veuilles, sauvagerie d'autrefois : c'est vrai, je t'ai chassée jadis avec une force extrême, mais il m'était impossible, alors, de te garder; j'avais une telle peur de ta violence, de ma violence. Je voudrais maintenant, en marchant à tes côtés, reprendre le chemin qui mène vers le jour. Un homme tente de retrouver sa véritable nature, que nombre de strates ont peu à peu recouverte, au point qu'il a peine désormais à savoir ce qu'elle est. S'il se trouvait face à face avec elle, s'il lui était possible de la voir paraître, peut-être la rejetterait-il, ne pouvant comprendre qu'elle est lui-même. Il lui faut la rejoindre pourtant : pour essayer d'y parvenir, il se tourne vers son passé...

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