• «Essentiellement poète, Joë Bousquet, qui croyait peu à la distinction des genres, n'a laissé qu'une main de poèmes proprement dits : La Connaissance du Soir. Il avait vivement présent à l'esprit la conception d'une "poétique" si complète qu'elle devait déborder sur tout, incarner la vie même, et rassembler l'esthétique et la métaphysique, la morale et la mystique ; envahir le domaine érotique et prendre en charge la gravité et les jeux de langage. Mettre cette "poétique" au jour fut le travail de son existence entière. C'est pourquoi il est littéralement impossible d'aborder tel ou tel ouvrage de Bousquet, et principalement celui-ci, sans examiner ce qui dépasse et englobe tel livre séparé, renvoyant dès lors à une expérience capitale qui fonde le langage si particulier à notre auteur, et, dans le même temps, échoue à le dévoiler dans sa profondeur. À la limite, Joë Bousquet n'a produit qu'un seul écrit : ses oeuvres dites complètes. Ce texte est à chaque fois inaugural. Où qu'on le prenne, il annonce un texte à venir - et qui ne pourrait en aucune manière advenir et se clore. Joë Bousquet est une écrivain de l'ouvert, dans la mesure même où il est un homme de la béance.» Hubert Juin.

  • Touché par une balle allemande à la colonne vertébrale le 27 mai 1918, à vingt-et-un ans, Joë Bousquet va rester paralysé de la ceinture aux pieds jusqu'à sa mort en 1950. Il écrit, se fait connaître. Des peintres, des écrivains, des philosophes le visitent : Éluard, Aragon, Bellmer, Gide, Valéry, Alquié, Jean Paulhan, Dubuffet... Naturellement, il attire aussi beaucoup de femmes, jeunes et jolies, autour de son corps infirme. Des lettres passionnées s'échangent, où parfois Joë Bousquet laisse passer l'expression de la violence sexuelle qui l'habite. Le Cahier noir, qu'il gardait secret, publié 39 ans après sa mort, met en scène une suite de tableaux haletants et brûlants que l'on n'oubliera plus, un ressassement obsessionnel de scènes où se mêlent voyeurisme, sadisme, rites pervers et sodomites. Ouvrage fantasmatique entre tous, Le Cahier noir pourrait être qualifié de texte visionnaire sur l'amour, halluciné et chimérique.
    Joë Bousquet a vu dans sa blessure un véritable destin et a transformé son accident en une condition poétique allant souvent jusqu'à l'hermétisme. Néanmoins, beaucoup de personnes se pressaient autour de ce lumineux malade qui disait : « La matière existe à peine au regard de ce que l'esprit est capable de matérialiser ».

  • Un amour couleur de the

    Joë Bousquet

    «Il serait beau qu'un amour léger, changeant, couleur de thé, un amour éphémère et fou comme le tien, fût le dernier éclat de ma vie et j'aimerais reconnaître en lui le voile où se déroberait à mes yeux la face attendue de ma mort. Car tu sais bien qu'on meurt, ma chérie, que de tant d'amour, et de toutes ces larmes, il ne reste rien, pas même un souvenir. J'aspire à cet oubli comme à la plus belle récompense. Dans mon nuage de fumée, abruti comme je le suis à cette heure avancée, après tant d'émotions, je te dis dans le plus sincère élan de gratitude et de foi : Que tu es vivante, vivante ; agile comme la flamme.»
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  • " J'écris, je suis à la recherche d'un mouvement poétique où respire et s'impose la vérité que j'entrevois.
    D'où vient que je ne peux ouvrir un livre sans y trouver une page qui donne à mon pressentiment une chance supplémentaire d'éclore ? J'ai baptisé cet afflux l'être en liberté ! Ce que le ciel vient éclairer entre nos mains, ce reflet qui, dans le sable creusé, est comme un grand papillon de neige sur les mains des enfants. Ce que je vois ou ce que j'ai entre les mains se nie au profit de ce qui veut être.
    Tout ce que je regarde soudain est fauché d'un coup d'aile. Le papillon de nuit se pose sur les choses laissant dans mes regards des ailes d'air pur. "

  • « Le Meneur de lune, c'est un portrait fabuleux du poète obtenu par la simple relation des événements magiques qui ont tramé sa vie : le seul portrait de lui, disait-il, qui fût ressemblant. C'est aussi une anthologie des faits divers surprenants qui le frappaient comme autant de signes de son peu de réalité, mais l'assuraient en même temps de son appartenance à l'ordre incompréhensible, à la fois irrationnel et suprêmement existant, sur lequel il croyait que l'univers était fondé. »
    René Nelli (1906-1982)

  • Exemplaire, l'amitié qui unissait Joë Bousquet à Jean Mistler, son ancien condisciple du lycée de Carcassonne, se retrouve tout entière dans cette correspondance. On y voit en effet Joë Bousquet s'affirmait et s'affiner grâce aux conseils d'un jean Mistler déjà maître de tous ses moyens d'expression.
    Indissociable de cette amitié fraternelle, l'admiration que le poète éprouve pour Madame Stéphane Mistler, qu'il appelle Melissende, occuppe une place particulière qui fait d'elle une sorte de princesse lointaine. Tandis qu'à jean Mistler il ne parle jamais que d'idées, à Stéphane il ouvre humblement son coeur.
    Nul mieux que Renée Nelli, qui a également publié nos éditions un remarquable essai sur Joë Bousquet, sa vie, son oeuvre, n'était désigné pour préfacer ces lettres, où il voit se tracer la courbe admirable d'une amitié qui a pris la forme du destin.

  • Depuis sa mort, survenue en 1950, Joë Bousquet, le poète foudroyé de Carcassonne, ne cesse de grandir. Ses correspondances se multiplient en librairie, ses oeuvres font l'objet d'études admiratives ou de thèses attentives. Mais rares sont ceux qui ont pu avoir accès à son oeuvre romanesque, devenue à peu près introuvable.

    Cette oeuvre, il nous a donc paru passionnant de la réunir, en deux forts volumes, romans et contes mêlés.

    Dans ce premier volume, voici d'abord un premier groupe d'ouvrages à tonalité romanesque : Il ne fait pas assez noir (1932), Le Rendez-vous d'un soir d'hiver (1933), Une passante bleue et blonde (1934). Trois courts romans qui roulent sur les mêmes thèmes, et qui se caractérisent par une écriture très cherchée et par la prédominance du rêve surréaliste sur la réalité vécue.

    Ensuite viennent deux des maîtres livres de Joë Bousquet : La Tisane de sarments (1936), qui est une sorte de "nouveau roman" avant la lettre, dont l'originalité tient notamment à ce que l'écrivain, tout en s'inspirant de l'aventure du langage, n'oublie jamais que la fiction doit respirer dans l'ouvert et non demeurer captive des pièges de l'écriture; et Le Mal d'enfance (1939), dédié à Paul Eluard, qui fait une large place au merveilleux surréaliste et à l'ingénuité folklorique.

    Comme l'écrit René Nelli, à qui nous devons cette édition et qui l'a préfacée, Joë Bousquet "ne pouvait se trouver à l'aise que dans une forme de romanesque qui n'appartînt qu'à lui. Il était déterminé par ses conceptions philosophiques, et (...) parce qu'il ne croyait qu'au Journal autobiographique, à laisser la fiction naître librement du langage surréalisant, du miroitement des faits significatifs, et même des illuminations intellectuelles".

  • Ce troisième tome des «OEuvres romanesques complètes» ne comprend que des inédits. Avec le Cahier de Lapalme, le Rabane II, La Marguerite de Veau courante et le Journal dirigé, il présente les plus importants des manuscrits qui restaient encore à publier. Si la totalité de l'oeuvre de Bousquet -et notamment les écrits philosophiques et critiques- n'est pas encore rassemblée, on trouvera du moins ici presque tous les contes composés par lui dans les dernières années de sa vie ainsi que les plus significatifs de ses récits autobiographiques romancés.


    L'intérêt majeur de ce volume, indissociable de sa beauté littéraire, est de permettre une connaissance plus complète des conceptions de Bousquet touchant la poésie et le langage. Il n'y a peut-être pas d'écri-vains français -Paul Valéry mis à part- qui aient accumulé une somme aussi vaste de méditations sur l'expression littéraire en l'accompa-gnant d'une telle richesse d'exemples et d'applications. Toutes les façons de dire, toutes les façons de forcer l'obscur et l'irrationnel à devenir langage ont été pressenties ou pratiquées par Bousquet.


    Son originalité a consisté à créer un langage qui permette de passer -sans trahir l'opacité essentielle du moi et des choses- de l'illumina-tion par l'image à l'illumination par le concept «entier». De l'esprit inconnu nous ne sommes jamais que la conséquence : les mots sont des faits, les mots sont des actes.


    Il faut lire les inédits de Bousquet comme il a voulu les écrire : en partie double. S'il nous arrive de penser la vie, le plus souvent, c'est la vie qui pense à notre place. Sont-ce là les deux aspects de l'intermittence humaine ou les deux moitiés de sa fabuleuse unité ?

  • On ne cesse depuis une dizaine d'années de découvrir l'oeuvre de Joë Bousquet : ses romans, ses lettres, ses contes et, enfin, ses écrits intimes, philosophiques et critiques. Ce quatrième tome de l'OEuvre romanesque complète achève la présentation des très importants inédits de la « malette » dite de Marseille, mis en réserve par Bousquet lui-même pour publication et découverte posthumes et hasardeuses. Il désirait être pris sur le fait dans un texte que, seule, l'intervention scrutatrice et fondatrice d'un tiers, lecteur ou critique, permettrait d'établir réellement comme fait littéraire et comme événement, expérience éminemment intérieure, indissociable d'une vie extrêmement ouverte mais improbable sans les fabuleux calculs et relevés d'une « pensée anecdotique ».


    L'aventure de Bousquet, dont il dit sans le moindre spiritualisme qu'elle «commence et finit avec lui», est celle d'une curieuse fascination de la réalité, qui en suppose en premier lieu l'exil, la perte et l'expulsion consécutive à la chute hors du mouvement donc hors du physique grâce à la blessure, puis le renoncement dans la chambre note de Carcassonne; et enfin la redécouverte comme spontanéité intellectuelle, physique et sociale, à l'intérieur de ce vide et de cet anéantissement établi grâce à l'évacuation de tout ce qui constitue les figures et les représentations du sujet pensant. Toute cette opération doit être reprise dans le langage dont la fascination aussi doit être soigneusement altérée, afin « qu'il n'y ait que mon oeuvre pour me sortir de moi et que je la retrouve en revenant à moi-même », reconnaît Bousquet; cette oeuvre étant le réel même, dans la mesure où elle se confond et se reconnaît dans l'acte poétique de fausser les conventions du langage, et qui force l'écrivain sans statut et immobile à agir dans tous les soins qu'il prend pour y discréditer l'identification au « je » où s'institutionnalise le sujet pensant et pour « accréditer cette vérité qu'il y a une vérité, une causalité enfouie dans le langage... Et... un homme à anéantir ».

  • Le mal d enfance - suivi de le fruit dont l ombre est la saveur Nouv.

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