• L'Auteur retourne sur son passé pour y chercher la source même de son écriture. La mort croisée dans l'enfance, celle du père, est demeurée chez l'Auteur plus qu'une lampe, la fondation même de l'aventure des mots, de la vie tout court : "En partant, mon père, sans le savoir, m'a transmis toute sa force, son génie d'homme invisible. J'ai toujours considéré que loin d'être banale, la vie ordinaire était la plus haute vie, que nous n'en aurions pas d'autre.
    Qu'il fallait faire avec, et parfois s'élever contre." Même la nuit la plus sombre ne parviendra pas à éteindre cette lampe que l'Auteur promène depuis ses premiers livres, et qui est la poésie même. Ecrits comme un peintre ferait des petits tableaux, ces fragments surgissent comme des instantanés, donnant toute sa place à l'inattendu.

  • Loin du seuil. Souvent, je ne vais pas très loin. J'emprunte simplement le chemin m'éloignant de la maison. Je pars vers la montagne; j'ouvre les yeux. Les livres passent en moi comme des nuages.
    Franchir le seuil n'est pas un abandon. Je sais la table étroite au bord de la fenêtre. Je reviendrai au soir, certain de déposer là des brassées de lumière, des brins de joie et de mélancolie, tout ce que vous voudrez. Ce qui enchante et attriste. On ne peut avoir l'un tout en rejetant l'autre. C'est la seule justice dont nous disposons tous. Je me sens léger sur le chemin, mais jamais solitaire. Je sais au loin tous mes semblables s'activant dans la vallée, entreprenant des choses folles. J'entends toutes les paroles épuisées, ce monde qui s'entête avec ses pacotilles. Rien, de cette effervescence, ne m'attire. L'oubli jaillit comme une tache, qui n'est jamais la nostalgie. Chaque événement embrase la mémoire. Le plus ancien invente ainsi l'avenir. Pour peu que l'on soit présent dans notre vie, viennent des fragments de toutes sortes qui sont des épopées, des visages d'hier et de demain, des voix à la gravité profonde. Ainsi j'écris, cédant la placer à la vie inattendue.

  • Notre défi invisible, ce sont des carnets écrits presque au jour le jour, des notes, des bouts de phrases, des dessins sur papier, admirateurs zélés de la vie qui passe, meurt, naît, ressuscite, s'efface, rejaillit, tremblante, démoniaque, heureuse. Et cela dans l'admirable silence du mouvement, des rythmes infinis. Vivre est la danse d'un funambule. Aux livres, j'ai souvent préféré la belle palpitation du monde et suis allé au dehors pour amasser toute la chaleur du soleil, sa bonté inouïe. J'ai flâné longtemps sans jamais me lasser de cette contemplation peu ordinaire. Les visages des hommes sont sans mensonge. Les plis de leurs yeux disent la vérité. Sous ce ciel, il y a trop d'injustice et cette injustice soulève en moi des tempêtes. Ce chant massif, je l'entends. Cela vous donne, si j'osais ce mot, une sorte de responsabilité, d'humilité à l'égard de chaque phrase, de chaque être que vous fûtes un jour amené à croiser.

    Les textes sont datés, restitués chronologiquement, avec indication des lieux.
    528 pages de ce grand voyageur qu'est Joël Vernet, couvrent ce lent chemin parcouru de 1978 à 2016.

  • Ce matin, j'ai accompli un long voyage : je suis allé au fond du jardin et j'ai revu le fleuve, les berges du fleuve, les arbres immenses, cet éclat soudain du rivage qui a surgi comme une image ancienne sortie d'un vieux tiroir, oubliée depuis des lustres, jaunie, flétrie mais toujours séduisante, de cette beauté d'un autre temps, légèrement surannée. Ont grondé aussitôt dans le silence de ce jardin, le brouhaha de la petite foule qui s'échine là-bas depuis des siècles, l'écume des eaux plissées, celle des linges que l'on lave à grand renfort de rires et de cris. Dire cette foule lasse, enthousiaste, défaite, ses ardeurs, dire mon entêtement pendant des années cheminer à travers cela, porté par le désir, l'insouciance, le pur hasard, et puisant là le meilleur de ce qui pouvait m'advenir. La fatigue et la ferveur, tout cela entremêlé, indissociable. Les routes buissonnières sont d'un enseignement inestimable.

  • Véritable manifeste et invitation au voyage, ce livre rend compte de l'appel de l'ailleurs que le narrateur, né dans une famille paysanne, a perçu dès son plus jeune âge.
    Au fil de son enfance, il ressent le besoin croissant de partir, tandis que troupeaux, fermes et champs le convainquent qu'il n'est pas fait pour ce monde immobile.
    Plus tard, parti sur les routes du monde, il délivre une véritable ode au mouvement, dépeignant les sensations éprouvées dans des contrées lointaines, décrivant, plus que les gens, les ambiances rencontrées au fil d'une vie vouée au voyage.
    Ici, le désir d'arpenter le monde se construit en repoussoir aux origines laissées derrière soi, aux « maisons » dans lesquelles nul ne devrait rester pour attendre la mort.

  • "Le silence d'une maison où l'enfance s'est tue, prêt à rejoindre les étoiles".
    Joël Vernet nous emmène dans les burles de son pays rustique, les beautés de "ses" paysages, à l'écoute de son école, de son instituteur, dans la rudesse néanmoins si douce, les émerveillements et les privilèges de cette vie dans la nature, qui aideront à dépasser la disparition jamais expliquée de ce père qui déjà travaillait au loin. Le creuset de ses choix de vie, poète qui part dans le monde, à la rencontre d'autres merveilles humaines et de nature, habité par l'amour chaleureux et vaillant de cette mère qui restera silencieuse jusqu'au bout.
    Un récit distillé en chapitres et deux grandes parties titrées, une langue douce et précise, rythmée par le souffle de Joël Vernet.

  • Il est encore temps d'aller aux fontaines, de trancher les secondes comme un fruit, d'écouter le chant des paroles montant de Babel.
    Personne n'est plus dans sa vie, dans aucune vie. Oui, tout est à réinventer, tout. Même l'amour, surtout l'amour et la bonté. Ces deux diamants qui se sont éteints au cours des siècles, sur lesquels nous avons jeté les eaux de nos tourments, sur lesquels nous crachons notre fiel. Oui, tout est à faire jaillir de la lumière, pour étendre la liberté, la liberté de tous. Nous sommes au matin de l'aventure fabuleuse, avec nos outils de préhistoire, nos goûts de caverne, nos vieux démons. Nous manquent la fraîcheur des sources, le renouveau des fleuves, la fraternité des oiseaux. Nous manque le plus simple que nous avons relégué aux oubliettes. Il est encore temps d'aller aux fontaines.
    Ce livre est composé de quatre parties.

  • Qui ne connaît les longs voyages où les mots sont absents, la solitude si familière, à l'image de la route se déployant à l'infini.
    Qui un jour a vu le soleil se lever d'un bond dans le rétroviseur, comprendre. le voyage, comme l'enfance, est toujours derrière nous, à la façon d'une ancienne promesse qui annonce des haltes, des terres du bout du monde où les fermes semblent vouloir plonger dans les eaux, terres où la vie palpite encore, le soir, au coin des feux tandis qu'une lumière bleue, une lumière d'encre, tente de peindre les ailes blessées des oiseaux.

  • Tout au long de ces années, les livres de Joël Vernet se sont écrits au-dehors, non loin de sa maison ou bien, tout au contraire, dans les pays de l'étranger. C'est en franchissant les seuils que les mots ont pu se lever en lui, accomplissant ainsi de lents détours. Une leçon de patience. Toute une vie pour la patience. Pour la traversée et l'échappée. Toute une vie à tenter de vivre au sommet, c'est-à-dire au plus près des choses, des visages et des éclairs de la lumière partout au coeur de l'humain.
    « Je suis allé, le plus souvent seul, à l'écart sur les sentes, les lisières, à la périphérie des villes. J'ai marché vers la steppe, au-delà des frontières, car le silence l'exigeait. Puis j'ai levé les yeux, j'ai contemplé et entendu [...] ».

  • La malédiction s'est abattue sur le village de Kirigi car un maudit chasseur a tué un crocodile. En signe de protestation, le vieux sorcier Youbou s'est réfugié dans une grotte. Aïssatou, une jeune fille, originaire du camp des Fixés, viendra vivre non loin de lui. De leurs bouches vont naître des histoires invraisemblables. Celle d'Oruluba, le chasseur, qui devra quitter Kirigi. Celle du grand-père d'Aïssatou, le voleur génial. Celle du hibou dont Aïssatou mangea le coeur, car ce hibou l'avait rendue gravement malade. Celle des singes qui faillirent tuer son propre père, Adugou. Celle du lion qui avala Aïssatou et qu'elle avala elle-même à plusieurs reprises. Celle du cobra cracheur que rapporta Youbou afin qu'Aïssatou puisse effacer la malédiction qui sème la misère dans cette région du pays de Bandiagara.

  • La poésie de Marina Tsvetaeva accompagne Joël Vernet depuis longtemps. Le Coeur sauvage, c'est celui de cette poétesse qu'il admire et dont il écrit une biographie sous forme d'hommage en mettant en lumière les sources de son inspiration, en écho à sa propre écriture.
    Marina Tsvetaeva, dont le destin est indéfectiblement lié aux événements de l'histoire trouble de la Russie de la première moitié du 20e siècle, devient une héroïne de roman. Le récit de la vie incroyable de cette femme qui incarne la détermination, la liberté, l'amour et la poésie, emmène le lecteur dans une aventure faite de rencontres, de séparations, d'espoir, de malheurs, d'exil, et le plonge au coeur de la création poétique : la vie.
    Marina, j'aime votre noblesse, la superbe de vos convictions qui n'étaient que refus, rebellion et révolte. La poésie avant tout, avec la vie, cela mêlé, qui est le signe du grand amour, disons-le du génie, même si ce terme est insensé, n'est que feu de paille. Toute votre vie munie de quelques intuitions. C'est bien cela la grâce, par delà les avanies, les malheurs, les souffrances, les absurdités. Ne jamais renoncer à la ferveur qui paraîtra idiote à tous. Scandaleuse. Comment se dégager du ronron des jours, en allant solidement sur la terre, tous les sens sur le qui-vive ?

  • « Je ne sais pas. Je n'ai jamais su où aller. Mais ce que je sais, c'est que je ne suis pas un prophète. Méfiez-vous des prophètes. Ailleurs, le monde est le même qu'ici. N'imitez pas ce qui est loin de vous. Est venu le temps de la réinvention, de l'invention, de la vie simple, du Recommencement. Aimez ce que vous faites, l'odeur du pain qui sort de vos fours parce que vous avez pris grand soin des céréales, penchez-vous sur ce qui tremble, qui est incertain, écartez ces produits de mort qu'on vous délivre, dites aux enfants que vous ne voulez plus détruire la terre, empoisonner les océans, qu'il vous appartient maintenant, à chaque seconde, d'être déjà fiers de l'avenir. Ne succombez pas à la parole du plus grand nombre. Vous n'êtes pas seuls, d'autres, comme vous, ont su ouvrir leur regard. Votre travail est beau. Le mien n'est pas son contraire. Les uns et les autres voulons voir la beauté du monde. Cessons de détruire et accompagnons tout ce qui est vivant, allons sur les chemins, ne craignons plus de nous éloigner, de nous perdre. La vie, ce n'est pas l'Histoire, la vie est éternelle. Ne nous laissons pas gouverner par l'Histoire. Mais sachons nous pencher sur un brin d'herbe, ici, sachons voir un regard qui nous appelle ».

    Joël Vernet

  • Joël Vernet fait dans ces Petites heures le récit de son enfance et de son adolescence dans les années 60, dans la solitude d'une ferme isolée et d'une maison de village, un royaume où la pensée et l'imaginaire de l'auteur se sont élaborés avec ferveur. La mort du père annoncée sur le banc d'école fut une blessure qui l'ouvrira étrangement à la littérature. Cette enfance pauvre au coeur d'une nature initiatique s'est ainsi construite à travers ces petites épopées de la vie ordinaire qui feront plus tard le terreau même de sa sensibilité et de son écriture. Le récit de son enfance nous initie à son tour à la très haute poésie du ciel et de la terre.

  • Visage de l'absent

    Joël Vernet

    " Vivant dans le nord de la Syrie, où je me suis volontairement exilé durant deux années, je possédais une grande partie de mes jours et, afin de ne pas sombrer dans un désoeuvrement complet qui ne laisserait derrière lui aucune trace, j'optai, pour la première fois de ma vie, pour une forme de discipline qui fut ma façon de ne pas sombrer dans l'absolue perte de langage ou une sorte de déraison dont on ne revient pas. Il m'eut été facile de rédiger un journal de route, des carnets de voyage, de raconter en somme mon séjour. Tout au contraire, j'empruntai une autre direction, celle que suscitaient quelques images fortes que m'avait délivrées l'existence car ne cessaient de surgir les évidentes absences qui m'avaient frappé et qui, un jour ou l'autre, nous frappent tous. Ma mémoire tourbillonnait autour de cet abîme que provoque toujours l'absence irréversible. Je m'en tins donc à déployer ces fragments qui ne ressemblent à rien. Ni à un journal, ni à un récit. Mais qui poursuivent l'aventure entamée depuis bientôt trente ans. J'écrivais en regardant tomber la neige sur ce pays que j'aimais chaque jour davantage, en éprouvant aussi ses chaleurs torrides. Puis un jour, je décidai de rentrer par la route, très lentement. Ce livre raconte un peu ce lent détour, une manière serrée d'avoir tenté de saisir l'essentiel, la vie nue, les visages de l'absence qui ne cessent de nous hanter. "

  • Tout livre n'est peut-être qu'un long, qu'un interminable journal inachevé, inachevable, dont nous récoltons les trésors sur les routes ou dans cette vie immobile que traversent tout à la fois la plus haute ferveur et l'insupportable ennui. Nous allons, tâtonnant, guidé par ces deux seules lueurs qui ouvrent sur la nuit, sur le jour. Notre travail, qui n'en est pas un, consiste à rassembler ce que les yeux ont vu, ce que les sens ont éprouvé. Il en résulte donc des pages qui dessinent un chemin vers la vie ouverte, proférant l'Adieu et les Retrouvailles: le livre du lent regard.

  • Les livres naissent bien avant l'écriture. C'est certitude. Je vivais alors dans le Nord du Mali.
    Des phrases montaient en moi que je ne retenais pas.
    C'était plutôt un chant, des psalmodies. Mes petits livres dansaient déjà autour des feux. Ils venaient lentement sous ma main puis repartaient vers un désert plus grand. Me fascinait cet étrange théâtre dont je mesurais si mal la portée. J'habitais chez un homme qui eût pu être mon père. J'avais pour maison sa terrasse et, pour toit, des étoiles. Cet homme était l'oncle d'un ami, d'un frère. Tous les dés étaient jetés autour des lampes lorsque nous conversions avec des nomades de passage à la maison. J'aimais mes carnets recouverts de poussière, la fragilité de leurs pages, de chacun de mes jours. J'aimais déjà ce qui allait surgir plus tard, presque à mon insu. J'aimais cette vie aventureuse, les rencontres qu'elle me procurait

  • Le séjour invisible

    Joël Vernet

    Dès son premier livre, Joël Vernet tentait de répondre à la violence du monde par la recherche éperdue des sensations de l'enfance.
    Il ne peut se résoudre à accepter les coups portés à la beauté et à l'innocence. Ce nouveau livre a pour cadre la maison de l'enfance, les terres isolées de la Margeride. L'auteur y est réfugié et, tout en se livrant au courant des jours, il évoque les visages et les voyages qui ont jalonné sa vie. La figure du père, le grand " absent ", la figure mythique de Rimbaud, la petite gitane qui envahit l'espace et la mémoire...
    C'est un voyage immobile, rythmé de temps de contemplation et de temps de réflexion, au cours duquel l'auteur ne cesse de s'interroger sur l'utilité, la portée, la sincérité des mots écrits ou parlés.

  • « J'écris un petit livre qui n'est qu'une chanson, j'écris pour celle qui n'écrira jamais. Je reprends son enfance par la main et, pour la première fois, nous savons aller ensemble sur les chemins, cheminant côte à côte, devisant sous les nuages passagers. » Celle qui n'a pas les mots est sans doute le récit le plus autobiographique de Joël Vernet qui retourne sur les chemins de son enfance à travers le visage et la vie de sa propre mère, murée dans le silence d'une fin de vie douloureuse. Un parcours qui éclaire la vie et l'écriture de l'Auteur, sa vision du monde et son rapport à l'écriture. Texte poignant et magnifique par la justesse et la grandeur de sa modestie.

  • Lâcher prise

    Joël Vernet

    Nous n'avons qu'une seule vie, qu'une seule pauvre vie et, en partie, nous la perdons dans le leurre, le mensonge d'un travail.
    Alors, un jour, dans ce jardin, notre vie s'est retirée en silence. Elle est allée rejoindre les solitaires, la solitude. Devons-nous la porter comme un fardeau, nous délivrer d'elle ? Ou bien l'abandonner à la faim des serpents, à l'horreur des jours, aux regards assassins des bourreaux ? C'est pour rejoindre notre vie que nous écrivons, c'est pour toucher en nous les battements de son coeur que nous écrivons, que nous aimons.
    C'est dans l'effondrement qu'elle nous soutient, c'est dans la plus haute solitude que nous fêtons ensemble nos retrouvailles. Ailleurs, dans le monde, il y a les mots bien sûr, le flot des choses courantes, la marée des jalousies, il y a tout ce qui enveloppe les mots et les corps mais la vie n'est pas là et si elle apparaît parfois, si elle nous frôle de ses ailes, c'est pour nous enjoindre à ne jamais renoncer, à ne jamais faillir à la tâche d'aimer, au labeur d'écrire, au bonheur de chanter l'enfance, les livres et l'été sur les livres et sur tous les visages.

  • Remonter le cours d'une existence à travers des notes, des bribes, des miettes, des copeaux, alors que rien ne nous y oblige, ne nous y contraint sinon peut-être le secret espoir de penser qu'une telle obsession, obstination doit bien receler quelques trésors, fussent-ils infimes, dérisoires, méritant peut-être d'être donnés à lire en dépit des réticences de l'auteur pour lequel aucun livre n'est en mesure de contenir l'amplitude subtile d'une existence, encore moins d'en dessiner les bornes, les jalons à travers ce que l'on nomme couramment le Journal voire tout autre livre.
    Dans cet immense chantier parsemé d'incertain, de défaites, de très maigres victoires, ces fragments écrits au fil des jours, n'ont qu'une très faible ambition : partager avec de lointains lecteurs cette expérience irremplaçable de la solitude et de  la fraternité, aventure qui nous conduit tantôt au sommet de la vague, tantôt dans ses abîmes. Telle fut la nôtre : unique, singulière et nous aimerions le croire : universelle. Mais là est une espérance qui ne nous appartient plus. Donc, à l'instar des ouvriers de la scierie universelle, nous livrons les copeaux du chantier entrepris voilà près de trente ans, chantier infini, inachevable mais que l'on doit bien, un jour, savoir interrompre.

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