• La vocation

    Judith Schlanger

    Comment vivre et que faire de ma vie ? À travers ma vocation, ma vie trouve son sens dans une activité à laquelle je m'identifie. Et comme l'activité de mon choix répond à ma nature, elle m'exprime, m'accomplit et me définit.
    La promesse de l'individualisme démocratique est que pour devenir soi-même et se réaliser, chacun doit pouvoir s'épanouir dans ce qu'il fait. Mais si l'artiste et le savant incarnent la figure romantique du travail voué, qu'en est-il des goûts et des aptitudes en général ? Et qu'en est-il des tâches insignifiantes dans lesquelles on ne peut pas s'exprimer, et qui doivent pourtant être remplies ? Que devient aujourd'hui la grande figure idéale de la vocation ?
    Ce livre invite à une réflexion magistrale sur ce sujet qui nous concerne tous.

    Texte intégral.

  • Voici quelques vies qui s'ouvrent l'une sur l'autre comme une fenêtre sur une autre fenêtre sur une autre fenêtre encore. Un groupe de cas très singuliers, certains même extraordinaires, renvoient chacun à sa façon à une question douce et tenace que nous partageons tous. Pourquoi un tel besoin de nous sentir regardés pour nous sentir exister ? Pourquoi cette sourde passion d'être vus ? D'où ce désir de recevoir d'en face, dans d'autres yeux, confirmation, jugement ou certitude ? On appelle cela la vanité, mais le terme juge trop vite et saute à cloche-pied sur ce dont il s'agit.
    Tous les personnages, célèbres ou moins connus sont réels, mais leur vie tient du roman d'aventures : parmi ces "vieilles reines" et ces rois sans lendemain, sur lesquels l'auteur pose un regard doux, curieux et pénétrant, le lecteur se retrouvent face à Gertrude Duby-Blom (1901-1993), photographe et ethnologue à la défense des derniers Indiens Lacandon au Mexique, Alexandra David-Neel (1868-1969), orientaliste et grande voyageuse, exploratrice du Tibet, Goethe (1749-1959) figé dans l'interminable durée de Weimar, Bernard Berenson (1865-1959), qui voulait être Goethe et se retrouve immobilisé dans sa réputation d'expert et d'historien de l'art près de Florence, ou encore B. Traven, l'écrivain aventurier à l'identité mystérieuse, le plus célèbre des auteurs en fuite. Des figures secondaires les accompagnent brièvement, comme Tina Modotti (1896-1942), Florence Nightingale (1820-1910), Mae West (1906-1975), Joséphine Baker (1906-1975) ou Tolstoï (1828-1910).

  • Melville, William Godwin, Mary Shelley, Defoe. Quatre histoires de chasse obsessive et de passion réversible. Dans ces quatre récits la poursuite et la fuite sont également intenses, également excessives, et si intimes au fond que les directions et les rôles s'inversent au cours même du conflit. Ces histoires tourmentées ne font mûrir et progresser personne et ne réparent rien. On n'a avancé ni vers plus de lucidité, ni vers plus de justice, ni vers plus de bonheur. La chasse et la passion ne mènent nulle part, littéralement nulle part. Elles se tiennent tout entières dans l'intensité de leur fantasme.

  • Un univers régi par le hasard est un univers où ce qui advient n'est pas intentionnel. Dans l'ordre humain, les intentions ne manquent évidemment pas ; chacun est riche de projets et de plans, et tout groupe humain abonde d'initiatives volontaires et d'activités dirigées. Mais les événements viennent toujours remettre en question les intentions, qui se trouvent menacées par un désordre immaîtrisable.La vie de l'humanité est prise dans ce jeu du sort et c'est, dit Tolstoï, l'objet même de l'histoire, qui s'attache avant tout aux mouvements des peuples, aux migrations et aux guerres. Ce qui concentre tout est la guerre, cette image directe du caractère instable et brutal des affaires humaines. Parce que concentrée et mortelle, la guerre présente une vision dramatique du hasard dans sa violence et son aveuglement. Dès lors, que nous révèle l'intensité d'un récit de guerre sur l'existence individuelle prise dans l'histoire ? Qu'apprend-on sur les liens entre violence et histoire en relisant autrement Guerre et Paix ?

  • Proposer une oeuvre nouvelle, développer une idée neuve ou une vision personnelle différente, c'est dire autre chose. Mais c'est aussi dire quelque chose qui n'est pas radicalement inouï et sans connexion. Impacts, emprunts, initiatives, traditions ou ruptures : ces relations d'influence traversent la vie des idées et des oeuvres, leurs rapports entre elles, leurs caractères de famille, et ce qui les rend chacune distincte. Invention et mémoire vont ensemble. Leur liaison et leur écart organisent ce qu'il y a d'autonome et d'unique dans un point de vue novateur, et ce qu'il y a de commun et de partagé.

  • La lectrice est mortelle

    Judith Schlanger

    • Circe
    • 31 Janvier 2013

    « Lire serait-il important s'il n'avait pas le pouvoir d'agir sur nous ? Et d'agir d'une manière personnelle à travers une relation personnelle, sans que nous sachions toujours très bien ce que la lecture nous apporte et comment elle nous affecte. Je raconte quelques aventures de lecture comme il nous en arrive à tous de temps en temps. Ce sont des aventures vitales, affectives, de celles qui restent le plus souvent silencieuses, ou encore ne s'expriment que d'une manière dérivée, plus tard et autrement. Ici elles ont jailli. Ces aventures intensément subjectives relèvent-elles des études littéraires ? Les portes d'entrée sont différentes, les questions posées ne sont pas les mêmes et on a prise sur autre chose.
    Il ne s'agit pas de commentaire ou de critique littéraire...»

  • Toute oeuvre veut tenir l'attention, la diriger et produire de l'effet. Mais l'attention et l'effet ne sont pas les mêmes selon que l'oeuvre en dit plus ou en dit moins c'est-à-dire selon sa densité. Le développé ou le concis, l'emphatique ou l'éludé, le riche ou l'austère ne produisent pas les mêmes intensités. En explorant les variations de la densité littéraire, on retrouve directement des enjeux essentiels. Que vise l'idéal du complet face à l'idéal du pur ? Comment la littérature se rapporte-t-elle au langage ordinaire ? Quel peut être le minimum artistique qui subsiste au bord du silence ? Comment comprendre l'échec de la lecture, l'intérêt perdu et l'ennui ?

  • Ma vie et moi

    Judith Schlanger

    • Hermann
    • 17 Avril 2019

    Chacun de nous souhaite vivre une existence heureuse qui lui ressemble, chacun espère pouvoir se réaliser dans son aventure personnelle, et chacun pense avoir le droit d'être content de sa vie. Au fond, nous séparons mal notre identité de notre vie. Pourtant, nous n'adhérons pas à tout moment à ce qui nous arrive. Et nombreux sont ceux à qui les circonstances historiques imposent une expérience destructrice et déroutante qu'ils subissent sans pouvoir se reconnaître en elle.
    Ce que ces personnes traversent est bien leur expérience de vie, mais elles n'ont pas nécessairement le sentiment que celle-ci reflète leur être profond. D'où la question qui nous concerne tous : comment mon identité se confond-elle (ou non) avec mon récit de vie ? En quel sens suis-je mon scénario existentiel ? En quel sens mon identité excède-t-elle ma vie ?

  • Qu'en est-il des oeuvres innombrables qui ont existé et n'existent plus ? Ces oeuvres perdues gardent parfois une pâle présence. Explorer la perte, c'est prendre en considération ce qui subsiste à peine et pourtant a pleinement existé, les débris, les fragments, les ruines, les conceptions englouties, les productions abandonnées, les restes presque oubliés. Pour nous, perdre est un phénomène nourri d'exemples et de cas. C'est à travers des histoires de perte, aussi bien anecdotes historiques que vignettes légendaires, que nous essayons d'avoir prise sur ce qui manque. Et ces historiettes innombrables, toujours dramatiques, souvent répétitives, sont aussi le matériau imaginatif qui permet d'explorer la face sombre de la mémoire. Les épisodes et les exemples se concentrent sur le moment dramatique de la perte qui a failli avoir lieu, ou qui a malgré tout eu lieu. Ou bien, au contraire, sur les redécouvertes et les retours d'intérêt qui abolissent triomphalement l'oubli précédent. Ces anecdotes mêlent les violences réelles, les destructions mythiques, les altérations multiples du faux et les dégâts profonds dus à l'indifférence. Par elles, l'imagination de la mémoire s'empare du destin obscur qui est à l'horizon des oeuvres.

  • Le front cerclé de fer

    Judith Schlanger

    • Circe
    • 3 Septembre 2015

    Une jeune femme se débat dans ce qu'elle voudrait penser, dans ce qu'elle ne sait pas penser, dans ce qui prend forme en elle pendant les années de formation d'une jeunesse, jusqu'à trouver une direction inattendue. Ceci n'est pas une autobiographie, c'est le roman d'éducation d'une idée.
    C'est aussi une étude sur l'intimité du temps des idées. Ce passé, je ne l'ai repris que pour voir clair. Je l'emploie pour explorer ce qui est chaque fois différent mais que nous reconnaissons tous : ce que devient à travers les années l'aventure personnelle des enjeux de pensée. Et l'on s'aperçoit plus tard que cette durée intime, aimantée plutôt que dirigée, est devenue à sa façon un parcours de travail et de vie.

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