Sciences humaines & sociales

  • Hiérarchies

    Louis Godbout

    • Liber
    • 31 Août 2010

    « Alors que la mode est au plan, à l'univers bidimensionnel des grandes surfaces, les hiérarchies qui suivent se veulent un rappel au volume, à l'épaisseur de la vie. Elles développent la troisième dimension, la hauteur, qui ne fait son apparition dans le monde qu'à travers le désir et le jugement de l'être humain. Presque toutes ces hiérarchies traduisent des jugements de valeur. Parmi les objections qu'on voudra leur faire ne pourra donc figurer celle d'être fausses. Il en est une cependant qu'on ne manquera d'élever contre elles : celle de ne représenter que la perspective singulière d'un homme, d'être trop personnelles pour valoir pour tous. Je ne demande pas mieux. Cela dit, établir ses propres hiérarchies n'est pas la même chose que réciter sa profession de foi. Il faut pouvoir dire non pas «voici les croyances, les principes, la philosophie qui forment depuis toujours le sillon de ma vie», mais plutôt «voici comment je vois les choses aujourd'hui, à partir du chantier, de l'expérience toujours ouverte de mon existence». À ceux qui n'ont jamais douté, ni jamais vécu ainsi à l'aventure, puisse ce très modeste recueil servir de provocation.» L. G.

  • Nietzsche et la probité

    Louis Godbout

    • Liber
    • 1 Octobre 2008

    Si le concept de vérité chez Nietzsche a fait couler beaucoup d'encre, on ne peut en dire autant de sa vertu de vérité, sa probité. Pourtant Nietzsche lui-même répète que sa probité constitue une nouvelle vertu, qui le distingue parmi les philosophes. Il y voit même un titre de gloire posthume. Au sein d'une discipline où l'on fait profession de la vérité, une telle prétention a de quoi surprendre. Nietzsche serait-il plus philosophe que les philosophes ?
    L'intérêt que suscite cette question dépasse le cadre des simples «études nietzschéennes». En se réclamant d'un souci sans précédent pour la vérité tout en étant un virulent critique de la notion, Nietzsche incarne le premier cette ambivalence qui forme désormais le lot du penseur d'aujourd'hui. Ce penseur dont la réflexion, rendue timide par les assauts de la déconstruction et du relativisme, porte le plus souvent en elle-même les éléments de sa propre remise en question. Ainsi en allait-il déjà de la pensée nietzschéenne. Ses interprètes plus rigoureux sont embêtés par son «surhomme» et son «éternel retour», ses plus romantiques le sont par sa lucidité impitoyable, et Nietzsche l'était par les deux. C'est un témoignage de sa probité qu'il n'ait pas cherché à cacher cette contradiction intérieure. Pour notre époque, il s'agit aussi d'une de ses plus précieuses leçons: paradoxalement, celui qu'on a souvent, et bien hâtivement, qualifié d'«irrationaliste» ou d'«esthète» nous montre comment la crise de la vérité ne signe ni la mort de la sagesse ni celle de la rigueur et de la lucidité philosophiques. Au contraire - qui l'eût cru? -, peut-être qu'une nouvelle éthique de la pensée se dessine ici. (L. G.)

  • Qu'est-ce que le golf? Un sport, un hobby, une névrose? Tout cela, sans doute, mais aussi et surtout un des grands lieux où le philosophe peut se livrer à l'examen de l'humaine condition.
    Il y trouve en effet la question des rapports de la nature et de la civilisation, celle du conflit du corps et de la volonté, celle de la solitude fondamentale de chacun de nous. Il pourra encore y observer les attitudes de l'homme, être de fantasmes et de manies, devant l'adversité (fréquente) et devant la réussite (rare), et étudier à vif les passions qui s'emparent alors de son âme. II aura donc compris que le joueur de golf n'est en somme qu'une figure exacerbée de l'individu normal.
    /> Fruit d'une longue expérience et d'une attentive observation, cet ouvrage brosse donc avec humour et finesse le portrait du golfeur, amplement illustré par mille anecdotes tirées des annales sportives aussi bien que de l'expérience commune.

  • Notre expérience de la vie est un mélange de situations heureuses et de situations malheureuses, de bons souvenirs et de mauvais souvenirs, d'émotions agréables et d'émotions désagréables : contentement, frustration, ravissement, humiliation, victoire, trahison, bonheur, tristesse,... Il semble d'ailleurs plus facile pour nous d'entretenir notre souffrance plutôt que notre joie, en nous complaisant dans la rumination plaintive de l'amertume : on parle alors de ressentiment. Or, l'individu qui éprouve ce ressentiment, il s'exprime et il veut être convaincant... Comment s'y prend-il et d'où parle-t-il ? Avec grande finesse, Louis Godbout explore les stratégies de ce discours et de ses implications psychologiques à l'occasion d'analyses affutées du mensonge, de l'instinct de vengeance, de la mauvaise humeur, de la culpabilisation, ou encore de la moralisation. Ainsi le philosophe dessine-t-il progresssivement le portrait de l'homme mécontent qui projette sur l'autre ce qu'il ne veut pas voir en lui-même. Au fond trop faible pour accepter la réalité, l'individu frustré tente de la corriger, de la reformuler à son avantage : soutenu par une rhétorique sophistiquée, il invente alors une histoire imaginaire en s'appuyant sur les plus belles valeurs pour donner du lustre à son illusion rassurante. Et finalement, si du point de vue individuel et psychologique cette persistance de l'émotion douloureuse influence notre vie, elle peut également contaminer la Culture et l'Histoire lorsqu'elle se traduit par des discours sur le monde et les valeurs. C'est ainsi la nature de ce discours du ressentiment que Louis Godbout examine ici, mettant superbement en lumière ses conditions de possibilité, ses caractéristiques essentielles et la multiplicité de ses enjeux. Un ouvrage essentiel pour comprendre l'Histoire des hommes mais aussi notre histoire personnelle et singulière...

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