Hermann

  • On appellera " démophobie " toute méthode de contournement ou de rejet de la " parole" du peuple qui procède de l'allergie, de l'appréhension ou de la défiance que ce même peuple suscite, qu'on l'estime " ignorant ", victime de ses affects - surafecté ou désaffecté.
    Elle est le propre des gouvernements, chaque fois que, confrontés à une contestation ou des revendications " populaires " qui les dérangent, ils commencent par minimiser cette parole ou la discréditer. Mais elle constitue aussi le point commun aveugle des théoriciens qui fustigent les " dérives " de la démocratie et se méfient des élections et de leur résultat, quand ils ne lui refusent pas toute légitimité.
    En interrogeant les présupposés de ces pratiques et de ces théories " démophobes ", le présent essai entreprend de redonner son sens au suffrage " populaire " et d'en rétablir les enjeux.

  • Il n´y a pas de guerre, pas de génocide, pas d´abandon de populations entières à leur errance entre des frontières meurtrières qui ne soient possibles sans une «?suspension?» de la relation à la mort d´autrui, un déni des gestes de secours, des paroles de réconfort, du partage qu´elle appelle. Notre mémoire du siècle dernier et notre appréhension du siècle à venir sont inséparables du souvenir de leur éclipse qui trace les «?limites?» de la fraternité. Elle fait du monde dans lequel nous vivons un monde divisé, autant que l´est notre attitude devant la mort des autres, le deuil et la mémoire qui en résultent. C´est cette éclipse que, à la lecture de textes de Freud, de Heidegger, de Sartre, de Levinas, de Patocka, Ricoeur et Derrida, cet essai entreprend de comprendre et d´interroger, alors même qu´elle fait l´objet d´une double responsabilité, éthique et politique. Marc Crépon est directeur de recherches au CNRS (Archives Husserl).

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