Librairie Generale Francaise

  • Par l'attribution du prix Goncourt, le grand public va connaître le nom de Marcel Proust (...). Depuis la fondation de l'Académie, en 1903, nous n'avons pas, à mon avis, couronné un ouvrage aussi vigoureux, aussi neuf, aussi plein de richesses - dont quelques-unes entièrement originales - que cet A l'ombre des jeunes filles en fleurs. (...) L'auteur n'est ni pressé ni cursif (...). C'est un jeu de flânerie et de sagacité, où s'ouvrent tout à coup, sur vous, sur nous, sur eux, des perspectives étonnantes, et telles qu'on en découvre dans nos meilleurs moralistes et annalistes du coeur humain (...). Chose rare (...), il possède la faculté comique (...). L'outrecuidance, l'indifférence, la sauvagerie, la sottise d'autrui (...) l'amusent, et il les décrit à la façon du bon botaniste.

  • Les guermantes n'étaient pas seulement d'une qualité de chair, de cheveu, de transparent regard, exquise, mais avaient une manière de se sentir, de marcher, de saluer, de regarder avant de serrer la main, par quoi ils étaient aussi différents en tout cela d'un homme du monde quelconque que celui-ci d'un fermier en blouse.

    Et malgré leur amabilité on se disait : n'ont-ils pas vraiment le droit, quoiqu'ils le dissimulent, quand ils nous voient marcher, saluer, sortir, toutes ces choses qui, accomplies par eux, devenaient aussi gracieuses que le vol de l'hirondelle ou l'inclinaison de la rose, de penser : " ils sont d'une autre race que nous, et nous sommes, nous, les princes de la terre. " " proust est quelqu'un dont le regard est infiniment plus subtil et plus attentif que le nôtre, et qui nous prête ce regard, tout le temps que nous le lisons.
    Et comme les choses qu'il regarde (et si spontanément qu'il n'a jamais l'air d'observer) sont les plus naturelles du monde, il nous semble sans cesse, en le lisant, que c'est en nous qu'il nous permet de voir.
    Vous êtes extraordinaire, mon cher proust ! il semble que vous ne parliez que de vous, et vos livres sont aussi peuplés que toute la comédie humaine. " andré gide.

  • Lorsqu'un de ses amis, au théâtre, présente Charles Swann à Odette de Crécy, elle ne lui semble pas sans beauté, mais d'un genre de beauté qui ne le séduit pas. Et cependant, elle lui écrit pour lui demander de voir ses collections, puis retourne chez lui, rapproche bientôt ses visites, et le fait inviter par le petit clan de Mme Verdurin. Lorsqu'il s'avise qu'elle ressemble à un Botticelli, le re-gard que Swann porte sur Odette se transforme, et un jour où, arrivé en retard chez les Verdurin, il découvre que, croyant qu'il ne viendrait plus, elle est déjà repartie, une étrange souffrance le gagne : « son amour n'était plus opéra-ble. »
    Deuxième partie de Du côté de chez Swann qui, en 1913, ouvre A la Recherche du Temps perdu, « Un amour de Swann » a été, dès 1930, publié en volume séparé, et il s'agit bien, en effet, d'une histoire dont l'unité s'impose ai-sément au lecteur : celle d'un amour traversé de souffrance et de jalousie, jus-qu'à ce que, dans une sorte de guérison, s'effacent les tendresses successives qui étaient nées peu à peu de la première image entrevue.

  • Marcel Proust Du côté de chez Swann Ce livre, les plus proches des amis de Marcel Proust en parlaient depuis quelque temps avec une discrétion passionnée et les lecteurs du « Figaro » eurent ici même plus d'une fois la fortune d'en connaître des extraits. Il forme la première partie d'une trilogie, et son titre Du côté de chez Swann, orienté, libre et fécond comme un départ pour la promenade, est la si violente et lumineuse projection d'une intelligence et d'une sensibilité qu'en le lisant on entend une voix profonde et révélatrice, plus encore qu'on n'accomplit l'habituel travail visuel et spirituel de la lecture, et qu'après l'avoir refermé, et avant de le reprendre, l'écho de cette voix se prolonge, évoquant la présence de l'auteur pour ceux qui le connaissent, et, pour les autres, capables de la reconstituer.

    Lucien-Alphonse Daudet.

    Edition d'Elyane Dezon-Jones.

  • Par l'attribution du prix Goncourt, le grand public va connaître le nom de Marcel Proust (...). Depuis la fondation de l'Académie, en 1903, nous n'avons pas, à mon avis, couronné un ouvrage aussi vigoureux, aussi neuf, aussi plein de richesses - dont quelques-unes entièrement originales - que cet A l'ombre des jeunes filles en fleurs. (...) L'auteur n'est ni pressé ni cursif (...). C'est un jeu de flânerie et de sagacité, où s'ouvrent tout à coup, sur vous, sur nous, sur eux, des perspectives étonnantes, et telles qu'on en découvre dans nos meilleurs moralistes et annalistes du coeur humain (...). Chose rare (...), il possède la faculté comique (...). L'outrecuidance, l'indifférence, la sauvagerie, la sottise d'autrui (...) l'amusent, et il les décrit à la façon du bon botaniste.

  • De retour à Combray après son histoire tourmentée avec Albertine, le narrateur de La Recherche est livré à l'amertume et à l'indifférence. Ni le souvenir ni la littérature ne trouvent plus en lui d'écho sensible. Ce n'est que plus tard, à Paris, que le hasard lui procurera une expérience capitale : deux dalles disjointes sous ses pieds, le tintement d'une cuiller, ranimant en lui le souvenir et sa félicité propre, vont lui faire découvrir comment l'oeuvre d'art - celle que le romancier achève au moment où le narrateur la commence - nous donne seule accès à la vraie vie.Voyez-vous cet homme seul, luttant pied à Pied jusqu'à la mort contre le flot montant des souvenirs... Il est mort de ce travail insensé; il est mort, peut-être sans Dieu dont l'amour l'en eût détourné... A nous, ses frères plus jeunes qui l'avons admiré et aimé, voilà la Won terrible qu'il nous laisse: l'art n'est pas une plaisanterie; il y va de la vie et il y va de bien plus.François Mauriac.

  • " Mademoiselle Albertine est partie ! " Alors que le narrateur croyait souhaiter cette séparation et ne plus aimer la jeune fille, il suffit que Françoise prononce ces mots devant lui pour qu'il en souffre tout aussitôt. Il songe alors à demander à son ami Saint-Loup d'aller la chercher en Touraine, chez sa tante, si c'est bien là qu'elle est partie. Mais elle ne revient pas. A la fin de La Prisonnière, déjà, le départ d'Albertine nous était annoncé ; comme le précédent, ce volume paraît de manière posthume en 1925. Dans ce roman de la souffrance et du chagrin où le héros se remémore son aventure avec la jeune fille, il cherche également à percer le secret de sa vie. La fin de l'amour crée un vide, une attente - celle du Temps retrouvé, où pourra se refermer A la recherche du temps perdu.

  • Marcel Proust est probablement le premier des grands écrivains qui ait franchi les portes de Sodome et Gomorrhe en flammes. Il songea d'ailleurs à donner le nom des deux cités bibliques à l'ensemble de son oeuvre- l'objet véritable de son étude n'est pas l'idéalisation d'une passion singulière ni l'explication philosophique de son mystère ni la psychologie amoureuse de ses desservants - psychologie qui obéit simplement aux lois générales de l'amour. C'est le portrait vivant, incarné par le plus hautain des seigneurs, de « l'homme traqué » par la société, en révolte latente contre elle, c'est la lutte de la nature contre la morale.

    Léon PIERRE-QUINT. Sodome, c'est M. de Charlus et Gomorrhe Albertine. Entre ces deux figures, chacune étant le centre d'une tragi-comédie dont le spectateur ne fait que percevoir les échos mêlés, le héros du livre, celui qui parle à la première personne, poursuit son voyage à la recherche du temps perdu.

  • Albertine a renoncé à faire une croisière et lorsque, à la fin de l'été, elle rentre de Balbec avec le narrateur, elle s'installe chez lui, à Paris : il ne se sent plus amoureux d'elle, elle n'a plus rien à lui apprendre, elle lui semble chaque jour moins jolie, mais la possibilité d'un mariage reste ouverte, et en lui rendant la vie agréable, peut-être songe-t-il à éveiller en elle le désir de l'épouser. Il se préoccupe en tout cas de son emploi du temps, l'interroge sur ses sorties sans pouvoir bien percer si sa réponse est un mensonge, et le désir que visiblement elle suscite chez les autres fait poindre la souffrance en lui.
    Paru en 1923, La Prisonnière est le premier des trois volumes publiés après la mort de Proust et, quoique solidaire, bien sûr, de Sodome et Gomorrhe qui le précède comme d'Albertine disparue qui le suit, une certaine unité lui est propre, entre l'enfermement initial du narrateur et le départ final de la jeune fille. Pour l'essentiel, trois journées simplement se déroulent ici - le plus souvent dans l'espace clos de l'appartement -, et ce sont comme les trois actes d'un théâtre où la jalousie occupe toute la place.

  • La passion du narrateur pour Albertine, dépeinte dans La Prisonnière, ne s'éteint pas avec la disparition de la jeune fille, qui l'a quitté avant de trouver la mors quelques mois plus tard. La Fugitive nous raconte Comment, aux tourments de la jalousie, succède d'abord la longue traversée du chagrin et des regrets, mais aussi et surtout l'expérience de l'oubli et l'éveil d'une vocation artistique, clé d'accès à une réalité supérieure.
    " C'est ce que j'ai écrit de plus fort ", disait Proust de La Fugitive. L'expression de la souffrance amoureuse, des métamorphoses que le Temps opère dans les êtres, atteint en effet ici une perfection inégalée.

    Il n'a pas saisi la vie par l'action même, il l'a rejointe, et comme imitée, par la surabondance des connexions que la moindre image trouvait si aisément dans la propre substance de l'auteur. Il donnait des racines infinies à tous les germes d'analyse que les circonstances de sa vie avaient semés dans sa durée.
    Paul Valéry

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