Omnibus

  • Ceux de 14

    Maurice Genevoix

    • Omnibus
    • 4 Novembre 1999

    " cette espèce de pétillement très faible.
    C'est la bataille acharnée vers laquelle ils marchent, et qui halète là, de l'autre côté de cette crête qu'ils vont franchir. ils marchent ; chaque pas qu'ils font les rapproche de ce coin de terre oú l'on meurt aujourd'hui, et ils marchent. ils vont entrer là-dedans, chacun avec son corps vivant ; et ce corps soulevé de terreur agira, fera les gestes de la bataille ; les yeux viseront, le doigt appuiera sur la détente du lebel ; et cela durera, aussi longtemps qu'il sera nécessaire, malgré les balles obstinées, qui sifflent et chantent sans arrêt, et souvent frappent et s'enfoncent avec un horrible petit bruit mat qui fait tourner la tête, de force, et qui semble dire :
    " tiens, regarde ! " et ils regarderont.
    Et ils auront peur dans toute leur chair. ils auront peur, c'est certain, c'est fatal ; mais ayant peur, ils resteront. " (sous verdun. ).

  • Ecrivain de la Nature, Maurice Genevoix est aussi un écrivain-voyageur.
    Ce nouveau volume qu'Omnibus lui consacre se propose de parcourir au travers de ses écrits, dont certains inédits, les paysages qu'il a aimé, et de rencontrer les hommes qui l'ont impressionné. Mais aussi on découvre un écrivain conscient de l'abîme dans lequel l'Homme va sombrer: pollution, massacre des animaux, disparition des espèces et des peuples. On le voit observer comment les Anglais, dès 1939, préparent, au Canada, la Seconde Guerre mondiale.
    En Afrique, en 1946 et 1947, il décèle les prémisses de la décolonisation et sent quels terribles drames humains vont l'accompagner. Début 1939, peu après le décès de sa première épouse, Maurice Genevoix part pour plusieurs mois au Canada. Voyage qui lui inspire de nombreux écrits : romans, nouvelles, récit ainsi que des articles.
    Un territoire de Nature qui restera une source d'inspiration profonde et conserve une place de choix dans son oeuvre.
    Ce n'est qu'après-guerre qu'il repart sur les routes du monde : Scandinavie, en 1945, séjour durant lequel il rédige un carnet de voyage ; Etats-Unis, Mexique, Italie, Suisse. Il séjournera aussi longuement en Afrique, en 1946 et 1947 : Tunisie, Algérie, Mauritanie, Guinée, Soudan et Nigéria. Il consacre un essai à ce périple africain, Afrique Blanche-Afrique Noire, en 1949 et publie son magnifique roman Fatou Cissé,qui se situe au Sénégal, en 1954.

  • « Je ne suis pas délimité entre mon chapeau et mes souliers.
    Je suis dans l'univers entier et je suis dans tous les temps ». Ces phrases de Whitman, Maurice Genevoix les a faites siennes. Naître en 1890 dans une île de la Loire disposait en effet le grand écrivain à recevoir quelques-uns des « merveilleux secrets » dont il disait qu'ils « l'unissaient à l'universelle création ». De plus, connaître, comme lui, «la mort de près » en 1914 et en 1915, et recevoir en combattant les plus graves blessures du corps et de l'âme, ne pouvait qu'inciter le survivant à « survivre » plus encore, en accueillant comme autant de révélations chaque instant de cette vie qui ne lui fut pas arrachée.
    Les oeuvres de Genevoix rassemblées ici en un seul volume sont toutes sorties de cette stupeur et marquées de ces révélations. Les grands romans mythiques de La Forêt perdue et de La Dernière Harde sont aussi d'admirables méditations sur la réconciliation de l'homme avec lui-même. Hommes, bêtes, enfants, ce sont des êtres libres, rebelles parfois jusqu'à la sauvagerie, qui vont jusqu'au bout de leur destin.
    Le braconnier de Raboliot, le tonnelier de Rémi des Rauches, l'adolescent de La Boîte à pêche, les « pingres » de Beau-François, le chat Rroû, Fan, le jeune garçon du Jardin dans l'île, ou le héros de Derrière les collines, tous, ils sont comme inspirés par ce « j'existe ! » qui pourrait être le mot suprême de Genevoix... La Nature, la Loire, la Forêt familière ou mythique, sont les grands personnages d'une oeuvre qui témoigne d'une perpétuelle « ivresse des retrouvailles ».
    Genevoix n'est pas seulement un de nos plus grands paysagistes, un maître de la prose française, un conteur inégalé : il est aussi un témoin de l'homme réel qui, aux questions posées par le monde moderne, a répondu par son oeuvre.
    Daniel OSTER

  • Les « livres de guerre » de Maurice Genevoix sont l'oeuvre première d'un très grand écrivain français. L'étonnante faculté d'observation remarquée par Ernest Lavisse dès 1916, la précision de la mémoire, l'attention aux hommes, aux regards, à la tonalité des voix, la rigueur, la simplicité, la clarté du récit portent la marque de son génie unique. Il fut le peintre de la Grande Guerre, il demeure le premier grand témoin de notre siècle cataclysmique, porté par le devoir de faire comprendre l'indicible aux générations futures : « Ce que nous avons fait, c'est plus qu'on ne pouvait demander à des hommes, et nous l'avons fait. » En contrepoint à cette oeuvre, deux romans et le poignant écho écrit 50 ans plus tard, La Mort de près.

  • On connaît les livres de guerre - le témoignage rigoureux et implacable de Ceux de 14.

    Le présent volume révèle l'autre versant de l'oeuvre de Maurice Genevoix, ces romans ou récits qui distillent une petite musique aussi fluide et poétique que le cours de la Loire, ses tours et ses détours, ses îles inattendues et ses promesses toujours tenues. Tous à tonalité autobiographique, ils abordent les thèmes chers à l'écrivain : la magie de l'enfance, la beauté profonde de la nature, le mystère des époques révolues, les douceurs de la vie de province, le sens inimitable de la vie animale.
    Partout, au fil des pages, sourd cet humanisme aussi rayonnant que bienfaisant qui enchante, émerveille, ravit le lecteur comme pour mieux le réconcilier avec l'harmonie du monde.
    A l'image de ces Trente mille jours, récit d'une vie inscrite dans son temps et commencée dans l'horreur du siècle, l'oeuvre de Maurice Genevoix est un viatique, un jardin empli de bonheurs simples, un Eden aux chants d'oiseaux, dans le parfum des fleurs et des fruits, dans le silence des jours et des nuits où la paix finit toujours par envahir celui qui en a poussé la porte.

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