• Depuis le désastre de la dernière guerre jusqu'à la crise de légitimité des démocraties, Paul Ricoeur a tenté une réhabilitation du politique par le souci accordé au droit.
    Il s'agit pour lui à la fois de faire crédit à la capacité des sujets à viser un bien commun et de tenir compte de la fragilité tant des personnes que des institutions. Ces deux orientations s'entrecroisent dans une pratique du jugement qui interprète le juste dans la singularité des situations, tranche et distribue ce qui revient à chacun et contribue à reconstruire un lien social possible. Il fait ainsi du jugement, celui du magistrat, celui du citoyen, celui de chaque humain, le lieu du juste dans la cité ébranlée.

  • La liberté de conscience chez Pierre Bayle oscille. D'un côté, nous avons l'idée minimale que « les droits de la conscience sont directement ceux de Dieu lui-même », que le dictamen de la conscience ne nous appartient pas plus que la couleur de nos yeux. La conscience est ici protégée de toute intervention par un voile d'ignorance et d'impuissance, issu d'une lecture hétérodoxe de la prédestination. De l'autre nous avons l'idée que tout est ouvert à la discussion, dans une utopie marine de société indocile et de libre tolérance, sans lois ni Etat. La République des Lettres « est un état extrêmement libre. On n'y reconnaît que l'empire de la vérité et de la raison, et sous leurs auspices on fait la guerre innocemment à qui que ce soit ». Comment penser ensemble ces deux aspects ?
               

  • En trente ans,  La justification de l'Europe  a bien changé : en 1989, son utopie motrice en faisait une société ouverte. L'Europe attirait ses alentours et tendait les bras aux pays de l'Est. Ce qui a fait l'originalité de l'Europe, son identité, son idée, c'est que ses  sources ont toujours été plurielles,  mixtes, entrelacées. Mais aujourd'hui, le fracas de l'Europe se traduit à la fois par des démagogies nationalistes, qui dénient cette mixité, ainsi que par le  scepticisme néolibéral et techniciste, qui prétend faire le vide de toute idéologie, de toute utopie, de toute tradition. Comment, dans ce vertige, repenser l'Europe  ? Il semble indispen- sable d'aller désormais au bout de ce pluralisme  : pluralisme politique d'un espace commun sur lequel coexisteraient plusieurs États et  qui  inventerait une nouvelle forme de frontière ; pluralisme économique d'un marché qui favorise- rait la diversité des formes de vies, de cohabitations, de communs ; pluralisme culturel qui ferait place à la multiplicité inachevée des traditions, langues et imaginaires.
    Dans cet essai à la fois lucide et percutant, Olivier Abel nous offre une réflexion ambitieuse sur  la vivacité  de la vieille Europe.
     

  • Jean Calvin (1509-1564) est une des principales figures de l'histoire religieuse. Il conduisit avec Luther le vaste mouvement de la Réforme. Prédicateur et écrivain, il publia sa doctrine. Il joua aussi un rôle politique, dont les méthodes furent contestées. Sa vie est marquée par ses exils, ses amitiés, son mariage et sa foi.

  • Quatre grandes figures protestantes ont animé la vie intellectuelle française au cours du XXe siècle, tout particulièrement sa deuxième partie.
    La philosophie, le droit la théologie, l'écologie et l'histoire ne seraient pas ce qu'ils sont aujourd'hui en France et même au-delà sans les apports de Paul Ricoeur, Jacques Ellul, Jean Carbonnier et Pierre Chaunu. Toutes désormais disparues entre 1994 et 2009, ces quatre personnalités reconnues affichaient des convictions protestantes marquées, sans pour autant les surligner dans le cours de leur existence de chercheur.
    En 1991, elles s'étaient confiées chacune au philosophe Olivier Abel pour quatre émissions de télévision vouées à présenter leur oeuvre, leur vie et leurs convictions. Cet ouvrage propose la version écrite et retravaillée de ces entretiens. Par-delà les vingt ans d'écarts, leur profondeur et leur actualité sont frappantes. On y lit des trajectoires, des anecdotes et des prises de position qui mettent en lumière des aspects encore peu connus du parcours de ces grandes figures, et surtout des convictions sur la politique, l'histoire ou la société marquées au sceau du prémonitoire.

  • Déni d'humiliation Nouv.

    Quel rapport entre les crimes abjects des djihadistes, le danger que représentent à certains égards les « réseaux sociaux » pour la démocratie et la civilité, la question de la liberté d'expression et du blasphème, le durcissement quasi-guerrier de la laïcité, les gilets jaunes, les majorités dangereuses qui ont porté Trump ou Erdogan au pouvoir, et qui poussent à nos portes ? Nous ne comprenons pas ce qui nous arrive, ces colères qui montent en miroir sans plus rien chercher à comprendre, nous ne savons et sentons plus ce que nous faisons. Je voudrais proposer ici une hypothèse. Nous avons globalement fait fausse route. Nous nous sommes enfoncés dans le déni de l'humiliation, de son importance, de sa gravité, de son existence même.

  • Nous avons un problème commun, de savoir comment faire place à autant d'humains ssi semblables et si différents. Ou plutôt de savoir comment faire place à autant d'êtres qui ne peuvent interpréter le fait d'exister sans se comparer les uns aux autres, sans se distinguer les unss des autres et qui doivent néanmoins cohabiter. Ou plutôt encore de savoir comment ces humains peuvent d'autant plus se distinguer qu'ils prennent la place successivement les uns des autres, qu'ils reprennent les mêmes traces et doivent les réinterpréter.

    On peut poser la question à la manière de Hobbes à partir de la condition langagière. N'est-ce pas parce que les humains parlent et se parlent qu'ils passent le plus clair de leur temps à comparer et à se comparer, cherchant à voir le semblable dans le différent et tout ensemble le différent dans le semblable ? N'est-ce pas pour cela que les humains sont des êtres métaphorisants ? N'avons nous pas ici le ressort commun de tout questionnement, de toute rhétorique ? le ressort commun de la raison et de la passsion ? ....

    Il y a un horizon politique à la rhétorique.

    Pour Michel Meyer la politique est aujourd'hui marquée par la forte érosion des compétences, des excellences et simplement des diversités, des individus qui tranchent, sous le poids de la seule passion démocratique qui demeure vivace après avoir étouffé les autres : l'envie qui ronge la démocratie conduit chacun à faire comme less autres et si possible mieux. Cette concurrence conformiste, cette banalisation égalitaire porte dans ses flancs la tentation totalitaire du refus des différences qui est aussi le refus des responsabilités. ...

    Si les humains doivent interpréter après coup le fait d'être toujours déjà né, cela suppose en eux la capacité à différer, à interpréter différemment leurs situations par leurs actes, leurs dires et leurs oeuvres. Cela suppose en eux la capacité à tenir un intervalle qui marque la différence entre ce qu'ils reçoivent et ce qu'ils donnent. Peut-être que leurs interprétations ne sont rien d'autre que cette différence. En ce sens là, répondre c'est interpréter l'interrogation, c'est répliquer au fait d'être là. ... Interpréter serait différer les réponses, marquer la différence entre les réponses et l'interrogation auxquelles elles répondent. Cette différence est la "condition langagière".

    L'herméneutique, théorie ou art de l'interprétation, a toujours affaire à des traces, à des traditions intentionnellement déposées dans des institutions, dans des oeuvres, faites pour durer, pour donner un cadre durable à l'apparition fugace des actes et des paroles et pour assuere une transmission, une filiation. Mais elle a toujours aussi affaire à ce que les oeuvres et les traces du passé échappent à leurs intentions initiales et sont réempruntés, réinterprétés de façon inattendue, différemment de génération en génération. L'herméneutique a donc intimement affaire à l'histoire, à la temporalité, à l'irréversibilité, on pourrait dire que l'herméneutique cherche à penser le langage comme l'institution de la transmission en dépit du décalage irréversible des générations. " Extraits de l'introduction SOMMAIRE Préambule Premier essai : L'élément de l'interrogation Le jeu de la question implicite -- Le jeu de la différence problématologique Deuxième essai : Figures de l'interrogation philosophique La philosophie vivante et son histoire -- La question avec Platon -- Styles du questionnement Troisième essai : S'orienter dans l'interprétation Gadamer et l'herméneutique de la question -- Réception et autonomisation, la littérature -- Une éthique des réinterprétations successives Quatrième essai : La rhétorique du questionnement Meyer et la pragmatique de la question -- La métaphore et l'implicite -- Une éthique des passions Epilogue : Le principe d'interrogativité Index Table des matières PRÉAMBULE Notre problème Une éthique du langage Quelle est la question ?

    Au carrefour de plusieurs traditions PREMIER ESSAI L'élément de l'interrogation Chapitre 1 - Le jeu de la question implicite L'implicitation des questions La figurativité Brève éthique de la question implicite Chapitre 2 - Le jeu de la différence problématologique La problématisation des réponses L'autonomisation des réponses et l'argumentation Brève éthique de la différence problématologique DEUXIÈME ESSAI Figures de l'interrogation philosophique Chapitre 3 - La philosophie vivante et son histoire Gadamer et l'histoire de la philosophie Meyer et l'histoire de la philosophie Ricoeur et l'histoire de la philosophie Chapitre 4 - La question avec Platon Le reproche que Meyer fait à Platon Le plaidoyer que Gadamer fait du dialogue platonicien Pourquoi les " Idées " ?

    Pourquoi les " mythes " et autres " paradigmes " ?

    Chapitre 5 - Styles du questionnement Variations sur le style cartésien du questionnement Style kantien et style hégélien du questionnement TROISIÈME ESSAI S'orienter dans l'interprétation Chapitre 6 - Gadamer et l'herméneutique de la question L'herméneutique de Gadamer Vers une herméneutique critique Chapitre 7 - Réception et autonomisation, la littérature N'y a-t-il que des compréhensions ambiguës ?

    L'esthétique de la réception de Jauss Meyer et la problématisation littéraire du monde et du lecteur Poétique de la réception Chapitre 8 - Une éthique des réinterprétations successives Éthique de l'imagination Le droit de réinterpréter Identité et génération L'éthique de l'autorité QUATRIÈME ESSAI La rhétorique du questionnement Chapitre 9 - Meyer et la pragmatique de la question La question métalinguistique La question référentielle La question illocutoire Chapitre 10 - La métaphore et l'implicite L'impertinence métaphorique chez Ricoeur Peut-on toujours expliciter la question implicite ?

    Chapitre 11 - Une éthique des passions La communication ordinaire et la rhétorique Les passions du conflit La différence instituée, le droit Qu'est-ce qu'une communauté ?

    ÉPILOGUE Le principe d'interrogativité La différence interprétative Poétique du sujet, poétique du monde L'intervalle de l'interrogation Index, 271

  • Entouré de ses livres et de ses souvenirs, le philosophe Paul Ricoeur veille.
    Toute sa vie, il a parcouru le monde pour questionner les penseurs de son temps. Mais son double, sous les traits d'une chouette, vient se poser sur son épaule, et l'invite au plus grand des voyages : prendre le chemin du consentement, et se dire enfin oui à lui-même.

  • Piégé entre la rancune et l'oubli, le pardon serait-il un nom hypocrite pour désigner " les oubliettes " de la vie ? ou alors, trop compromis avec d'obscures notions religieuses, comme le " péché ", la " rémission ", l' " absolution ", la " rédemption ", susciterait-il la méfiance ? l'une des difficultés du pardon tient au fait que chacun rencontre cette question avec son expérience propre, souvent intime, qui touche à l'identité.
    En effet, dans l'histoire des individus comme dans celle des communautés, le pardon tantôt menace, tantôt fonde cette identité. consentir à l'idée du pardon, c'est se donner le courage de réparer dans une société où l'on ne répare plus, où l'on jette tout. du pardon à l'impardonnable: l'amnistie, la grâce, l'oubli, l'indifférence, la rancune, la vengeance. une série de dilemmes pour que chacun tisse sa propre intrigue.

  • Que voulez-vous, les protestants sont différents...
    Parfois ils sont perçus ainsi mais, le plus souvent, eux-mêmes le ressentent fortement. Ainsi en est-il à chaque fois que se développe une campagne médiatique autour de la sortie d'une Encyclique du Pape. Il faut, une bonne fois, tirer au clair les raisons de cette différence. Ne pas se contenter de protester ou de réagir, mais dire ce qui fait la spécificité d'une réflexion éthique protestante, et la proposer comme une alternative aux encycliques.
    Cet ouvrage n'est pas une réplique aux Encycliques. Il veut contribuer à un véritable et large dialogue oecuménique, en en décrivant l'espace et en en rappelant le centre, Jésus-christ.

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