Gallimard

  • « Il poussa la porte qui donnait sur la balustrade et le jardin de derrière et il vit soudain l'ombre de sa femme morte qui se tenait à ses côtés. Ils marchèrent sur la pelouse. Il se prit de nouveau à pleurer doucement. Ils allèrent jusqu'à la barque. L'ombre de Madame de Sainte Colombe monta dans la barque blanche tandis qu'il en retenait le bord et la maintenait près de la rive. Elle avait retroussé sa robe pour poser le pied sur le plancher humide de la barque. Il se redressa. Les larmes glissaient sur ses joues. Il murmura :
    - Je ne sais comment dire : Douze ans ont passé mais les draps de notre lit ne sont pas encore froids ».

  • Loin devant les villas sur la digue, elle se tenait accroupie, les genoux au menton, en plein vent, sur le sable humide de la marée. Elle pouvait passer des heures devant les vagues, dans le vacarme, engloutie dans leur rythme comme dans l'« Loin devant les villas sur la digue, elle se tenait accroupie, les genoux au menton, en plein vent, sur le sable humide de la marée. Elle pouvait passer des heures devant les vagues, dans le vacarme, engloutie dans leur rythme comme dans l'étendue grise, de plus en plus bruyante et immense, de la mer. »

  • En Bretagne, de nos jours, près de Dinard, une femme d'une quarantaine d'années retrouve par hasard le professeur de piano de son enfance. Cette femme âgée lui propose de venir habiter chez elle. Petit à petit, elle se réinstalle dans la petite ville où elle a vécu autrefois, retrouve son premier amour, se lie comme jamais elle ne l'avait fait avec son frère plus jeune, redécouvre les lieux, les chemins, les roches, se passionne pour la nature, le mer. Soudain, un jour, sa fille, qu'elle n'avait plus vue depuis des années, revient vers elle. De façon polyphonique, tous les personnages qui la côtoient (un prêtre, la bonne du professeur de piano, son frère Paul, un cultivateur, la factrice, un cousin qui vit près de là, la conductrice du car de ramassage scolaire, la masseuse de la thalassothérapie, sa fille Juliette) évoquent cette femme dont la destinée paraît de plus en plus étrange. Chacun a son interprétation. Chacun essaie de comprendre les rapports troublants, mystérieux, silencieux, sauvages que Claire se met à entretenir avec sa famille, l'amour, la falaise, le ciel, les oiseaux, l'origine.

  • A la fin du ive siècle de notre ère, une patricienne romaine âgée de cinquante et un ans tient son journal, ou plutôt une sorte d'agenda.
    Elle consigne sur des tablettes de bois des achats qu'elle projette, des rentrées d'argent, des plaisanteries, des scènes qui l'ont touchée. pendant vingt ans apropenia avitia se consacre à cette tâche méticuleuse, dédaignant de voir la mort de l'empire, le pouvoir chrétien qui s'étend, les troupes gothiques qui investissent à trois reprises la ville. elle aime l'or. elle aime la grandeur des parcs et les barques plates chargées d'amphores et d'avoine qui passent sur le tibre.
    Elle aime descendre aux cuisines et dévorer tout à coup. elle aime les hommes qui oublient de temps en temps le regard des autres hommes. elle aime les vantaux aux fenêtres qui ne laissent pas passer le jour.

  • Ce Lycophron et Zétès assemble une traduction de l'Alexandra de Lycophron par Pascal Quignard et un long texte du même Pascal Quignard qui se déploie comme une réflexion sur ladite traduction, en incluant de nombreux éléments autobiographiques, ainsi que des séquences attribuées à un poète fictif : Zétès.
    Loin d'être disparate, l'ouvrage trouve son unité et sa légitimité dans le récit en actes qu'il propose : pourquoi un jeune homme de vingt ans décide-t-il de s'attaquer à une traduction de cette ampleur ? Quel est alors son rapport au fait poétique et à la communauté des poètes (André du Bouchet et Paul Celan notamment) ? En quoi une telle expérience annonce-t-elle les oeuvres futures ? Répondant à ces interrogations, Pascal Quignard compose, par touches successives, un art poétique qui le révèle magnifiquement.
    « C'était il y a quarante ans, écrit-il. Je disposais devant moi, à côté de moi, autour de moi, tous les dictionnaires que j'avais hérités de mon arrière-grand-père et ceux, plus récents, de Bailly, Chantraine, Grandsaignes, Bloch-Wartburg, Ernout-Meillet. Ils s'entassaient, se superposaient, de tous formats, petits, énormes, grands ouverts, les uns sur les autres, sous l'ampoule nue. Je préparais la traduction en commençant par chercher l'étymologie de chaque mot. Je voyageais. J'allais dans l'autre monde. Je descendais dans les siècles perdus. » Et cette « descente dans les siècles perdus » apparaît comme une exploration fascinante, terrible, lucide, qui témoigne de la permanence de l'horreur et de l'aveuglement dans ce qui forme le destin des hommes.
    « Cassandre dit l'horreur du lien social. Personne ne la croit. Le déprimé dit la vérité du réel. Personne ne le croit. Ceux qui survécurent, revenant des camps d'extermination de l'Allemagne, provoquèrent la même incrédulité - trois mille ans plus tard - que Cassandre dans le monde troyen détruit, avant d'être égorgée. » On comprend pourquoi un poète comme Paul Celan suivit pas à pas, à la fin des années 60, la traduction de Lycophron qu'avait entrepris Pascal Quignard, et pourquoi il ne cessait de lui demander d'accélérer la mise au net de la version française de ce texte fondateur.

  • Un homme a froid parce qu'il a oublié un ancien prénom.
    Il collectionne sur la terre entière tout ce qu'une main d'enfant peut étreindre. a rome, à tokyo, à paris, à londres, edouard furfooz vend des vieux jouets, des poupées, des miniatures, des dessus de tabatière : il vend les dons des saturnales. arrive le solstice d'hiver, où tout ce qui est petit est aimé, où les jours sont les plus courts.
    Alors que l'année, le feu, le soleil se préparent à revenir, c'est un intense amour qui revient.

  • Carus

    Pascal Quignard

    Un homme est triste.
    Cela se passe à paris de nos jours. il est musicien et il est malheureux au point qu'il se tait. c'est l'hiver. ses amis - un vieux collectionneur de livres, un grammairien puriste, un marchand d'antiquités chinoises, un professeur de philologie, une analyste musicienne. - s'efforcent de le remettre d'aplomb. ils se réunissent au cours de grands banquets querelleurs, jouent des trios et des quatuors, tempêtent, puis parlementent, s'injurient, puis s'excusent.

    Ils bâtissent une amitié pour enchanter le désarroi.

  • Vie secrète

    Pascal Quignard

    La vie de chacun d'entre nous n'est pas une tentative d'aimer.
    Elle est l'unique essai.

  • Il y a un âge oú on ne rencontre plus la vie mais le temps.
    On cesse de voir la vie vivre. on voit le temps qui est en train de dévorer la vie toute crue. alors le coeur se serre. on se tient à des morceaux de bois pour voir encore un peu le spectacle qui saigne d'un bout à l'autre du monde et pour ne pas y tomber.

  • L'amour, la mer Nouv.

  • Le violiste Marin Marais, au crépuscule de sa vie, se souvient de son maître, Sainte Colombe. Janséniste austère et intransigeant, Monsieur de Sainte Colombe cherche la perfection en tout. À ses côtés, le jeune Marin Marais apprend la viole de gambe bien sûr, mais aussi l'amour avec Madeleine.
    Alain Corneau a réalisé Tous les matins du monde comme s'il peignait une toile tout en clair-obscur. Au son lancinant de la viole de gambe répondent la voix de Gérard Depardieu et la langue épurée de Pascal Quignard.

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