• Peintre de paysages et de natures mortes, Marlyne Blaquart pratique un art discret, et l'on voudra bien se souvenir que cet adjectif, à côté de son sens courant comme de son sens étymologique de « discernement », peut signifier « qui témoigne de retenue, de réserve ». La nature qu'elle représente paraît intacte, presque toujours exempte de tout signe qui rappellerait l'activité humaine : pas de routes, à peine des chemins, pas de poteaux télégraphiques ou électriques, pas de véhicules - et quand un bâtiment paraît, c'est au loin ou noyé dans la verdure. Pour autant, ces paysages sont très réels, décrits avec précision, aucunement oniriques.
    On retrouve cette justesse dans les natures mortes de l'artiste, pour lesquelles un seul fruit suffit souvent, la composition important moins que la recherche d'une certaine qualité de présence par la saisie de subtiles variations de couleurs : d'une sorte d'évidence sensuelle qui accomplirait parfaitement l'acte de peindre.
    Les deux auteurs de ce livre s'attachent à comprendre le sens d'une telle recherche, qui assurément paraît hors des sentiers battus aujourd'hui.

  • En 2008 le peintre Farhad Ostovani découvre une sculpture de Bacchus dans un jardin à Nervi - bien que fort endommagée, c'est un émerveillement pour l'artiste qui réalisera une suite de plus de 40 oeuvres : des portraits de ce jeune homme peints et dessinés sur une base photographique.
    Cet ouvrage réunit l'ensemble des oeuvres réalisées, ainsi que, en sus d'un texte de l'artiste contant son rapport à ce Bacchus, deux essais d'Alain Lévêque et Madeleine- Perdrillat.

  • Il faut fermer les yeux pour les ouvrir dans les yeux dégrisés de Lucy Vines.
    Dégrisés car revenus de tout et d'ailleurs où règne le mal. Ils nous donnent à voir des créatures, femmes dépouillées et pensives et quelques-uns de leurs enfants. A les regarder avec insistance on pénètre dans cette contrée silencieuse où, disait Apollinaire, règne la bonté. Et Lucy Vines prend dans sa peinture le risque de la bonté. Sa manière à rebours, le choix des supports, des formats et des fonds, la perfection de sa facture, tout, chez Lucy Vines, manifeste une exigence intranquille.
    Que le poète mexicain, Homero Aridjis ait réussi à la présenter accompagnée des textes du poète Jean-Paul Michel, et de ceux de Alain Madeleine-Perdrillat et de François Lallier, était d'autant plus nécessaire que, difficile à apprivoiser, l'oeuvre de Lucy Vines s'enfuit quand on l'approche de trop près. Mais contemplée, "elle nous atteint physiquement", ces mots sont de Borges, "comme la proximité de la mer".

  • Alain Madeleine-Perdrillat met son érudition au service dʼune peinture exposée au musée des beaux-arts dʼArras, un tableau de Laurent de La Hyre, La Mort des enfants de Béthel (1653). Le titre est incertain mais quʼimporte, car si la scène apparaît faussement édulcorée, cʼest que de La Hyre sʼest attaché à peindre une « impression poétique » de la mort, seule représentation possible de son caractère inéluctable et mystérieux. Alain Madeleine-Perdrillat exprime avec justesse son émotion devant ces ruines et ces corps sans vie qui, sʼils suggèrent la fuite du temps, conservent à jamais la mémoire des défunts.

  • Né en Hongrie en 1933, Alexandre Hollan est l'auteur d'une oeuvre abondante, considérée aujourd'hui comme l'une des plus singulières du tournant des XXe et XXIe siècles. À partir de sa première exposition personnelle en 1978, l'artiste se consacre à un travail sur le motif qui élit deux modèles exclusifs : les arbres et les natures mortes, qu'il préfère nommer « vies silencieuses ». Ce partage de l'oeuvre recoupe celui entre mouvement (les arbres) et immobilité (les natures mortes), mais également deux directions de l'art contemporain: celle de Rothko, dédiée à la couleur, et celle de Morandi, dont Hollan a pu dire qu'il était son «père » artistique. L'artiste revendique une recherche personnelle, liée à une réflexion proprement plastique : alternance du trait et de la forme ; travail sur les « réseaux » d'énergie des arbres ou des objets peints ; saisie de la présence vitale des éléments par différentes techniques picturales : lavis, fusains, acrylique, et différents supports : papiers, toiles, bannières. Son travail oscille ainsi entre visible et invisible, s'efforçant de peindre la sensation de celui qui regarde, opposée à la simple perception des signes extérieurs du monde. En retrait d'un monde toujours plus frénétique, détourné des objets usuels et vieillis ou des paysages sans lustre monnayable, Hollan donne également par son travail une leçon de patience et de ténacité qui fait lentement surgir un autre ordre de la réalité, plus profond, plus sourd, et plus intense. / Alexandre Hollan was born in Hungary in 1933. His prolific work is viewed today as one of the most singular in the late 20th and early 21st centuries. From his first solo exhibition in 1978, he elected to work from nature, on two subjects exclusively: trees and the still lifes he prefers to term «silent lifes». These two sides of his work are paralleled by research into movement (the trees) and immobility (the still lifes), as well as two directions in contemporary art: Rothko, dedicated to color, and Morandi, whom Hollan has called his artistic «father». Yet Hollan asserts his personal research, his own formal thinking into alternation of line and form, into exploring the «networks» of energy in trees and painted objects, and seizing their living presence through the use of various pictorial techniques -washes, charcoal, acrylic- and various supports such as paper, canvas and silk banners. Oscillating between the visible and invisible, his work endeavors to paint the beholder's feelings rather than only a perception of the outward signs of the world. Drawing back from an evermore frenzied world whose focus has shifted away from well-worn everyday objects or landscapes without the sheen of salability, Alexandre Hollan's work is also a lesson in patience, and the tenacity that slowly brings about another order of reality, one that is deeper, more secret and more intense.

  • Ces dernières années des critiques, des poètes, tels Yves Bonnefoy, Jacques Dupin, ont consacré des publications à l'oeuvre de Claude Garache. Dans ce volume, pour la première fois, l'artiste s'exprime lui-même sur son approche de praticien : ce travail si particulier de Garache, centré sur des matériaux concrets, l'huile, le pastel, le fusain, l'eau-forte, qui a un rapport immédiat avec l'espace et la lumière. Sa formation , auprès du sculpteur Coutin, son attirance pour les maître anciens comme Degas et Bonnard, son admiration pour la fluidité exceptionnelle de Monet, entre perception et expression, y son abordés tout comme son itinéraire original dès les années cinquante, en plein triomphe de l'abstraction, dans la voie de recherches par la forme et le sujet comparable à celle de Giacometti. Le choix d'une palette réduite au rouge y fait l'objet d'une longue méditation, doublée d'une sorte de profession de foi en une couleur des plus fortes, des «plus sonores » : « il faut qu'il y ait un fort échange avec la lumière, ce que permet le rouge vermillon.» Le but de toute sa vie, dont il n'a jamais varié, c'est « placer des formes avec de la couleur dans une certaine géométrie, mais une géométrie spatiale, qui repose sur une logique intrinsèque au corps, dans ses équilibres et dans ses aplombs, pour que ce soit vraisemblable. Je ne veux pas de faux gestes par exemple. Je veux qu'il y ait une pesanteur, une suggestion du mouvement. L'équilibre est une phase entre deux instants de déséquilibre contrôlés. Dans l'absolu je voudrais même que ce soit aussi rigoureux que chez Fouquet, une géométrie non représentée, une précision invisible, mais éprouvée par votre regard. » Claude Garache nous dévoile les secrets de sa création, « ces choses muettes » dont parlait Poussin, inlassablement reprises sur la toile (souvent plus d'une année), à la recherche de l'accord, qui requièrent la patience et la tenacité de toute une vie.

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