• Les Géographies irrégulières, sélection compilant 175 textes de l'écrivain, critique d'art et professeur à l'école des beaux-arts de Nantes Pierre Giquel, rendent compte pour la première fois de presque 35 ans d'une intense et foisonnante activité littéraire. Cette édition volumineuse comprend une couverture dépliante représentant des aquarelles de Fabrice Hyber.
    « Auteur d'une production qui se caractérise par ses multiples collaborations avec des artistes, les mots de Pierre Giquel se retrouvent aujourd'hui dans nombre d'oeuvres plastiques, sonores ou chorégraphiques. Il a également écrit de nombreux textes pour des monographies d'artistes.
    Construit sans hiérarchie des genres, ce livre de 600 pages, qui voit défiler les noms de 125 artistes, donne à voir le caractère nomade et singulier d'une position et d'une allure.
    Organisé en neuf chapitres, avec des titres qui constituent autant de thématiques que de motifs, les textes suivent le fil d'une écriture qui ne s'arrête pas, préférant le modèle du parcours à celui de l'anthologie. Car si le terme de l'irrégularité est à entendre au sens musical, comme une idée de l'intermittence de l'activité, c'est qu'elle se place bien ici en regard d'une certaine critique dite «scientifique», pour un commentateur de l'art qui se définit non sans malice comme «un accompagnateur, même mystique, plutôt qu'un analyste gelé». Prétextes à une focale cultivant insolence et liberté de ton, revendiquant la variété et le goût de l'éclectisme, Les Géographies irrégulières dessinent l'histoire d'un point de vue.
    Cette édition est le fruit d'un long et généreux compagnonnage avec les artistes, pour cette figure qui participa à la création de la revue Interlope, la curieuse au début des années 1990 et qui passa allègrement des colonnes de Art Press à celles de Ouest France au gré des humeurs et des saisons. Connu pour avoir incarné une relation ininterrompue et particulière, qu'il n'eût de cesse de tisser notamment à Nantes où il fut professeur à l'école des Beaux-Arts, entre les étudiants et les artistes, Pierre Giquel qui avoue volontiers que «la moquerie est une arme contre l'époque et ses morosités» ou que «vivre l'art, c'est comme incarner ses méandres et ses sauteries» fut aussi l'un des acteurs d'une scène dont il fut l'un des témoins.
    Ses Géographies irrégulières retracent également la trajectoire d'une plume et d'un style qui se sont élaborés au fil du temps. En échos complices, l'ouvrage s'ouvre avec les préambules de Fabrice Reymond et de Pierre-Jean Galdin qui évoquent dès les premières pages la mesure de l'attitude. Autre écho : la jaquette américaine avec deux aquarelles de Fabrice Hyber sous une forme de paysage biographique.
    Résonnant déjà à la manière d'un avertissement, il y a quelques années, l'écrivain avait écrit dans un article de la presse régionale, une phrase qui donne d'emblée le ton : «Je ne m'adresse pas à ceux que l'enthousiasme étrangle...» Un défi lancé au lecteur, comme une signature solaire, une dédicace. » Frédéric Emprou, directeur de la publication.

  • Fort de sa double appartenance franco-marocaine, Mehdi-Georges Lahlou traverse les frontières de nos sociétés multiculturelles. Dans ses performances comme dans ses oeuvres plastiques, il questionne l'esthétique, notamment celle liée à l'Islam, et ouvre sur des problématiques plus générales telle que l'identité (religieuse, culturelle ou sexuelle).

    Une oeuvre cohérente dans sa diversité qui perturbe les clichés et joue de l'ambiguïté liée à l'esthétique - où le corps est omniprésent.

    L'artiste joue les trublions et travestit son corps comme il travestit les traditions. Il sait, par juxtaposition, rester dans cet entre-deux qui perturbe les convictions établies. Il revêt les stigmas liés au féminin (talons aiguille, rouge à lèvres, voile), mais garde les attributs de sa virilité (poils, sexe, muscles). Un travestissement qui n'est donc pas intégral, et qui chamboule ainsi la norme des genres, sociale et sexuelle.

    Il n'est pas question chez Mehdi-Georges Lahlou de « choc des cultures » mais plutôt d'un double enfermement : sortir d'une culture, c'est être confronté à une autre culture qui vous enferme à nouveau.

    Ce travail plastique tient de l'idiotie. Faire l'idiot, comme le bouffon du roi, c'est lutter avec pertinence et liberté contre la gravité de tout système sclérosant. Les vidéos ont d'ailleurs pour titre Stupidités contrôlées, comme de tenir le plus longtemps possible avec une balle de tennis dans la bouche.

    Poussant les limites jusqu'à l'absurde, Mehdi-Georges Lahlou garde toujours un certain chic dans le ridicule et puise dans la légèreté de l'idiot un basculement vers le merveilleux.

  • Moêmes

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    Ce livre est un livre d'artistes réalisé par deux d'artistes qui se connaissent depuis de longues années, aussi la justesse, l'émotion, l'intimité qui s'en dégage nous entraîne dans des univers indissociables.
    Artiste français de premier plan, Fabrice Hyber, dès les années 90, à fortement changé le contexte de l'art en France. Qui ne se souvient lors de la première Biennale de Lyon de son oeuvre Traduction, le plus gros savon du monde, sculpture monumentale en savon de Marseille, pesant 22 tonnes, 190x250x670 cm. On peut également citer Hybertmarché, 1996, installation présentée à L'Arc/musée d'Art moderne de la ville de Paris ou encore Eau dort, Eau d'or, Odorà la Biennale de Venise, 1997. Sans compter les nombreuses oeuvres exposées dans le monde entier. Autant d'oeuvres interactives qui allient peinture, sculpture, performance, la vidéo et installation de la plus pertinente des manières.
    Ecrivain, poète et critique d'art, Pierre Giquel dans ce livre à deux voix, relate tout en allusion, une longue amitié, ainsi qu'une oeuvre dont il a suivi la genèse. Au passage, avec la délicatesse qui est la sienne, il crée un mot, MOêMES, digne d'entrer dans le dictionnaire et qui défini admirablement la prose poétique et la teneur de son texte.

  • Peinture froide prend feu Nouv.

    Pascale Remita convoque le réel en l'assourdissant. L'étrangeté qui se dégage de sa peinture révèle une grande finesse aux abords opaques et aux contours flous. Les surfaces, les paysages, le vivant y cohabitent pour ne faire parfois plus qu'un.
    L'oeil tente de s'accrocher pour finalement être emporté. On découvre le travail de Pascale Remita comme on regarde un film de Lynch : on tente de se rassurer en se référant au réel ou on accepte de lâcher prise pour jouir des sensations que la peinture nous offre. Accepter de se laisser submerger par ces images engourdies, c'est sans nul doute la meilleure façon d'entrer en contact avec ces peintures, ces fusains et ces films qui touchent tantôt à l'informel, à l'évanescent, tantôt à la trivialité et la rugosité d'images trouvées revisitées.

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