Littérature traduite

  • Watt

    Samuel Beckett

    Lorsqu'il entre au service de monsieur Knott, Watt pénètre dans une demeure où règnent une stricte hiérarchie et une rigo ureuse observance des horaires quotidiens. Nouvel arrivant, l'activité culinaire et ménagère de Watt se cantonnera d'abord au rez-de-chaussée où il obéira aux ordres de l'autre serviteur, un nommé E rskine alors promu au service rapproché de M. Knott sis au premier étage. Toute une lignée de serviteurs ont précédé Erskine et Watt, bien d'autres leur succéderont sans doute lorsque, de nouveau venu en nouveau venu, Watt aura pris la place d'Erskine puis achevé le cycle qui lui est imparti...

  • Traduit de l'anglais par Edith Fournier.

    « Extraordinaire mise en mots, en littérature, de l'exténuation, l'oeuvre de Samuel Beckett est ainsi, encore, paysage, attente et désir d'horizon. Lue sous cette lumière, elle ne peut plus, en aucune manière, être assimilée à la traduction imagée, ornée, romanesque pour tout dire, d'une pensée du désespoir, d'une morale mélancolique ou cynique élégamment balancée. Cap au pire est la traduction ? la recréation faudrait-il écrire, tant la version française d'Edith Fournier est convaincante ? d'un texte écrit en 1982 et publié l'année suivante, en anglais, sous le titre Worstward Ho.
    Encore : premier mot du livre et de tout ce qu'écrit Beckett. Premier et aussi dernier mot, qui reste suspendu à la fin de la phrase, de la page ou du souffle, quand tout semble dit et que le langage, comme le sol, se dérobe, quand l'épuisement gagne, a gagné. À partir de cet encore, la langue cependant se délie, se reconstitue, quitte à nouveau ce port de silence qui n'est jamais le bon, apprend à nouveau, apprend à dire encore à partir de rien, ou de si peu... Un corps peut-être, d'abord, ou bien d'abord le lieu. Non. D'abord les deux. Et le langage reprend, se reprend, apprend à vouloir dire encore et ce corps et ce lieu...
    Écoutez. Lisant, écoutez cette voix dénudée, ce chant très pur, comptine tout autant qu'épopée, ce chant qui est l'un des plus bouleversants encore de la littérature. » (Patrick Kéchichian, Le Monde)

  • Comme un thème que propose un compositeur, auquel les interprètes musiciens peuvent apporter toutes sortes de variations personnelles, c'est un thème que Samuel Beckett nous propose dans Le Dépeupleur. Il crée avec une rigueur mathématique et géométrique un microcosme totalement clos, un « cylindre surbaissé » qu'il peuple d'une foule d'êtres captifs. Il y fait régner des castes, des hiérarchies très précises, et des lois extrêmement rigoureuses. Pour autant, l'interprétation du thème reste ouverte et c'est même dans la multiplicité des lectures qu'il suscite que réside son infinie richesse.

    Le Dépeupleur est paru en 1970.

  • Inédits en français, ces poèmes ont été écrits entre 1930 et 1976. Au cours d'un demi-siècle, le style de Samuel Beckett évolue considérablement dans sa poésie comme dans toutes les autres formes de son oeuvre.
    Le jeune poète des années trente - qui fréquente les dadaïstes et les surréalistes, même s'il n'adhère pas à leur doctrine -, adopte un style baroque, excentrique, où s'expriment sa culture et son exubérance. Puis, peu à peu, Samuel Beckett abandonne toute emphase et atteint l'extrême dépouillement. Tandis que les mots vont s'amenuisant, la concision vers laquelle il tend alors confère à son oeuvre une intensité de plus en plus poignante, une profondeur et une force grandissantes.

  • Texte écrit en anglais entre 1977 et 1979.
    La traduction française de l'auteur est parue en 1980.

    « Le livre est là sur ma table, avec sa couverture blanche et le bleu du titre : Compagnie, et j'ai presque peur de ce qu'il y a dedans. Peur et envie et besoin d'entendre de nouveau la voix connue, jamais vraiment connue, autre chaque fois. "Il ne pourra pas aller plus loin.., une expérience limite... Au-delà, il n'y a plus que le silence...", etc. On entend dire ça depuis des années, depuis L'Innommable, mais la voix de Beckett est toujours là et les livres se succèdent, empiétant sur le silence ou, mieux, intégrant toutes les qualités, toutes les formes du silence, se raréfiant pour mieux se trouver, avec des airs de tituber, de se perdre, mais soudain lacérant notre espace, et dans un souffle le mot juste est là, avec toutes ses arêtes comme un prisme noir de basalte.
    Donc, ce nouveau livre de Beckett, là, fermé encore. Histoire de l'apprivoiser, je le laisse un temps se familiariser sur ma table avec mon petit gâchis personnel (un mot cher à Beckett, ça). Compagnie, dit le titre, et déjà on se doute que c'est le livre d'une solitude, de la solitude. Oui, "seul", tel est bien le dernier mot, que je m'en vais cueillir aussitôt après avoir lu la première phrase : "Une voix parvient à quelqu'un dans le noir. Imaginer." Entre les premiers mots et le dernier tout le livre respire. Le clou du monosyllabe final troue la page. » (Geneviève Serreau, Le Nouvel Observateur, 1980)

  • Tous ceux qui tombent

    Samuel Beckett

    • Minuit
    • 3 Avril 2014

    Tous ceux qui tombent, pièce radiophonique en un acte pour onze personnages, a été composé d'abord en anglais, sous le titre All that Fall, en 1956, puis traduite en français par Robert Pinget en 1957. La pièce diffusée pour la première fois le 13 janvier 1957 à la BBC, puis en février 1959 à la RTF, connaît un très grand succès.
    La radio est un média qui intéressa beaucoup Samuel Beckett. C'est sans doute cette réflexion sur le son en général, et non sur la seule voix, qui l'amène à imaginer une pièce où les effets sonores vont jouer un rôle capital.
    " Jamais pensé à la technique du théâtre pour la radio, mais au plus profond de la nuit m'est venue une belle idée horrible pleine de roues qui grincent et de pieds qui traînent, d'essoufflements et de halètements, qui pourrait - ou pas - aboutir. " Samuel Beckett

  • Nouvelles écrites en anglais entre 1926 et 1933. Première publication : More Pricks Than Kicks, Londres, Chatto and Windus, 1934.
    Cette traduction française d'Edith Fournier est parue aux Éditions de Minuit en 1995.

    Table des matières : Dante et le homard (Dante and the Lobster) - Fingal (Fingal) - Ding-dong (Ding-Dong) - Rincée nocturne (A Wet Night) - Amour et Léthé (Love and Lethe) - Promenade (Walking Out) - Quelle calamité (What a Misfortune) - Le billet doux de la Smeraldina (The Smeraldina's Billet Doux) - Blême (Yellow) - Résidu (Draff).

  • Les os d'écho

    Samuel Beckett

    • Minuit
    • 21 Septembre 2002

    Traduit de l'anglais et présenté par Edith Fournier.
    C'est le son de la voix d'un très jeune Samuel Beckett que l'on entendra ici, une voix qui peut parfois sembler bien étrange comparée à celle qui s'exprime dans ses oeuvres plus tardives. Mais les thèmes de ces poèmes feront résonner leur écho dans l'ensemble de son oeuvre.

    Les treize poèmes qui constituent ce recueil ont été écrits entre 1928 et 1935 : Le Vautour - Enueg I - Enueg II - Alba - Dortmunder - Sanies I - Sanies II - Serena I - Serena II - Serena III - Malacoda - Da Tagte Es - Les Os d'Écho.

  • Si Samuel Beckett assiste souvent aux discussions du groupe des artistes et des écrivains qui s'est formé, à Paris en 1947, autour de la revue de langue anglaise Transition que dirige Georges Duthuit, il n'aime guère y prendre directement part. C'est davantage dans une correspondance suivie, et au cours de conversations en tête à tête avec Georges Duthuit, qu'il se livre à un échange d'idées sur l'art en général et la peinture en particulier. En 1949, Samuel Beckett résume ces nombreux échanges et les transpose en trois dialogues imaginaires sur Tal-Coat, Masson et Bram van Velde.

    Ce recueil est paru en 1998, traduit de l'anglais en partie par l'auteur, en partie par Edith Fournier.

  • Figure emblématique de la littérature du XXe siècle, Samuel Beckett est avant tout connu et reconnu pour sa prose et son théâtre. Ce premier volume de lettres qu'il écrivit de 1929 à 1940 nous offre un portrait personnel et vivace de l'écrivain qui fut également un grand épistolier. Après avoir été lecteur d'anglais à Paris à l'École Normale Supérieure, il revient à Dublin pour enseigner à Trinity College, et démissionne au bout d'un an et demi, retourne ensuite à Paris, avant de gagner Londres, où il suit une psychanalyse à la Tavistock Clinic. Il relate son voyage à travers l'Allemagne entre 1936 et 1937 avant de s'installer de nouveau à Paris jusqu'à l'aube de la Seconde Guerre mondiale.
    Au fil des années, la genèse, souvent difficile, de ses premières oeuvres apparaît : son essai sur Finnegans Wake de Joyce, son étude sur Proust, son recueil de nouvelles More Pricks Than Kicks, ses poèmes rassemblés dans Echo's Bones and Other Precipitates, son premier roman Murphy. On découvre l'importance de sa relation avec Joyce et l'immense influence de celui-ci sur son oeuvre. Une familiarité frappante se dessine avec la littérature européenne, notamment avec les oeuvres de Dante, Goethe, Racine et Proust. Beckett révèle dans ses lettres un goût prononcé pour la peinture des grands musées européens.
    Ce document remarquable nous présente un auteur naviguant sans effort entre l'anglais, le français, l'italien et l'allemand, jouant sans cesse avec les possibilités des langues, pratiquant un humour parfois féroce, écrivant dans un idiome à la fois polyglotte, encyclopédique et intertextuel.
    Mais un Beckett plus intime transparaît également : jeune écrivain à la recherche d'un éditeur essuyant de nombreux refus, il confie également ici son obsession de la maladie et de la déchéance physique, tout en démontrant sa fidélité en amitié.

    Ce premier volume sera suivi de trois autres tomes offrant au lecteur une vision unique sur soixante années d'écriture (1929-1989) d'un grand auteur qui obtint le Nobel en 1969. Les éditions françaises de l'ensemble de cette correspondance seront publiées aux Éditions Gallimard.

  • Si le deuxième des quatre tomes des Lettres de Samuel Beckett commence par les années de guerre - à un moment où il était souvent impossible ou trop dangereux d'entretenir une correspondance - le nombre et la variété des courriers qu'envoie Beckett à partir de 1945 reflètent la profusion et l'intensité de sa créativité à cette période.
    C'est en effet à ce moment-là qu'il écrit ses premières oeuvres en français : Molloy , Malone meurt , L'innommable , En attendant Godot , etc. Ses lettres dévoilent alors la construction de son esthétique et l'énergie avec laquelle il défend ses oeuvres. Elles racontent aussi la transformation d'un auteur peu connu mais passionné en une figure internationale, et sa réponse à sa célébrité nouvelle.
    Comme pour le premier tome, Cambridge University Press a réalisé une édition très complète, remarquablement instruite et appuyée par de multiples notes, une chronologie et de courtes biographies des correspondants. Ce second volume propose également une introduction détaillée expliquant la position de Beckett durant la guerre ainsi que son mouvement essentiel vers la langue française, qui ne manquera pas d'intéresser les lecteurs et spécialistes francophones.

  • Ce troisième volume de Lettres met en évidence les difficultés de Samuel Beckett, dont la célébrité internationale est croissante, à trouver le juste équilibre entre les nombreuses sollicitations dont il fait l'objet et son aspiration à la quiétude et au silence, indispensables à l'écriture.
    Au cours de cette période, Beckett doit en effet affronter le fait que son travail - en dépit de sa propension à voir l'échec dans tout ce qu'il entreprend - est non seulement acclamé par la critique mais aussi par le public. Un grand nombre d'interlocuteurs originaires de pays de plus en plus variés font dès lors appel à lui : universitaires, écrivains, metteurs en scène, décorateurs, éditeurs et traducteurs... alors que dans le même temps il doit continuer d'entretenir une correspondance suivie avec ses amis les plus chers qui réclament de ses nouvelles.
    Beckett est très occupé mais cela ne l'empêche pas de multiplier les activités. Il s'immerge davantage dans le monde du théâtre - d'abord avec hésitation, puis avec enthousiasme - collaborant à la mise en scène de ses propres pièces. Il se lance dans le travail pour la radio en écrivant All That Fall et Embers pour la BBC ; Eh Joe pour la télévision ; et Film pour le cinéma.
    Il revient également à la fiction avec Comment c'est, son premier roman en dix ans. Alors qu'il était jusqu'ici réticent à l'idée d'évoquer son activité d'écrivain, Beckett s'attache désormais, lettre après lettre, à décrire ses travaux en cours. Et pour la première fois, le destinataire privilégié est une femme, Barbara Bray : productrice, traductrice, critique, elle travailla longtemps pour le département théâtre de la BBC et avait rencontré Beckett en février 1958 en produisant All That Fall. Cette rencontre qui se mua en une puissante liaison intellectuelle et amoureuse constitue un des éléments marquants de ce volume.

    Traduit de l'anglais (Irlande) par Gérard Kahn. Éditeurs bibliographiques : George Craig, Martha Dow Fehsenfeld, Dan Gunn, Lois More Overbeck

  • Ce quatrième et dernier volume des Lettres de Samuel Beckett accompagne l'auteur au long des vingt-quatre dernières années de ce qui fut, à ses yeux, une vie étonnamment longue. Lui qui avait toujours ressenti de la compassion pour les personnes âgées, le voici à présent contraint d'affronter lui-même le vieillissement avec les privations que cela entraîne et la disparition progressive des anciens amis et collaborateurs. Il fait preuve d'un stoïcisme remarquable face au deuil, aux atteintes corporelles et à la maladie, comme de la volonté de continuer à travailler jusqu'au bout.

    Au cours de ces années, il produit quelques-unes de ses oeuvres les plus raffinées et les plus denses, des pièces pour le théâtre qui incluent Pas moi, Pas, Solo, Berceuse, Impromptu d'Ohio et Catastrophe. Pour la télévision, il écrit Trio du Fantôme, ... que nuages..., Quad et Nacht und Träume. Et en prose, à la redoutable densité des oeuvres des années soixante, fait suite l'ampleur lyrique de la seconde « trilogie » formée de Compagnie, Mal vu mal dit et Cap au pire.
    En 1969, Beckett reçoit le prix Nobel de littérature et ses lettres le montrent aux prises avec les contraintes qui accompagnent sa réputation internationale croissante. Plus tard, ses lettres révèlent un homme soucieux de son héritage, comme on le voit dans ses rapports avec biographes et archivistes. Et, alors qu'elles se font plus brèves avec l'âge de l'auteur, Beckett cherche néanmoins toujours, de façon poignante et novatrice, à montrer à ses correspondants comment les mots peuvent illuminer les ténèbres - une quête qui allait se poursuivre jusqu'à sa mort en 1989, à l'âge de quatre-vingt-trois ans.

    Les introductions critiques renseignent sur le contexte historique ; sont également fournis chronologies, notes explicatives et profils des principaux correspondants de Beckett.

  • Un homme est expulsé de chez lui et c'est toute sa vie qui semble avoir perdu de sa réalité.
    Un autre personnage contemple les mortels, lui qui est délivré de la question de la vie. Beckett interroge l'issue, et situe le mystère de la mort sur un fil entre la non-existence affirmée, et le rejet d'exister, douloureux et incompréhensible. Les mots de l'auteur forment une matière incompressible, que la lecture de Michael Lonsdale suspend au-dessus de tout raisonnement.

  • Suivi des contributions de Thomas Dommange, Matthew Feldman, David Tucker, Anthony Uhlmann, Rupert Wood.
    Ouvrage établi par Nicolas Doutey avec la participation de Eri Miyawaki.
    Traduit du latin par Hélène Bah-Ostrowiecki et de l'anglais par Nicolas Doutey.

    En 1967, un critique demanda à Beckett comment aborder son oeuvre. L'écrivain, bien en mal de répondre, évoqua tout de même comme possible point de départ la pensée d'Arnold Geulincx (1624-1669). Philosophe flamand méconnu, dont les oeuvres ne furent traduites du latin qu'à la fin du XXe siècle, Geulincx aggrave la séparation cartésienne du corps et de l'esprit au point de rendre leur union dans la vie humaine proprement miraculeuse, et défend ainsi une forme d'occasionalisme mystique particulièrement singulière. En 1936, sur les conseils d'un ami philosophe, Beckett était parti à travers Dublin à la recherche de cette oeuvre réservée aux « spécialistes ». La trouvant finalement aux fins fonds de la bibliothèque de Trinity College, il sentit immédiatement l'importance de cette lecture, prenant plusieurs dizaines de pages de notes, qu'il conservera avec lui jusqu'à sa mort. Découverte en cette période décisive des années 1930 où se forme « l'esprit beckettien » des grands textes à venir, l'oeuvre de « ce vieux Geulincx, mort jeune » (Molloy) va profondément marquer l'écrivain, tant par l'originalité de sa pensée et la radicalité de ses positions philosophiques que par son « beau belgo-latin » (Murphy) qui le place au rang des « poètes-philosophes ».

    Ce livre rend disponible pour la première fois l'intégralité des notes de Beckett sur les oeuvres de Geulincx (extraites des Quaestiones Quodlibeticae, de la Metaphysica vera et de l'Ethica), dans leur traduction française. Si ces notes parlent d'elles-mêmes à qui est un peu familier de l'univers beckettien, elles sont ici accompagnées de textes se proposant de prendre plus précisément la mesure de la rencontre entre l'écrivain et le philosophe. Quatre articles inédits en français de spécialistes renommés de Beckett (Matthew Feldman, David Tucker, Anthony Uhlmann, Rupert Wood) interrogent les diverses facettes de la présence de Geulincx dans son oeuvre : qu'elle se manifeste à travers la reprise et la réélaboration d'images ou de formules geulincxiennes, dans certaines caractéristiques de « l'homme beckettien », ou encore dans sa conception particulière du geste artistique. Un texte de Thomas Dommange complète ces réflexions sous un angle plus philosophique, en proposant de réfléchir à ce que l'approche de Geulincx peut donner à penser aujourd'hui, notamment à travers la notion de grâce, si chère à Beckett dans son travail théâtral. Mis en perspective dans une introduction articulant l'ensemble, ce volume espère ainsi éclairer les principaux aspects de cette rencontre entre l'un des plus grands dramaturges du xxe siècle et cette figure originale et méconnue de la philosophie classique.

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