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  • Pendant six ans, Sebastião Salgado a sillonné l'Amazonie brésilienne et photographié la beauté sans égale de cette région hors du commun: la forêt, les cours d'eau, les montagnes, les peuples qui y vivent - un irremplaçable patrimoine de l'humanité.
    Dans la préface de ce livre, Salgado écrit : «Pour moi, c'est la dernière frontière. Un univers mystérieux dans lequel la puissance de la nature est ressentie comme nulle part ailleurs sur Terre. Ici s'étale à l'infini la forêt qui abrite un dixième de toutes les espèces animales et végétales. Le plus grand laboratoire naturel au monde.» Salgado s'est rendu auprès d'une douzaine de tribus indigènes organisées en minuscules communautés à travers la plus grande forêt tropicale de la planète. Il a témoigné de la vie quotidienne des Yanomami, des Asháninka, des Yawanawá, des Suruwahá, des Zo'é, des Kuikuro, des Waurá, des Kamayurá, des Korubo, des Marubo, des Awá et des Macuxi : de la chaleur de leurs liens familiaux, de leurs chasses et de leurs pêches, de leur façon de préparer et partager les repas, de leur merveilleux talent pour se peindre le visage et le corps, de l'importance de leurs chamanes, de leurs danses et de leurs rituels.
    Sebastião Salgado a dédié ce livre aux peuples indigènes de la région amazonienne du Brésil: «Je souhaite, de tout mon coeur, de toute mon énergie, de tout ce qui vit intensément en moi, que d'ici à cinquante ans ce livre ne ressemble pas à un registre d'un monde perdu. Amazônia doit continuer à être.»

  • Près d'une génération a passé depuis que Sebastião Salgado a publié Exodes pour la première fois. Pourtant le récit qu'il fait, celui des mouvements de populations dans le monde entier, n'a que peu changé en seize ans. Les facteurs d'attraction et de répulsion de certains territoires ont certes évolué, le coeur du conflit s'est certes déplacé du Rwanda à la Syrie, les peuples qui quittent leur foyer n'en racontent pas moins la même histoire: une histoire faite de dénuement, d'épreuves et de lueurs d'espoir, tissée au fil d'une longue errance au prix d'efforts psychologiques autant que physiques.
    Salgado a passé six ans aux côtés des migrants, parcourant plus de 35 pays pour témoigner des déplacements de population sur la route, dans les camps et dans les bidonvilles surpeuplés où les nouveaux arrivants achèvent le plus souvent leur voyage.
    Son projet évoque le périple des Latino-Américains vers les États-Unis, celui des juifs abandonnant l'ex-Union soviétique, des Kosovars fuyant l'Albanie, des réfugiés hutus venus du Rwanda, ainsi que des premières «embarcations» d'Arabes et d'Africains originaires du Sud du Sahara tentant d'atteindre l'Europe par la mer Méditerranée.
    Ses clichés montrent autant ceux qui savent où aller que ceux qui sont simplement en fuite, déjà soulagés d'être sain et sauf et physiquement capables de marcher. Les visages qu'il a rencontrés révèlent dignité et compassion dans les situations les plus âpres, mais aussi les nombreux ravages de la violence, de la haine et de l'avidité.
    Grâce à son regard singulier, attentif aux moindres gestes et détails, Salgado saisit chaque événement marquant des mouvements migratoires, autant que les flux de masses: des camions surchargés, des bateaux surpeuplés et des camps s'étirant à perte de vue, vers un horizon assombri par les nuages, une jambe maigre, entourée d'un bandage, l'empreinte d'un doigt imprimé sur une feuille, une discussion avec un garde des frontières, une mère serrant avec force son bébé et son balluchon sur sa poitrine. Insistant sur l'ampleur du phénomène des migrants, Salgado n'oublie pas aussi, avec son humanisme caractéristique, les histoires personnelles derrière les chiffres impressionnants. À la différence des visages noyés dans le flot de séquences des reportages télévisés ou des foules illustrant la une du journal, ce sont là les portraits d'individus, de personnes dont l'identité demeure, y compris dans le gouffre provoqué par la perte d'une patrie, d'un foyer, parfois même d'êtres chers.

  • Anglais Exodus

    Sebastião Salgado

    It has been almost a generation since Sebastião Salgado first published Exodus but the story it tells, of fraught human movement around the globe, has changed little in 16 years. The push and pull factors may shift, the nexus of conflict relocates from Rwanda to Syria, but the people who leave their homes tell the same tale: deprivation, hardship, and glimmers of hope, plotted along a journey of great psychological, as well as physical, toil.

    Salgado spent six years with migrant peoples, visiting more than 35 countries to document displacement on the road, in camps, and in overcrowded city slums where new arrivals often end up. His project includes Latin Americans entering the United States, Jews leaving the former Soviet Union, Kosovars fleeing into Albania, the Hutu refugees of Rwanda, as well as the first «boat people» of Arabs and sub-Saharan Africans trying to reach Europe across the Mediterranean ea. His images feature those who know where they are going and those who are simply in flight, relieved to be alive and uninjured enough to run. The faces he meets present dignity and compassion in the most bitter of circumstances, but also the many ravaged marks of violence, hatred, and greed.

    With his particular eye for detail and motion, Salgado captures the heart-stopping moments of migratory movement, as much as the mass flux. There are laden trucks, crowded boats, and camps stretched out to a clouded horizon, and then there is the small, bandaged leg; the fingerprint on a page; the interview with a border guard; the bundle and baby clutched to a mother's breast. Insisting on the scale of the migrant phenomenon, Salgado also asserts, with characteristic humanism, the personal story within the overwhelming numbers. Against the indistinct faces of televised footage or the crowds caught beneath a newspaper headline, what we find here are portraits of individual identities, even in the abyss of a lost land, home, and, often, loved ones.

    At the same time, Salgado also declares the commonality of the migrant situation as a shared, global experience. He summons his viewers not simply as spectators of the refugee and exile suffering, but as actors in the social, political, economic, and environmental shifts which contribute to the migratory phenomenon. As the boats bobbing up on the Greek and Italian coastline bring migration home to Europe like no mass movement since the Second World War, Exodus cries out not only for our heightened awareness but also for responsibility and engagement. In face of the scarred bodies, the hundreds of bare feet on hot tarmac, our imperative is not to look on in compassion, but, in Salgado's own words, to temper our behaviors in a «new regimen of coexistence.»

  • «On doit se souvenir que, dans la brutalité du conflit, une apocalypse de ce genre n'est jamais loin ».
    Sebastião Salgado.

    En janvier et février 1991, alors que la coalition menée par les États-Unis repousse les forces irakiennes hors du Koweït, les troupes de Saddam Hussein ripostent par une manoeuvre infernale: ils enflamment près de 700 puits de pétrole et un nombre indéterminé de zones où il affleure, provoquant d'immenses incendies déchaînés et créant l'une des pires catastrophes environnementales de mémoire d'homme.

    Devant les efforts désespérés pour contenir et éteindre les flammes qui progressent, Sebastião Salgado s'est rendu au Koweït afin de témoigner directement de cette crise. Les conditions sont extrêmes. La chaleur écrasante du désert déforme le plus petit objectif de Salgado. Un journaliste et un autre photographe meurent dans la traversée d'une nappe de pétrole qui s'enflamme sur leur passage. Au plus près des pompiers, Salgado affronte le danger terrible, la puanteur, la pollution et la chaleur torride pour immortaliser le paysage ravagé: l'air rempli de sable brûlé et de suie, les restes calcinés des chameaux, le terrain toujours infesté de mines, et les flammes et la fumée tourbillonnant dans le ciel, voilant le soleil, submergeant les pompiers couverts de pétrole.

    Les clichés épiques et monochromes de Salgado ont été publiés pour la première fois dans New York Times Magazine en juin 1991, puis largement reproduits et salués comme l'un des travaux les plus fascinants - et courageux - du photographe. Outre ses hommages recueillis dans le monde entier, la série a été récompensée par le prix Oskar Barnack, qui en reconnaît les images remarquables montrant le lien entre l'homme et l'environnement.

    Cette Édition d'art limitée et signée de Kuwait: A Desert on Fire est la première monographie dédiée à cette étonnante collection. En grand format, avec une qualité de reproduction digne des musées, elle présente plus de 80 images, séparées par des pages transparentes et imprimées avec la technologie de pointe High Definition Skia Photography. Ce nouveau procédé d'impression des photographies permet, pour la première fois, de transférer sur le papier tous les éléments visibles capturés par l'appareil. Il parvient à donner à voir jusqu'aux plus extrêmes limites de ce que l'oeil humain peut percevoir et à atteindre un niveau supérieur de la tridimensionnalité sur une page.

    En accompagnement, le tirage signé Kuwait, 1991 montre un pompier isolé, aspergé d'eau, s'approchant de flammes tourbillonnantes. Immensément dramatique et élémentaire, l'image résume le théâtre cauchemardesque que fut le désastre des champs de pétrole, ou quand une catastrophe provoquée par l'homme submerge les humains et fait d'eux les acteurs impuissants d'une bataille épique entre feu, air et eau. Ainsi réunis, cette image stupéfiante et l'édition originale du portfolio de Salgado au Koweït forment un témoignage profond des catastrophes d'un conflit et une confrontation intense avec l'un des documents historiques les plus importants de Salgado.

    Première publication majeure de la série de Salgado dédiée aux champs de pétrole.
    Reproduction grand format, avec une qualité digne des musées grâce au procédé High Definition Skia Photography permettant à tous les composants visibles saisis par l'appareil photo d'être imprimé sur papier.
    Plus de 80 images, séparées par une page transparente.
    Signé par le photographe, et accompagné du tirage signé Kuwait, 1991.

    Édition d'art de 100 exemplaires signés, comprenant chacun le tirage signé, Kuwait, 1991.

  • « Dans GENESIS, mon appareil photo a permis à la nature de me parler. Écouter fut pour moi un privilège » - Sebastião Salgado.

    En 1970, à 26 ans, Sebastião Salgado se retrouve par hasard pour la première fois avec un appareil photo entre les mains. En regardant dans le viseur, il a une révélation : brusquement, la vie prend un sens. Dès lors - même s'il lui a fallu des années de travail acharné avant d'acquérir l'expérience nécessaire pour pouvoir vivre de son travail de photographe - l'appareil photo devient l'outil par lequel il interagit avec le monde. Salgado, qui a « toujours préféré la palette en clair-obscur des images en noir et blanc » prend quelques photos couleur à ses débuts, avant d'y renoncer définitivement.

    Élevé dans une ferme au Brésil, Salgado éprouve un amour et un respect profonds pour la nature; il se montre aussi particulièrement sensible à la façon dont les êtres humains sont affectés par les conditions socio-économiques souvent accablantes dans lesquelles ils vivent. Des nombreuses oeuvres que Salgado a réalisées au cours de son admirable carrière, trois projets de longue haleine se démarquent particulièrement: La Main de l'homme (1993) qui illustre le mode de vie bientôt révolu de travailleurs manuels du monde entier, Exodes (2000), témoignage sur l'émigration massive causée par la faim, les catastrophes naturelles, la dégradation de l'environnement et la pression démographique, et ce nouvel opus, GENESIS, résultat d'une expédition épique de huit ans à la redécouverte des montagnes, déserts et océans, animaux et peuples qui ont jusqu'ici échappé à l'empreinte de la société moderne - les terres et la vie d'une planète encore préservée. « Près de 46% de la planète semblent encore comme au temps de la Genèse », fait remarquer Salgado. « Nous devons sauvegarder ce qui existe. » Le projet GENESIS, en lien avec l'Instituto Terra créé par Salgado cherchent à montrer la beauté de notre planète, à inverser les dommages qu'on lui a infligés et à la sauvegarder pour les générations futures.

    Au cours de 30 voyages, à pied, en avion léger, en bateau, en canoë et même en ballon, par une chaleur extrême ou un froid polaire et dans des conditions parfois dangereuses, Salgado a réuni des images qui nous montrent la nature, les peuples indigènes et les animaux dans toute leur splendeur. Maîtrisant le monochrome avec un talent qui rivalise avec celui du virtuose Ansel Adams, Salgado fait entrer la photographie noir et blanc dans une autre dimension ; les nuances de tons de ses oeuvres, le contraste entre le clair et l'obscur, évoquent les tableaux de grands maîtres comme Rembrandt et Georges de la Tour.

    Que découvre-t-on dans GENESIS? Les espèces animales et les volcans des Galápagos ; les manchots, les lions de mer, les cormorans et les baleines de l'Antarctique et de l'Atlantique sud ; les alligators et les jaguars du Brésil ; les lions, les léopards et les éléphants d'Afrique; la tribu isolée des Zoé au fin fond de la jungle amazonienne ; le peuple Korowaï vivant à l'âge de pierre en Papouasie occidentale ; les éleveurs de bétail nomades Dinka du Soudan; les nomades nénètses et leurs troupeaux de rennes dans le cercle arctique; les communautés mentawai des îles à l'ouest de Sumatra ; les icebergs de l'Antarctique; les volcans d'Afrique centrale et de la péninsule du Kamtchatka ; les déserts du Sahara ; le rio Negro et le rio Juruá en Amazonie; les failles du Grand Canyon; les glaciers de l'Alaska... Après s'être rendu là où personne n'était jamais allé, et avoir consacré tant de temps, d'énergie et de passion à la réalisation de cet ouvrage, Salgado considère GENESIS comme sa « lettre d'amour à la planète ».

    Contrairement à l'édition limitée, conçue comme un portfolio grand format zigzaguant autour de la planète, l'édition grand public présente une sélection différente de photographies organisées par zones géographiques en cinq chapitres: Aux confins du Sud, Sanctuaires, Afrique, Terres du Nord et Amazonie et Pantanal. Chacune à sa manière, l'édition d'art et l'édition grand public - toutes deux conçues et réalisées par Lélia Wanick Salgado - rendent hommage au projet GENESIS de Salgado, aussi grandiose qu'exceptionnel.

  • Durant dix ans, Serra Pelada, la plus vaste mine d'or à ciel ouvert du monde où travaillaient près de 50.000 ouvriers dans des conditions terribles, fut synonyme d'Eldorado et d'espoir. Aujourd'hui, la ruée vers l'or au Brésil demeure une simple légende, ravivée par quelques souvenirs heureux, de nombreux tourments, et les clichés de Sebastião Salgado. Ce recueil offre un document majeur de l'histoire moderne autant qu'un portfolio de photographies extraordinaires.

    Également disponible en Édition collector numérotée et signée et en Édition d'art.

  • À chaque situation de crise, les plus grandes victimes sont les enfants. Physiquement fragiles, ils sont souvent les premiers à succomber à la faim, la maladie et la déshydratation. Impuissants devant les rouages du monde et ses défaillances, ils ne peuvent comprendre l'origine du danger, les raisons pour lesquelles certains leur veulent du mal ou les causes de leur fuite, parfois si brutale, et pourquoi ils doivent laisser derrière eux leur école, leurs amis et leur foyer.

    Dans cette série complémentaire d'Exodus, Sebastião Salgado dévoile 90 portraits de très jeunes exilés, migrants et réfugiés. Ses sujets sont issus de différents pays, victimes de crises diverses, mais un point commun les unit: tous sont en exil, tous ont moins de 15 ans. Durant son grand reportage sur les réfugiés, ce qui a frappé Salgado face à ces garçons et ces fillettes ne fut pas tant leur innocence muette face à leurs souffrances que leurs ressources inépuisables en énergie et en enthousiasme, y compris dans les situations les plus désespérées. Des réfugiés sur le bord des routes en Angola et au Burundi aux bidonvilles du Brésil et aux camps tentaculaires au Liban et en Irak, les enfants n'en demeurent pas moins des enfants: aussi prompts à rire aux éclats qu'à fondre en larmes, jouant au football, pataugeant dans l'eau sale, échafaudant mille bêtises entre amis, et le plus souvent ravis d'être photographiés.

    Pour Salgado, leur exubérance relève d'un curieux paradoxe. Comment un enfant qui sourit peut-il incarner une situation précaire et extrême? Ce qu'il a toutefois remarqué, c'est que lorsqu'il demandait aux enfants de former une file pour faire leur portrait un par un, le tumulte du groupe s'apaisait. Face à l'appareil photo, chaque enfant devenait bien plus sérieux. Ils ne le regardaient pas comme des enfants parmi une foule bruyante, mais comme des êtres uniques. Leur pose gagnait en sincérité. Ils regardaient l'objectif avec une intensité soudaine, comme pour faire état d'eux-mêmes et de leur situation. Et dans l'expression de leur regard, dans le tremblement nerveux de leurs petits doigts, dans la façon dont leurs vêtements déchirés pendaient sur leur corps chétif, Salgado a compris qu'il tenait là une série de portraits de réfugiés qui méritait une tribune en soi.

    Les clichés n'essaient pas de rendre compte des sentiments de leurs sujets ou de témoigner en détails de leurs carences en matière de santé, d'éducation et de logement. Au contraire, le recueil permet à 90 enfants de poser leur regard sur le spectateur dans toute l'innocence de leur jeunesse et face à l'incertitude de leur avenir. Beaux, fiers, mélancoliques et tristes, ils sont immortalisés à un moment de leur courte existence, et posent les questions qui reviennent et reviendront sans cesse dans les années futures. Vont-ils demeurer en exil ? Auront-ils toujours un ennemi à fuir ? Grandiront-ils dans l'idée du pardon ou de la vengeance ? Et tout simplement, deviendront-ils un jour adultes ?

  • Près d'une génération a passé depuis que Sebastião Salgado a publié Exodus pour la première fois. Pourtant le récit qu'il fait, celui des mouvements de populations dans le monde entier, n'a que peu changé en 16 ans. Les facteurs d'attraction et de répulsion de certains territoires ont certes évolué, le coeur du conflit s'est certes déplacé du Rwanda à la Syrie, les peuples qui quittent leur foyer n'en racontent pas moins la même histoire: celle mêlant dénuement, épreuves et lueur d'espoir, tissée au cours d'une longue errance au prix d'efforts psychologiques autant que physiques.

    Salgado a passé six ans aux côtés des migrants, parcourant plus de 35 pays pour témoigner des déplacements de population sur la route, dans les camps et dans les bidonvilles surpeuplés où les nouveaux arrivants achèvent le plus souvent leur voyage. Son reportage évoquent celui des Latino-Américains entrant aux États-Unis, des juifs fuyant l'ex-Union soviétique, des Kosovars fuyant vers l'Albanie, des réfugiés hutus venus du Rwanda comme des premières « embarcations » d'Arabes et d'Africains du Sud du Sahara tentant d'atteindre l'Europe par la mer Méditerranée. Ses clichés montrent autant ceux qui savent où aller que ceux qui sont en fuite, avant tout soulagés d'être sain et sauf et physiquement capables de marcher. Les visages qu'il a rencontrés révèlent dignité et compassion dans les situations les plus, mais aussi les nombreux ravages de la violence, de la haine et de l'avidité.

    Grâce à son regard singulier, attentif aux moindres détails et gestes, Salgado saisit chaque événement marquant des mouvements migratoires, autant que les flux de masses: des camions surchargés, des bateaux surpeuplés et des camps s'étirant à perte de vue, vers un horizon assombri par les nuages, une jambe maigre, entourée d'un bandage, l'empreinte d'un doigt imprimé sur une feuille, une discussion avec un garde des frontières, une mère serrant avec force sur sa poitrine son bébé et son balluchon. Insistant sur l'envergure du phénomène migratoire, Salgado n'oublie pas aussi, avec son humanisme caractéristique, les histoires personnelles derrière les chiffres impressionnants. À la différence des visages noyés dans le flot de séquences des reportages télévisés ou des foules illustrant la une du journal, ce sont là les portraits d'individus, de personnes dont l'identité demeure, y compris dans le gouffre provoqué par la perte d'une patrie, d'un foyer, parfois même d'êtres chers.

    Dans le même temps, Salgado montre les similarités des situations des migrants, qui partagent une expérience commune et universelle. Il nous implique, non comme simples témoins des souffrances des réfugiés ou des exilés, mais comme acteurs des évolutions sociales et politiques que constituent l'information mondialisée, l'urbanisation et les dommages écologiques, ainsi que les profonds écarts de richesse, autant de facteurs qui provoquent les phénomènes migratoires. Au moment où les embarcations flottant en direction des côtes grecques et italiennes amènent vers l'Europe une migration d'une ampleur sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale, Exodus lance un appel, non seulement pour une prise de conscience accrue, mais en faveur de notre responsabilité et de notre engagement.

  • Sebastião Salgado est l'un des photojournalistes les plus respectés encore en activité. Sa réputation se fonde depuis des décennies sur un dévouement à l'égard des peuples déshérités et affligés dont il témoigne à travers des clichés puissants en noir et blanc, pris dans des endroits du monde où rare sont ceux qui osent s'aventurer. Bien qu'il ait sillonné l'Amérique du Sud et l'ensemble de la planète, son travail s'est largement porté sur l'Afrique qu'il photographie depuis 30 ans au cours de plus de 40 reportages. Des tribus dinkas dans le sud du Soudan et du peuple himba en Namibie aux gorilles et à la région volcanique des Grands Lacs, sans oublier les réfugiés qui hantent le continent, Salgado nous montre toutes les facettes de l'Afrique d'aujourd'hui. Qu'il témoigne des réfugiés ou des immenses paysages, Salgado sait parfaitement comment saisir l'essence d'un moment pour que, face à ses images, le spectateur y soit involontairement inclus. Ses clichés nous enseignent habilement les conséquences de la guerre, de la pauvreté, de la famine et des conditions climatiques hostiles.Les photographies prises par Salgado en Afrique et réunies dans cet ouvrage sont classées en trois parties. La première se concentre sur le sud du continent (Mozambique, Malawi, Angola, Zimbabwe, Afrique du Sud, Namibie), la deuxième sur la région des Grands Lacs (Congo, Rwanda, Burundi, Ouganda, Tanzanie, Kenya) et la troisième sur la région sub-saharienne (Burkina Faso, Mali, Soudan, Tchad, Mauritanie, Sénégal et Éthiopie). Les textes ont été écrits par la célèbre romancière Mia Couto, originaire du Mozambique. Elle décrit comment l'Afrique contemporaine illustre les effets de la colonisation et les conséquences des crises économiques, sociales et environnementales.Ce livre spectaculaire n'est pas seulement un document fondamental sur l'Afrique, il est aussi et surtout un hommage à un continent, à son histoire, ses peuples et ses phénomènes naturels.

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