• Au lendemain de la Première Guerre mondiale, d'ambitieuses avant-gardes telles que le constructivisme et le surréalisme se répandent en variantes originales à travers le monde occidental et au-delà, appelant à une révolution de l'homme, de la culture et de la société. Dans les années vingt, au temps de l'art déco, individuellement ou en groupe, on réclame cependant plus de réalisme - poétique, magique, socialiste... - accompagnant des courants régionalistes en Europe ou en Amérique. Réputées moins utopistes, ces réactions répondent aux querelles idéologiques ravivées par la crise économique de l'entre-deux-guerres.
    Deux types de cultures s'ignorent et s'affrontent. Aux États-Unis, en Union soviétique, dans les dictatures ou les démocraties européennes, un retour à l'ordre souhaité ou imposé est manifeste. La guerre civile en Espagne, préludant à un conflit mondial, va jeter à bas tous les espoirs de changer le monde. C'en sera fini des avant-gardismes comme de leurs adversaires et des certitudes des hommes qui devront constater que l'humanité change mais n'avance pas.
    Constructivistes ou surréalistes, les grandes avant-gardes historiques ont si bien imprégné les arts, les idées et les comportements qu'on oublie trop ce qu'on leur doit. Elles ne représentent pas qu'une période passée, un concept dépassé et une forme d'action devenue inopérante, même si nous avons cependant encore beaucoup à apprendre de ces mouvements et des réactions qu'ils ont suscitées jusque dans notre vie quotidienne.

  • Serge Fauchereau, qu'une presse unanime a salué comme l'un de nos plus brillants historiens de l'art moderne, nous offre ici un panorama complet de la naissance des courants du XXe siècle. D'une manière passionnante, il évoque les nombreuses influences et affinités plurielles qui ont alimenté ces courants à travers différents genres : littérature, musique et arts plastiques. Cet ouvrage constitue ainsi une étude exhaustive des avant-gardes qui va au-delà des champs habituellement traités, élargie au monde entier - Russie, Amérique latine... Tous les courants sont évoqués, parmi lesquels l'expressionnisme (avec Döblin, Kirchner, Bartok, Kokoschka, Schoenberg, Fritz Lang...), le cubisme (avec Picasso, Braque, Gris, Stein, Cummings, Stravinski...), le futurisme (avec Marinetti, Boccioni, Apollinaire, Cendrars...), Dada et le surréalisme, ou encore le constructivisme. Serge Fauchereau revient également sur des mouvements rarement abordés en histoire de l'art tels que le vorticisme, l'imagisme anglo-américain, ou l'ultraïsme. Le poète américain John Ashbery voyait cette étude comme « un compendium incroyablement riche et instructif qui se lit comme un voyage de découverte dans des pays mal explorés ». Le grand éditeur Maurice Nadeau lui, louait cet « ouvrage monumental », véritable bible érigée en référence culte et sublimée par une iconographique généreuse et inédite. Dans cet outil indispensable, Serge Fauchereau développe une critique érudite des avant-gardes du XXe siècle et rend compte brillamment de ce qui pourrait apparaître comme l'âge d'or de l'art moderne.

  • Plus d'un siècle après l'événement, il est toujours aussi difficile de définir et de circonscrire le cubisme avec précision, faute d'un manifeste ou de déclarations claires de quelque chef de file reconnu.
    Affectant les arts et la littérature, le cubisme a d'abord été un phénomène parisien, avec des acteurs internationaux, avant de s'étendre largement à l'étranger. Dans cet ouvrage, illustré par plus de deux cents reproductions en couleurs, Serge Fauchereau en propose une lecture complète, tout en explorant les variantes originales injustement négligées ou méconnues.

  • On sait que Saint-Pétersbourg et Moscou ont été des hauts lieux littéraires et artistiques avant, pendant et après la révolution d'octobre.
    On a cru que l'avant-garde russe d'alors était synonyme de futurisme. La réalité apparaît plus complexe et beaucoup plus riche si l'on prend conscience de l'existence d'un mouvement rival, l'acméisme, dont la démarche est opposée à celle du futurisme et en même temps complémentaire. Des futuristes, seuls Maïakovski et Khlebnikov ont été publiés en français ; les trois autres, Kamenski, Elena Gouro et le surprenant Kroutchenykh n'étaient pour nous que des figures légendaires.
    Ils sont révélés ici sur piéces. L'acméisme est représenté par deux noms célèbres, Akhmatova et Mandelstam, et un troisième nom qui devrait bientôt l'être : Goumilev, le chef du mouvement, tragiquement éliminé en 1921. Certaines idées reçues en sont quelques peu bousculées Maïakovski écrivant un hymne à la gloire des travaux forcés, Mandelstam essayant par un poème de se faire humblement pardonner une épigramme contre Staline.
    On ne saurait oublier que l'esthétique et la politique sont alors intimement mêlées et que le destin de ces écrivains a été tragique : Khlebnikov meurt dans le dénuement, Maïakovski se suicide, Mandelstam disparaît dans un camp, Goumilev est fusillé... Ce livre est donc un essai, une tentative, et non un simple recueil de textes.

  • À partir de visites à Gaston Chaissac dont il était le très jeune voisin, l'auteur retrace la situation où se trouvait cet artiste hors du commun dans la Vendée des années cinquante. Cela suscite de nouvelles interrogations aujourd'hui : le regard sur les artistes en marge a-t-il vraiment changé en un demi-siècle ? Quelle est la part de légende souvent créée par Chaissac lui-même dont le public reste friand ?
    En quoi ne relève-t-il guère de l'art brut auquel Jean Dubuffet l'avait d'abord associé ? Et, d'ailleurs, qu'est-ce que l'art brut ? N'y entre-t-il pas des choses très disparates ?...
    Tour à tour pondérées ou agacées, mêlant l'humour et l'humeur, ces réflexions en viennent à mettre en doute la validité des étiquettes que l'on applique trop commodément aux artistes : beaux-arts, art naïf, art brut, art des aliénés, des enfants... N'est-ce pas l'art, l'art sans qualificatif ni précision catégorielle qui importe ?

  • Après des siècles d'une culture riche et complexe, le Mexique semblait avoir perdu son originalité à partir de la conquête espagnole. Son histoire coloniale tourmentée s'achève en 1910 avec le déclenchement d'une grande révolution au terme de laquelle le pays va retrouver son dynamisme.

    Pour un accès au plus grand nombre, on développe l'éducation, on récuse l'art élitiste et on privilégie la gravure et la peinture murale. Dans les lieux publics, Rivera, Orozco et Siqueiros créent de vastes fresques flamboyantes qui révolutionnent l'esthétique et surprennent le monde. Plus réservés, le peintre Carlos Mérida, le graveur Leopoldo Méndez ou le sculpteur Germán Cueto n'exaltent pas moins la culture populaire sans renoncer aux acquis de l'avant-gardisme européen ou local (le stridentisme !). Ce mouvement général ne gênera pas cependant l'activité de créateurs indépendants parfois proches du surréalisme et dignes héritiers des joyeuses parades de squelettes de Posada ; nommons les méconnus Jean Charlot, María Izquierdo et l'inventif Rufino Tamayo, sans oublier la désormais célèbre Frida Kahlo.

    Enfin, les années 1950 voient de tout jeunes artistes amorcer un tournant qu'on nommera la ruptura, pour se libérer de l'autorité d'aînés qui peinent à se renouveler. José Luis Cuevas, Enrique Echeverría, Manuel Felguérez et leurs amis nous entraîneront alors vers le XXIe siècle avec dextérité, couleur et humour.

    286 illustrations en couleur témoignent de cette prodigieuse renaissance.

  • On connaît José Guadalupe Posada que les artistes modernes du Mexique ont été les premiers à saluer et dont les surréalistes aimaient l'humour noir. Depuis lors, le monde entier rit de ses squelettes à chapeaux fleuris ou roulant à bicyclette. On devrait connaître mieux son devancier Hermenegildo Bustos, le très sérieux facteur des postes d'un village reculé qui était aussi peintre et portraitiste autodidacte fier de sa singularité indienne. Un troisième exemple d'imagination est celui du célèbre Douanier Rousseau qui peignait des jungles et des scènes du Mexique où il prétendait être allé. Ses tableaux somptueusement fantastiques ne sont pas moins rêvés que les faits divers délirants de Posada ou les phénomènes météoriques guettés par Bustos. Regard aigu d'un membre de la communauté, regard d'enfant ou regard de conteur amusé, ces trois exemples que relie le fantasme d'un même lieu suscitent des questions sur le statut d'artiste (qu'est-ce qu'un artiste ?) et le produit de sa création (art brut, art naïf, art de musée, art indépendant, art populaire...). Faux problèmes si ne compte que la force de l'oeuvre. Vrais problèmes si on considère la situation sociale de l'artiste.

  • La Lituanie, la Lettonie et l'Estonie sont regroupées sous l'appellation « Pays baltes » parce qu'elles sont géographiquement contiguës et politiquement liées par une communauté d'intérêts face à l'histoire et aux siècles d'agression des puissants voisins.
    Installés au bord de la mer Baltique, ces pays ont conservé leurs langues et leurs identités culturelles respectives que les envahisseurs n'ont pu éradiquer. Grâce aux artistes et aux écrivains, leurs patrimoines ont peu à peu réapparu au XIX e siècle pour s'imposer à l'époque symboliste avec des créations fantastiques comme celles du célèbre Curlionis.
    Enfin autonomes entre les deux guerres, les Pays baltes ont connu une puissante renaissance dans tous les domaines artistiques.
    Près d'un demi-siècle de colonisation soviétique a suivi mais, depuis lors, on a pu redécouvrir la virulence des dessins de Karlis Padegs, l'élégance des compositions d'Arnold Akberg, la finesse des expériences photographiques de Domicèlè Tarabildiené.
    Ce livre présente les trois traditions culturelles, qui ont parfois des parentés entre elles ou avec les mouvements artistiques internationaux, mais qui ont préservé leur originalité. Avec les facilités d'information et de communication, nos connaissances et nos curiosités augmentent ; il est nécessaire de les renouveler et de les étendre en se tournant vers les créations de pays pas si lointains.

  • L'art des pays baltes - xix -xx  siecles - illustrations, noir et blanc Nouv.

    Des populations arrivées bien avant notre ère au bord de la Baltique ont formé la Lituanie, la Lettonie et l'Estonie. Ces trois états indépendants se sont volontiers regroupés sur l'appellation de Pays Baltes parce qu'ils sont géographiquement contigus et politiquement rapprochés par une communauté d'intérêts face aux aléas de l'histoire. On les connaît depuis qu'ils sont libérés de leurs ultimes colonisateurs.Au cours du XIX? siècle, les artistes et écrivains baltes ont revendiqués et finalement imposé leurs propres patrimoines culturels distincts de ceux de leurs envahisseurs. Dès l'époque symboliste, des précurseurs comme Ciurlionis, Mägi ou Purvitis ont manifesté une exceptionnelle originalité. L'entre-deux-guerres où ces pays frères avaient retrouvé leur entière autonomie a été une riche époque d'ouverture et d'échanges où on découvrira la dextérité picturale d'Aleksandra Belcova, les géométries subtiles d'Akberg et les expériences photographiques de Domicele Tarabildiene. Aiguillonnées par de récentes expositions anthologiques, notre curiosité et notre information trouveront ici un historique complet et abondamment illustré de l'art moderne des Pays Baltes.

  • Rancillac

    Serge Fauchereau

    Au début des années soixante, on avait trop vite mis en parallèle le pop'art anglo-américain et le travail d'artistes européens regroupés sous la bannière des " Mythologies quotidiennes " ou de la " Figuration narrative " et dont Bernard Rancillac était un des chefs de file, avec Télémaque, Erro, Klasen, Monory, Adami, Cueco et quelques autres.
    Le recul du temps et l'évolution de chacun d'eux ont rendu évident le malentendu : le regard critique que ces artistes portaient autour d'eux avait bien peu en commun avec le simple reflet de la société de consommation chez leurs collègues anglo-saxons.
    Les personnages de feuilleton puis les bandes dessinées et les photographies publicitaires ou documentaires qui hantent la peinture de Rancillac découvrent les aspects absurdes ou terribles de notre monde. Ses oeuvres consacrées à la guerre du Vietnam et aux dictatures sud-américaines sont restées célèbres.
    Cet aspect humaniste de Rancillac qu'il ne faut certes pas sous-estimer, a souvent occulté l'importance de ses recherches formelles.
    Vice versa, la beauté plastique de séries consacrées aux courses automobiles, au jazz ou aux stars de cinéma ont pu faire oublier que Rancillac n'a cependant jamais renoncé à faire sens.
    Sa notoriété à présent bien établie avec certaines grandes expositions personnelles - des " Images Eclatées " au Pavillon des Arts de Paris en 1985 à l'exposition " La Nouvelle. Figuration " à Los Angeles en 1990, en passant par " Cinémonde " à la Galerie 1900-2000 en 1989 - une nouvelle appréciation de sa démarche s'avère nécessaire.
    Depuis ses débuts d'artiste peu à peu libéré d'un art abstrait alors omniprésent, jusqu'à ses plus récentes créations, c'est plus de trente ans d'une réflexion plastique responsable que révèlent une abondante iconographie et une étude documentée de Serge Fauchereau.

  • L'oeuvre du plus grand sculpteur du XXe siècle a suscité un bon nombre de commentaires souvent contradictoires. On y a vu la quintessence de l'avant-gardisme ou au contraire un primitivisme populaire ; on l'a présenté comme un campagnard naïf ou comme l'alter ego d'esprits acérés tels que Marcel Duchamp. Fondées sur des anecdotes montées en épingle, ces exagérations n'aident en rien à aborder l'oeuvre. Un poteau traditionnel taillé par un paysan roumain peut rappeler des volumes simples dont Brancusi s'est également servi, et un cercle de pierre surgi de la préhistoire a peut-être le même pouvoir fascinant ; mais rapprocher, comparer ne signifie pas mêler ou confondre, car les finalités de l'art et celles de l'artisanat sont bien différentes. De ses années d'études, de ses expériences sur les matériaux de son art, leur texture, leur couleur, de ses voyages à travers le monde, Brancusi a tiré un savoir qui ne passe pas par des mots mais par des formes avec lesquelles il entendait provoquer des émotions et des interrogations. Cet homme d'un abord si simple était un artiste complexe que la vie, la mort et les questions éternelles n'ont cessé de requérir : l'enfance, l'amour, les bêtes et les plantes, les éléments et notre devenir. Entre ses mains, les formes étaient des idées et les idées étaient des formes saisies à travers des thèmes travaillés tout au long de sa vie : un baiser, l'envol d'un oiseau, le mouvement d'une chevelure, une colonne sans fin montant dans le ciel...

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