• Du 13 février au 6 juin 2021 le musée Fabre met à l'honneur trois artistes contemporains dont les oeuvres, toiles et dessins, ont récemment rejoint les collections du musée. Ils sont à découvrir dans trois espaces distincts du parcours permanent Issus de trois générations différentes, Pierrette Bloch, André-Pierre Arnal et Stéphane Bordarier se sont tous trois intéressés à la matérialité de la peinture, élaborant de nouvelles techniques picturales mises au coeur de leur pratique. Si Pierrette Bloch fait gouter la peinture, point après point, sur le papier ou sur la toile disposée à l'horizontal, noue consciencieusement le crin, inscrit de larges traces blanches au pastel, André-Pierre Arnal plie, froisse, ficèle la toile, colle et décolle le papier. Stéphane Bordarier développe quant à lui une technique picturale qui se rapproche de celle de la fresque, dans laquelle la couleur est prise dans la colle encore humide, induisant l'urgence du geste. Le travail pictural de Stéphane Bordarier, par ses recherches sur la qualité de la couleur et de surface, lui confère une position singulière sur la scène artistique française. Après l'avoir montré au sein de l'exposition inaugurale La couleur toujours recommencée, Hommage à Jean Fournier, marchand d'art, le musée Fabre a souhaité lui consacrer une exposition monographique. Dans son travail le plus récent, le peintre poursuit la réalisation de polyptyques en se donnant la contrainte de n'utiliser que trois tons : bleu outremer clair, rouge et violet de mars. Etrange étirement de la couleur, franchissant dans l'horizontalité les limites du tableau...

  • Les monochromes du peintre Stéphane Bordarier sont le fruit d'une recherche élémentaire autour de la couleur et du support. La surface picturale préparée à la colle de peau se mélange aux pigments colorés grâce à une rapidité de geste d'où découle l'inattendu. Cet ouvrage monographique offre un panorama de ses peintures récentes, suivi de deux entretiens avec l'artiste par Erik Verhagen.
    Le temps du travail pictural est fait du déroulement de l'action de peindre et de la réflexion qui l'accompagne et la suit. Je me laisse volontiers - et même je recherche cela - emporter par le mouvement d'une « suite » de peintures : c'est seulement ainsi que quelque chose d'inattendu, de non pensé, peut advenir et permettre d'avancer. Il s'agit d'en arriver au moment où on ne sait même plus que l'on est en train de faire un tableau, que l'acte se détache et, dans sa relative autonomie, laisse passer. Air connu, dont il faut se méfier de l'aspect transcendant. Bien sûr, ce non pensé doit être, ensuite, pensé ! Il affronte alors l'époque, l'histoire de la peinture et la philosophie, les productions d'autres artistes. Plus la confrontation est sévère et plus la position que je viens d'élaborer dans les tableaux peut être perçue pour ce qu'elle est. Ce qui est certainement plus intéressant encore, c'est que c'est dans l'acte même de peindre-en-dehors-du-tableau que se situe, de manière totalement inconsciente une partie de cette réflexion, et certainement la plus pointue, celle qui remet le plus de choses en question.
    Stéphane Bordarier, extrait de l'entretien avec Erik Verhagen.

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