• Déserteur de la coloniale de passage au Havre pour fuir à l'étranger, Jean y rencontre la belle Nelly dont il s'éprend. Adapté par Marcel Carné et Jacques Prévert d'un roman de Pierre Mac Orlan, Le Quai des brumes est un classique du cinéma français à la réputation quasi mythique. Cette oeuvre magistrale eut pourtant une genèse mouvementée et troublée par la censure, avant de diviser la critique et de remporter un succès inattendu en salles, dans une France inquiète à la veille de la Seconde Guerre mondiale.
    L'analyse d'archives inédites telles que les multiples versions du scénario et la correspondance entre Carné et Prévert, apporte un nouvel éclairage sur la réalisation à flux tendu, la richesse et les complexités esthétiques, sociales et politiques de ce monument du film noir français.

  • Remettant en cause la doxa critique assimilant le genre noir à un phénomène uniquement américain, cet ouvrage propose d'utiliser le vocable « film noir » pour identifier une tradition cinématographique française née dans les années 1930, et analyser son devenir après la Seconde Guerre mondiale.
    Soucieux d'envisager le film noir français comme l'expression nationale d'une forme transnationale, le présent volume analyse la persistance du genre dans la France d'après-guerre, en s'intéressant à l'identité ambiguë façonnée par les nombreux transferts culturels entre Paris et Hollywood dans les années 1950 :
    Des films aussi divers que Les Portes de la nuit (Marcel Carné, 1946), La Môme vert-de-gris (Bernard Borderie, 1953) et Touchez pas au grisbi (Jacques Becker, 1954) font appel au cinéma américain pour mieux affirmer une spécificité nationale.
    L'ambition principale du livre est toutefois d'interroger, dans une perspective mêlant l'analyse des formes et la contextualisation historique, le sens des films noirs français dans le contexte d'une nation en transition, devant négocier le basculement entre l'Occupation et l'entrée dans la société de consommation. Après avoir montré que le genre évoluait dans différentes directions entre 1946 et 1960, l'ouvrage relie cette hétérogénéité aux ambivalences d'une France aux prises avec son passé, avec l'Amérique et avec un présent en mutation, marqué notamment par la pénétration de la modernité. Par sa diversité même, le genre illustre les contradictions de la France d'après-guerre :
    Désireuse de se plonger dans l'avenir mais obsédée par son passé traumatique, en partie séduite par la « tentation américaine » mais déterminée à conserver sa « francité ».

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