Littérature générale

  • Alors que la traduction assistée par ordinateur est sur le point de provoquer une mutation majeure dans nos façons de communiquer et dans notre relation aux langues, cet essai veut renouveler la pensée de la traduction. La sortir de l'éloge ou du consensus implique de ne plus voir en elle le seul espace de la rencontre heureuse entre les cultures mais de la comprendre comme une opération ambiguë, complexe, parfois négative.

    Tiphaine Samoyault étudie les histoires de violence dans lesquelles la traduction a pu jouer un rôle (la domination coloniale, les camps d'extermination, les sociétés d'apartheid, les régimes totalitaires), ainsi que des cas littéraires qui illustrent les violences propres à l'espace du traduire. Mais parce que la traduction a aussi à voir avec la justice et la justesse, avec l'imprévisibilité de la rencontre et les transformations dans l'espace et le temps, la séparation qu'elle entraîne peut s'inverser en réparation de la violence commise.

    Au-delà de la question de la traduction, ce livre s'adresse à toutes celles et à tous ceux qu'intéressent les dialogues entre les cultures, les littératures et les langues, et la possibilité politique de faire des mondes communs.

  • Essai sur une fiction que la littérature, le cinéma, les arts plastiques ont donnée du temps, La Montre cassée se propose d'analyser une scène-clef peu remarquée jusqu'alors. Dans les arts qui en procèdent, en effet, le cours du temps souvent s'arrête, l'objet qui l'indique se dérègle. La scène de la montre cassée incarnerait ce paradoxe. Partant de cette intuition, l'auteur parcourt les époques et les lieux pour en observer la récurrence. Comme ces fleurs japonaises qui, plongées dans l'eau, ouvrent tout un monde, le déploiement du motif, des poètes baroques à Kôbô Abé, en passant par Orson Welles ou les manuels savants d'horlogerie, révèle alors beaucoup plus qu'un simple dysfonctionnement : tache aveugle, la scène de la montre cassée autorise la formulation de propositions neuves sur notre rapport à la temporalité. Tout en créant la surprise de ces récits multiples pour la première fois rapprochés et du croisement des arts autour d'un même objet, La Montre cassée raconte aussi l'histoire récente, aux résonances intimes et collectives, des dérèglements du temps. En quatre parties et soixante séquences qui rejouent le tour du cadran, le dispositif du livre rejoint son sujet pour nous conduire du temps des histoires au temps des horloges, du temps subjectif à l'arrêt de tout temps.
    Réflexion théorique et esthétique, cet essai emprunte aussi aux principes de l'anthologie, de l'archive, de la collection, à ces figures de la multiplicité et de la totalisation qui traversent la modernité littéraire.

  • Rien ne semblait commun entre Tiphaine Samoyault écrivain de 40 ans et Louise Bourgeois artiste américaine de 96 ans. Cependant chacune dans son enfance a des souvenirs profondément attachés à un point commun : les tapisseries anciennes. Les parents de Louise, français et antiquaires à Paris, spécialisés en tapisseries anciennes, les restauraient et les vendaient. Ceux de Tiphaine conservateurs de musée restauraient et protégeaient les tapisseries du patrimoine national... Dans les étonnantes sculptures d'étoffes et de tapisseries de Louise Bourgeois, Tiphaine Samoyault a retrouvé des échos intimes, profondément ancrés dans ses années d'enfance, images, sensations jamais encore explorées dans son écriture.

  • Le récit commence en décembre 1995 à Sarajevo et s'achève en décembre 2010 lorsqu'après quinze ans d'absence, la narratrice revient pour la première fois dans la capitale bosniaque. Ce retour est l'occasion pour elle de réfléchir aux raisons de son absence, à ses engagements et à ses désengagements, à l'expérience comme souvenir et au souvenir comme expérience.
    Ce récit de sa guerre est aussi le livre des hontes éprouvées dans sa vie. Elle appartient à une génération qui n'est entrée dans l'histoire que par effraction et n'est jamais parvenue à trouver une place dans le monde. Ce sentiment qu'elle a d'être toujours " hors de place " en fait tout à tour un objet de suspicion, de curiosité ou de rejet, une bête de cirque.
    Dans une série de neuf chapitres constitués de courts récits liés les uns aux autres par l'expérience croisée de la guerre et de la honte, le livre trace obstinément la vérité, à la fois intime et politique, de l'expérience de l'engagement.

  • Meteorologie du reve

    Tiphaine Samoyault

    • Seuil
    • 25 Août 2000

    " Camarades-manifestants, vous occupez déjà la partie sud-est du Quartier latin ; il s'agit maintenant pour vous d'étendre la révolution.
    Vous disposez d'une paire de dés, de plus de mille barricades, de trois cents pièces représentant des immeubles, des tronçons d'artères, des pâtés de maisons. Après avoir lancé les dés et avancé vos barricades d'autant de points, vous gagnez des quartiers, grâce aux pièces du puzzle remportées. " Comme l'utopie politique, la vie amoureuse se joue aux dés : Merlin et Garance, depuis qu'ils se sont rencontrés, en font l'expérience jour après jour.
    En jouant, ils retrouvent le souvenir de leur première rencontre : en mai 1968, Garance est encore dans le ventre de sa mère, tandis que Merlin, photo-reporter, est au centre des émeutes. Depuis, c'est comme s'ils voyaient le monde à travers un écran. Ainsi change le temps, au gré des rêves, au gré d'un jeu. Les chapitres suivent, hasard après hasard, toutes les combinaisons réalisables avec deux dés.
    Ces coups de pavés jamais n'aboliront le lecteur qui, au fur et à mesure de ses lancers, composera une histoire aussi variable que le temps est changeant.

  • Une enfance dans un château, le tournage d'un film, une rupture amoureuse : trois récits composent ce roman qui avance en tournant, Comme les fenêtres autour de la cour des Adieux.
    C'est ainsi qu'une histoire intime s'enroule dans la grande histoire, et que la narratrice se disperse en plusieurs personnages, en plusieurs temps de vie, en plusieurs lieux de mémoire.

  • Les indulgences

    Tiphaine Samoyault

    • Seuil
    • 5 Février 2003

    "Un chagrin, ça ne dure pas." La mort de sa meilleure amie, réveillant les souvenirs de plusieurs autres morts, conduit Marie à chercher dans la vie le souvenir de ses amis perdus. Dans un cimetière de campagne, devant la mer en Sicile, sur un pont de Paris, Marie explique comment elle s'en sort, comment elle se sent, comment elle survit. Et plusieurs aventures (un voyage en Italie, notamment, où elle choisit de visiter toutes les îles; quelques rencontres plus ou moins occasionnelles aussi), au cours desquelles elle écoute battre le monde et les manifestations d'une religion qui n'est plus appliquée à rien, lui permettent à la fois de se souvenir des morts et de se sentir en vie.
    Elle passe des contrats avec des personnes de son entourage afin de régler son existence comme de la musique, jusqu'au jour où elle s'aperçoit que certaines choses ne se mesurent pas: la mer, les sentiments, la poésie, la nuit.
    Elle apprend peu à peu à délivrer aux vivants l'indulgence qu'on a d'habitude pour les morts.

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