Langue française

  • «Si la police peut paraître partout semblable jusque dans les détails, il ne faut pas finalement se méprendre : son esprit est moins dévastateur dans la monarchie absolue, où elle représente la violence d'un souverain qui réunit en lui l'omnipotence législative et exécutive, que dans les démocraties, où son existence, soutenue par aucune relation de ce type, témoigne de la plus grande dégénérescence possible de la violence.»

  • Tout ce que le XIXe siècle a produit est aux yeux de Walter Benjamin fantasmagorie. Que ce soient les passages qui émaillent le tissu urbain parisien, émanations de la construction en fer, ou les expositions universelles et leurs étalages de marchandises. L'illusionnisme de ce siècle a son champion en la personne du baron Haussmann, et son satiriste le plus zélé en celle de Grandville, transformant tout être humain en objet fantoche. Benjamin décrit comment ce siècle fut pétri de forces contraires, révolution contre conservatisme, bourgeoisie contre milieu ouvrier. La course à la nouveauté, propre de la modernité, se retrouve ritualisée dans la mode. Paris, ville-lumière dont Benjamin dénonce le ballet des illusions, entre oppression et promesse.

  • De 1899 jusqu'à sa mort, Karl Kraus (1874-1936) fut le fondateur, et parfois l'unique rédacteur, de Die Fackel (Le flambeau), revue lue par les plus grands (Musil, Wittgenstein ou encore Adorno). Les milieux intellectuels et les journalistes redoutent cette plume acerbe, admirée par Thomas Bernhard et à laquelle Walter Benjamin rend hommage dans cet essai lumineux. Kraus fut un fin limier du langage et a su faire apparaître « le journalisme comme l'expression parfaite du changement de fonction du langage dans le capitalisme avancé ». Mais Benjamin ne fait pas que commenter des idées, il dresse le portrait sans concession d'un dramaturge qui fut aussi son propre personnage : « «Shakespeare a tout prévu» ; en effet ! Il a surtout prévu Kraus lui-même. »

  • écrits français

    Walter Benjamin

    Le dossier ici réuni rapproche des textes aux sujets variés, certains devenus classiques, comme L'oeuvre d'art à l'époque de sa reproduction mécanisée, d'autres plus rares ou pratiquement inconnus du public français : le premier exposé de ce qui devait devenir Paris, capitale du XIXe siècle, une étude sur les «Tableaux parisiens» de Baudelaire, telles autres sur Les Allemands de quatre-vingt-neuf, ou sur l'épopée et le roman.
    Tous appartiennent à la dernière période de la vie de Walter Benjamin, en exil en France de 1933 jusqu'à son suicide en 1940, quand il ne put obtenir de visa pour passer en Espagne. Il s'agit tantôt d'écrits qu'il rédigea directement en français comme les cinq fragments d'Enfance berlinoise ; tantôt des traductions auxquelles il a directement collaboré.
    Ces treize essais ont été choisis par les éditeurs à partir de la grande édition allemande des oeuvres complètes, de façon à présenter, à travers un parcours chronologique, une image aussi précise que possible de la relation riche et complexe que Walter Benjamin entretient avec la langue et la littérature françaises, de Baudelaire à Proust, de Paul Valéry aux surréalistes.

  • Baudelaire

    Walter Benjamin

    • Fabrique
    • 21 Octobre 2013

    Ce livre bouleverse la vision habituelle du travail de Walter Benjamin dans les fertiles et tragiques années de la fin de sa vie.
    On savait qu'il était en relations constantes avec Adorno et Horkheimer, pour la préparation d'un grand livre, Paris, capitale du xixe siècle. L'exposé qu'il envoie à ses amis pour présenter le projet comporte certes une section sur Baudelaire, mais ce n'est alors qu'un chapitre parmi d'autres.
    Entre 1933 et 1936, la partie Baudelaire devient «une sorte de modèle miniature du livre» tout entier - puis un vrai livre, autonome, qui finit par totalement disloquer le projet initial.
    Or voilà qu'en 1981, Giorgio Agamben découvre dans un placard de la Bibliothèque nationale un vaste ensemble de manuscrits que Walter Benjamin avait confiés à Georges Bataille avant de partir vers le Sud en 1940.
    Dans ces manuscrits se trouve précisé leplan que Benjamin prévoyait de donner à son livre sur Baudelaire - plus beaucoup d'inédits qui permettent de se faire une idée précise de ce que devait être ce livre.
    L'ouvrage présenté est construit d'après le plan de Benjamin. C'està- dire que les nombreux textes de Benjamin sur Baudelaire (comme ceux que l'on trouve dans le Livre des Passages, dans « Un poète lyrique à l'apogée du capitalisme » ou encore dans « Quelques thèmes baudelairiens »...) reprennent une cohérence et un sens qu'on ne leur avait jamais accordés. Les inédits complètent et explicitent l'oeuvre tout entière.
    La totalité des textes de WB sur Baudelaire ont été traduits pour la présente édition, par les soins de Patrick Charbonneau, grand traducteur, en particulier de l'oeuvre de W.G. Sebald.
    « Dans la mesure où il permet de suivre dans toutes ses phases le processus de sa genèse et de son développement, le livre sur Baudelaire fait mentir la légende d'un Benjamin ésotérique et présente au contraire le modèle d'une écriture matérialiste telle que Benjamin l'appelait de ses voeux » écrit Agamben dans son Introduction. Un livre indispensable pour tous les amis de Walter Benjamin.

  • Le choix de textes de Walter Benjamin (1929-1933) présentés dans ce livre concerne le rapport entre la technique et l'existence, avec un essai encore inédit en France, Mélancolie de gauche.
    Au centre de ce livre il y a le rapport entre corps et transformations techniques qui transforment les subjectivités et le social, surtout eu égard à ce que Benjamin appelle la « pauvreté de l'expérience ».
    Benjamin a été sans doute un des premiers philosophes à avoir compris comment un tel processus de transformation du capital pouvait agir en vue d'une domestication à travers l'introduction de la technique dans la vie et vice-versa.
    Voici ce que le philosophe allemand écrit dans Expérience et pauvreté :
    « De barbarie ? Mais oui. Nous le disons pour introduire une conception nouvelle, positive, de la barbarie. Car à quoi sa pauvreté en expérience amène-t-elle le barbare ? Elle l'amène à recommencer au début, à reprendre à zéro, à se débrouiller avec peu, à construire avec presque rien, sans tourner la tête de droite ni de gauche. Parmi les grands créateurs, il y a toujours eu de ces esprits impitoyables, qui commençaient par faire table rase. Il leur fallait en effet une planche à dessin, ils étaient des constructeurs ».

  • On tente ici d'organiser, autour du concept de critique, doublé de celui d'utopie, une lecture suivie - c'est-à-dire conséquente - des écrits de Walter Benjamin (1892-1940). Un troisième terme, celui de crise, dessine entre les deux premiers l'espace problématique d'une histoire en train de se faire ou de se défaire.
    Sous le titre de Crise et Critique, Benjamin a envisagé avec Brecht et quelques autres, à l'heure de la montée des périls dans la jeune République allemande de Weimar, (et plus précisément au tournant de l'année 1930) la publication d'une revue engagée sur le front de l'art, de la littérature et de la culture. Ce projet avorta, mais les échanges auxquels il donna lieu alimentent la définition benjaminienne de la - tâche de la critique - (un ensemble de fragments éclatés). A vrai dire, Benjamin n'avait pas attendu ce moment pour mettre au premier plan de sa pensée la notion de critique. Chacun des objets qu'il a étudiés jusqu'alors - le concept de critique d'art dans le romantisme allemand, Les Affinités électives de Goethe, origine du drame baroque allemand - lui permet de creuser sous divers angles une théorie de la critique indissociable de la pratique de celle-ci. La critique proprement littéraire, ce faisant, ne manque pas de border la philosophie de l'art, ni de déborder vers l'histoire et la politique, ce dernier trait s'accentuant, sous la pression des circonstances, avec Sens unique (1928) et le Passagenwerk, l'Oeuvre des Passages (1928-1940).
    Le recueil de textes présenté ici - coupe transversale dans les écrits de Benjamin - repose sur des extraits et des fragments significatifs, attestant d'une méthode qui se veut mobile pour affronter et exploiter tout à la fois le grand vent de l'époque. S'il y a quelque risque à bâtir ainsi sur des éléments dispersés - mais d'un autre côté tout autant rassemblés -, on est en droit de s'y sentir autorisé par la démarche de l'auteur lui-même, procédant volontiers par citation et montage.

  • Ce volume rassemble la plupart des textes autobiographiques de walter benjamin.
    De 1906 à sa mort, benjamin, sans avoir, semble-t-il, tenu régulièrement de journal, obéit à sa propre injonction : "ne laisse passer aucune pensée incognito, et tiens ton carnet de notes avec autant de rigueur que les autorités tiennent les registres des étrangers. " ce registre, benjamin l'ouvre à l'occasion de voyages (italie), d'une rencontre importante (brecht) ou lorsque affluent les souvenirs d'enfance : c'est alors la chronique berlinoise, d'autant plus précieuse qu'elle n'est rythmée que par l'épiphanie du souvenir.
    On sait que benjamin proscrivait le "je" de ses textes ; s'il semble déroger à cette règle ici, c'est au moyen de la note, oú celui qui écrit se tait pour laisser parler les choses et fixer les idées au moment oú elles surgissent. ces textes, souvent fragmentaires, témoignent par leur diversité de la cohérence d'une pensée ; ils ne livrent pas seulement les matériaux infatigablement recherchés des chantiers à venir, il donne à lire le parcours d'une vie oú les crises personnelles font souvent entendre leur écho.

  • «J'ai mis un point final il y a quelques jours au brouillon de ma thèse. La voici devenue ce qu'elle devait être : une ouverture sur la véritable nature du romantisme méconnue plus que partout ailleurs dans la littérature...» Ainsi Benjamin évoquait-il en avril 1919 Le Concept de critique esthétique dans le romantisme allemand.
    Premier livre important de Benjamin, il contient son art poétique de même que la conception du langage qu'il entendait pratiquer et auquel il devait rester fidèle. De facture universitaire, il ne s'agit pourtant pas d'un simple ouvrage de circonstance : il traite fondamentalement, à travers la notion de critique esthétique, de la structure objective de l'art en tant qu'idée et de ses oeuvres, parmi lesquelles, pour les romantiques, la poésie tient une position centrale.

  • Ce volume prend sa place naturelle après Trois pièces radiophoniques déjà parues dans la même collection. Il regroupe en effet les émissions destinées à la jeunesse réalisées par Benjamin avant la main-mise des nazis sur la radio.

    Ici, Benjamin cherche à renouveler le conte. " Comment ? Par des récits qui semblent inspirés de Baudelaire et de Kafka, des récits qui associent curieusement l'escroquerie et la catastrophe et qui, comme en passant, traduisent la vision benjaminienne de l'Histoire comme une catastrophe continue. De qui est-il question ? De brigands et de charlatans, de sorcières au bûcher, d'escrocs, d'imposteurs, de marginaux, de personnages suspects comme Cagliostro ou Faust, de bootleggers de la Prohibition, et même d'un faux messie blasphémateur, le fameux Sabbataï Zevi dont Benjamin a découvert l'existence grâce à son ami Gershom Scholem. Autant de personnages qui cherchent à survivre dans un contexte général de catastrophe : le tremblement de terre de Lisbonne, les inondations du Mississippi, la destruction de Pompéi, etc. Les contes pour enfants de Benjamin ne sont pas des contes de fée, ils adressent plutôt un avertissement aux jeunes gens, un avertissement prophétique [...]. En cela, ces contes de la catastrophe imminente demeurent fidèles à la vocation des contes traditionnels qui, dans l'esprit de Benjamin et d'Ernst Bloch, doivent aussi être des récits d'émancipation, animés malgré tout par un principe d'espérance, ô combien fugitif, à l'opposé des mythes asservissants. " (Jean Lacoste, La Quinzaine littéraire) Que Benjamin ait été aussi un conteur, on le savait déjà. Mais ici, à travers les prismes de l'enfance et la profusion labyrinthique de récits hantés par le merveilleux, c'est le projet d'une pédagogie libre qui s'énonce familièrement, à la façon des devinettes. Tant dans le " je me souviens " berlinois qui ponctue le livre que dans l'évocation d'évènements lointains, ces " lumières " pour enfants clignotent pour tous comme le butin enjoué de ce collectionneur d'histoires qu'était Benjamin.

  • Des mille pages du si célèbre et si peu lu Livre des passages de Walter Benjamin, nous en tirons une quinzaine : parmi les 36 liasses (laissées à Paris en juin 40, au moment où l'armée allemande entre dans la ville) nous en prenons une (au hasard??) - la liasse « k », intitulée?« La Commune?» ; et, en fabriquant ce petit manuel, la remettons gaiement en circulation, en France, en cet automne 2016.
    Le but ? Proposer d'entrer dans le chantier du Passagen-Werk, par la petite porte de cette liasse « k » ; et à l'exemple de celle-ci, montrer ce que pouvait bien faire Benjamin, assis à la Staatsbibliothek de Berlin (1928-29) puis à la Bibliothèque nationale à Paris (1934-40), sous la lampe, recopiant et accumulant des morceaux de citations, classant, coupant, marginant de « croix jaunes couchées », de « lignes ondulantes », ou de «?disques bleus avec croix noires », son immense tas de notes destiné à préparer le livre énorme...
    Mais il s'agit aussi et surtout de s'interroger sur ce que pouvaient représenter, pour le philosophe, la Commune de Paris - et le projet politique de celle-ci. « Que voulait faire Benjamin avec ces notes aussi disparates, [...] dans un paysage politique aussi contrasté ? Y a-t-il quelque part une quelconque indication ? » C'est la question que se pose Marc Berdet dans la préface qu'on lira ici. Et pour apporter à cette question les éléments de réponse qu'elle exige, on verra qu'il est nécessaire d'installer sa recherche au plus près du matériau de cette liasse - jusque dans les trous de citations laissés par Benjamin...

  • Essais sur brecht

    Walter Benjamin

    • Fabrique
    • 4 Septembre 2003

    " Donner une idée de ses convictions théoriques, de sa façon de converser, voire de son allure extérieure, importe bien plus que de dévider le fil de ses oeuvres dans l'ordre chronologique, en fonction de leur contenu, de leur forme et de leur efficace. " Extraites du premier essai de ce livre, ces lignes programmatiques indiquent déjà qu'il s'agit d'un ensemble vivant. La théorie du théâtre épique, la conception du Roman de Quat'sous, la question de " l'auteur comme producteur " se mêlent à des conversations, à des lettres, à des rencontres qui ont comme toile de fond les années 1930, l'exil, la montée du nazisme. Et dans ces années de crise aiguë, transparaît la synergie entre la pensée-Benjamin et la pensée-Brecht comme par exemple lorsque Benjamin fait du trauerspiel baroque l'ascendant du théâtre épique, ou lorsqu'il met en avant chez Brecht le geste, surtout le geste inapparent, infinitésimal, ne se situant pas dans la ligne d'attente. Un dialogue des plus actuels entre deux grands esprits du XXe siècle : deux exilés, deux allemands, deux amis.

  • Rédigé et publié en 1936, « Le raconteur » est l'un des textes les plus caractéristiques de l'écriture de Walter Benjamin. Dans son style elliptique, il y mobilise des ressources théoriques, littéraires et spirituelles multiples pour tenter de conjurer la catastrophe qui s'annonce. A la dévastation et à la violence, il oppose les regards convergents de deux figures positives : dans celle du raconteur, colporteur de récits, mais aussi d'expériences et de sagesses, le juste reconnaît sa propre passion pour « l'aspect épique de la vérité ».

  • Depuis l'exil, le philosophe W. Benjamin recompose, dans une série de brèves vignettes, ses souvenirs d'enfance à Berlin. Loin de l'anecdote, il s'agit d'une véritable plongée dans l'enfance et dans l'histoire, où se retrouvent les thèmes essentiels de la philosophie benjaminienne. Ce texte resté inédit du vivant de l'auteur, est désormais connu en plusieurs variantes, dont celle-ci est la dernière à laquelle il ait mis la main. Walter Benjamin (1892-1940) est un philosophe, historien de l'art, critique littéraire, critique d'art et traducteur (notamment de Balzac, Baudelaire et Proust) allemand de la première moitié du XXe siècle, rattaché à l'école de Francfort. Traduction et préface de Pierre Rusch Postscriptum de Patricia Lavelle

  • Lettres françaises

    Walter Benjamin

    • Nous
    • 21 Mars 2013

    Ce volume réunit l'intégralité des lettres écrites en français par W. Benjamin. Au total, 525 lettres composées entre 1919 et 1940, en majorité inédites, adressées à des personnalités telles que F. Picabia, M. Brion, P. Leyris, G. Freund, H. Arendt ou encore G. Scholem. L'ensemble est classé chronologiquement et se conclut par la lettre rédigée juste avant le suicide du philosophe et écrivain.

  • Cet ensemble éditorial, dirigé par Jean-Claude Milner, répond à la vocation d'ouverture que s'est donné le Collège International de Philosophie depuis sa création : la philosophie comme discipline, de sorte qu'elle puisse aller à la rencontre des autres champs du savoir ou de la création ; l'ouverture vers la société, en prenant part à l'élaboration du questionnement contemporain ; l'ouverture internationale. Pour répondre à cette ambition, la " Bibliothèque " du Collège publie des oeuvres de fonds servant à la fois d'assises et de références à son travail théorique, les " Essais " du Collège (ils restent dirigés par François Jullien) proposent des textes courts, incisifs, nés du risque et du plaisir d'une idée, dans l'esprit des Lumières, qui soient à la fois le déploiement d'une idée et l'engagement d'une pensée, la " Librairie ", quant à elle, regroupe des textes de référence tel Le rapport bleu, actes de fondation du Collège.
    La collection s'appuie sur une revue trimestrielle Rue Descartes, expression collective du travail réalisé par les membres du Collège

  • Et ce fut dans ce petit bar du port que le haschich se mit à produire son enchantement intime, au fond canonique, avec une précision primitive, comme je ne l'avais peut-être jamais ressenti auparavant. Car il me rendait physionomiste, à tout le moins observateur de physionomies et il m'advenait quelque chose de tout à fait unique dans mon expérience : je fus littéralement fasciné par ces visages qui m'entouraient et qui pour la plupart étaient remarquablement farouches ou laids. Des ?gures que d'ordinaire j'aurais évitées pour plus d'une raison : je n'aurais ni désiré attirer sur moi leur attention ni pu supporter leur bestialité.

    Si Marseille est la ville où Walter Benjamin vécut ses dernières semaines durant l'été 1940 avant sa mort tragique, elle est également, dès 1928 le champ d'expériences nouvelles. Expériences olfactives et chromatiques, dont celle qu'il relate ici, au gré de ses déambulations sur le vieux port, le cours Belsunce et la Canebière pris par l'ivresse du haschich.

  • J'ai vu la mort en face

    Walter Benjamin

    • Rocher
    • 28 Février 2018

    Walter Benjamin est sur le point d'embarquer quand un kamikaze se fait exploser à quelques mètres de lui. Violemment projeté en arrière, il découvre hébété qu'il a perdu une jambe. Nous sommes le 22 mars 2016, il est 7 h 58 à l'aéroport de Bruxelles. Autour de lui, des corps brûlés, un homme décapité... Une scène apocalyptique. Amené à l'hôpital dans un état critique - il a perdu énormément de sang -, les médecins parviendront tout de même à le sauver. Débute alors le récit d'une reconstruction, les longs mois d'hospitalisation, les opérations, la rééducation... Walter doit mener un combat quotidien, contre ses angoisses, ses idées noires, réapprendre à vivre dans ce nouveau corps, s'autoriser à aimer aussi...Un témoignage qui touche par son exemplarité et la capacité de résilience de son auteur.
    Aujourd'hui, Walter Benjamin - qui partait pour Israël ce jour-là voir sa fille - a noué une amitié très forte avec son sauveur Hassan, un musulman. En quête de réponses, il est parti à la rencontre des jeunes de Molenbeek, pour comprendre qui ils sont. Et il se rend régulièrement dans le service où il a été soigné pour insuffler aux patients gravement handicapés l'espoir et l'envie de se battre.

  • Conçu tout d'abord, entre 1927 et 1929, comme une féerie dialectique proche, par l'inspiration, des déambulations surréalistes de Breton et surtout d'Aragon, le projet d'essai sur les passages parisiens changea de nature lorsque Walter Benjamin le reprit en 1934. C'était désormais à un livre que travaillait l'exilé allemand réfugié sous l'architecture de fer de la Bibliothèque nationale, à une oeuvre qui devait être non seulement une histoire sociale de Paris au XIXe siècle, comme l'annonçait l'Institut de recherche sociale d'Adorno et d'Horkheimer, mais une tentative d'interprétation globale du XIXe siècle et de son équivoque modernité.

    Chaque époque rêve la suivante disait Michelet. Benjamin nous offre, pour déchiffrer les figures équivoques du rêve propre au XIXe siècle, des catégories aussi originales que fécondes qu'il appartient au lecteur d'associer et de combiner : l'ennui, l'oisiveté, la construction en fer, les expositions universelles, la mode, le collectionneur, l'intérieur, le miroir, le joueur, les passages, etc.

    Elles lui permettent de montrer l'émergence de formes de construction, de communication et de transport dans les villes, dont le XXe siècle a pu seul mesurer la portée politique, en même temps qu'elles lui servent à dégager, au commencement même de ces techniques de masse, une fragile aspiration utopique et une promesse oubliée de liberté. C'est cette ambivalence qui fait des Passages, même sous leur forme fragmentaire, un extraordinaire hommage critique au Paris du XIXe siècle, à son architecture et à ses écrivains.

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