• L'oeuvre poétique d'Yves Bonnefoy, désormais publiée en Poésie/Gallimard, regroupe, sous les intitulés de «Poèmes» et de «L'heure présente», les recueils initiaux et les derniers en date, les livres de la maturité (La Vie errante, Ce qui fut sans lumière et Les Planches courbes) demeurant jusqu'ici en éditions séparées. En rassemblant ces trois titres en un seul volume, c'est tout le parcours d'Yves Bonnefoy qui se trouve ainsi ré-architecturé, révélant ses lignes de force mais aussi ses contrepoints et ses nuances. D'un état du monde «dévasté par le langage», le poète entreprend d'affronter ce désordre extrême à partir de la simplicité des choses afin de modifier le regard qu'on porte sur elles en allant à la rencontre de ce qui, déjà, cherche un affranchissement. Car il y a chez Yves Bonnefoy une ferveur et un courage qui refusent de céder aux modes et à l'avilissement généralisé du langage. Sa parole sait magistralement faire place au sens et au chant qui s'élève. Elle est à la fois affirmée et fragile, inquiète et souveraine.

  • Au travers de son oeuvre, poèmes ou essais, Yves Bonnefoy s'adressait toujours à autrui. Voyant dans la poésie une « poignée de main », selon le mot de Celan qu'il aimait rappeler, il a donc pratiqué l'entretien comme un genre littéraire de grande dignité. La rencontre, par écrit, avec chacun de ses interlocuteurs fut chaque fois l'occasion d'une recherche commune, lors des entretiens sollicités par des revues tout autant que lors de ceux dont il prenait l'initiative avec tel ou tel de ses amis. Dans ce nouveau volume qui fait suite à Entretiens sur la poésie (1972-1990) et à L'Inachevable, Entretiens sur la poésie (1990-2010) sont réunis treize des entretiens des dernières années et un essai, Ut pictura poesis. Sous l'angle de l'expérience poétique et de la manière dont il la comprend, Bonnefoy mène une réflexion sur les grands aspects de l'exister humain : la musique, le souvenir, les figures parentales, les mathématiques, le désir d'unité, le dialogue, le lieu, la peinture, ou l'usage des mots. Il évoque aussi, en quelques occasions, certaines périodes de sa vie et de sa création : ainsi la solitude de son enfance ou les étapes de son rapport avec la musique et les musiciens.

  • « Le chemin que l'on n'a pas pris, au carrefour, ne conduisait pas à un pays autre. "Là-bas", ç'auraient été les mêmes horizons qu'ici, les mêmes seuils et les mêmes hommes, au mieux quelque variante sans grand relief au sein d'un unique réel. Et pourtant il est des esprits que cette occasion illusoire ne cessera de hanter. Ils croient côtoyer un arrière-pays qu'à un carrefour nouveau - le hasard aidant cette fois, ou grâce à un signe, soudain compris - ils pourront peut-être rejoindre.
    Pourquoi cette aspiration, que recouvre-t-elle ? Et quel rapport a-t-elle avec notre besoin d'images, et quel rapport "les images" ont-elles avec le dessein propre des oeuvres ? Je cherche à définir la réfraction ontologique : par quoi l'unité, cette lumière, ayant à nous atteindre à travers des mots aujourd'hui extériorisés, dévie dans leur épaisseur au point que son origine apparaît ailleurs qu'en l'existence, sa substance autre que celle des actes quotidiens, sa forme trouble, irrégulière, mouvante - ce brisement, toutefois, étant notre imaginaire, ce glissement sur des crêtes au moins l'incitation au désir. »

  • Nouvelle édition

  • Lorsque Yves Bonnefoy retrouve un poème d'une centaine de vers libres jamais publié intitulé «L'écharpe rouge», et qui aurait été une «idée de récit», le voilà devant un mystère. Dans le poème sont évoqués des noms de lieux, des événements : mais à quoi font-ils référence?
    Le poète part à la recherche de signes, entreprend un voyage au coeur de la mémoire et réveille des souvenirs. Notamment ceux de ses parents, Elie et Hélène, dont il dévoile avec émotion les portraits et l'histoire de leur rencontre. Et comment le regard d'un fils sur ses parents, sur leurs inquiétudes, décide de sa vocation poétique.

  • Ce nouveau livre d'Yves Bonnefoy en Poésie/Gallimard regroupe ses trois derniers écrits poétiques qui mêlent poèmes, proses et réflexions critiques, la poésie étant ainsi toujours escortée par la poétique qui l'explicite et la légitime.
    Dans La Longue Chaîne de l'ancre, Yves Bonnefoy explore le rapport de l'écriture en vers et de l'écriture en prose, le passage entre l'une et l'autre se découvrant dans des régions subconscientes dont le poème est l'écoute, mais nullement passive. Il s'agit en fait d'élargir les bases de la conscience. La longue chaîne de l'ancre se révélant comme celle qui arrime l'esprit humain dans les eaux profondes de l'inconscient, lieu de pensée autant que de vie.
    Avec L'Heure présente, proses et poèmes alternent également : les proses pour remuer le sol de la conscience qu'on prend du monde, où restent vives des impressions et des intuitions que la pensée diurne réprime, les poèmes pour tenter d'employer les mots ainsi rénovés et mieux poser les problèmes de l'être, du non-être, du sens et du non-sens, comme ils assaillent notre époque, à «l'heure présente». Poèmes qui sont des questions, mais se laissent pénétrer par des fragments de réponse. Parmi eux le plus important est celui qui donne son titre à l'ensemble, l'auteur y reconnaît ses inquiétudes et ses espérances.
    Quant au dernier texte, Le Digamma, il s'interroge sur la disparition du digamma du sein de l'alphabet de la langue grecque, disparition qui ne fut peut-être pas ce qu'un des personnages du récit imagine : la cause de l'inadéquation ultérieure de la chose et de l'intellect dans les sociétés du monde occidental. Mais il est probable qu'elle ait retenu l'attention de l'auteur quand, adolescent, il apprit qu'elle avait eu lieu, et que cela lui faisait penser à d'autres disparitions. Par exemple, dans les réseaux des significations conceptuelles, celle du savoir de la finitude. Une sorte de mauvais pli apparaît alors entre l'existence et sa vêture verbale, une bosse sous la parole qui n'en finit pas de se déplacer sans se résorber dans des mots qui en seront à jamais fiction, en dépit des efforts de ce que notre temps a dénommé l'écriture, sans qu'il y ait là à douter, tout de même, de notre besoin de poésie.

  • Cette monographie sur la vie et l'oeuvre d'Alberto Giacometti (1901-1966) s'appuie sur l'analyse de plus de 500 de ses sculptures, peintures, dessins, gravures et lithographies, ainsi que sur ses écrits théoriques et sur ses déclarations. Elle présente également le contexte historique, artistique et culturel de sa vie. Format compact.

  • Ce livre, quelques-uns des entretiens que j'ai eus avec divers interlocuteurs en ces vingt dernières années.
    D'une part ceux qui portèrent sur la création artistique - architecture ou peinture - ou des peintres et des poètes ; et d'autre part ceux où j'ai eu à parler de mon propre travail ou de ma vie. Viendront plus tard des réflexions de nature plus générale bien que constamment sur la poésie. Pourquoi ce rassemblement ? Parce que l'imprévu des questions avive et même sert le désir de comprendre de celui qui cherche à répondre, en un « écrit parlé » qu'il veut aussi précis que possible.
    Et parce que ce désir va peut-être trouver dans les hypothèses et digressions alors permises des voies qui en valent d'autres vers la sorte de vérité dont cet auteur est capable. Y. B.

  • Rome, 1630. Dans la ville pontificale d'Urbain VIII, un jeune sculpteur, Gian Lorenzo Bernin, assure au style baroque, qu'il invente, son plus prestigieux monument, le Baldaquin du maitre autel de la Basilique Saint-Pierre, qui voit s'élever sous la coupole de Michel-Ange, quatre gigantesques colonnes torses en bronze. 1630 à Rome, c'est aussi l'année où Poussin décide de ne travailler que pour soi et livre une seconde interprétation de son Inspiration du poète, miraculeuse fusion d'une forme restée sensible et d'une révolution de pensée.
    Et ce sont également les mois où le caravagisme s'achève, avec Valentin ; où Velázquez, de passage à Rome, peint des vues de jardin qui auraient plu à Corot. Comment l'art baroque a-t-il su trouver en une année une forme aussi efficace, immédiate et concrète ? Avec Rome, 1630, Yves Bonnefoy s'arrête sur ce moment de l'histoire et analyse ces mois exceptionnels, qui vont bouleverser l'histoire de l'art.

  • Notre besoin de Rimbaud

    Yves Bonnefoy

    • Seuil
    • 19 Mars 2009

    Ce que je crois qu'en tout cas je puis dire de vrai, à propos de Rimbaud, c'est qu'aucun autre que lui ne m'aura requis en poésie par autant d'intensité, d'immédiateté, de proximité dans sa voix. Voix qui elle-même demande, voix qui affirme et bien sûr se trompe, mais se reprend, vit de se reprendre, portée, secouée par les deux grandes forces qui font que l'on est au monde [...] : d'une part l'espérance, qui veut croire possible que l'existence soit un partage et donc que la vie ait un sens, d'autre part la lucidité qui déconstruit les illusions successives en quoi l'espérance s'enlise [...]. Espérance et lucidité, c'est le titre que j'aurais pu donner à ce livre [...]. Mais j'en ai préféré un autre parce que m'alarme de plus en plus un certain déni que je vois qui se répand aujourd'hui de l'intuition proprement poétique, à cause d'une lucidité mal fondée dont la conséquence est un renoncement désastreux à l'espérance. Et que s'inquiéter ainsi, c'est savoir à quel point Rimbaud, que l'heure présente lit peu, ou mal, est et va rester nécessaire. Lire un grand poète, ce n'est pas avoir à décider qu'il est grand [...], c'est lui demander de nous aider. C'est attendre de sa radicalité qu'elle nous guide, tant soit peu, vers le sérieux dont on est peut-être capable. Je ressens ces approches de Rimbaud, commencées il y a maintenant cinquante ans ou presque, comme surtout une sorte de journal de mon affection pour ce poète.

  • Quand il entreprit d'en traduire le théâtre, Yves Bonnefoy avait de l'intérêt pour Shakespeare, mais ne projetait pas pour autant de l'étudier plus sérieusement.
    Or il fut soudain en présence, non pas, cette fois, des pièces comme telles, de leur sujet, de leur sens, mais, d'abord, de mots sur une page, de phrases qui s'élançaient dans des vers, d'une voix. Il décida alors de prêter moins attention aux situations et aux émotions que cette parole faisait entendre qu'aux mots et aux vers qui portaient ces mots, aux frémissements qui secouaient ces pages et en contredisaient même, à des moments, le discours. Quelque chose se jouait là qui n'était pas seulement le devenir d'une action ou les pensées ni le sentiment d'une personne, moins encore de grands aperçus sur la société d'une époque, mais un événement bien plus profond.
    Cet événement, dans chaque mot, dans la mise en question qu'il fait de ce que ce mot semblerait vouloir dire, c'est évidemment la poésie à son plus fondamental.
    D'où la question que pose aujourd'hui Yves Bonnefoy : ne serait-ce pas l'intelligence puis l'adoption du projet de la poésie, en sa visée propre, en sa spécificité, qui caractérise le mieux Shakespeare, expliquant ses choix, explicitant sa grandeur, et donnant la raison de sa durable et considérable importance dans des sociétés et des siècles si autres pourtant que les siens ?
    Ce volume contient les extraits suivants :
    « L'inquiétude de Shakespeare » (Shakespeare et Yeats, Mercure de France, 1998) « Une décision de Shakespeare » (Orlando furioso, guarito. De l'Arioste à Shakespeare, Mercure de France, 2013) « La tête penchée de Desdémone », (Sous l'horizon du langage, Mercure de France, 2002) « Brutus, ou le rendez-vous à Philippes » (Shakespeare et Yeats) « Readiness, Ripeness : Hamlet, Lear » (Shakespeare et Yeats) « Art & Nature » : l'arrière-plan du Conte d'hiver (Shakespeare et Yeats) « Une journée dans la vide de Prospéro » (Shakespeare et Yeats) « La noblesse de Cléopâtre » (Sous l'horizon du langage) « Les sonnets et la pensée de la poésie » (Shakespeare, Les Sonnets, Poésie/Gallimard n° 437) Inédit

  • Yves Bonnefoy a entretenu une abondante correspondance. Il avait soigneusement gardé et classé les lettres qu'il recevait, ce qui a permis de reconstituer un grand nombre d'échanges. En les lisant, on pénètre dans l'atelier d'Yves Bonnefoy, on y est témoin de son activité inlassable, de sa générosité, de son souci constant de la poésie, ainsi que de la vie littéraire de ces années, qu'il s'agisse de ses projets personnels d'écrivain ou du rôle qu'il joue pour permettre les publications d'autrui.
    De nombreuses lettres d'Yves Bonnefoy ont été retrouvées, dans des bibliothèques françaises en France ou à l'étranger (nombre de ses amis étant des écrivains, ils ont déposé leurs archives dans des institutions : Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Imec, bibliothèques d'universités américaines, etc.) ou chez leurs destinataires. Ces destinataires sont extrêmement variés. Ses aînés : André Breton, Gilbert Lely, Pierre Jean Jouve. Ses maîtres :
    Gaston Bachelard, Jean Wahl, André Chastel. Ses amis poètes ou peintres, venus du surréalisme :
    Pierre Alechinsky et Guy Dotremont, autour de Cobra, Hans Bellmer, George Henein (le surréaliste égyptien ; c'est dans sa revue du Caire, La Part du sable, qu'Yves Bonnefoy publiera « Théâtre de Douve », qui deviendra plus tard Du mouvement et de l'immobilité de Douve), Raoul Ubac. Les amis poètes et écrivains de sa génération : André du Bouchet, Gaëtan Picon, Jacques Dupin, Louis-René des Forêts, puis Paul Celan, qui sont ceux avec qui il créera L'Éphémère, la revue publiée par les éditions Maeght de 1968 à 1972 (un dossier consacré à L'Éphémère rassemble dans le volume des lettres échangées entre les autres membres du Comité de rédaction, qui permettent de mieux comprendre les tensions qui ont abouti à la fin de la revue) ; mais aussi Philippe Jaccottet ou André Frénaud, qui ne faisaient pas partie de L'Éphémère.
    Des écrivains, professeurs, critiques, penseurs :
    Michel Butor, Claude Vigée, Jean-Pierre Richard ou Henry Corbin. Des traducteurs, qui l'interrogent sur le sens de certains passages. C'est aussi la période où Yves Bonnefoy commence à enseigner aux Etats-Unis, si bien que les lettres comportent des descriptions des villes ou des campus qu'il découvre, et des amitiés qu'il y noue. Dans les débuts de sa vie littéraire, il reçoit après la publication de ses premiers livres des témoignages de sympathie et d'admiration de la part d'écrivains qui n'étaient pas ses proches, tels que Georges Duhamel, Pierre Klossowski, André Pieyre de Mandiargues, ou François-Régis Bastide.
    Bien que les lettres d'Yves Bonnefoy soient exemptes de détails intimes, la grande affection qu'il porte à ses amis y transparaît à chaque ligne, souvent mêlée d'humour, ainsi que son talent de conteur (dans les lettres avec Boris de Schloezer, proche de la mort) ; de même, parfois, avec certains correspondants, apparaissent les tensions ou les désaccords qui mèneront à des prises de distance. Ce qui oriente constamment sa manière de voir et de réagir, c'est le désir que le regard poétique, son exigence, ses bienfaits trouvent leur place dans la société.

  • C'est directement et parfois profondément que l'activité du photographe influe sur ce que la poésie cherche à être. Et, en retour, les poètes se doivent de comprendre en quoi cette activité consiste et même ne pas hésiter à exprimer des réserves, des inquiétudes ou d'ailleurs aussi leur approbation en présence des formes diverses et peut-être contradictoires que l'acte et les visées du photographe ont prises depuis le daguerréotype, puis Nadar préservant pour nous le regard de Nerval, de Marceline Desbordes-Valmore, de Baudelaire. Ce petit essai s'attache à un des effets troublants de la première photographie, son introduction d'une pensée du non-être, si ce n'est pas du néant, dans l'univers des images. Mais aussi à un récit qui, de façon figurale, me semble avoir perçu cet effet et visité avec épouvante ses risques, l'extraordinaire La Nuit de Maupassant, une des oeuvres hallucinées de ses dernières saisons conscientes.

  • Recueil complet des essais du poète Yves Bonnefoy sur le peintre Alexandre Hollan : 30 ans de réflexions. Le livre est largement illustré, dans une présentation réalisée par l'artiste lui-même.

  • Le XIXe siècle a vu se produire un des grands événements de l'histoire de l'esprit, la banalisation de l'incroyance. Le plus intense et profond parmi les grands esprits de cette nouvelle époque, Baudelaire, se pose la question de l'existence de Dieu mais doit se résigner à comprendre qu'il ne croit pas. Si bien que surgit une question bien précise qui confère à la poésie une fonction et une importance toutes nouvelles. Faut-il penser à la transcendance seulement en termes de surnature ? Comment s'opère la transformation du rapport de l'humain à la transcendance ? Yves Bonnefoy prête attention aux contradictions dans lesquelles se débat l'auteur des Fleurs du mal : de ce point de vue, le XIXe siècle n'est pas seulement le siècle de Michelet, Marx, Nietzsche ou Freud, mais celui de Baudelaire. Pourquoi Baudelaire ? Car, si "Dieu est mort", la poésie est ce qui seul permet de répondre avec efficacité au besoin de préservation du sentiment de la transcendance. Ce n'est en effet que lorsque le religieux a chancelé qu'il devient possible de discerner le poétique en sa différence, la poésie en son être propre.
    Or le génie de Baudelaire aura été d'avoir eu, le premier, cette intuition du plein de la poésie, mais aussi d'avoir su en explorer le possible, l'éprouvant d'emblée comme un travail à porter loin dans la nuit de l'être psychique. La grandeur de Baudelaire, c'est précisément d'avoir compris qu'il fallait que le travail de la poésie ait lieu au coeur même du conceptuel, au plus secret de l'expérience vécue. Le poète a su courageusement ne pas se dérober à une tâche qui ne pouvait que le vouer, entre autres misères, à l'incompréhension de ses proches.
    Outre certains aspects de Baudelaire lui-même, ce volume étudie enfin les poètes qui assumèrent de diverses façons, directe ou indirecte, son héritage : notamment Mallarmé, Laforgue, Paul Valéry, Hofmannsthal.

  • Le cargo noir fascine aussi parce que les hommes expérimentés et attentifs qui, dans les fonds haletants, conduisent sa machine à vapeur à la fois puissante et douce, ont des gestes voisins de ceux d'Alechinsky maîtrisant le métal, les acides, les encres, la presse d'acier poli. Il a déterminé de l'esprit et du geste les signes définitifs de son estampe, déposé leur trace pour l'avenir, fixé les rapports éternels entre la mer et le ciel, troublés un instant par le passage du cargo noir.
    De Blake et Friedrich à Pollock en passant par Turner, Munch et Van Gogh, le poète est amené à définir dans l'art occidental un courant de «Romantisme nordique» dont il dégage magistralement les éléments constitutifs et la spécificité qui font l'oeuvre de Pierre Alechinsky. C'est un éclairage nouveau sur ce peintre, qui a illustré plus de soixante livres de notre catalogue, qui nous est offert ici.
    Reproduction de soixante-neuf dessins de Pierre Alechinsky..

  • Tout à la fois un hommage à Baudelaire, un dialogue avec lui et une lecture de son oeuvre, ce rassemblement chronologique de quinze essais d'Yves Bonnefoy sur Baudelaire s'échelonne sur plus de cinquante années, au cours desquelles Baudelaire n'a cessé de l'accompagner.
    A Baudelaire il doit, écrit-il, "d'avoir pu garder foi en la poésie". Car "aucun, sauf Rimbaud", ne montre aussi fortement que l'espérance "peut survivre aux pires embûches de la conscience de soi. Aucun pour descendre avec tant de modestie exigeante des hauteurs intimidantes de l'intuition poétique, où pourtant il ne cesse de revenir, vers la condition ordinaire", "aucun", enfin, "pour encourager plus efficacement ceux qui croient en la poésie à ne pas décider trop tôt qu'ils sont indignes de son attente".

    Ainsi, "les grands poètes sont ceux qui nous aident" "à nous diriger vers nous-mêmes". Et "c'est même cette recherche de soi qu'ils attendent de nous, avec l'offre que nous partagions leurs soucis, leurs espoirs, leurs illusions, et le désir de nous guider, tant soit peu, vers là où nous découvrirons qu'il nous faut aller. Le voeu de la poésie, c'est de rénover l'être au inonde, ce qui demande d'entrée de jeu l'alliance du poète et de ceux qui les lisent sérieusement".

  • « Est-ce qu'il fait froid ?
    Je ne sais pas, oui, peut-être. / Est-ce que tu me tiens bien ? / Oui, n'aies crainte. / Ne me lâche pas, j'ai si peur ! / Crois-tu que je veux te lâcher ? / Non, mais où es-tu ? Où sommes-nous ? / Je ne sais pas. Dans le ciel. / Tu es sûr ? Mes pieds s'enfoncent dans l'eau. / C'est l'eau du ciel. / J'entends des voix, des cris. » / La Grande Ourse est un ensemble de poèmes inédit.

  • En 2008 une société de bibliophiles italiens décida de publier avec des illustrations de Gérard Titus-Carmel un récit, Deux Scènes, que je venais d'achever. Mais quand on en fut à la maquette du livre, il apparut que quatre ou cinq pages de plus seraient souhaitables, pour mieux équilibrer la suite des gravures, et je dis : c'est tout simple, je vais écrire une note pour expliquer pourquoi ce récit se situe « à Turin peut-être où à Gênes ». Gênes étant, par une belle coïncidence, la ville des dirigeants de cette collection, parmi lesquels mon traducteur, un ami, Beppe Manzitti.
    J'entrepris donc cette note. Mais elle eut vite non pas cinq pages mais cinquante. En effet, dès que j'eus commencé de lire ce que j'avais écrit les yeux en somme fermés, il me fallut constater que cette histoire de deux balcons en vis-à-vis dans la cour d'un palais génois, avec deux drames pour s'y jouer simultanément, à peine différents l'un de l'autre, traversait et retraversait sans cesse ni fin les moments et les lieux, et les pensées, de ma vie depuis la première enfance, et que s'expliquaient ainsi des poèmes qui m'étaient restés des énigmes ; cependant que s'éclairait mon voeu peut-être le plus profond. Puis-je parler d'un début d'auto-analyse ? Mais tout autant aussi je me suis senti obligé de m'interroger sur certains aspects de la recherche freudienne, avec en esprit un désir d'être qui compterait plus que celui d'avoir.
    Y. B.

  • Lorsque Yves Bonnefoy retrouve par hasard un poème d'une centaine de vers libres jamais publié intitulé « L'écharpe rouge », et qui aurait été une « idée de récit », le voilà devant un mystère : quel était donc ce récit jamais advenu? Dans le poème sont évoqués des noms de lieux, des événements: mais à quoi faisaient-ils référence?
    C'est donc à un voyage dans le temps que nous invite le poète. Dans son propre texte, il part à la recherche de signes, se fait archéologue de son propre poème. L'auteur se dédouble, devient son propre exégète, décryptant les strates successives qui ont participé à la genèse de son texte. Et, partant de toute son oeuvre.
    Ce voyage dans le temps, au coeur de la mémoire, réveille des souvenirs qui le mènent inévitablement vers le pays natal. Notamment vers son père et sa mère, Elie et Hélène, dont il nous livre les portraits et 1 'histoire de leur rencontre. Il évoque donc les « origines» au sens propre, mais aussi les origines de son oeuvre, donnant un éclairage inédit et rétrospectif sur sa vocation littéraire.
    Le texte d'Yves Bonnefoy laisse éclore l'émotion avec beaucoup de simplicité et d'élégance. Un récit bouleversant où Yves Bonnefoy se livre comme il ne l'avait peut-être jamais fait auparavant.

  • Dans ce livre, Yves Bonnefoy s'interroge - et nous interroge - sur l'actualité de Shakespeare :
    « Hamlet perçoit la faillite d'une société, de ses convictions, de ses valeurs. Et on peut donc faire l'hypothèse qu'il en a une autre à l'esprit et va être un de ceux qui se donnent pour tâche la refonte d'un ordre et non le déni de tous. Il a été étudiant à Wittenberg, l'université de Luther et de la Réforme, laquelle est ce souci d'une religion seulement en partie renouvelée. Intelligent comme il est - et longtemps l'arbitre des élégances, à en croire Ophélie -, il pourrait bien faire sien un tel projet de rénovation réfléchie, bien dans l'esprit de la Renaissance si même tempéré par la sagesse d'Érasme ou l'ironie de Montaigne. Mais ce n'est pas de cette façon que Shakespeare comprend Hamlet. " Words, words, words ", dit Hamlet à Polonius de ce qu'il lit, ce livre est sans vérité, les mots n'y sont que des faux-semblants. » Au-delà du clivage dans notre perception de l'existence et du monde, entre la réalité de l'être humain - le temps qui le voue à la mort - et la pensée conceptuelle qui donne des noms aux aspects, c'est la poésie qui va proposer une parole d'alliance pour les tâches d'une survie, se refusant au désespoir. Pour Yves Bonnefoy, "ces considérations éclairent la pensée de Shakespeare, et Hamlet en particulier, mieux qu'aucune autre sorte d'approche. Parce qu'elles aident à comprendre pourquoi cet auteur d'une époque à bien des égards révolue reste si proche de nous, si agitant, si évidemment le témoin de nos présentes ténèbres mais aussi le porteur de ce qui nous reste d'espérance. »

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