• Vous avez tort mais refusez de l'admettre ? Avec humour et perspicacité, ce petit précis recense et analyse les stratagèmes et les ruses pour sortir vainqueur de tout débat, dispute ou joute verbale. Schopenhauer se livre à une savoureuse réflexion sur le langage et la dialectique, pour le plus grand plaisir des amoureux de la contradiction.
    Ces conseils, aussi précieux que sarcastiques, sont suivis de deux essais incisifs sur la pensée et la lecture : les livres nourrissent-ils notre réflexion, ou nous empêchent-ils de penser par nous-mêmes ?

  • Marx Hegel

    Guy Debord

    La lecture de Marx et de Hegel fut déterminante dans le processus de réflexion ayant mené à l'écriture de La Société du spectacle. Guy Debord, s'il s'inscrivait dans la tradition de la pensée marxienne, n'était pourtant ni marxiste ni hégélien. Mais il a trouvé chez ces philosophes deux formes de pensée radicales qui répondaient pleinement à ses préoccupations. À l'instar du système théorique de Hegel, capable d'appréhender dans un seul mouvement tout ce qui gouverne l'existence humaine, il s'est attaché à produire une analyse de la société marchande qui s'applique à l'ensemble de son mode de fonctionnement. Quant à Marx et à son entourage, leur parcours et leurs idées constituent pour lui un modèle pour l'organisation de l'activité politique et révolutionnaire de l'Internationale situationniste.
    Néanmoins, les spécificités de chaque auteur, et l'existence de deux dossiers de fiches de lecture bien distincts dans les archives de Guy Debord, ont été respectées dans ce volume constitué de deux parties : la première consacrée à Marx, la seconde à Hegel, l'une et l'autre faisant l'objet d'une postface revenant sur les apports précis de chacun à son oeuvre.

  • Chronologie - Avertissement.
    Le concept d'angoisse - Avant-propos - Stades sur le chemin de la vie - Le lis des champs et l'oiseau du ciel, trois discours pieux - La maladie mortelle [Traité du désespoir] - Pratique du christianisme - Point de vue sur mon activité d'écrivain - Sur mon activité d'écrivain.
    Notices et notes - Bibliographie.
    Traductions nouvelles.

  • Introduction - Chronologie - Notes sur la présente édition.
    Ou bien...ou bien incluant Le journal du séducteur - La reprise - Crainte et tremblement.
    Miettes philosophiques.
    Notices et notes.
    Traductions nouvelles

  • Les Parerga et Paralipomena, titre grec qui signifie « Accessoires et Restes », connurent un immense succès en Allemagne à leur parution, en 1851, et furent traduits en France entre 1905 et 1912. Bien qu'ils comptent parmi les textes majeurs d'Arthur Schopenhauer, ils n'ont fait l'objet, depuis, que de parutions marginales. Ils offrent pourtant aux lecteurs de l'auteur du Monde comme volonté et comme représentation un véritable kaléidoscope des grands thèmes traités par le philosophe : l'ennui, le désespoir, la bouffonnerie des comportements humains. Son pessimisme, qui lui fait dire que « la vie est une affaire qui ne couvre pas ses frais », connaît ici de nouveaux développements dans ses articles Sur le suicide ou Le Néant de la vie.
    Schopenhauer propose un art de vivre pour remédier à la douloureuse condition humaine, sous la forme de conseils et de recommandations, comme de pratiquer avec prudence la compagnie de femmes. L'Essai qu'il consacre à celles-ci connut un vif succès auprès d'écrivains français tels Maupassant, Zola, Huysmans et tant d'autres dont Schopenhauer a nourri la misogynie.
    Évoquant l'influence considérable de la pensée de Schopenhauer sur les créateurs de son temps, Didier Raymond souligne le paradoxe qui veut que son pessimisme ait eu sur beaucoup d'entre eux « les effets bénéfiques d'une libération longtemps attendue. Sa philosophie, écrit-il, confère enfin une certitude au sentiment de désespérance, d'extrême lassitude de l'existence ».
    Par sa perspicacité philosophique et sa lucidité psychologique, comme par la clarté et la lisibilité de son écriture, cet ouvrage reste à cet égard un stimulant inépuisable.

  • Dans les années 1960, Sartre disait du marxisme qu'il est "la philosophie indépassable de notre temps" . Mais qu'en est-il pour nous aujourd'hui ? Le capitalisme n'a-t-il pas changé de forme depuis l'époque de Sartre et a fortiori celle de Marx ? Avons-nous dès lors dépassé le marxisme ou bien sommes-nous toujours confrontés aux mêmes problèmes que Marx en son temps ? La pensée de Marx peut-elle encore nous aider à donner un sens au monde dans lequel nous vivons ? En proposant une traversée des trois livres qui composent Le Capital, cet ouvrage se veut à la fois une introduction à l'oeuvre majeure de Marx et une réflexion sur ses possibles prolongements contemporains.
    Qu'est-ce que la théorie de l'exploitation nous apprend sur le monde du travail ? Comment fonctionnent les mécanismes du marché et en quoi sont-ils liés au réchauffement climatique ? Quelles sont les contradictions et les illusions que le capitalisme porte en lui et en quoi le monde de la finance en est-il l'incarnation contemporaine ?

  • Ce livre est une plongée dans la pensée politique du grand philosophe allemand, figure fulgurante et rebelle de la philosophie, qui aura marqué le vingtième siècle de la pensée européene par sa sensibilité et exigence extrêmes. C'est le résultat d'un travail d'immersion complète dans l'oeuvre du jeune Nietzsche, que Michèle Cohen-Halimi mène ici avec la rigueur et la clarté qui caractérisent son approche de la philosophie allemande moderne, dont elle est l'une des plus lumineuses spécialistes.
    L'Action à distance ambitionne de mettre en perspective le XXe siècle politique allemand à partir du XIXe siècle de Nietzsche - à partir du diagnostic relatif au totalitarisme nazi annoncé par le wagnérisme, profondément anticipé par le philosophe. Il montre la fécondité de la pensée du jeune Nietzsche, qui a poursuivi son déploiement par-delà la rupture avec Wagner, par-delà l'abandon du modèle micropolitique grec, sans jamais céder sur la relation agonistique indissoluble de la culture, de l'État et de la religion.
    Comment le jeune philologue Nietzsche est-il devenu philosophe ? Peut-être fallait-il s'attarder sur son imperceptible écart au monde sécularisé et sur son désaveu de ce qu'il advenait de l'unité politique allemande, pour mieux saisir en lui les crises et le malaise par lesquels la philosophie s'est imposée à lui dans la souveraineté d'un geste antagonique.
    L'opération nietzschéenne de l'antagonisme montre d'emblée la force de sa relation à ce que l'on ne voit pas encore :
    La libération du devenir ordonné à une autre pensée du temps et l'horizon politique qui s'exorbite de la seule instance de l'État. Le levier du livre est la puissance sous-estimée de la négation. C'est la puissance du devenir que Nietzsche en tire : puissance plastique où se prépare l'ouverture d'un autre rapport à l'histoire et à la politique.

  • Alors que nous célébrons cette année le bicentenaire de Henry David Thoreau, Michel Onfray publie un texte en forme de manifeste pour une « vie philosophique » libre, telle que l'émule et ami de Ralph Waldo Emerson l'a pratiquée, du côté de Concord, en Amérique du Nord, au milieu du XIXe siècle. Proche depuis longtemps de la pensée de ce créateur singulier, le philosophe nous livre un hommage en même temps qu'une brève mais complète et percutante introduction à la vie et à l'oeuvre du rebelle « penseur des champs ». Michel Onfray passe en revue les ouvrages de l'écrivain écologiste avant l'heure, dont son Journal et Walden, « ce chef-d'oeuvre de la philosophie existentielle », véritable « utopie politique », ainsi que tous ceux qui traitent de ses innombrables périples dans la nature, dont Marcher. Il évoque aussi les écrits qui révèlent un autre Thoreau, plus politique encore, épris de justice et opposé à l'État, qui deviendra l'apôtre d'une certaine insurrection, comme De la désobéissance civile ou son Plaidoyer pour John Brown. Ainsi se dégage un portrait double de Thoreau, « écologiste et libertaire » et, par-delà, celui d'un modèle de vie où la pensée contemplative associée à l'action crée les conditions d'une existence authentique et d'une harmonie nouvelle. Un modèle auquel Michel Onfray s'apparente et qui invite chaque philosophe et chacun d'entre nous à mettre en adéquation sa pensée et ses valeurs.

  • Toutes les clefs pour comprendre l'auteur et son oeuvredans son ensemble.
    L'analysedes notions.
    Des liens avec d'autres oeuvres.
    Un texte et son commentaire : La pensée et le mouvant de Bergson avec le texte intégral de l'Introduction à la métaphysique.
    Des outils: lexique, index, sujets de dissertation, bibliographie.

  • Fondements de la métaphysique des moeurs de Kant : avec le texte de la deuxieme section Nouv.

    Toutes les clefs pour comprendre l'auteur et son oeuvre dans son ensemble.
    L'analyse des notions.
    Des liens avec d'autres oeuvres.
    Un texte et son commentaire : le texte de la deuxième section.
    Des outils : lexique, index des notions, sujets de dissertation, bibliographie.

  • Toutes les clefs pour comprendre l'auteur et son oeuvre dans son ensemble.
    L'analyse des notions.
    Des liens avec d'autres oeuvres.
    Un texte et son commentaire : leProjet de paix perpétuelle de Kant avec le texte intégral.
    Des outils: lexique, index, sujets de dissertation, bibliographie.

  • Toutes les clefs pour comprendre l'auteur et son oeuvredans son ensemble.
    L'analysedes notions.
    Des liens avec d'autres oeuvres.
    Un texte et son commentaire : De la démocratie en Amérique de Tocqueville avec le texte intégral du tome II, partie I (chapitres 1 à 8). Des outils: lexique, index, sujets de dissertation, bibliographie.

  • Jakob von Uexküll (1864-1944) est un biologiste qui a élaboré une philosophie de la vie en créant des concepts nouveaux dont celui, célèbre, de Umwelt. Il est à cet égard une des références majeures des philosophes depuis la seconde moitié du 20e siècle.

  • Quiconque eut la chance d'assister aux cours de Jean-François Marquet (1938-2017) se rappelle l'autorité sereine qui émanait de sa parole, la richesse de ses références, et la fécondité des associations qu'il opérait au gré d'improvisations maîtrisées. Ces trois vertus, pleinement apparentes dans les remarquables Leçons sur la Phénoménologie de l'esprit (Ellipses, 2009), se retrouvent dans ce cours consacré à Schopenhauer et à son oeuvre la plus connue, Le Monde comme volonté et représentation; Jean-François Marquet déploie sous nos yeux ce livre imposant, en explique les concepts fondamentaux, en expose les articulations et offre un impressionnant jeu de va-et-vient avec nombre de références littéraires qui illustrent avec bonheur les passages les plus ardus de l'ouvrage tout en rendant hommage à sa langue flamboyante.
    Edité à partir de notes d'une étudiante de Jean-François Marquet, ce cours offre une reconstruction minutieuse de la parole de celui-ci et constitue un document exceptionnel tant par la clarté de son contenu que par sa contribution à la mémoire du grand professeur que fut Jean-François Marquet.

  • Chez un philosophe aussi attentif à sa langue que Schelling, le vocabulaire est moins un simple lexique qu'un véritable trésor, et il n'est pas rare que notre auteur décèle un trésor philosophique dans tel ou tel vocable, ou puise dans le passé de la langue une acception oubliée ou tombée en désuétude, qu'il y repère une piste jusque là inaperçue pour la réflexion philosophique. Chaque langue constitue à ses yeux une oeuvre d'art, autrement dit un univers, absolument séparé des autres langues en même temps qu'essentiellement uni à elles. Sensible, après Leibniz, à la vocation philosophique élective de la langue allemande, mais réceptif aussi à la dimension constitutivement polyglotte de l'histoire de la philosophie, Schelling n'aura eu de cesse de méditer, en lui donnant un statut philosophique rigoureux, l'événement de la tour de Babel et celui, inverse et complémentaire, d'une Pentecôte : l'homoglossie et l'hétéroglossie, le Même et l'Autre. D'où la nécessité d'un glossaire, pour autant que l'hétéroglossie - ou philosophie - travaille aussi chaque langue de l'intérieur.

  • De la liberté de la pensée réunit plusieurs extraits des Principes de politique applicables à tous les gouvernements représentatifs, essai de Constant paru en 1815.
    Le philosophe s'interroge ici sur la liberté de la pensée, dans différents domaines : la problématique se pose-t-elle de la même manière dans le cas de la presse, de la religion, de l'individu ?
    « Il en est de la religion comme des grandes routes : j'aime que l'État les entretienne, pourvu qu'il laisse à chacun le droit de préférer les sentiers. » « Jamais la liberté ou plutôt la licence de la presse ne fut plus illimitée : jamais les libelles ne furent plus multipliés sous toutes les formes, et mis avec plus de recherche à la portée de tous les curieux. Jamais en même temps l'on n'accorda moins d'attention à ces productions méprisables. Je crois sérieusement qu'il y a aujourd'hui plus de libellistes que de lecteurs. »

  • Philosophies de Marx, au pluriel. Cela veut dire qu'il y a bien de la philosophie chez Marx, mais que cette philosophie ou plutôt ce philosophique résiste à son unification et s'affirme comme pluriel. Sans doute aura-t-il fallu que l'on renonce à unifier la pensée de Marx en une doctrine pour la redécouvrir comme philosophique. Le présent ouvrage se propose d'exposer ce pluralisme philosophique marxien sous trois rapports qui s'imposent plus que d'autres mais qui ne sont pas exclusifs d'autres : la philosophie de l'activité, la philosophie sociale, la philosophie critique. Ce sont trois directions dans lesquelles le philosophique chez Marx a insisté et a cherché à se déployer, mais sans jamais se stabiliser ni s'unifier - sinon peut-être tendanciellement dans la troisième perspective, qui ne désigne cependant pas une doctrine mais une attitude critique. Plus qu'une philosophie, ce que Marx nous a transmis est une certaine pratique de la critique dans la théorie (qu'on peut appeler « philosophie ») et la tentative de l'articuler aux pratiques sociales elles-mêmes critiques.
    Franck Fischbach est professeur à l'Université de Strasbourg.

  • Dans sa quête d'un être qui ne serait pas - comme il l'est en tant que pur être - à la fois être et non-être, donc contradictoire et, par-là, pur non-être, le philosophe logicien doit le penser comme étant, tout en un, être dans son non-être, ou identique à lui-même dans sa différence d'avec lui-même. L'être est alors négation essentielle de soi, intériorisation ou réflexion en soi qui le fait se poser ou s'exposer comme être, cause de soi s'extériorisant dans la causalité réciproque de ses déterminations. Une telle théorie hégélienne de l'essence a été saluée par l'objectivisme, qui absolutise la nécessité, comme la cime de la pensée. Elle s'accomplit pourtant dans la reconnaissance de la contradiction, ici encore mortifère, qui affecte l'essence en tant qu'elle est (passivité) la position (activité) de l'être. La logique objective que clôt l'essence établit ainsi comme sa vérité la logique subjective où l'être se dit comme compréhension créatrice de lui-même, c'est-à-dire comme concept.

  • La réédition de Karl Marx. Essai de biographie intellectuelle, l'oeuvre essentielle de Maximilien Rubel, a lieu vingt ans après sa mort, et près de soixante ans après sa parution. Et malgré le temps, cet ouvrage, qui fut un événement politique autant qu'intellectuel à sa parution, n'a rien perdu de sa force. Dans cet Essai, Maximilien Rubel s'est s'efforcé de retracer minutieusement le cheminement intellectuel de Karl Marx, de reconstituer sa pensée sociologique et éthique, dont les éléments sont épars dans les oeuvres les plus diverses en genre et les plus inégales en importance.
    En 1954, Maximilien Rubel a soutenu à la Sorbonne la thèse paradoxale de la genèse du marxisme comme courant de pensée à l'échelle mondiale, en l'absence d'une édition critique intégrale de l'oeuvre de Marx. Près de quarante ans après la révolution « marxiste » de 1917, il n'existait nulle part une édition historico-critique des oeuvres de « fondateurs », constatation aussi étonnante qu'inquiétante puisqu'en 1954 un tiers de la planète se composait de régimes qui, à l'exemple de l'URSS prise pour modèle, avaient réussi à se substituer à des régimes dits bourgeois et à se doter de constitutions à finalité communiste. Et ce communisme idéologique s'inspirait ouvertement d'une doctrine, le « marxisme », pris pour synonyme de « socialisme scientifique ».
    Il ne s'agissait donc pas de commenter telles ou telles thèses vulgarisées, mais de les replacer dans un ensemble intellectuel, en sorte que l'oeuvre éclaire, à la lumière de la pensée marxienne, le sens de l'interprétation idéologique et de l'utilisation politique auxquelles se sont livrés les champions d'un insaisissable « marxisme », qu'il soit orthodoxe ou hérétique.
    Que Rubel puisse avoir raison aujourd'hui, c'est grâce au fait d'avoir eu raison hier !
    Maintenant que la chute de l'URSS a rendu sa liberté à l'oeuvre de Marx, on pouvait penser qu'une biographie intellectuelle écrite en 1954 serait demeurée prisonnière de son temps et ne ferait plus de Marx notre interlocuteur. C'est le contraire qui se produit.
    Dans la mesure où le travail de Rubel s'est élaboré à partir d'une critique du marxisme, cet Essai nous apporte en quelque sorte la démonstration, sur le plan de la pratique, de la pertinence des éléments théoriques réunis par Maximilien Rubel : il montrer comment la pensée de Marx trouvait sa vérité dans une analyse critique du capitalisme qui s'appliquait à la bourgeoisie comme à la bureaucratie d'un capitalisme d'Etat qui se réclamait du marxisme.
    Rééditer l'oeuvre de Maximilien Rubel, c'est redonner à Marx sa place dans la pensée actuelle, mais aussi dans l'histoire politique et sociale du mouvement ouvrier et révolutionnaire ; et montrer que toute la littérature produite dans cette constellation marxiste s'inscrit à l'envers de l'enseignement marxien, et que telle a été sa véritable fonction idéologique. Cette biographie est donc d'une certaine manière une leçon d'histoire qui rend à leur vérité des événements qui hier trouvaient leur explication dans l'historiographie établie par le marxisme-léninisme. La vision rétroactive qui s'établit redonne Marx à la pensée marxienne alors qu'il ne semblait être né que pour être marxiste, hier, aujourd'hui et demain, en dépit de son peu de goût pour les sacres onomastiques.
    La préface de Louis Janover, qui fut son plus proche collaborateur, restitue l'importance de l'Essai en s'interrogeant sur le sens et le sort de la critique qui fut celle de Rubel en son temps ; et en montrant que si le terme « marxien » remplace partout celui de « marxiste », cette substitution ne s'accompagne d'aucune analyse sur ce qu'a signifié la référence au « marxisme » pour la légitimation d'un système d'oppression en parfaite opposition avec la pensée d'émancipation de Marx.

  • L'être dit avère, par son identité à soi originaire, toute différenciation ou détermination de lui-même, y compris celle d'être dit. C'est pourquoi l'ontologie hégélienne, développement logique de l'être qui se dit absolument, mais abstraitement, en Parménide, peut se présenter comme la science spéculative achevant (aussi au sens négatif du terme) toute la métaphysique occidentale, qui voulut fonder tous les discours humains tenus sur l'être. Hegel montre ainsi, dans sa Logique ontologique, que l'être n'est vraiment que si son identité à soi n'est pas seulement au sens où est l'être à identifier. Il y a, certes, une identité immédiate, étante, de l'être, dite par la Logique de l'être, mais elle n'est pas absolument identité. Plus identique à elle-même est l'identité en ceci essentielle qu'elle pose l'être, alors fondé par elle; cependant, pour la Logique de l'essence, celle-ci est cette fondation, et il y a donc, contradictoirement, un être ou une immédiateté de la position ou médiation de l'être. La Logique de l'essence et la Logique de l'être constituent par là les deux degrés d'une Logique de l'étant ou Logique objective, dont la contradiction n'est surmontée que par la Logique subjective. Pour celle-ci, la position de l'être n'est pas simplement, mais elle se pose elle-même, cette réflexion en soi la constituant en un sujet ou une personne, qui ne supporte pas un processus fondateur nécessitant, mais, bien plutôt, maîtrise son acte créateur libre, en le comprenant ou concevant. La Logique du concept, à laquelle s'est élevée l'ontologie dialectique de Hegel, lui permet dès lors de concevoir en sa vérité, celle du sens non encore absolu de l'être absolu, d'abord la Logique de l'être pris comme simple être, dont le présent ouvrage expose le devenir spéculatif.

  • Il y a deux siècles, en 1816, Hegel acheva sa théorie générale de l'être en exposant l'identité à soi foncière de cet être, non plus comme le simple être de la différence des êtres extérieurs les uns aux autres, ni même comme l'essence intérieure différenciée de ceux-ci, mais comme le concept se différenciant en eux. L'ontologie hégélienne avérait bien en son contenu final la logique qu'elle avait été d'emblée par sa forme.
    L'auto-détermination conceptuelle de l'être pris en son sens refonde d'abord scientifiquement les formes logiques traditionnelles en leur totalisation syllogistique, purement pensante ou subjective. Une telle identité à soi en quête d'elle-même renvoie, comme à son fondement, à l'identité à soi réelle de la totalité objective, soudée à elle-même par un lien qui est, en son sens intensifié, de type mécanique, puis chimique, enfin téléologique. Mais l'identité à soi plénière de l'objectivité doit s'identifier à elle-même, se réfléchir en soi comme la pensée de soi originaire de l'être objectif, ce que Hegel appelle l'Idée. Le sens logique achevé de l'être comme Idée se concrétisera réellement lui-même, plus fondamentalement qu'en la nature, dans et comme l'esprit. La logique hégélienne du concept accomplit ainsi dans la science spéculative le but qu'avait visé la métaphysique traditionnelle.

  • La collection « Aimer les philosophes » laisse le champ libre à des spécialistes pour livrer une lecture personnelle de l'auteur ou du courant philosophique qui est au cæur de leur vie spirituelle. Un cheminement de pensée enthousiaste en compagnie des classiques de notre tradition.

  • Rares sont les philosophes d'envergure qui traitent des sciences et techniques. C'est le cas d'Auguste Comte qui au milieu du XIXe siècle, dans une oeuvre immense et audacieuse, allie théorie de la science, philosophie morale et politique, considérations sur l'industrie et définition, dans la continuité du christianisme, d'un humanisme laïque. De quoi donner des armes conceptuelles et théoriques à nombre de nos débats d'aujourd'hui.

  • L'oeuvre du juriste suisse Johann Jakob Bachofen reste aujourd'hui encore très peu connue, notamment en France. Et pourtant, il est difficile, sinon impossible, de saisir les enjeux du débat sur le mythe qui se déclenche en Europe dès le début du XIXe siècle, en vue d'une redéfinition de l'idée même de nation et du lien d'appartenance, sans tenir compte de cet auteur, des polémiques et des enthousiasmes suscités par sa méthode et ses recherches. En se proposant de remonter aux origines du droit et des institutions sociales, Das Mutterrecht, Le Droit maternel, l'ouvrage le plus connu de Bachofen, paru en 1861, avance, en effet, une thèse bouleversante : les premières sociétés humaines auraient été régies par un droit maternel, l'organisation patriarcale n'étant qu'une forme plus avancée, certes, mais plus tardive de l'évolution spirituelle et sociale de l'humanité. À l'aide d'une méthode comparative et en s'appuyant sur les témoignages offerts par la tradition mythologique, Bachofen parvient ainsi à remettre en question le caractère immuable et naturel de la famille patriarcale, telle que le récit biblique la représente, tout en montrant l'importance des rapports entre les sexes pour la compréhension de l'histoire sociale, culturelle et politique de l'humanité.
    Après avoir discuté les prémisses théoriques sur lesquelles une telle recherche repose, cette étude se propose de revenir sur le Mutterrecht, pour analyser de plus près l'image d'une société structurée, politiquement aussi bien que symboliquement, autour de la figure de la Mère et en dégager les enjeux du point de vue social. Au-delà de l'existence historique d'une telle société, l'hypothèse même d'une origine maternelle du droit ouvre la voie vers une autre lecture du social qu'il s'agit donc de retracer à travers les usages, les appropriations, voire les déformations dont les recherches de Bachofen ont fait l'objet dès la fin du XIXe et jusqu'à aujourd'hui, chez les théoriciens marxistes autant que dans la pensée réactionnaire et irrationaliste, dans le discours antisémite aussi bien que dans la réflexion féministe et notamment dans le courant de l'éco-féminisme américain.

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