Belles Lettres

  • L'Énéide

    Virgile

    « L´épopée virgilienne n´est jamais languissante, elle a de la fluidité et du rythme ; avant même de saisir la beauté d´ensemble de l´oeuvre, nous percevons tout de suite, ligne à ligne, que l´écriture de l´Énéide est une des plus limpides et raffinées qui soit, semée de vers dont la pureté, l´opalescence et l´émotion donnent le frisson ».

    Paul Veyne

  • Le de amicitia, l'un des derniers traités de cicéron, s'inscrit dans une tradition de réflexion dont il ne nous reste avant lui que les témoignages de platon et d'aristote.
    Mais cicéron, comme dans ses autres ouvrages, écrit pour son temps : au lendemain de l'assassinat de césar, il définit l'amitié à la fois d'après les concepts grecs et en fonction des conditions sociales et politiques de la vie romaine, avec l'intention d'en faire le fondement d'une renaissance de l'esprit républicain.
    Cette alliance de la tradition romaine aux principes de sagesse grecs forme le coeur de l'humanisme cicéronien dont s'inspirera notre culture classique.

  • Qu'adviendrait-il des hommes si, un jour, les femmes s'emparaient du pouvoir ? les athéniens du vème siècle n'hésitaient pas à répondre : la mort.
    C'est ce fantasme, ce cauchemar qu'aristophane met en scène dans lysistrata. pour sauver athènes et toute la grèce, les femmes décident de dire non à la guerre. quel moyen plus ingénieux pour convaincre leurs maris que la grève du sexe et la prise de l'acropole ? auparavant soumises au désir et à l'autorité de leurs époux, les femmes d'athènes luttent maintenant pour restaurer les vraies valeurs du mariage civique, seul garant de la pérennité de la cité.

    Dans ce carnaval qu'est la comédie ancienne, les hommes cèdent : ils font la paix pour faire l'amour et pour se réapproprier le politique qui, le temps d'une pièce de théâtre, était l'affaire des femmes.

  • En composant La Guerre du Péloponnèse, l'historien athénien Thucydide n'entendait pas seulement faire le récit du conflit qui, de 431 à 404 avant notre ère, avait opposé les deux plus puissantes cités grecques, Athènes et Sparte, mais aussi procurer à ses lecteurs un enseignement « pour toujours ». Il ne s'agissait pas seulement d'établir les faits de la façon la plus sûre, mais encore d'en éclairer le sens par les discours prêtés aux différents protagonistes. En suivant l'ordre chronologique, et en menant une enquête contradictoire, Thucydide a posé les fondements de la méthode historique : d'abord rechercher la vérité, ensuite dégager la logique des événements.
    Écrire « un trésor pour l'éternité » telle était l'ambition de Thucydide. Elle fut amplement satisfaite : La Guerre du Péloponnèse n'a jamais cessé d'être lue et reste de nos jours un des chefs-d'oeuvre de la littérature antique. Sur son auteur cependant, nous n'avons que peu de renseignements. Thucydide est né entre 460 et 455 dans une famille aisée du dème d'Halimonte. Grand admirateur de Périclès, il participe à la vie politique d'Athènes et devient stratège. Cette charge ne lui attire guère d'honneur car il est contraint de quitter Athènes pendant 20 ans. C'est pendant l'exil qu'il rédige La Guerre du Péloponnèse, dont seuls 8 livres nous sont parvenus.

  • La Consolation est un texte unique dans l'antiquité, un mélange de 39 proses et 39 poésies, où une figure allégorique, Philosophia, s'adresse à son élève (Boèce) et lui apporte la consolation de son enseignement (évidemment une présentation du monde de type néo-platonicien). Ce dialogue est l'oeuvre d'un haut personnage romain chrétien, sénateur et patrice, emprisonné et accusé de haute trahison, alors qu'il attendait la mort, vers 524 après J.-C.. Cette situation « d'urgence » et d'imminence de la mort (pensons à celle de Socrate), démenti par la belle sobriété du texte, est devenu un modèle pour la philosophie, dernier rempart de la beauté et de la méditation, symbole de résistance à l'oppression et de méditation sur la condition humaine.
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    La Consolation de Philosophie devait devenir l'un des ouvrages fondamentaux du Moyen Age, à côté de ceux de St Augustin, de St Benoît et de Bède le vénérable. C'est évidemment aussi un lointain modèle de la Divine Comédie de Dante. Boèce est un parfait représentant de la haute culture italienne de l'époque, déchirée entre sa fidélité à une tradition classique tenace (les satires grecques ou latines, la philosophie grecque, les consolations de Cicéron, Ovide ou Sénèque) et les réalités politiques de son temps, celui de l'Empereur Justinien (occupation par les Goths, la persécution des chrétiens, attrait d'un Orient encore brillant de sa vie culturelle).

    Boèce, après des études approfondies, qui l'avaient mis en contact avec les sources grecques néoplatoniciennes, avait conçu un vaste projet d'acclimatation de la culture grecque en Occident par le moyen de traductions latines des grands textes philosophiques et scientifiques de l'Antiquité : c'est pourquoi il est révéré par tout le Moyen Age, qui lui doit sa connaissance des textes aristotéliciens et de leurs commentaires néo-platoniciens.

    La présente traduction, inédite, est due à un spécialiste de Boèce ; elle tient compte des très nombreux travaux modernes (édition du texte latin chez Loeb en 1973).

  • Métamorphoses

    Ovide

    Les Métamorphoses d'Ovide (43 av. J.-C.-17 ap.) sont pour la poésie latine une sorte de livre des records, de longueur (11995 vers évoquant ou narrant 250 métamorphoses en quelque 150 épisodes), mais aussi de variété des genres, des styles et des procédés narratifs. Couvrant toute l'histoire du monde, du chaos originel au temps d'Auguste où écrit le poète, sorte d'oeuvre-univers dont la structure labyrinthique fait un véritable et fascinant palais des mirages, « Légende dorée » ou « Vatican du paganisme », « Mille et une nuits de l'Antiquité » elles s'ouvrent sur un récit de la Genèse et s'achèvent, après un long et passionnant prêche philosophique prononcé par Pythagore (569-475 av. J.-C.), sur la promesse de divinisation de l'empereur régnant et d'immortalité du poète, après avoir offert au lecteur, sans jamais l'ennuyer, une profusion de récits épiques et de contes burlesques, édifiants, émouvants ou galants, dont la postérité n'a cessé de recycler les inépuisables joyaux.
    Olivier Sers a traduit Ovide, entreprise sans précédent, vers pour vers, en alexandrins classiques restituant fidèlement le phrasé et la frappe poétique des hexamètres latins. Pour la première fois le lecteur moderne des Métamorphoses est placé dans la situation même du lecteur antique.

  • De la nature

    Lucrèce

    Dans cet unique exposé systématique de la doctrine épicurienne, Lucrèce nous enjoint à guérir le mal de vivre par la promesse du néant et à soigner notre angoisse par la contemplation des lois d'un monde fruit du hasard, où rien ne se perd ni ne se crée. Composer un traité de physique en vers enluminés de poésie et de beauté, de désespoir et de gaité, tel est le pari réussi du poète philosophe. Lucrèce a réussi à conjoindre deux incompatibles, l'explication et la célébration et s'est autorisé ce prodige immanent, une matière se faisant verbe parce que le verbe se fait matière. Ainsi ne craint-il pas d'établir une analogie entre la nature et son poème.

  • Dis-moi Muse, la colère d'Achille, les tourments d'Enée, la naissance du monde, les crimes d'OEdipe et les châtiments des dieux : la mythologie est un ciel infini et ses étoiles, dont nul ne sait si elles sont mortes ou vivantes, continuent de nous éclairer et de nous faire rêver. Elle occupe des pans entiers de notre imaginaire et des rayons entiers des bibliothèques.

  • De Pline, Buffon écrit avec admiration, au fronton de sa propre histoire naturelle, qu'il « a travaillé sur un plan bien plus grand que celui d'Aristote : il a voulu tout embrasser, et il semble avoir mesuré la nature et l'avoir trouvée trop petite encore pour l'étendue de son esprit ». Le monumental livre de Pline n'est pas seulement l'un des documents les plus précieux que l'Antiquité nous ait laissés, il est surtout le signe d'une érudition bien singulière dans un tempérament parfaitement original. Nous ne saurons jamais avec certitude ce qui motiva cet homme de guerre et d'État à l'écriture d'une oeuvre dont l'esprit se pose au contraire de ce qui semble devoir constituer sa situation. Et l'on ne cessera jamais non plus de s'émerveiller face à l'étrangeté d'un livre qui non seulement recueille si vastement la totalité, traitant d'astronomie, de physique, de géographie, d'agriculture, de commerce, de médecine, d'histoire, de minéralogie, de botanique, d'art, de théologie ou de philosophie, mais également pose sur l'univers qu'il a rendu visible un regard de satiété dont ressort constamment la conclusion que les dieux sont pauvres et que cette totalité où ils habitent ne suffit pas.
    L'émerveillement sincère devant tant d'objets, d'animaux, de parfums, de pierreries, de faits d'armes, de pays, de coutumes, de doctrines, de cultures et de cultes s'accompagne chez Pline d'une autre sincérité : celle d'une conscience d'homme ressentant la capacité du mystérieux recul dans lequel elle envisage la totalité et ses parties, s'y impliquant ou, précisément, bâtissant dans la neutralité l'encyclopédie du monde. Derrière l'entreprise gigantesque de Pline ressort non pas seulement la singulière richesse d'un contenu, mais la pensée qui s'en est détachée.
    Au I er siècle de notre ère, Pline vient à la fois offrir la plus belle des encyclopédies R il reste aujourd'hui le seul auteur à rapporter certains phénomènes ou à constituer la source de nombreux faits R et donner expression à la conscience qu'elle ne se réduit pas à la totalité, si vaste soit-elle. L'Histoire naturelle est ce livre étrange et magistral qui dit d'un seul geste le contenu du savoir dans la condition de l'homme : tenant au creux de sa main l'univers entier qu'il transmet à tous, il est traversé en même temps par un souffle marginal, en qui est ressentie la preuve que son écriture n'est possible que si l'esprit est étranger à ce monde rempli d'étrangetés. C'est ainsi depuis un regard jeté du haut de sa condition que, dans cette oeuvre odysséenne, le lecteur assiste à l'éclosion de chaque détail du monde au sein de l'histoire d'homme.

  • Adages

    Erasme

    Les Adages, publiés en 1500 à Paris, connurent un tel succès que les imprimeurs se bousculèrent pour les rééditer, si bien qu'il en parut seize éditions du vivant d'Érasme (1466-1536). Elles furent revues et augmentées par lui à dix reprises. On passa ainsi de 820 adages (1500) à 4 151 (1536).
    L'ouvrage resta un best-seller tout au long du XVIe siècle, jusqu'à sa mise à l'Index par le concile de Trente (1559).
    Les Adages sont les notes de lecture d'Érasme, tirées de l'ensemble de la littérature antique à laquelle il pouvait avoir accès - c'est-à-dire la quasi-totalité. Nous avons donc affaire à un choix de citations commentées. Combien ? Sans doute une vingtaine de mille au total. Leur choix se déroule sans autre ordre que le fil des lectures et les associations d'idées d'Érasme. Il concevait ce recueil comme une collection de modèles d'élégance de style, de formules « bien frappées » riches de sens métaphorique, qu'il commentait avec humour. Ses commentaires vont de la remarque anecdotique d'une ligne (adage 367 : « Tu recolles un oeuf ») jusqu'au traité moral et politique d'une cinquantaine de pages contre les papes guerriers (adage 3301 : « La guerre est douce à ceux qui n'en ont pas l'expérience »).
    Les humanistes ne s'y trompèrent pas en faisant des Adages leur livre de chevet, au même titre que les Élégances de Lorenzo Valla. Les adages fleurissent en effet à chaque page des meilleurs auteurs de l'époque, depuis Hutten jusqu'à Montaigne. Les professeurs par la suite y trouvèrent une mine de règles de style à faire étudier à leurs élèves (tel l'adage : Ut sementem feceris, ita metes « Tu récolteras ce que tu as semé », qui figure encore dans les grammaires latines actuelles).
    En somme, les Adages constituent une voie royale d'accès à la littérature grécolatine.
    Érasme fut sans doute le meilleur connaisseur et vulgarisateur de cette littérature que l'Europe ait connu. Il nous livre ici une oeuvre à la fois érudite et distrayante, apte à réconcilier les modernes avec la culture antique.
    Cette édition présente une sélection des Adages par Jean-Christophe Saladin, qui a dirigé le coffret de l'intégralité des Adages pour la collection Miroir des humanistes (2011).

  • Entretiens

    Epictète

    Comme Socrate, qu'il admirait, Épictète n'a rien écrit. Ses enseignements ont été recueillis par un de ses disciples enthousiastes, Arrien, qui accompagna l'édition officielle du texte d'une sorte de préface aux Entretiens, intitulée la Lettre à Lucius Gellius. Outre ces Entretiens, les leçons d'Épictète furent résumées au sein du Manuel, davantage destiné aux initiés et qui connut une fortune considérable, chez les chrétiens comme chez les païens.
    Épictète est beaucoup moins un philosophe qu'un moraliste. Il ne propose pas un chemin de vie mais une sagesse qui ouvre sur le bonheur. La philosophie enveloppée dans le Manuel et dans les Entretiens est celle du stoïcisme primitif, mettant en oeuvre la doctrine de Zénon de Cittium, de Cléanthe et surtout de Chrysippe. Tout son effort tend à libérer l'homme, de manière intérieure uniquement, par la rectitude totale de la pensée.
    Ainsi se dessine une morale de l'assentiment, toute entière bâtie sur le jugement. La discipline de l'âme à laquelle nous invite Épictète, ce détachement absolu de tous les événements extérieurs, de tout ce qui ne dépend pas de nous, doit être le fruit d'une acceptation joyeuse, qui nous fait vivre selon la nature et la raison universelles.

  • Vies a vendre

    Lucien

    Lucien est né vers 120 après J.-C., à Samosate, aux confins de l'Empire romain, alors à l'apogée de sa puissance. Très vite, il abandonne sa langue natale, sans doute l'araméen, pour embrasser la culture grecque. Devenu un brillant orateur, il voyage dans le Bassin méditerranéen, où son éloquence mordante lui vaut fortune et gloire.
    Malgré les siècles qui nous séparent de lui, son scepticisme désabusé, son refus des fanatismes, de la superstition, des faux prophètes, des cultes irrationnels, des maîtres à penser qui manipulent la jeunesse, sont d'une actualité brûlante.
    Le regard qu'il porte sur la société est très noir : il voit avec dégoût triompher convoitise, cruauté, servilité, vulgarité... Satiriste dans l'âme, il stigmatise l'hypocrisie sous toutes ses formes. Son humour est dévastateur, qu'il caricature coquettes, pédants, gloutons, débauchés, ou misanthropes.
    Le rire, cruel ou bon enfant, est toujours présent, notamment quand il revisite la mythologie traditionnelle et campe des dieux bougons, colériques, jaloux... Ses voyages fantaisistes sur la lune, au fond des Enfers ou dans le ventre d'une baleine, témoignent d'une imagination sans limite et sont d'une drôlerie irrésistible.
    Cette oeuvre si riche, qui joue de manière irrévérencieuse avec les modèles hérités de la Grèce classique, a inspiré les grands humanistes (Thomas More, Érasme, Rabelais, Cyrano de Bergerac, Fénelon, Fontenelle, Swift) et même certains peintres de la Renaissance. Comme Plutarque, mais à sa manière ironique, Lucien a été un des relais principaux entre l'Antiquité gréco-latine et nous.

  • Entretiens

    Confucius

    Les Entretiens de Confucius (Lunyu) sont, avec le Livre de la Voie et de la Vertu, l'ouvrage de la Chine ancienne le plus célèbre et le plus traduit en français.
    Il se donne pour les propos du Maître recueillis par ses disciples et fournit un témoignage de son enseignement. Ce qu'il y a de remarquable dans cet ouvrage, c'est qu'il transmet moins une doctrine que ce que l'on pourrait appeler une « chorégraphie existentielle » qui a des résonnances éthiques et politiques. D'où l'usage très particulier du langage où le véritable contenu du message est en dehors des mots, dans le halo vague d'émotions suscitées par des paroles pour ainsi dire vides de sens. La traduction et les notes s'emploient à mettre en exergue cet aspect trop souvent négligé.
    Les Entretiens ne sont pas l'oeuvre de Confucius lui-même. Ils n'en demeurent pas moins le document qui nous permet le mieux d'appréhender ce qu'a pu être la relation pédagogique - pratique tout à fait inédite et unique en son genre - instaurée par le Maître avec ses disciples à l'orée du Ve siècle avant notre ère. Il convenait donc d'en fournir une version qui permettait de restituer au plus près la figure de Confucius, alors même que celui-ci est l'objet d'une double tentative de récupération et de déni. D'un côté les autorités de Chine populaire, depuis un certain nombre d'années, s'emploient à le remettre sur son piédestal de Saint, légitimant ainsi leurs prétentions à l'hégémonie mondiale ; et de l'autre, la nouvelle école de sinologie américaine s'acharne à démontrer que Confucius n'a jamais existé et que les Entretiens sont une fabrication tardive datant de la seconde moitié du deuxième siècle avant notre ère.

  • La poésie grecque commence avec l'Iliade et finit par l'Anthologie, ce prodigieux florilège réunissant une myriade de petits poèmes appelés épigrammes, composés sans interruption depuis le VIe siècle avant notre ère jusqu'au le VIe siècle ap. J.-C., douze siècles durant lesquels le genre n'a cessé de s'enrichir. Simple inscription à l'origine, éternisant sur la pierre ou le marbre le nom du mort ou du dédicant, l'épigramme se donne bientôt le luxe du vers. Ce genre se déploie d'abord avec l'hexamètre hérité de l'épopée, puis avec l'ïambe, plus apte à exprimer des valeurs quotidiennes, et enfin, favorisé par l'élégie funéraire, grâce au distique élégiaque. Initialement figées dans le même sourire archaïque, ces petites pièces s'animent quand de grand poètes, Archiloque, Sapho, Anacréon, Simonide ne dédaignent pas d'en composer.
    Les guerres médiques favorisent la vogue de l'épigramme héroïque dont Simonide se fait une spécialité. Mais la véritable éclosion du genre explose à l'époque alexandrine où il fleurit partout :
    En Sicile avec Léonidas de Tarente et en Grèce continentale avec la poétesse Anytè de Tégée ou Mnasalque de Sicyone. Au même moment les poètes de l'école de Cos, Asclépiade, Posidippe, inventent l'épigramme bachique et amoureuse, à Alexandrie, entre les mains de Callimaque, l'épigramme, devenue la menue monnaie de tous les genres, est un bijou finement ciselé : le lapidaire est devenu un joailler. C'est l'apogée de l'épigramme en Grèce, et pourtant les siècles qui suivent ne nous décevront pas : à l'époque hellénistique et romaine de nouveaux poètes, Antipater de Sidon, admiré par Cicéron, surtout le syrien Méléagre, en qui Sainte-Beuve voyait le poeta minor par excellence et à qui l'on doit la confection de la première Couronne (recueil d'épigrammes) dont nous ayons connaissance : ce geste relance la vogue du genre, qui se développe désormais en milieu romain, marqué par des traits nouveaux : l'épigramme se faisant poésie de circonstance, ou courtisane, et finalement comique et satirique, avec Lucille. Dès ce moment, qui en latin voit naître l'oeuvre de Martial, l'épigramme grecque a achevé son évolution, elle a encore de beaux jours devant elle, mais ne fera plus, si l'on peut dire, qu'involuer. En témoignent un Agathias (qui a réuni le fameux Cycle d'Agathias) ou un Paul le Silentiaire. Il faudra attendre le Xe siècle pour qu'un érudit byzantin, nommé Constantin Céphalas, réunisse la fleur de tout cela, suivi au XIVe siècle par Maxime Planude.

  • De la soixantaine de traités attribués à Hippocrate, le Serment est actuellement le plus célèbre, car il est resté, malgré les progrès considérables de la science du vivant, le modèle de référence le plus ancien de l'éthique médicale en Occident. Cette célébrité se perpétue dans le monde médical moderne, sous forme d'une tradition rituelle qui consiste à faire prêter le Serment hippocratique au futur médecin lorsqu'il soutient sa thèse, avant d'entrer dans la carrière de praticien.
    L'impétrant moderne accomplissant le rite ne s'interroge pas sur l'origine du texte ou sur le contexte dans lequel il a été formé. Pourtant, pour évaluer dans quelle mesure le Serment peut avoir encore un sens dans le monde moderne, il est nécessaire de remonter dans le temps pour savoir pourquoi il a été écrit et comment il a été écrit.
    Ce Serment, païen, a été conservé et adapté pour le milieu chrétien. On possède ainsi un Serment chrétien en prose et un autre en vers. Au Serment est joint le traité de la Loi qui forme couple avec lui depuis l'Antiquité. Moins célèbre, ce petit traité ne manque pas d'intérêt et de charme, car il a pour objectif de définir les meilleures conditions possibles de l'enseignement d'une véritable médecine, dans une profession qui, n'étant alors pas réglementée, laissait proliférer les charlatans au détriment des véritables médecins. Enfin, le lecteur pourra découvrir, de manière totalement inédite, le Testament d'Hippocrate.

  • La Théogonie est le chant qu'élève en l'honneur des dieux Immortels un poète béotien inspiré par les Muses. Dans ce poème d'époque archaïque, Hésiode célèbre l'ordre divin du monde en racontant la formation de l'univers, la succession des générations divines et la répartition des honneurs parmi les dieux. L'histoire de la famille divine aboutit ainsi à la mise en place de l'ordre éternel de Zeus. Naissances, unions, conflits, alliances et combats dessinent une carte des puissances divines actives dans le monde. Ce processus théogonique attribue à chaque élément du cosmos, aux dieux immortels ainsi qu'aux hommes mortels, les prérogatives et la place qui leur reviennent.
    Le poème d'Hésiode n'est pas seulement un chef-d'oeuvre de la littérature antique.
    Il met véritablement en scène les puissances divines qu'un homme grec pouvait percevoir à l'oeuvre dans l'univers. La Théogonie atteste à quel point, en Grèce ancienne, poésie et religion étaient étroitement liées l'une à l'autre.

  • Dans un cours sur ce thème au Collège de France, comme dans son maître-ouvrage, Marc Fumaroli a évoqué une notion largement inaperçue jusque-là, celle de la République des Lettres, restituant ainsi à l'Europe une de ses dimensions les plus incontestables.
    Parti de ces réunions de savants, philologues, juristes, physiciens, naturalistes, tous des pairs, qui se reconnaissaient entre eux (cabinets, cénacles lettrés, académies), se choisissaient pour converser ou entamer un commerce de lettres dans un espace de liberté, il était remonté à l'origine : Pétrarque, créateur dans sa Correspondance d'une société de laïcs et de clercs qui partageaient sa vue d'une république chrétienne augmentée du meilleur de l'antiquité païenne, c'est-à-dire la civilisation, la capacité de sortir de la brutalité, la vertu des Humanités. Puis il avait suivi leur développement dans l'Europe des Lumières, jusqu'au moment où l'essor des nationalismes devait faire perdre le sens d'une communauté d'idées assez féconde pour qu'on en puisse nourrir la nostalgie.
    Une enquête aussi vaste reposait sur l'analyse et le dépouillement d'une variété tant chronologique que thématique de textes de plus de cent auteurs dont la force et la beauté méritaient d'être partagées.
    Offrir ces textes fut la tâche pour laquelle se portèrent volontaires trois amis proches de l'auteur. Le résultat est cette anthologie, qui donne à lire, dans le texte, la République des Lettres, depuis Richard de Bury et Pétrarque jusqu'à Leibniz et Mme du Châtelet.

  • Fruit d'un travail collectif de plusieurs années faisant intervenir historiens, archéologues et spécialistes de littérature, cette nouvelle traduction des oeuvres complètes de César, unique en son genre, est un véritable tour de force.
    D'abord parce qu'elle rend à César ce qui est à César l'écrivain, c'est-à-dire son incomparable prose, élégante, rapide, fulgurante parfois, qui fait que le lecteur est tenu en haleine de bout en bout.
    Ensuite parce qu'elle rend à César ce qui est à César le politique, conquérant et tyran génial - sans doute l'homme d'Etat le plus connu de tous les temps jusqu'à aujourd'hui- en éclairant de manière simple et savante les enjeux historiques.
    Enrichie de notes, de cartes et de riches introductions, cette édition jette sur La Guerre des Gaules et La Guerre Civile un regard neuf et passionnant.
    [Le Livre VIII de la Guerre des Gaules ayant été écrit par un général de César, la traduction n'est pas nouvelle, elle est issue du volume traduit par Léopold-Albert Constans dans la Collection des Universités de France, 1926.]

  • « Je rappellerai les exploits de ces héros d'autrefois qui, par la bouche du Pont et à travers les roches Kyanées, sur l'ordre du roi Pélias, menèrent vers la toison la solide nef Argô », tels sont les premiers vers des Argonautiques d'Apollonios, sans doute l'auteur épique le plus célèbre après Homère.
    Le poème d'Apollonios relate la fameuse histoire de Jason, « cestui-là qui conquit la toison », grâce à Médée, la sorcière de Thrace, et à Athéna, la déesse qui le protège depuis la proue de l'Argô. Si le mythe est connu, la vie du poète nous est plus obscure. D'Apollonios nous savons qu'il naquit, non pas à Rhodes, mais à Alexandrie, en 295 avant J.C., qu'il fut le récepteur de Ptolémée III Evergète, et sans doute qu'il devint le directeur de la bibliothèque d'Alexandrie. Il dut s'exiler à Rhodes, mais les raisons de cet exil ne nous sont pas connues. Ce grand érudit ne se cantonna pas à la poésie épique et écrivit des oeuvres philologiques dont un Contre Zénodote et un commentaire d'Hésiode, ainsi que des récits étiologiques. Mais sa plus grande oeuvre est sans nul doute Les Argonautiques, long poème épique réussissant à mêler à la tradition homérique l'érudition qui charmait le public de la période alexandrine.

  • « Nul homme n'est une île, complète en elle-même ; chaque homme est un morceau du continent, une part de l'ensemble ; si un bout de terre est emporté par la mer, l'Europe en est amoindrie [...]. La mort de chaque homme me diminue, car je suis impliqué dans l'humanité. N'envoie donc jamais demander pour qui la cloche sonne : elle sonne pour toi. » Nuccio Ordine part de cette émouvante méditation de John Donne (1624) - dont s'inspire le titre de son ouvrage -, pour enrichir sa « bibliothèque idéale » d'un second volume, en nous invitant encore à lire (et à relire) d'autres merveilleuses pages de littérature mondiale.
    Convaincu qu'un bref extrait (brillant et sortant des sentiers battus) peut éveiller la curiosité des lecteurs et les encourager à se plonger dans l'oeuvre elle-même, Nuccio Ordine poursuit son combat en faveur des classiques. À travers les textes de Shakespeare et de Rilke, de Dante et de Tchekhov, de Pascal et d'Eliot, de Gorgias et de Dickinson, de Pétrarque et de Celan, d'Érasme et de Hesse, de Camões et de Conrad, de Diderot et d'Hemingway - et d'autres très grands auteurs -, Nuccio Ordine montre comment la littérature est un moyen fondamental pour rendre l'humanité plus humaine. En ces temps marqués par les égoïsmes les plus brutaux, par la reprise des racismes, par les terribles inégalités économiques et sociales, par la crainte de l'« étranger », ces pages nous invitent à comprendre que ce que nous faisons pour les autres est la seule chose qui puisse nous aider à donner à un sens à notre vie.

  • La Cyropédie ou Éducation de Cyrus, dont le titre ne convient tout à fait qu'à une partie du premier livre, est une oeuvre difficile à définir et à classer, ainsi qu'en témoigne la diversité des appellations qui lui ont été données : histoire, histoire romancée ou roman historique, biographie romancée, roman philosophique ou moral, roman didactique, traité d'éducation, institution militaire, ouvrage socratique, éloge. En fait, elle est tout cela. Elle se présente comme la Somme des idées sur l'éducation, la politique, la morale, l'art militaire, la chasse, l'équitation, que Xénophon avait déjà exprimées ou qu'il exprimera plus tard - c'est là affaire de dates - dans ses autres écrits, notamment dans ses traités plus courts et plus spécialisés.

  • Récurseur du "roman" (avec L'Âne d'or d'Apulée), le Satiricon, dont ne nous sont parvenus que de larges extraits et que le film de Fellini a contribué à populariser, est l'oeuvre d'un auteur dont nous ne connaissons que la date de la mort (66 après J.C.). Il dut, semble-il, se suicider après avoir perdu l'estime de Néron, non sans avoir composé un libelle contre ses débauches.
    Son narrateur est Eucolpe, qui va d'aventure en aventure dans une ville de la côte, accompagné de son ami Ascylte et de son esclave, le petit Giton (dont on connaît la postérité lexicale). Rejoints par le poète Eumolpe, ils embarquent et font naufrage près de Crotone. Trois temps forts rythment le récit : le repas de Trimalcion, la légende de la veuve d'Ephèse, le séjour à Crotone.
    Aux bas-fonds et auberges mal famées arpentés par les déclassés, font écho les dévergondages de la haute société impériale, le tout raconté avec bonhomie, ironie ou parfois naïveté mais aussi parodie et persiflage.
    C'est avec le Satiricon que, pour la première fois, un latin "vulgaire", parlé, accède au statut de langue écrite.
    Le texte latin est celui établi en son temps par Alfred Ernout, soigneusement révisé par le traducteur, qui donne en annexe la liste et les raisons des variantes retenues.

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