Rivages

  • En plus de deux petits chefs-d'oeuvre comme «Regrets sur ma vieille robe de chambre» et la «Satire première», le présent choix de texte s'emploie à montrer les différentes faces d'un génie singulier. Une série d'articles pour l'«Encyclopédie,» où Diderot fit son apprentissage, témoigne de sa capacité à traiter de sujets variés avec beaucoup de verve. Des extraits de ses «Mémoires pour Catherine II» révèlent un grand planificateur intéressé par l'aménagement de la ville. Enfin des textes tirés des «Éléments de physiologie», son dernier ouvrage testamentaire, nous rappellent que Diderot se passionna sa vie durant pour la médecine qui le familiarisa avec l'idée de la discontinuité fondamentale de l'être humain.

  • C'est la première oeuvre de Cazotte - célèbre pour «Le Diable amoureux »(1772) et la prophétie que lui prête La Harpe, publiée en appendice de l'ouvrage -, un conte loufoque, jonglant avec les conventions du genre. Le motif du héros empêché par son long nez fait songer à Cyrano ou Gogol mais derrière la pure fantaisie les clins d'oeil satiriques (contre les courtisans, la mode philosophique...) anticipent le conte philosophique voltairien.

  • Le texte en question est remarquable à tous niveaux. Par sa forme (une fable, l'histoire d'un individu seul sur une île qui découvre par sa raison la vérité de l'univers, puis rencontre un autre homme...), son contenu (les rapports entre religion et philosophie, le développement de la raison, l'intuition mystique, le panthéisme, etc.) et son destin (édité et traduit au XVIIe siècle, le livre devient immédiatement un best-seller dans l'Europe des Lumières, connu de tous les philosophes de l'époque, Spinoza, Leibniz, Locke, et de tous les écrivains, aussi - puisqu'on pense qu'il pourrait avoir influencé le «Robinson Crusoë» de Daniel Defoe). Un texte majeur, donc, dans une version remarquable absolument inconnue.

  • Conférence fictive, ce recueil traite autant de la mort, de la douleur, du chagrin, des affects ou du bonheur qui promet la vertu. En deuil de sa fille, Cicéron s'exhorte lui-même à surmonter la mort et la peine par la réflexion et la maîtrise de soi. Souffrance physique et souffrance morale étant étroitement liées, nous proposons ici une nouvelle traduction des livres II et III des fameuses «Tusculanes». En disciple des stoïciens, le célèbre orateur prône la fermeté et la force de caractère pour nous dire que la philosophie reste la meilleure médecine de l'âme.

  • «La Consolation» a été composée dans sa prison par un condamné à mort. L'admiration que cette oeuvre latine du VIe siècle a suscitée sans interruption depuis ne doit pourtant rien, ou peu de chose, aux circonstances vraiment tragiques de sa composition. C'est un chef-d'oeuvre à la fois de la littérature et de la pensée européennes ; il se suffit ; il resterait tel, même si nous ignorions tout de celui qui l'a conçu entre deux séances de torture, dans l'attente de son exécution. Mais puisque ce chef-d'oeuvre n'est pas anonyme, il ne perd rien non plus à être replacé dans ses circonstances : il devient aussi le témoignage de la grandeur à laquelle un homme peut s'élever par la pensée, face à la tyrannie et à la mort. (Marc Fumaroli)

  • «L'Art de la guerre» de Sunzi (Ve siècle av. J.-C.) est le premier traité de stratégie connu au monde. Stratège militaire du début de l'époque des royaumes combattants (475-221 av. J.-C.), l'auteur favorise la stratégie indirecte. Classique du genre, sa compréhension dépasse le domaine militaire et peut être étendue à la plupart des domaines de l'activité humaine. L'Occident en prit tardivement connaissance à partir du XVIIIe siècle. Quant à «L'Art de la guerre» de Sun Bin (milieu du IVe siècle av. J.-C.), on croyait ce texte perdu depuis plus d'un millénaire. Jusqu'à la découverte, en avril 1972, de lamelles de bambou, dans un tombeau des Han de l'Ouest à Yinqueshan, dans le district de Linyi, province du Shandong. Elles portaient non seulement le texte de «L'Art de la guerre» de Sunzi, mais aussi celui de «L'Art de la guerre» de Sun Bin. Elles permirent de distinguer les deux auteurs, leur originalité, et de prendre enfin connaissance de l'oeuvre disparue.

  • Dominer la souffrance et s'en défendre grâce à la raison et à la parole - en faisant appel à toutes les ressources de la rhétorique - est au centre de la pensée de sénèque qui rassemble, dans ses consolations, les grands thèmes de la méditation antique sur la douleur et la mort.
    Au cours de son exil en corse ordonné par l'empereur claude qui l'accuse d'intriguer contre lui, sénèque adresse à sa mère, helvia, sous forme de consolation, une réflexion sur l'exil et sur le bonheur véritable. la seconde consolation, destinée à marcia, une femme qui vient de perdre son fils, est une méditation sur le deuil et sur l'ultime recours que peut être la mort face à la tyrannie. ces deux textes sont un irremplaçable témoignage de l'art avec lequel les stoïciens savaient affronter la souffrance et la mort.

  • Pour Augustin, comme pour Cicéron ou Sénèque, l'homme était d'abord un malade qui doit chercher un remède à ses souffrances, dans la sagesse ou la soumission à la grâce divine. Pétrarque soutient, lui, une autre conception, celle d'un poète pour qui la souffrance elle-même peut être une source de joie : « Mille plaisirs ne valent pas une douleur. » Comme l'amour de Laure, la douleur fait partie de l'expérience intérieure de Pétrarque qui en proclame la légitimité et la valeur. « Je ne peux freiner mon désir, finit-il par répondre aux objurgations du saint. » «Mon secret» n'est pas seulement la clé du «Canzoniere» et un classique de l'anthropologie de la Renaissance, c'est aussi un des plus beaux textes jamais consacrés à l'amour, à la douleur et à la poésie.

  • Comment vivre avec la mort d'un enfant ? Dans ces pages empreintes d'émotion Plutarque, dont deux fils sont déjà morts, invite son épouse à surmonter le chagrin de la perte de leur fille de deux ans avec une constance et une sobriété admirables. Plus qu'une simple compassion, la consolation antique se présente comme un exercice spirituel : une exhortation à la maîtrise de soi. Cette nouvelle traduction est l'occasion de redécouvrir cette perle de la littérature qui n'a d'égale que les célèbres «Consolations» de Sénèque. Préface de Maxime Rovere.

  • De la tranquillité de l'âme ne ressemble guère à un livre de philosophie tel que nous le concevons de nos jours. La tranquillité n'est pas un terme technique. Elle est un problème de vie spirituelle et mystique. Cette question est d'autant plus pertinente qu'elle s'adresse à l'individu ou au sujet qui ne compte plus que sur lui-même et sait qu'il ne peut pas se fier à une nature, à l'histoire ou à la vérité. Ce texte est précédé d'un long et brillant essai de Paul Veyne.

  • La «Théogonie» est le plus ancien poème religieux grec (l'équivalent de la Genèse) où sont présentées les trois générations de dieux (Ouranos, Cronos et Zeus) et la création du cosmos. Le poème raconte la création du monde sorti du chaos, la naissance des dieux et leurs aventures. Il constitue une fabuleuse synthèse de croyances archaïques et hellénistiques, avec l'apparition de divinités encore inconnues des poèmes homériques. Précédé d'un essai de Jean-Pierre Vernant. Edition bilingue

  • Ce petit chef-d'oeuvre, écrit quatre ans avant la mort du philosophe, pose le problème de la retraite intérieure, du loisir lettré, de l'arrêt de l'activité civique. L'auteur s'y justifie d'abandonner la politique au profit d'une contemplation de la nature ; il montre que contempler, c'est agir, et que participer aux affaires publiques n'est pas une obligation absolue. La contemplation est pour l'homme une façon de se grandir.

  • Dans ce bref dialogue, la santé du corps et celle de l'âme sont indissociables. Soucieux de mettre en pratique ses connaissances médicales pour permettre à chacun de rester en bonne santé - sans pour autant juguler les plaisirs qui répondent à la nature - le philosophe prône une nourriture et un mode de vie équilibrés tout en invitant à dompter désirs et passions au nom de l'harmonie, de la mesure et de la maîtrise de soi.

  • Ancien élève de Quintilien, Pline le Jeune, sénateur et avocat réputé de la Rome de Trajan, aurait bien voulu devenir poète et historien comme ses amis Martial, Suétone et Tacite. Pleines de précieux conseils, riches en considérations sur la hardiesse du style, la lecture, la critique et la déclamation, ces lettres choisies, vibrantes d'amitié, nous rappellent que l'art d'écrire n'est rien sans celui de lire et d'écouter, et que l'on peut trouver l'épanouissement et l'équilibre dans les joies de l'étude, de l'échange et de la création.

  • « Le monde nous dérobe à nous-mêmes, et la solitude nous y rend. Le monde n'est qu'une troupe de fugitifs d'eux-mêmes. » Pour combattre cette idée désenchantée, la marquise de Lambert (1647-1733) s'exprima d'abord oralement dans son salon de l'hôtel de Nevers à Paris, puis dans divers petits traités, inspirés de la morale antique (Cicéron, Sénèque), de Montaigne, de Pascal et de Fénelon. Son esprit, dépourvu de préjugés, sa culture, son art de la formule firent de cette savante mondaine un mythe dans le Paris littéraire du XVIIe siècle. Parues d'abord sous le manteau, puis officiellement, les oeuvres de Mme de Lambert connurent une grande vogue entre le milieu du XVIIIe siècle et à la fin du XIXe siècle. Fontenelle, Montesquieu, Marivaux, Voltaire, Leopardi, Louise Colet ou encore Sainte-Beuve en vantèrent les mérites.

  •   « Apprenez que la plus grande science est de savoir être à soi. J'ai appris, disait un Ancien, à être mon ami : ainsi je ne serai jamais seul. Il faut vous ménager des ressources contre les chagrins de la vie, et des équivalents aux biens sur lesquels vous aviez compté. Assurez-vous une retraite, un asile en vous-même ; vous pourrez toujours revenir à vous, et vous retrouver. Le monde, vous étant moins nécessaire, aura moins de prise sur vous. » «Avis d'une mère à sa fille» est le traité le plus important de Madame de Lambert (1647-1733), on retrouve la beauté du style, la finesse psychologique, l'élévation des sentiments et la liberté d'esprit.

  • Les Intermittences du coeur, ce n'est pas seulement le titre d'une des sections les plus émouvantes, au coeur de la Recherche du temps perdu de Marcel Proust (dans Sodome et Gomorrhe) ; cela devait initialement en être, selon l'un des projets de Proust, le titre d'ensemble. On oublie trop souvent que Proust ne parle pas de la mémoire et de ses intermittences, seulement pour des raisons métaphysiques, mais d'abord comme d'un déchirement intime, dans les relations humaines.

    La perte des êtres les plus chers, elle-même, nous l'oublions le plus souvent ; et quand elle nous revient, involontairement, elle n'en est que deux fois plus douloureuse ; douloureuse par la perte qu'elle ravive, mais aussi par la culpabilité de l'oubli, qu'elle réveille.

  • Voyage à Naples

    Sade/Thomas

    • Rivages
    • 14 Mai 2008

    L'autre pays possible pour Sade fut l'Italie - pays de la beauté et de la liberté. Un séjour de cinq mois durant lesquels Sade explore frénétiquement les trésors artistiques de la ville, la beauté de la campagne autour et de la baie.
    Cette même curiosité encyclopédique, Sade l'éprouve à l'égard des habitants, de leurs moeurs, de leur style de vie. Sade peut-être est tenté de rester à Naples, mais, à la suite d'un malentendu, il se trouve sous le coup d'une enquête judiciaire, et décide de rentrer en France.
    Il fait envoyer par mer deux pleines malles d'antiquités. La plupart des objets n'arriveront pas intacts, mais Sade, lui, garde de ce séjour à Naples des images parfaitement précises et lumineuses. Elles vont inspirer les plus belles pages du voyage de son héroïne dans l'Histoire de Juliette et, durant les longues années de sa vie de prisonnier, Naples, son volcan seront comme ses dernières visions d'homme libre.
    Chantal THOMAS Voyage à Naples est extrait de Voyage d'Italie.

  • Son Commentaire sur saint Jean se présente comme une interprétation scientifique du texte sacré. Le plus savant des Pères grecs s'attache méthodiquement aux différentes notions que renferme le texte de Saint Jean, élucide au passage la vision de l'Apocalypse, et jette sur la parole de l'apôtre un éclairage des plus précieux pour quiconque cherche à comprendre les Écritures.

  • Du destin

    Cicéron

    Ouvrage philosophique de Cicéron, vraisemblablement écrit en mai 44, immédiatement après le meurtre de César, lors d'un séjour de l'auteur à sa villa de Pouzzoles, où il conversait régulièrement avec son ami le consul Hirtius, à qui il s'adresse d'ailleurs dans ce traité. Son originalité réside essentiellement dans sa composition. Si les autres traités - et notamment les deux autres ouvrages du triptyque - sont composés sur la base d'une discussion présentée sous la forme d'un dialogue où une thèse est d'abord assumée par un protagoniste pour ensuite être réfutée par Cicéron lui-même, ce n'est pas le cas du De Fato, qui se présente davantage comme un monologue. L'interlocuteur de Cicéron s'efface bien vite au profit du grand orateur, qui passe l'essentiel de son temps à faire d'elliptiques allusions à diverses thèses supposées connues du lecteur pour les confronter et les réfuter vigoureusement. À un dialogue entre Cicéron et Hirtius se substitue donc bien vite un dialogue entre les différents philosophes que Cicéron va parfois jusqu'à faire revivre et se disputer sous nos yeux.

  • Ivanhoé s'ennuie : sa femme Rowena est une insupportable bigote et son mariage est un échec. Il décide alors de repartir en croisade, prêter main-forte à Richard Coeur de Lion, dans le secret espoir de retrouver celle qu'il n'a jamais cessé d'aimer, la belle Rebecca.

    Publié en 1851, Ivanhoé à la rescousse ! est une des oeuvres les plus cocasses de Thackeray. Si, pour son Ivanhoé, on a souvent reproché à Walter Scott d'avoir dressé unt ableau fantaisiste de l'Angleterre médiévale, c'est précisément ce que l'on apprécie dans la suite parodique qu'en a tirée Thackeray, plus de trente ans après son illustre modèle.

    D'une étonnante modernité, ce pastiche hilarant tourne en ridicule les poncifs du roman de chevalerie et le goût immodéré de l'époque pour les bals costumés en armure, avec un sens de l'absurde qui n'est pas sans évoquer le Sacré Graal ! des Monty Python.

  • "Il existe une affreuse maladie du siècle qui s'appelle : snobisme de l'âme. Le germe s'en est développé dans la culture moderne avec virulence, depuis que le bacille en a été isolé, voici soixante ans par Thackeray. C'est à lui que le vocabulaire anglais est redevable du mot "snob"." (Rudyard Kipling) Le Livre des Snobs fut publié en 1848. Thackeray y entreprend la critique de la société de son temps, dont il fustige le défaut principal, le "snobisme". Le snobisme consiste à vouloir paraître plus que ce qu'on est, à rechercher les honneurs de plus haut placé que soi au prix de tous les avilissements, à tout faire pour plaire et impressionner, dénaturant ainsi les relations humaines au point d'en faire un enjeu de pouvoir permanent dont tout sentiment et toute affection sincère sont exclus.

  • Eloge de la negligence

    Fronton

    • Rivages
    • 24 Octobre 2007

    Du grand orateur qu'était fronton (vers 95-166 ap.
    J.-c.), il ne reste qu'un ensemble de lettres, redécouvert et publié au xixe siècle. parmi elles, les plus belles sont celles adressées à l'empereur marc aurèle dont fronton était le précepteur. la correspondance entre les deux hommes nous touche par sa dimension affective. elle revêt aussi et surtout un caractère pédagogique. ainsi les éloges paradoxaux, dont l'eloge de la négligence est le meilleur exemple, font partie de l'éducation rhétorique de l'empereur.
    Fronton craint - d'abord chez l'élève laborieux trop plein de zèle - et ensuite, chez l'empereur ennemi du repos et du divertissement, un dangereux penchant au dogmatisme. fronton déploie dans ces textes toute sa verve rhétorique avec légèreté et finesse d'esprit.

  • Texte essentiel de la réflexion sur soi, impitoyable anatomie du coeur humain, d'un pessimisme radical et joyeux, ses maximes ont fait de la rochefoucauld un des grands moralistes français.
    Si on compte de nombreuses éditions des maximes, on connaît beaucoup moins les mémoires. la rochefoucauld les écrivit en 1653, lorsque l'échec définitif de la fronde, à laquelle il avait activement participé, et une grave blessure reçue lors d'un combat, le contraignirent à se retirer dans ses terres. elles sont à l'histoire ce que les maximes sont à la psychologie : une terrible école de lucidité.

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