Généralités sur l'art

  • Les historiens de l'art, qui appliquent le terme d' « art sacré » à n'importe quelle oeuvre artistique à sujet religieux, oublient que l'art est essentiellement forme : pour qu'un art puisse être appelé « sacré », il ne suffit pas que ses sujets dérivent d'une vérité spirituelle, il faut aussi que son langage formel témoigne de la même source. Seul un art dont les formes mêmes reflètent la vision spirituelle propre à une religion donnée, mérite cette épithète. Plus de soixante ans se sont écoulés depuis la parution en français de ce texte magistral, traduit en plus de 10 langues à travers le monde.
    Titus Burckhardt a été le premier à présenter dans un seul ouvrage le coeur et l'essence des grandes formes traditionnelles d'art sacré tant d'Orient que d'Occident. Il a produit une synthèse et une source féconde à laquelle beaucoup de spécialistes viennent continuellement puiser.

  • À un moment où en Occident l'avant-garde des artistes s'interrogeait sur la nature et le sens de la peinture, le jeune géologue Ananda K. Coomaraswamy découvrait à Ceylan les pratiques et les réalisations de ce qui était encore une civilisation largement traditionnelle et méconnue des Occidentaux. Les pages publiées ici susciteront peut-être chez le lecteur le besoin de revenir aux textes fondateurs de notre modernité - comme Du spirituel dans l'art ou Du cubisme (1912) - et de regarder les productions marquantes du siècle. Surtout, cette réflexion non académique rarement proposée lui permettra le plus important : qu'il découvre la dimension sacrée de l'art. Car l'art véritable, et la peinture en particulier, ne consiste pas à reproduire des couleurs, ni même un aspect ou un environnement, mais à communiquer des vérités spirituelles. En d'autres termes : le principe transcende la matière.

  • « Un artiste n'est pas un homme d'un genre particulier, c'est chaque homme qui est un artiste d'un genre particulier », se plaisait à rappeler Ananda Coomaraswamy.
    Encore faut-il savoir ce que l'on entend par Art. À cet égard, Ananda Coomaraswamy montre que la conception qui prévaut aujourd'hui est, pour ainsi dire, aux antipodes de celle qui fut universellement considérée en dehors de la civilisation occidentale moderne, en s'appuyant sur une phénoménale documentation, tant chrétienne, avec Maître Eckhart, que grecque, chinoise et hindoue.
    Ananda Kentish Coomaraswamy, qui consacra sa vie à mettre en évidence ce qu'il appelait l'unanimité des traditions orthodoxes - unanimité qui, pour lui, découlait de ce qu'il n'ya pas deux Déités et donc, pas deux Vérités -, s'attache dans ce livre à montrer comment, partout et toujours, l'artiste devait, après la pratique de la contemplation auprès d'un maître qualifié, exprimer de manière sensible ce qu'il avait glané lors de sa pratique spirituelle. Au point que, si une fleur est si parfaitement reproduite qu'elle peut abuser une abeille, ce ne pourra être une oeuvre d'art : celle-ci aurait dû représenter l'idée de la fleur « en Dieu » et non « en nature ». C'est donc bien à une « transformation » de la nature, un « passage au-delà de la forme » que l'artiste doit procéder pour qu'il soit question d'Art.

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