Généralités sur l'art

  • L'une des plus importantes artistes de notre temps, Marie-Jo Lafontaine, rencontre, dans Tout ange est terrible, véronique Bergen, écrivaine de même renom : toutes deux portées comme le vent par un certain sens de la tragédie qu'elles expérimentent du point de vue formel, politique, et, toujours, dans le bouleversement émotif du sensible. Livre d'art, récit philosophique et conte érudit, cette monographie offre un parcours moins chronologique que conceptuel dans l'oeuvre de Marie-Jo Lafontaine dont il souligne, d'abord, le décloisonnement inouï des pratiques inauguré par l'artiste. Le rapport texte-image inédit du livre en met en exergue la liberté. car, pour véronique Bergen, une recherche sur les ultimes contrées du visible demeure le projet de l'artiste, et, elle en décline l'importance dans le registre de la perception, de l'espace, de la couleur et de la fulgurance, extatique, des monochromes dont la philosophe donne une synthèse magistrale de l'histoire esthétique. au fil d'inventions poétiques stellaires, l'écrivaine décrit sa fascination pour « le regard » de Marie- Jo Lafontaine.

  • Masques : Stephan Goldrajch Nouv.

    « Le masque, qu'il soit d'ici ou d'ailleurs, rituel ou profane, transforme la personne qui le porte. Outil de la métamorphose, il agit aussi bien sur le porteur, que sur l'assistance et l'environnement. Le masque crée des relations, il est un « médiateur ». À travers lui, on négocie et réaffirme notre rapport aux autres, à la nature, à la ville, à la mort, aux genres, à la hiérarchie... Le masque (compris au sens large comme l'ensemble masque-costume) prend ses racines aux sources de l'humanité. Par nature ambigu, il implique une dualité. Il questionne notre identité en initiant un jeu de dissimulation et de révélation. Sous le couvert du masque, on peut s'affranchir de son apparence et laisser éclater son individualité, ou, au contraire, opter pour un rôle qui semble aller à l'encontre de notre personnalité. À la manière des masques au sein des rituels, les créations de Stephan ne sont que la partie visible et matérielle d'un réseau bien plus complexe de relations. Leur fonction, d'abord, n'est pas tellement différente de celle des masques rituels. Objets hybrides et médiateurs, ils participent à tisser des liens entre différents univers - géographiques, sociaux, visibles et invisibles - et des personnes - des jeunes, des vieux, des femmes, des hommes, des enfants, des juges, des monstres etc. Derrière l'objet - qui subsiste et peut être exposé - il y a les légendes, les performances, les émotions, les acteurs, et surtout les communautés. » (Clémence Mathieu)

  • En 1912-1913, James Ensor réalise une série de 32 dessins au crayon de couleur intitulée Scènes de la vie du Christ. Chaque dessin sur papier mesure environ 15 par 21 cm. La série dépeint différents épisodes de la vie de Jésus et de la Vierge Marie.
    Ensor y a réussi à combiner le sublime et le grotesque de manière inégalée. Certaines compositions sont assez conventionnelles, d'autres typiquement "Ensoriennes", et certaines sont même humoristiques. Parmi les oeuvres de la série, on trouve un dessin dans lequel Ensor se représente lui-même comme le Christ, confronté à une douzaine de critiques d'art belges qui se sont réunis devant lui.
    En 1929, les dessins ont été transformés en lithographies et publiés sous la forme d'un album par la Galerie Georges Giroux à Bruxelles. Ces dessins peuvent être considérés comme un lien entre les premières oeuvres du maître ostendais et ses oeuvres ultérieures. La série combine différents motifs qu'Ensor a également exécutés à la peinture à l'huile.
    L'auteur de l'oeuvre, Xavier Tricot, accorde également une grande attention à la figure du Christ dans l'oeuvre de James Ensor. À partir de 1885, la figure du Christ occupe une place centrale dans l'oeuvre d'Ensor. Dans certaines de ses oeuvres, l'artiste s'identifie au Messie.

  • L'histoire de l'art n'est-elle qu'une succession de styles, de ; et de noms d'artistes ? Ou de prix de Le livre -vous avez dans la main vous propose une approche différente, plus simple et plus juste. Son point de départ est la raison d'être de l'art dans la société. Depuis le commencement l'art a relevé et a répondu aux questions essentielles de l'humanité. L'histoire de l'art est l'histoire de ces questions et devrait être présentée dans cette optique.
    En parcourant ce livre qui se lit comme un roman aux mille personnages, vous vous dites probablement : ah oui ; évidemment ; c'est vrai ; pourquoi n'y avoir jamais pensé ? Et vous êtes à nouveau persuadé que l'art est plus qu'un passe-temps ou un divertissement ; il est le battement de coeur de la race humaine.

  • Sarcophagi : radioactive waste Nouv.

    Une exposition rétrospective autant que prospective de l'artiste qui explore, réfléchit et oeuvre depuis près de 30 ans à l'échelle de la planète à l'émergence d'une véritable conscience du nucléaire et du traitement de ses déchets dans nos paysages et nos sols. Nous, les oeuvres d'art... , avant d'être le titre emblématique de cette monographie presque exhaustive conalors que l'on débat toujours pour savoir s'il convient ou non de fermer des centrales nucléaires, l'heure n'est plus à l'insouciance ni aux experts qui nous garantissent sans frais pour eux la surêté de leurs installations quand on sait, quelques soient les politiques énergétiques qui seront désormais privilégiées, la menace que représentent pour notre planète et les générations futures pendant des milliers d'années encore les déchets radioactifs que l'on destine à des galeries souterraines où ils seront enfouis.
    Cécile Massart arpente ainsi les sites destinés à l'enfouissement de nos déchets radioactifs et dialogue depuis 1994 sans relâche avec les scientifiques et les responsables de ces opérations à travers le monde (notamment ceux de l'ONDRAF/NIRAS en Belgique) pour proposer des marqueurs durables et visibles pour ces sarcophages qui vont traverser le temps, mais aussi des laboratoires et des abris pour accuellir une pensée et une conscience encore balbutiantes de cette culture nucléaire qui est bien la nôtre, même si c'est à notre corps défendant et trop souvent à notre insu.
    Pour l'accompagner dans cette quête depuis de nombreuses années et quelques livres communs, le sémiologue et cinéaste aldo Guillaume turin qui nous livre ici ses réflexions les plus intempestives et engage un dialogue fécond avec l'artiste. De cécile Massart La Lettre volée a déjà publié Cover en 2009 et Archives du futur. Pour une culture nucléaire en 2018 et aussi plusieurs textes d'aldo Guillaume turin, dont un ouvrage sous sa plume : Mise en déroute Djos janssens ou le rire encombrant en 2014.

  • Le siècle du cinéma rassemble environ quatre-vingts articles écrits par le cinéaste brésilien Glauber Rocha entre 1957 et 1980, sur des réalisateurs ou des films américains et européens. Rocha expliquait que le métier de critique lui était intellectuellement nécessaire-tout en exerçant son travail de cinéaste, il n'a ainsi jamais cessé d'écrire sur les autres, à l'occasion de festivals ou de sorties en salles, pour des journaux comme parfois pour des mises au point personnelles sur des auteurs aimés. L'empathie, le goût de la polémique ou des jugements tranchants, la nécessité d'une reformulation de l'histoire du cinéma depuis " la périphérie des pays capitalistes " font de ce livre bien autre chose qu'une simple compilation de comptes rendus critiques : il s'agit pour Rocha d'un art poétique complet, où esthétique et politique se côtoient constamment pour dresser aussi, en filigrane, un portrait tumultueux du XX° siècle. A la fois écho lointain et déformé de la " politique des auteurs ", terrain d'essai stylistique et libre parcours historique, l'ensemble est toujours vif et déroutant, par les oscillations de l'écriture entre didactisme, reportage et inventions échevelées, comme par ses manières fulgurantes d'entremêler la critique, l'histoire et la théorie du cinéma. Organisé par Rocha en 1981 et publié au Brésil en 1983, deux ans après sa mort, ce recueil constitue son premier ouvrage traduit en français.

  • Du 15 novembre 2018 au 3 février 2019 se tiendra à la fondation Boghossian / Villa Empain l'exposition De liens et d'exils. La problématique de l'exil est au coeur de l'histoire de la famille Boghossian, dont la Fondation éponyme a pour vocation de rapprocher les peuples par le biais de la culture. En cette période où se multiplient les appels à ériger des murs entre les pays, et où des migrants traversent quotidiennement les frontières au péril de leur vie, il a semblé important d'explorer cette thématique du lien et de l'exil. Cette exposition, associée à un projet de résidence d'artistes à la Villa Empain et dans les espaces partenaires du Moussem - Centre Nomade des Arts, réunit ainsi les regards de sept artistes, installés au Maroc, en France ou en Belgique, sur la question de l'exil, et fait dialoguer une sélection d'oeuvres. La curatrice Nadia Sabri nous propose un regard inédit sur la question de l'exil. En mettant en avant les liens que tout déplacement est capable de susciter, elle nous propose d'aller au-delà des définitions classiques de la notion d'exil.

  • Cinéaste de la transparence et de l'observation du quotidien, jacques tati est d'abord cinéaste de la révélation et de la démocratie du regard.
    Inventeur du burlesque sonore, d'une véritable poétique du son, il réconcilie comique et réalisme, pour mieux les confondre dans sa propre mise en scène du monde, totalité organique exemplaire dans toute l'histoire du cinéma. pour jacques kermabon, monsieur hulot est d'abord l'incarnation du mouvement perpétuel, dialecticien subtil de l'équilibre et du déséquilibre, de l'ordre et du léger décalage, du vide et du plein.
    Son essai, synthétique et rigoureux mais toujours passionné, jacques kermabon le conclut en nous révélant l'exacte dimension du monde selon tati, un monde saisi dans son devenir-signe, contemporain de ce qui se tramerait bientôt du côté de roland barthes et du nouveau roman. en annexe, kermabon livre le fruit d'un authentique travail de bénédictin et compare les différentes variantes du film. outre une lecture attentive de plusieurs étapes du scénario, cette étude intègre, dans cette réédition augmentée, la première version du film, considérée comme disparue, dont une copie d'exploitation a été retrouvée.
    Au-delà de l'anecdote, ce qui se dégage alors, ce sont les mécanismes intimes d'une construction artistique constamment en mouvement, la cohérence de l'univers de jacques tati, pour lequel cet ouvrage constitue une introduction idéale.

  • Nicolas Kenny prend pour fil conducteur l'expérience, vécue de l'intérieur, d'un journaliste chevronné de la radiodiffusion belge francophone. La carrière de Charles Van Hauteghem débute dans l'immédiat après-guerre, quand les ondes font partie du quotidien à Bruxelles comme dans tout le pays et au Congo, alors colonie belge. Nicolas Kenny qui l'a longuement interviewé, montre, en se basant aussi sur de nombreuses archives d'époque, comment la radiodiffusion a contribué à façonner la culture urbaine d'une époque, avant que la télévision ne s'impose, obligeant les radios tant nationales que locales à s'inventer de nouveaux défis.

  • " Le meilleur film de fiction allemand ".
    Ces mots d'un critique d'époque, à la sortie de Menschen am Sonntag (Les Hommes, le dimanche) le 4 février 1930 à Berlin, disent bien le caractère unique de ce film d'inspiration résolument documentaire, tourné avec des moyens de fortune et avec des acteurs non professionnels, par une poignée de jeunes gens destinés à devenir célèbres une fois exilés à Hollywood (Robert Siodmak, Edgar G. Ulmer, Billie Wilder, Eugen Schüfftan, Fred Zinnemann).
    Entre récit et reportage, témoignage et avant-garde, avec une intuition sensible rare, ce film encore muet recueille l'héritage des cinémas soviétique et français, et les leçons de la Nouvelle Objectivité propre à la photographie allemande. Il est devenu ainsi, rétrospectivement, annonciateur tant du néo-réalisme que de la Nouvelle Vague. C'est un petit chef-d'oeuvre, d'allure simple mais subtil, sur la vie de la capitale allemande, peu avant l'arrivée du nazisme.

  • Internationalement reconnu comme un maître de la gravure sur bois du XXe siècle, Frans Masereel (1889-1972) est un artiste engagé dans l'histoire de son temps.
    Observateur du monde moderne, son oeuvre dessine les utopies d'une humanité en marche. Ce sont des hommes et des femmes, emportés par la force des événements, qui décrivent des destins souvent tragiques ; le progrès technoscientifique apportant avec le développement industriel son lot d'injustices et de catastrophes. Si l'esthétique de Frans Masereel demeure marquée, voire meurtrie, par les deux guerres mondiales et leurs combats idéologiques, ses thèmes n'ont rien perdu de leur actualité.
    Tirant parti de la brutalité de la taille pour durcir les idées qu'ils illustrent, ses bois gravés ont conservé au surplus du caractère tourmenté des années expressionnistes, une vision éclairante du cycle de rêves de grandeur et de désenchantements d'une civilisation qui se découvrit mortelle. Les dessins rehaussés de gouache qui ont servi pour son livre Route des Hommes, paru en 1964, sont rassemblés et présentés pour la première fois dans ce volume et attestent de l'aptitude de la pensée graphique de Frans Masereel à saisir les moments forts de l'histoire des hommes.

  • Harry et Monika sont deux jeunes gens ordinaires de Stockholm en 1952.
    Brimés dans leur travail, étouffant dans leurs familles, ils quittent tout pour l'utopie d'un été de liberté sur une île. Mais leur moment édénique va être de courte durée. Rencontre amoureuse et séparation : un film comme les autres ? Non, car ici doublé par un autre où les protagonistes ne sont plus deux mais quatre : Monika, Harry, Bergman et le spectateur. Pour la première fois le rapport créateur-créature-spectateur l'emporte sur la fiction et en devient le véritable enjeu.
    Bergman ne filme pas seulement le scénario, mais aussi et surtout le roman du tournage. L'histoire du cinéma va en être changée.

  • Piero della francesca et la flagellation d'urbino - un plaidoyer pour l'europe Nouv.

  • Atelier IDM surprise ! le premier jour du reste de ma vie Nouv.

    Placé sous le signe de la surprise permanente, et sous la direction de son chef d'atelier Jean-François octave depuis 33 ans, iMaGes Dans Le MiLieu connu dans le milieu belge de l'art public sous le sigle iDM passe ces jours prochains le relais à équipe renouvelée et formée dans son giron atypique mêlant dessin, peinture, sculpture, textile, scénographie, interventions urbaines et street art, photo, vidéo, performances et installations dans un esprit résolument pop mais engagé et responsable. L'occasion donc de faire le point sur cet atelier d'art contemporain transdisciplinaire, pas tout à fait comme les autres, sous la forme d'un abécédaire de 336 pages qui donne la parole à chacun de ses intervenants et donne à voir ses productions hétérogènes au fil des ans, puis à l'occasion de trois expositions aux abattoirs de Mons (BaM), au BPS22, au Mac's Musée des arts contemporains Grand-hornu et d'une soirée à l'iseLP. Mais aussi, au-delà de cette dimension commémorative et festive, l'occasion de réfléchir à ce que peut être et doit être une école d'art forcément transdisciplinaire ancrée dans la vie et dans la ville.

  • Angel Vergara : nous, les oeuvres d'art Nouv.

    Monographie la plus récente et la plus complète consacré à cet artiste belge d'origine espagnole héritier d'ensor, de Broodthaers et de Beuys, connu pour ses performances et installations qui contestent les limites du genre et de l'esthétique dite relationnelle. Nous, les oeuvres d'art... , avant d'être le titre emblématique de cette monographie presque exhaustive consacrée à plus d'un quart de siècle de création et d'actions artistiques d'angel vergara (1956), incarne l'esprit de son oeuvre dont l'ambition semble conjuguer le paradigme duchampien selon lequel tout peut accéder au statut d'oeuvre d'art et l'injonction de Joseph Beuys qui invite chacun à devenir artiste, soit cette proposition paradoxale : tout le monde peut être une oeuvre d'art.
    C'est que l'artiste entend repousser jusque dans ses derniers retranchements la distinction factice et idéologique propre au marché de l'art entre la scène et le public, entre l'art et la vie, en proposant notamment des cafés implantés dans des lieux à vocation culturelle qui ne soient pas de simples simulacres de commerces mais de véritables lieux de convivialité et de spiritualité où s'opèrent simultanément différentes formes d'échanges.
    C'est en effet ce principe que l'on retrouve à l'oeuvre dans ses différents actions et interventions artistiques dans l'espace public, parfois à l'échelle de toute une agglomération comme à revin, et plus généralement dans ses "actes et discours" sous la forme d'alter ego tels que straatman, le vlaamse Black, voire le roi des Belges ou celui de l'art, feu Jan hoet. Que l'on ne se méprenne pas, il ne s'agit pas pour angel vergara de figurer des personnages, aussi archétypaux soient-ils, et encore moins de célébrer les oeuvres d'art cristallisées et réifiées dans leur aura et leur lustre institutionnel - angel vergara n'est pas pour rien l'héritier du pyromane Marcel Broodthaers même lorsqu'il entre dans Bruxelles juché sur un camion de pompiers - mais d'activer des dispositifs qui entendent inscrire une éthique de l'échange au coeur même de l'esthétique comme moyen et jamais comme fin.
    Cette somme rassemble les propos de Laurent Busine et de Juan nieves, vieux complices de l'artiste, et ceux de Laurent Courtens et de Sarah Gilsoul qui livrent les multiples clés de lecture possible de cette oeuvre protéiforme et pourtant résolument cohérente. Outre ces analyses serrées que l'artiste a tenu à exemplifier à l'aide de très nombreux documents d'époque et des entretiens fournis, on trouvera ici des oeuvres collaboratives emblématiques réalisées avec Benoît Egène et Corinne Bertrand et un avant-propos de Daniel vander Gucht.

  • Stimulée par le dixième anniversaire du MAC's, par le récent classement du Grand-Hornu au rang de 'patrimoine de l'humanité' (Unesco), la revue DITS qui en est à sa dixième année d'activité, avec seize numéros publiés, revivifie sa formule éditoriale en modifiant le principe thématique qui lui a valu d'aborder l'art contemporain, mais aussi d'autres disciplines visuelles (comme la danse, le théâtre ou encore le cinéma), à travers des notions aussi disparates que celles de geste, de voyages, de poésie, de simulacre, de violence, de répétition ou encore de familles. La diversité des 'sujets familiers et d'actualité' inscrits aux sommaires, l'intérêt manifeste des lecteurs, abonnés ou occasionnels, de même que les propositions de plus en plus nombreuses d'articles, nous autoriseraient (et même nous encourageaient) à poursuivre dans cette direction, mais au risque que ce rythme gai devienne une ennuyeuse routine. De plus, cet éclectisme auquel nous tenons exposait visiblement la revue à quelques redites puisque, comme on sait, tout est dans tout et qu'un geste, par exemple, peut être un simulacre, la poésie une sorte de voyage, la répétition une forme de violence (souvenons-nous du supplice de Sisyphe), etc. D'où cette évidence qu'il fallait rompre l'enfilement a priori infini des substantifs et ne plus progresser horizontalement à travers la matière artistique le long d'un azimut thématique. L'option retenue fut de faire dériver désormais chaque numéro non plus d'un terme général, mais d'une proposition singulière, laquelle aura la forme complexe et parfois énigmatique d'une citation (commentaire, poème, chanson, slogan.) ; manière d'en revenir à la définition du 'dit'. Par conséquent, les thèmes de cette 'nouvelle parution' du DITS ne sortiront pas de nulle part, mais plutôt de la mémoire ou de la bibliothèque de l'un ou l'autre amateur de belles formules, de celles qui marquent.

  • Le rebelle (1948) de king vidor est pour beaucoup de cinéastes le film de chevet.
    L'architecte qui dynamite des hlm conçues par lui, parce que les commanditaires ont défiguré son projet, évoque évidemment le cas de tous ces cinéastes qui n'ont pu bénéficier du fameux final cut. le dynamitage du rebelle a profité d'un nouveau regain d'actualité avec les implosions récentes de hlm en banlieues. ou : gary cooper à la courneuve. c'est un film malin, savant, glacé, hyperpro, mais aussi un film abrupt, brutal, cinglant, condensé, convulsif, déchiqueté, déjanté, délirant, discrépant, érotique, étourdissant, fascinant, frénétique, grossier, haché, hystérique, mal poli, romantique, surréel, torride, trépidant.
    Un objet barbare, un météorite. s'il ne fallait conserver de toute la production hollywoodienne qu'un seul film, ce serait celui-ci. je l'ai vu une bonne douzaine de fois, et j'ai peur de le regarder à nouveau, tant il m'émeut. en évoquant le comment, je dirai pourquoi le rebelle demeure l'une des plus sublimes créations du génie humain.

  • Hitler, un film d'allemagne, oeuvre incontournable, reste cependant difficilement analysable de par sa longueur, sa multitude de formes et de procédés.
    Sous le titre show people, cet ouvrage développe un aspect encore jamais exploré : l'implication du personnage de charlot dans la fiction de syberberg, et les connivences dans la mise en scène de ce film avec ceux de chaplin. la tentative de faire un " récit critique du dedans ", pistant les métamorphoses - que cette oeuvre fait subir à son spectateur - au contraire des analyses qui ont toujours rapporté l'expérience d'une projection après-coup -, donne un essai très personnel qui se confronte à la limite d'une écriture entraînée par le cinéma.

  • Claude-Henri Pirat, qui est déjà l'auteur de travaux publiés sur différents sujets comme la statuaire des lobi ou le maître de buli dont il a dressé le catalogue raisonné, nous dévoile ici, de la grande sculpture de l'afrique de l'ouest ou de l'afrique centrale jusqu'aux objets les plus usuels, les oeuvres dont il est ou a été le collectionneur. Grand voyageur, visitant régulièrement le continent africain jusque dans ses endroits les plus reculés, il documente son livre de nombreuses photos de terrain.
    Précédés d'un avant-propos d'Anne-Marie Bouttiaux et d'une préface de François Neyt, tous les textes, y compris les notices ethnographiques, sont de l'auteur et, comme il nous le dit dans son préambule : «ayant décidé d'écrire moi-même le texte de ce livre, cela me permettait de briser les codes, de ne pas circonscrire mon propos à une collection d'oeuvres d'art qui n'est qu'un des volets de l'intérêt que je porte à l'afrique, mais de l'élargir à la découverte que j'ai faite de ce continent, de ses habitants et de ses productions artistiques, du marché de l'art et de ses acteurs, des musées, et de certaines des grandes questions qui ont fait et font débat en la matière, et qui ont alimenté chez moi des réflexions que j'ai pris la liberté d'exposer ici, au cours de développements qui n'ont donc rien à voir avec un essai d'anthropologie, d'histoire de l'art ou d'esthétique ». À cela s'ajoute un travail photographique original que l'auteur a décidé d'entreprendre lui-même sur les oeuvres d'art présentées, en tentant de renouer avec la sobre élégance de la photo en noir et blanc.

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