Syllepse

  • Révolution et contre-révolution en Chine maoïste

    Elliott Liu

    • Syllepse
    • 12 Octobre 2017

    En Chine, sous l'ombre tutélaire de Mao, les dra- peaux rouges flottent sur un capitalisme débridé, cor- rompu et féroce.
    L'immense Chine est autant saturée de corruption que de pollution. Comment expliquer cet impossible paradoxe issu d'une révolution communiste ? Pour El- liott Liu, il faut remonter aux sources de la formation du Parti communiste. Fortement imprégné de l'idéo- logie stalinienne, dont il ne se déféra jamais, Mao a conçu dès l'origine le « socialisme » comme une forme de capitalisme d'État où le Parti serait le médiateur unique des contradictions de la société chinoise.
    L'ouvrage examine la formation idéologique du Parti communiste et les différentes étapes de sa longue marche vers le pouvoir qu'il exerce sans partage de- puis 1949. Durant la guerre de libération, les premiers signes d'un maoïsme tout à la fois autoritaire et op- portuniste apparaissent : l'émancipation des femmes (« la moitié du ciel » selon Mao) est bridée et reléguée au second plan pour ne pas bousculer la société pay- sanne patriarcale qui constitue la base sociale de la révolution ; les prises de terres des paysans qui veulent accomplir leur réforme agraire est freinée et entravée pour ne pas perdre l'appui de l'aristocratie foncière alliée au Parti communiste.
    Cependant, la lente construction de ce nouveau ca- pitalisme d'État ne va pas sans contradictions violentes dont la « Révolution culturelle » est le paroxysme, no- tamment en 1967 lors de la Commune de Shanghai qui vit l'irruption d'un violent mouvement de la classe ouvrière disputer à la bureaucratie parasitaire sa posi- tion dirigeante. Dans sa lutte contre d'autres fractions bureaucratiques, après en avoir appelé à la mobilisa- tion de la toute jeune classe ouvrière et de la paysan- nerie, Mao les abandonne et les réprime violemment.
    Pour Elliott Liu, la défaite de ce mouvement indé- pendant, qui portait cependant des illusions sur la na- ture du pouvoir maoïste, signera l'accélération des ré- formes pro-capitalistes, notamment sous l'ère de Deng Xiaoping, dont la Chine d'aujourd'hui est le produit.
    Un livre qui propose des clés pour comprendre la Chine d'aujourd'hui, devenue un acteur de premier plan du capitalisme mondialisé.

  • Asie : des pouvoirs et des luttes ; points de vue du Sud

    Aurélie Leroy

    • Syllepse
    • 9 Janvier 2020

    Au tournant du 21e siècle, l'Asie affichait des résultats de croissance parmi les plus rapides au monde et des avancées politiques qui donnaient corps à l'idée de «?troisième vague de démocratisation?».
    Les sociétés civiles, plus encore que les États, apparaissaient comme les chevilles ouvrières des transitions en cours et leurs résistances étaient auréolées de légitimité.
    Vingt ans plus tard, l'optimisme a cédé la place au désenchantement.
    Une majorité de pays du continent sont en «?récession démocratique?».
    Glisser son bulletin de vote dans l'urne n'a pas suffi à produire les changements escomptés en termes de droits sociaux et politiques.
    Au contraire. De Rangoun à Manille, de Bangkok à Delhi, ces processus ont plusieurs fois conduit à l'avènement de forces politiques régressives et autoritaires, porteuses de nationalismes populistes et liguées aux minorités économiquement dominantes.
    Là où il y a domination, il y a résistance.
    Si cette affirmation se vérifie souvent, les offensives réactionnaires sapent néanmoins les oppositions en réduisant leurs champs de manoeuvre et leurs ressources.
    Elles jettent en outre une lumière crue sur les tensions qui les traversent.
    Les manifestations anti-blasphèmes en Indonésie, l'appui des chemises jaunes aux coups d'État militaires en Thaïlande, les exactions des organisations intégristes hindoues en Inde ou bouddhistes en ­Birmanie démontrent la plasticité des acteurs sociaux qui peuvent autant défendre que s'opposer aux idées démocratiques et progressistes.
    Une vingtaine d'auteur·es asiatiques, au profil universitaire ou acteurs de terrain, analysent dans ce livre les dynamiques sociales à l'oeuvre dans leur pays, ainsi que les principaux enjeux rencontrés par les sociétés civiles dans des contextes marqués par la croissance des inégalités et la poussée des forces politiques conservatrices et réactionnaires.

  • Birmanie : la révolution de printemps

    Frédéric Debomy

    • Syllepse
    • 24 Novembre 2021

    La Birmanie a connu pendant dix ans une période d'ouverture politique inédite, qualifiée de période de transition vers la démocratie. Au pouvoir depuis 1962, l'armée a laissé les élections de 2012, 2015 et 2020 se dérouler dans des conditions relativement acceptables, chacun des scrutins étant remporté par la Ligue nationale pour la démocratie d'Aung San Suu Kyi. Cependant, sa victoire aux élections de novembre 2020 - qui vit le parti représentant les intérêts de l'armée faire un score ridicule - a été pour les généraux la victoire de trop : le 1er février 2021, l'armée décidait d'une reprise en main du pays. Aung San Suu Kyi est arrêtée et une répression sanglante s'ensuit.
    Ce que l'armée n'avait pas anticipé, c'est la formidable résistance que la population allait opposer au putsch : manifestations massives, tentatives de bloquer l'économie pour empêcher les militaires de gouverner (grèves dans les hôpitaux, les banques et les chemins de fer). Des parlementaires ayant échappé aux arrestations mettent sur pied un comité représentatif du Parlement puis un gouvernement d'unité nationale composé à parts égales de Birmans et de représentants des minorités nationales. La rue résiste tandis que certains groupes armés des régions frontalières, où vivent des minorités attachées depuis des décennies à la défense de leurs droits, rejoignent la résistance au coup d'État.
    Ce « Coup pour coup » décrit l'inventivité et le courage d'une population face au règne militaire. Fortement marquée jusque-là par les divisions ethniques et religieuses, la société birmane semble aujourd'hui les dépasser largement, notamment avec le regard nouveau porté sur les musulmans rohingyas, jusquelà considérés comme des étrangers par la plupart de leurs compatriotes.

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