Vie politique dans le monde

  • Demain la Chine : guerre ou paix ?

    Jean-Pierre Cabestan

    • Gallimard
    • 2 Septembre 2021

    Développement économique vertigineux, montée en puissance impressionnante, modernisation militaire sans précédent, passions nationalistes souvent incandescentes, confrontation de plus en plus intense avec les États-Unis, tous ces ingrédients connus semblent conduire immanquablement la Chine à la guerre.Les causes immédiates d'un conflit armé ne manquent pas:les prétentions de Pékin en mer de Chine du Sud, le conflit territorial sinojaponais autour des Senkaku (Diaoyu) et surtout la volonté farouche de Xi Jinping de réunifier Taiwan à la République populaire constituent les principaux barils de poudre qui peuvent à tout moment exploser. De fait, les prédictions d'un affrontement militaire dans le détroit de Formose d'où la Chine sortirait vainqueur se multiplient.Pour l'heure, ce que l'on observe avant tout est une utilisation de plus en plus fréquente par le gouvernement chinois de ce qu'on appelle les «zones grises» entre la paix et la guerre. Cette stratégie s'est étendue, en 2020, à la longue frontière sino-indienne. Ce nouveau modus operandi permet aussi à l'Armée populaire de libération (APL) et aux autres agences de sécurité chinoises d'améliorer leur capacité de projection de forces et leur préparation au combat. Mais les enjeux d'une guerre ouverte, et pas uniquement avec les États-Unis, restent énormes, incitant l'APL à d'abord envisager des «opérations extérieures» plus limitées et moins dangereuses.Pour ces raisons, bien que nul ne puisse contrôler les passions humaines, et sans pour autant exclure l'irruption de crises militaires, la Chine et les États-Unis s'orientent plus vers une guerre froide d'un nouveau type que vers une guerre chaude qui pourrait rapidement se nucléariser.

  • La reconnaissance ; histoire européenne d'une idée

    Axel Honneth

    • Gallimard
    • 12 Novembre 2020

    Il importe pour notre culture démocratique d'éclairer les origines historiques et l'évolution des idées ou des concepts qui ont durablement marqué notre mode de coexistence sociale et politique jusqu'à aujourd'hui. Afin d'établir pourquoi nous sommes devenus ce que nous sommes, et quelles exigences normatives sont associées à une telle vision partagée de nous-mêmes. Le concept de « reconnaissance » est essentiel à notre identité politico-culturelle : il recouvre des exigences aussi diverses que celles de se respecter mutuellement comme membres égaux d'une communauté de coopération, de garantir une reconnaissance inconditionnelle à la singularité de l'autre ou d'adresser des témoignages de considération aux minorités culturelles dans le cadre d'une « politique de la reconnaissance ».Dans ce parcours, Axel Honneth révèle l'influence qu'ont exercée les conditions socioculturelles des différents pays, à commencer par la France, l'Angleterre et l'Allemagne, sur la coloration particulière qu'y a prise l'idée de reconnaissance. Face aux multiples significations qu'a revêtues dans les Temps modernes l'idée selon laquelle nous sommes toujours déjà rattachés les uns aux autres par des relations de reconnaissance, il déploie l'hypothèse que les écarts entre ces significations tiennent aux caractéristiques nationales du contexte dans lequel elles sont respectivement apparues.

  • Boualem Sansal propose un panorama synthétique de l'islam contemporain et de ses rapports avec les pouvoirs politiques. L'ouvrage est didactique, sans être pour autant neutre : l'auteur n'y abandonne pas ses prises de position humanistes, intransigeantes, qui l'ont amené à dénoncer en Algérie à la fois le pouvoir militaire et le totalitarisme islamiste. Il explique en détail l'histoire de la religion musulmane, ses mouvances multiples, ses tensions et ses contradictions. Après avoir brossé un tableau d'ensemble des courants musulmans, Sansal s'interroge sur les acteurs de la propagation de l'islamisme : les États prosélytes, les élites opportunistes, les intellectuels silencieux, les universités, les médias, la «rue arabe». Il questionne aussi l'échec de l'intégration dans les pays d'accueil des émigrés.
    Plus largement, sa réflexion interroge l'identité du monde arabe : alors que les Arabes ne représentent qu'une minorité des musulmans (la grande majorité est en Asie), ils revendiquent à la fois l'origine et la propriété de l'islam. Or le «monde arabe» est une fiction : tous les pays colonisés par les Arabes étaient à l'origine habités par d'autres peuples qui existent toujours (à commencer par les Berbères en Algérie), mais chacun fait comme si le monde arabe était une entité cohérente, éternelle. L'islamisme arabe tend à s'imposer, mal évalué par les pouvoirs occidentaux qui lui opposent des réponses inappropriées, tandis que les femmes et les jeunes, ses principales victimes, sont de plus en plus à sa merci.
    Le texte s'apparente moins à un pamphlet qu'à une synthèse engagée, précise, documentée. Des annexes proposent des compléments intéressants : synthèse sur les différents courants de l'islam, répartition des musulmans dans le monde, monographie du monde arabe, extraits des Prolégomènes d'Ibn Kaldoun consacrés aux Arabes.

  • Dommage, Tunisie ; la dépression démocratique

    Hélé Béji

    • Gallimard
    • 17 Octobre 2019

    « Une expérience beaucoup plus cruelle que celle du colonialisme nous attend, celle de la guerre impitoyable avec notre vie sauvage. Ce qui n'avait pas été assimilé par la domination coloniale ne l'a pas été par la modernité nationale, ni par la Révolution, ni par la démocratie. L'islamisme armé vient nous rappeler que le travail ne fait que commencer, et qu'en réalité, nous l'avons esquivé.» Hélé Béji.
    La Révolution tunisienne de 2011, née du sentiment de dignité et de justice d'un peuple, fut celle de la spontanéité. Elle a aussi ouvert une voie alternative à l'ingérence démocratique occidentale, aux accents de nouvelle croisade, qui n'a fait que raviver dramatiquement l'islamisme radical. Mais qu'a fait la Tunisie de ce grand moment de son histoire ? Neuf ans après, au coeur d'une crise politique et sociale aiguë, Hélé Béji dresse le constat d'un échec, qui dépasse les frontières de la seule Tunisie. Comment sortir de cette dépression politique, si ce n'est par la constitution d'une société qui, trouvant en elle-même une réponse à l'obscurantisme, restaure la dignité de l'homme ?

  • Après la démocratie

    Emmanuel Todd

    • Gallimard
    • 30 Octobre 2008

    La crise de la société française - et des sociétés occidentales en général - conduit à se poser une question de fond : faut-il envisager la disparition du système démocratique ? Et, par voie de conséquence, quel système serait alors susceptible de le remplacer ?
    Cet ouvrage combine l'analyse instantanée et l'étude des processus de longue durée pour envisager la situation de la politique et de l'économie et l'évolution des structures familiales. De ce travail d'investigation se dégagent, entre autres thèmes, le caractère fondamentalement religieux de la crise actuelle (le religieux étant considéré comme structurant la société), le pessimisme culturel ambiant (conséquence de la stagnation éducative), la réapparition d'une stratification de la société (l'ascenseur social cher à la démocratie fait place à l'instauration d'une nouvelle oligarchie), l'impact du libre-échange provoqué par la mondialisation, la possibilité d'une réémergence de la lutte des classes (conséquence de la disparition des classes moyennes).
    L'élection de Nicolas Sarkozy semble avoir placé la France en état d'apesanteur : cadeaux fiscaux aux plus riches, socialistes passés à droite, atlantisme, exhibitionnisme présidentiel, désignation de boucs émissaires immigrés ou musulmans, etc.Dénoncer l'action de Nicolas Sarkozy ne suffit pas. C'est en partie grâce à ses défauts qu'il a été élu. Sous la diversité des symptômes, c'est d'une véritable crise de la démocratie qu'il s'agit. Pour la comprendre, il faut identifier, au présent et dans la longue durée de l'histoire, ces fadeurs lourds que sont le vide religieux, la stagnation éducative, la nouvelle stratification sociale, l'impact destructeur du libre-échange, l'appauvrissement des classes moyennes, l'égarement des classes supérieures.
    Emmanuel Todd ne ménage personne, dans aucun camp. Son approche permet de comprendre pourquoi la société française hésite entre ethnicisation et retour de la lutte des classes. Elle oblige à se demander si les hommes politiques, incapables de manipuler plus longtemps notre " démocratie d'opinion ", ne vont pas devoir purement et simplement supprimer le suffrage universel. A moins que, cédant à la pression de la société, ils n'acceptent d'envisager une nouvelle politique économique, protectionniste à l'échelle européenne.

  • Douloureuse Russie ; journal d'une femme en colère

    Anna Politkovskaïa

    • Gallimard
    • 29 Mai 2008

    En arrivant au Kremlin en 2000, Vladimir Poutine avait promis d'instaurer en Russie la « dictature de la loi ». L'ancien agent du KGB s'engageait à mettre fin à la corruption, à ramener à la raison l'irrrédentisme tchétchène, à offrir à chaque citoyen un niveau de vie décent... Mais s'il y a bel et bien une dictature en Russie, c'est celle exercée par un pouvoir impitoyable qui ne se soucie de la loi que lorsque cela l'arrange, explique Anna Politkovskaïa dans cette bouleversante chronique d'un pays à la dérive.
    Au fil des jours, la journaliste de la Novaïa Gazeta, l'un des derniers organes de presse indépendants, dresse un constat terrible de la « poutinisation ». Loin d'être pacifiée, la Tchétchénie demeure plus que jamais une zone de non-droit. La « verticale du pouvoir » écrase toute opposition digne de ce nom, n'hésitant pas à truquer grossièrement les élections. Sur la totalité du territoire, une bureaucratie corrompue pille les citoyens. Au sommet de ce système « néosoviétique », un homme : Vladimir Poutine. Combien de temps encore la population, apeurée et désespérére, va-t-elle se laisser faire ?
    Si révolution il y a en Russie, elle ne sera ni rose comme en Géorgie, ni orange comme en Ukraine. Elle sera couleur rouge sang, prédit Anna Politkovskaïa.

  • Demain la Chine : démocratie ou dictature ?

    Jean-Pierre Cabestan

    • Gallimard
    • 19 Avril 2018

    Jean-Pierre Cabestan, sinologue français qui enseigne à Hong-Kong propose ici une réflexion sur l'évolution politique de la Chine. Il démolit méthodiquement la thèse communément admise selon laquelle le développement économique et l'enrichissement d'une classe moyenne vont finir par entraîner la libéralisation du régime et une évolution plus ou moins douce ou plus ou moins violente vers la démocratie. Il explique, de manière très claire et très forte, les raisons qui rendent infiniment plus probable le maintien d'un monopole autoritaire du Parti communiste, la principale étant le large consensus des élites autour de ce programme.
    Cette thèse à contre-courant, argumentée par un spécialiste de premier ordre, sur une des questions majeures pour l'avenir du monde, devrait normalement retenir l'attention et toucher une large audience.

  • Le nouvel empire ; l'Europe du vingt et unième siècle

    Bruno Le Maire

    • Gallimard
    • 4 Avril 2019

    L'Europe peut disparaître. Non pas le marché unique, mais le projet politique. Jamais les forces d'éclatement n'ont été aussi fortes depuis le traité de Rome de 1957 : des tensions internes entre pays membres de l'Union européenne se font jour, alors que le Royaume-Uni a décidé de sortir de l'Union. Mais surtout, l'affrontement des États-Unis et de la Chine, dont la maîtrise des technologies et les forces financières nous surpassent, nous impose un choix radical entre une Europe souveraine et une Europe soumise.
    Il est donc temps que l'Europe affirme elle aussi sa puissance. Celle d'un continent riche de la diversité de ses nations, avec de véritables frontières. Une puissance technologique, qui favorise la création de champions industriels européens, capables de créer les emplois et d'assurer la formation des centaines de millions d'Européens. Une puissance au service de la paix, qui défend ses intérêts économiques et militaires, ses entreprises comme ses citoyens.
    L'Europe doit définir un projet politique et s'affirmer, au XXle siècle, comme un nouvel empire.

  • Le passage à l'Europe ; histoire d'un commencement

    Luuk Van Middelaar

    • Gallimard
    • 19 Janvier 2012

    Ce livre raconte un événement lent et majeur : la genèse d'un ordre politique européen.
    Il évite le jargon et les poncifs des manuels ; ceux-ci cachent bien plus les enjeux du pouvoir qu'ils ne les éclairent. Il ne spécule pas sur une destination finale ; l'histoire vaut mieux que la téléologie. Il n'est pas « pour » ou « contre » l'Europe - peut-on l'être d'ailleurs ? Le Passage à l'Europe distingue trois sphères européennes. La sphère externe, celle du continent et de l'ancien « concert des nations » ; la sphère interne des institutions et du Traité, source de grandes attentes ; enfin, imprévue et non perçue, une sphère intermédiaire, celle où les Etats-membres, rassemblés autour d'une même table, se découvrent peu à peu coresponsables d'une entreprise commune, parfois malgré eux.
    Cette sphère internationale est le lieu des tensions entre l'un et le multiple qui font la force et la faiblesse de l'Union. Le Conseil européen des chefs d'Etat ou de gouvernement en est devenu l'expression institutionnelle, lui seul est en mesure de convaincre un public européen à 27 têtes nationales. Livre d'histoire, en ce qu'il prend au sérieux l'expérience des hommes politiques qui ont façonné l'Europe depuis soixante ans : l'importance des mots, la soif des applaudissements, l'implacable pression des événements, tels le début de la guerre froide, la chute du Mur de Berlin ou le 11 Septembre.
    Livre de philosophie, en ce qu'il veut savoir ce qu'est la politique avant de trancher sur l'existence d'un corps politique européen : qu'en est-il, en Europe, de la capacité à prendre des décisions contraignantes, à agir dans le flux du temps, à établir un lien avec les gens ? L'un et l'autre, en ce que l'auteur considère que la vérité de la politique ne se comprend que dans le temps. Traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Daniel Cunin et Olivier Vanwersch-Cot.

  • Ali Khamenei ou les larmes de Dieu

    Fariba Hachtroudi

    • Gallimard
    • 24 Novembre 2011

    Depuis qu'elle a quitté l'Iran, Fariba Hachtroudi n'a cessé d'interroger avec passion, à travers ses livres, la réalité contemporaine de son pays. Elle propose aujourd'hui un portrait du Guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei. Personnage essentiel de la théocratie chiite, le grand ayatollah ne se livre pas aux outrances médiatiques qui ont rendu célèbre le président Mahmoud Ahmadinejad. Pour être moins bruyant, son pouvoir n'en est que plus grand. Commandant en chef des armées, il dirige et oriente la politique du pays, valide la nomination du président, arbitre les conflits éventuels entre le clergé, l'armée et la classe politique.Cloîtré dans sa demeure, le Beyt, où ne pénètre qu'une élite de collaborateurs triés sur le volet, le « Lieutenant du Messie » édicte ses lois au milieu d'une cour servile et fanatique.
    Fariba Hachtroudi a obtenu des témoignages de première main - notamment ceux du neveu d'Ali Khamenei et d'un haut gradé longtemps intime du sérail, aujourd'hui réfugié à l'étranger - qui tracent un portrait captivant de ce personnage énigmatique, pilier du pouvoir iranien. Érudit, fin lettré, amateur de poésie et de luxe, Ali Khamenei met chaque jour en pratique l'enseignement de son prédécesseur, l'ayatollah Khomeyni, qui avait fait du mensonge et de la violence les armes licites du prosélytisme islamiste. Ce livre, qui fourmille d'anecdotes et de faits réels, donne à voir les rouages complexes d'un régime dont dépend en partie l'avenir du monde. L'auteur y rend aussi hommage à son grand-père, l'ayatollah Esmaïl Hachtroudi, grande figure de la révolution constitutionnaliste, qui s'est battu, au début du XXe siècle, pour un islam démocratique et humaniste.

  • Retrouver le sens du peuple est à la fois une nécessité électorale et un impératif moral pour la gauche.
    C'est la seule cause politique qu'elle puisse désormais embrasser. Elle ne doit pas viser le « peuple de gauche » dont elle célèbre encore, trente ans après sa brève apparition dans les rues de Paris en mai 1981, la geste mythique. Elle doit viser le peuple tout entier. Celui des classes populaires qu'elle a abandonnées depuis si longtemps ; celui qui croit dans son destin national qu'elle a oublié avant de le mépriser et de le condamner pour populisme ; celui de l'aspiration démocratique la plus large qui veut continuer à croire dans la possibilité d'une aventure collective malgré les tentations de l'individualisme et de l'anomie.
    Il faut à la gauche française un projet à la hauteur et il lui faut tout de suite. Sinon elle disparaîtra, comme principe et comme force historique. Elle sera remplacée bien sûr. Il y aura d'autres organisations, d'autres aspirations aussi, sans doute, qui prendront sa place, mais lesquelles ? Il y aura d'autres hommes pour se dire « de gauche » - certains seront les mêmes d'ailleurs, cela ne les dérangera pas -, mais avec quelles intentions ? L'avenir de la gauche se joue ici et maintenant, face au peuple, avec lui et pour lui.

  • Corée du Nord ; un Etat-guérilla en mutation

    Philippe Pons

    • Gallimard
    • 22 Avril 2016

    La Corée du Nord est le pays le plus haï, mais aussi le plus mal connu de la planète. Comprendre les mécanismes d'un système totalitaire sans équivalent par son monolythisme idéologique, l'inscrire dans son espace et dans son temps pour en saisir l'ancrage et décrypter le fonctionnement d'une économie émergente : tel est l'objet de ce livre.
    Kim Il Sung au pouvoir a élevé la lutte de libération au rang de récit fondateur. La résilience de cet «État-guérilla» est à chercher moins dans son caractère stalinien que dans un nationalisme invétéré. La Corée du Nord évolue néanmoins vers une économie de facto de marché, ce qui génère de profondes mutations sociales. Cette évolution ne va pas elle-même sans enjeux géostratégiques majeurs du fait des ambitions nucléaires de Pyongyang, des visées hégémoniques du voisin chinois et du retour de la Russie dans le grand jeu diplomatique.

  • Carnets de Homs

    Jonathan Littell

    • Gallimard
    • 23 Mai 2012

    « Ceci est un document, pas un écrit. Il s'agit de la transcription, la plus fidèle possible, de deux carnets de notes que j'ai tenus lors d'un voyage clandestin en Syrie, en janvier de cette année. Ces carnets devaient au départ servir de base pour les articles que j'ai rédigés en rentrant. Mais peu à peu, entre les longues périodes d'attente ou de désoeuvrement, les plages de temps ménagées, lors des conversations, par la traduction, et une certaine fébrilité qui tend à vouloir transformer dans l'instant le vécu en texte, ils ont pris de l'ampleur. C'est ce qui rend possible leur publication. Ce qui la justifie est tout autre : le fait qu'ils rendent compte d'un moment bref et déjà disparu, quasiment sans témoins extérieurs, les derniers jours du soulèvement d'une partie de la ville de Homs contre le régime de Bachar al-Assad, juste avant qu'il ne soit écrasé dans un bain de sang qui, au moment où j'écris ces lignes, dure encore. » Jonathan Littell a passé deux semaines et demie à Homs, au coeur des quartiers opposés au régime syrien. C'est, on le sent page après page, un texte écrit dans des conditions extrêmes, où les protagonistes, à chaque instant, jouent leur vie. Constituant un documents tout à fait unique, véritable enquête sur le terrain, ces carnets témoignent de la vie quotidienne du peuple en révolte de la ville de Homs, de la résistance des déserteurs de l'Armée syrienne libre, et des atrocités commises par les forces gouvernementales.

  • La constitution de l'Europe

    Jürgen Habermas

    • Gallimard
    • 15 Mai 2012

    L'union européenne est-elle désormais contre la démocratie ? Avec l'épisode du référendum grec et l'effroi qui saisit tous les dirigeants de voir un peuple, auquel on avait imposé une cure problématique. entrer en résistance, la crise de la dette a révélé le déficit démocratique des institutions européennes. Jürgen Habermas nous alerte sur les risques que prend l'Europe à s'engager dans une voie "postdémocratique" pour régler la question de la dette des pays de la zone euro.
    L'union monétaire européenne ne disposant pas d'un contrôle supra-national à sa mesure, les dirigeants allemand et français veulent une collaboration intergouvernementale renforcée. Le Conseil européen doit s'employer à la mettre en place. Ce changement en apparence minimal devrait se traduire par une perte progressive de contrôle des Parlements nationaux sur les lois de finances : cette réforme insidieuse asphyxierait petit à petit le poumon de la démocratie à l'échelle nationale, sans que cette perte soit compensée au niveau européen.
    Le processus grec ouvre-t-il le passage d'une Europe de gouvernement à une Europe de la " gouvernance " - joli euphémisme pour désigner une forme dure de domination politique. qui ne repose que sur le fondement faiblement légitimé des traités internationaux ? La "démocratie d'un seul pays" n'est plus à même de se défendre contre les injonctions d'un capitalisme forcené, qui franchissent, elles, les frontières nationales.
    Il faut avancer vers et dans la constitution de l'Europe, pour que les peuples regagnent des latitudes d'action au niveau supranational, sans pour autant sacrifier la démocratie. La crise de l'Europe des gouvernements doit conduire à la constitution d'une Europe des peuples. Telle est la conviction de Jürgen Habermas dans ce petit traité de démocratie, vif, tonique et constructif.

  • Le rebelle t.2

    Mongo Béti

    • Gallimard
    • 26 Octobre 2007

    « Le Rebelle, titre choisi par l'éditeur, comportera trois volumes - le troisième tome est prévu en janvier 2008 - qui relate une douloureuse traversée du siècle, faite d'indignation perpétuelle, d'insolence et de compassion. Ce Prométhée camerounais, cette "fraction saine de notre cerveau malade", pour reprendre l'heureuse expression de l'écrivain guinéen Tierno Monénembo, nous lègue le feu... Que ces pages enflammées éclairent notre époque trop souvent baignée dans une lumière grise. » Boniface Mongo-Mboussa.

  • Un spectre hante les puissances occidentales : la terreur biologique.
    Fin septembre 2005, le coordinateur pour la grippe aviaire et humaine à Genève prédit de 2 à 150 millions de morts dans le monde lors d'une prochaine pandémie: « comme en 1918! » Les États planchent sur des scénarios catastrophes, afin que du jour au lendemain, l'économie mondiale ne tombe pas en panne, parce que cadres dirigeants et simples ouvriers seraient hors d'état de travailler.
    Cette peinture des « tempêtes microbiennes » qui nous attendent, si elle n'est pas nouvelle, traduit toutefois une amplification considérable de l'idée de sécurité sanitaire, et une dégringolade vertigineuse dans la fiction - chiffres exagérés, analogies sans fondement, etc.
    Quelles sont les origines de cette envahissante logique du pire? Quels en sont les enjeux lorsqu'elle s'applique à la défense contre les menaces microbiennes?
    Patrick Zilberman dégage trois grands axes de la sécurité sanitaire: le rôle heuristique de la fiction pour la conception et le test des procédures de gestion des crises ; la logique du pire comme régime de rationalité de la crise microbienne ; l'organisation du corps civique.
    1. La place grandissante dans l'appareil de la sécurité sanitaire qu'occupent les scénarios (fictions qui feignent le réel en proposant des actions).
    2. Le choix systématique du scénario du pire dans la sphère de la sécurité internationale comme des menaces microbiennes. Or l'événement déjoue les prévisions : il est toujours autre chose.
    Les scénarios du pire deviennent un handicap pour la pensée, non parce qu'ils envisageraient le pire mais parce qu'ils sont prisonniers de la prévision.
    3. Dans l'espoir de renforcer l'adhésion aux institutions politiques et pour faire face à la désorganisation sociale engendrée par la crise épidémique, les démocraties sont de plus en plus tentées d'imposer un civisme au superlatif (l'accent est mis sur les devoirs et les obligations du citoyen, sur la nécessité de faire preuve d'altruisme), qu'il s'agisse des quarantaines, de la vaccination préventive ou encore de la constitution de réserves sanitaires sur le modèle des réserves de la sécurité civile.
    Enfin, la sécurité sanitaire contribue à la crise de l'État-nation puisqu'elle pousse les États à adopter des solutions globales, même ceux qui, comme les États-Unis ou la Chine, se montrent d'ordinaire extrêmement chatouilleux sur le chapitre de la souveraineté nationale. L'État-nation est aujourd'hui en crise faute pour lui de maîtriser des problèmes qui sont précisément internationaux dans leur nature même.

  • Miroirs d'une vie

    Jean Daniel

    • Gallimard
    • 24 Janvier 2013

    L'ouvrage L'actualité du monde arabe ne pouvait pas laisser insensible l'écrivain et journaliste français, Jean Daniel, qui raconte dans ces pages son enfance algérienne - soucieux de définir quelles sont ses racines, ses origines - et retrace pour nous les débuts de son itinéraire professionnel. Comment le fondateur du Nouvel Observateur voit-il le monde arabe ? Celui d'hier, de Bourguiba, Ben Bella, Hassan II, Nasser. Celui d'aujourd'hui, qui s'engage résolument sur les chemins de la liberté.
    À travers des interviews, des textes personnels, ou encore le regard de personnalités qui le connaissent bien (tel le poète Salah Stétié ou l'historien Mohammed Arkoun), le lecteur découvrira un autoportrait saisissant, où Jean Daniel défend ses engagements politiques, sa vision du monde arabe et ses goûts en matière d'art, car dans sa personnalité, toutes ces facettes sont indissociables : « Résister à tout ce qui est contraire à la Beauté, la seule valeur à mes yeux qui contient toutes les autres, c'est à dire, finalement, la Vie. » L'auteur Journaliste et écrivain, Jean Daniel est né en 1920 à Blida (Algérie). Il entame des études de philosophie à la faculté d'Alger, puis s'engage dans la Résistance avant de participer à la campagne de France. Il reprend ensuite ses études à la Sorbonne et rencontre Albert Camus en 1947, dont il partage les prises de position. Fondateur du Nouvel Observateur, il a marqué de son empreinte la seconde moitié du XXe siècle. De lui, les Éditions Gallimard ont, entre autres, récemment publié Avec Camus. Comment résister à l'air du temps (Hors série Connaissance, 2006), Cet étranger qui me ressemble. Entretiens avec Martine de Rabaudy (Folio n° 4359), Les miens (Folio n° 5100).

  • La crise de l'identité américaine

    Denis Lacorne

    • Gallimard
    • 17 Avril 2003

    Les etats-unis sont la terre d'élection des immigrés : c'est un pays d'accueil ouvert à tous, un singulier melting-pot oú se mêlent les ethnies, les religions et les cultures les plus diverses.
    Cette nation plurielle ne s'est pas construite sans heurts ni violence. car l'amérique est aussi le pays de l'exclusion, du racisme et de la xénophobie. allemands, irlandais, chinois, "slavo-latins", juifs, hispaniques étaient chacun à leur tour jugés inassimilables. avant d'être tous assimilés.
    C'est ce paradoxe d'un pays à la fois fragmenté dans son tissu social et doué d'une étonnante capacité d'intégration que veut interroger cet ouvrage.
    Denis lacorne restitue la richesse et les contradictions du multiculturalisme américain dont il explore l'histoire depuis trois siècles en révélant ce qu'elle a de comparable et d'incomparable avec l'expérience française. il jette un éclairage neuf sur les débats qui n'ont cessé d'opposer partisans du melting pot et tenants du pluralisme culturel.
    La crise de l'identité américaine est inscrite dans l'origine même de la nation américaine.
    Elle exprime la tension, l'ambiguïté, le caractère indécidable d'une nation imaginée tantôt comme assimilationniste et unitaire, tantôt comme pluraliste et multiculturelle. cette crise, c'est la chance de l'amérique, n'est jamais fatale parce que les plus "séparatistes" des américains n'expriment pas de revendication territoriale. mais elle est durable à cause des inégalités persistantes entre groupes ethniques, bien imparfaitement corrigées par les politiques de traitement préférentiel.

  • Les États-Unis décrits par Godfrey Hodgson dans ce livre ne sont assurément pas ceux qu'Alexis de Tocqueville présentait en 1839 comme le pays de « l'égalité des conditions ». En quelque quarante ans, du milieu des années 1970 jusqu'à nos jours, une nouvelle Amérique a surgi. Conservatrice, inégalitaire et comme dressée contre elle-même, elle s'oppose en tous points à celle du New Deal de Roosevelt, de la conquête des droits civiques de Kennedy ou de la Grande Société de Johnson.
    De l'émergence des banlieues comme habitat américain, où se pratique la ségrégation par l'argent, au sacre du pouvoir de l'entreprise, en passant par l'influence des médias, eux-mêmes au service de l'élite patronale, l'auteur fait le constat du glissement du pays vers une société où l'argent et l'éducation opèrent une division horizontale, créant des classes sociales de plus en plus inégales. « Dans cette réalité, dit Godfrey Hodgson, je ne vois rien de moins qu'une trahison des valeurs les plus anciennes de la société américaine, celles-là mêmes qui m'ont attiré vers elle. »

  • La nouvelle revue francaise n.596 ; le roman du XXe

    La Nouvelle Revue Francaise

    • Gallimard
    • 10 Février 2011

    Profiter de l'opportunité du centenaire des Editions Gallimard pour demander aux auteurs contemporains de choisir le roman du XXe, ce n'est évidemment pas dans l'intention de distribuer des palmes académiques, ni d'élire le roman des romans parmi le ruissellement des chefs-d'oeuvre qui ont anticipé ou accompagné les bouleversements du siècle tragique. Partout où il a déployé sa fureur, il s'est trouvé des romanciers pour témoigner. Ces "correspondants" d'un nouveau type nous ont laissé la carte la plus juste, la plus détaillée, de notre ciel de naissance. C'est à parcourir cette constellation poétique que nous convie ce recueil.

  • Israël et ses colombes ; enquête sur le camp de la paix

    Samy Cohen

    • Gallimard
    • 13 Octobre 2016

    Existe-t-il encore un camp de la paix en Israël ? Au début des années 1980, il occupait une place centrale, jusqu'à faire descendre dans la rue des centaines de milliers de personnes. Mais depuis, il semblait décliner alors que le conflit israélo-palestinien s'enlisait dans la violence, surtout avec la seconde Intifada. Aujourd'hui, il peine à se faire entendre et à mobiliser en masse. Ce livre en retrace l'histoire, avec ses succès et ses échecs. C'est surtout après la guerre des Six jours que le mouvement de la paix prend forme, aussitôt confronté aux partisans d'une colonisation à outrance des territoires conquis. Mais son étoile pâlit à mesure que la question palestinienne s'invite dans le débat national et que les attentats-suicide sapent la confiance dans le processus de paix engagé par Yitzhak Rabin. Le terrorisme a déstabilisé une opinion publique de plus en plus obsédée par sa sécurité ; le sentiment gagne que les « colombes » mènent un combat aussi illusoire qu'inactuel. Pourtant, le mouvement de la paix n'a pas disparu. Il s'est métamorphosé, donnant naissance à une multitude de petites organisations d'une vitalité insoupçonnée, y compris en Israël même : forum de familles endeuillées, associations de réservistes, de médecins, de juristes, des vigies des droits de l'homme et même d'anciens hauts responsables de la diplomatie et de la sécurité. Ce sont ces héros, nombreux et souvent méconnus, que cette enquête fait découvrir.

  • Inévitable protectionnisme

    ,

    • Gallimard
    • 19 Janvier 2012

    Le protectionnisme est le dernier tabou des élites européennes.
    Malgré la violence de la crise, la suprématie du libre-échange demeure une croyance indiscutée. C'est cette interdiction de débattre que les auteurs, journalistes économiques de la nouvelle génération, ont voulu lever dans ce livre sans a priori idéologique. Le constat est cruel : l'idéologie libre-échangiste, devenue hégémonique à la fin du siècle dernier, est aujourd'hui battue en brèche par les faits.
    Dans les pays en développement, l'amélioration du niveau de vie, réelle dans certains cas, s'est avérée illusoire dans beaucoup d'autres. Dans les pays développés, la mondialisation a creusé des inégalités qui menacent de corroder le tissu social de nos sociétés. Le temps est donc venu pour l'Europe de définir un protectionnisme positif, européen, social et écologique, à l'opposé du nationalisme et du repli sur soi.
    C'est ce à quoi s'emploie cet ouvrage, qui étudie les conditions de la mise en oeuvre d'un tel dispositif et la manière dont il pourrait s'appliquer concrètement dans la vie des Européens.

  • L'étincelle ; révoltes dans les pays arabes

    Tahar Ben Jelloun

    • Gallimard
    • 6 Juin 2011

    Dans cet essai, publié simultanément en France, en Italie et en Allemagne, Tahar Ben Jelloun livre à chaud son analyse de ce mouvement de révolte qui traverse depuis novembre 2010 le monde Arabe, et qui depuis ne cesse de se propager.
    C'est « un immense mur de Berlin qui tombe » écrit-il, un moment historique, car il est maintenant acquis que plus rien, dans la région, ne sera comme avant. On ne reverra en effet pas de si tôt autour de la méditerranée des dictateurs à la longévité de Moubarak et Ben Ali, tant cette forme d'exercice du pouvoir a perdu toute légitimité au yeux des populations arabes. Des millions de manifestants sont descendus dans la rue pour réclamer dignité et égalité, et aucun régime n'a réussi à les empêcher, aussi verrouillé soit-il.
    Même le soutien hypocrite et intéressé des pays occidentaux, qui redoutaient tant l'islamisme et voulaient se ménager de bonnes opportunités commerciales, n'est plus d'actualité. Pourtant bien peu de gens ont vu venir ce vent de révolte qui semble maintenant irréversible. Pour nous l'expliquer, Tahar Ben Jelloun nous projette habilement « dans la peau » de Moubarak puis « dans la peau » de Ben Ali, acculés à la fuite, puis « dans la peau » de ces hommes ordinaires, tel Mohamed Bouazizi qui s'immola par le feu en Tunisie, et quelques autres en Egypte, en Lybie, en Algérie, qui furent les étincelles qui enflammèrent cette révolution.
    Mais, se refusant à considérer ces révolutions comme un seul et même phénomène, global et uniforme, Tahar Ben Jelloun, dans la deuxième partie de son essai, examine au cas par cas la situation des pays arabes touchés par la contestation : Tunisie, Egypte, Algérie, Yemen, Maroc, Lybie, Syrie, et évalue les chances de réussite de ces mouvements en tenant compte de leurs spécificité et de l'histoire de ces pays.
    L'occasion pour lui de souligner et saluer le rôle nouveau et décisif de la jeunesse arabe dans ces révoltes immensément courageuses. Un essai clairvoyant et instructif sur ces événements à l'actualité brûlante, par l'un de nos écrivains les plus informés et attentifs au sujet en France.

  • Histoire des droites en France t.2

    Jean-François Sirinelli

    • Gallimard
    • 10 Novembre 1992

    L'identité des droites françaises ne se définit pas uniquement par leurs modalités historiques de conquête et d'exercice du pouvoir ; elle se décline tout autant sur les cultures, c'est-à-dire, hors du domaine politique, dans l'espace social, sur les instruments et les ancrages des doctrines, des idées et des valeurs partagées.
    L'attachement à cette identité commune se traduit non plus obligatoirement par l'engagement militant ou l'adhésion à un parti, mais par l'achat régulier d'un quotidien, la lecture suivie d'une revue ou bien encore une préférence marquée pour une écriture particulière de l'histoire. A l'instar de la politique, les cultures ont leurs propres structures, réseaux, vecteurs, acteurs. Leur univers est tissé par les liens que nouent notabilités politiques et élites des salons, noms de la presse et noms de l'édition, personnel politique, hommes de plume - romanciers, essayistes - et hommes de mémoire - historiens professionnels ou érudits.
    Cette sociabilité, porteuse et nourricière des cultures, fait circuler idées et doctrines entre les salons, les groupes parlementaires ou les ligues - et, plus tardivement, les partis -, les salles de rédaction, les grandes collections et les amphithéâtres de l'Université. Elles cristallisent particulièrement dans les batailles de mémoire qui tour à tour mobilisent mémorialistes, romanciers et historiens, doctrinaires et idéologues, militants - autour d'un parti et ses publications - et citoyens, enfin, au cours de rassemblements et de cérémonies commémoratives visant à inscrire symboliquement des systèmes de croyances et de valeurs dans l'espace public.
    L'identité des droites se nourrit de ce recoupement des différentes sphères du discours, de l'écrit et de la mémoire.

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