Sciences politiques & Politique

  • Ukraine-Russie : la carte mentale du duel

    Michel Foucher

    • Gallimard
    • 19 Mai 2022

    « L'Ukraine est vue de Moscou comme la pièce essentielle d'un dispositif de protection à contrôler ou, au mieux, à neutraliser. » Michel Foucher.

    Arpentant les contrées d'Europe médiane et orientale depuis une trentaine d'années, le géographe et diplomate Michel Foucher, spécialiste des frontières géopolitiques, analyse le confit russo-ukrainien en mettant au jour la cartographie mentale - historique, politique, territoriale et identitaire - du duel qui oppose les deux nations suite à l'agression fratricide lancée par Vladimir Poutine. Cette cartographie entre Baltique et mer Noire, étendue par ses causes et ses effets à l'Europe entière, porte l'empreinte d'une confrontation entre un passé qui ne veut pas passer - celui de la Russie, comme puissance autocratique et impériale - à un futur qui ne semble devoir naître que dans la résistance et la souffrance, celui de l'Ukraine comme État-nation souverain « inclinant vers le monde euroatlantique » (Havel). Un duel qui affecte gravement l'état du monde et dont le déroulement et l'issue nous concernent tous.

  • Zemmour contre l'histoire

    Collectif

    • Gallimard
    • 3 Février 2022

    «Faire mentir le passé pour mieux faire haïr au présent... et ainsi inventer un futur détestable.»Éric Zemmour aime à se faire passer pour un intellectuel et l'histoire occupe une place à part dans la construction de sa figure publique. Conscient de la force de frappe idéologique de l'histoire et de son attrait auprès du public, il se targue d'un savoir sur le passé qui lui donnerait une compréhension intime et profonde des dynamiques à l'oeuvre aujourd'hui.Mais Éric Zemmour ne fait que déformer l'histoire pour la mettre au service de ses visions idéologiques. Aux travaux des historiennes et historiens, il prétend opposer un «roman national» idéalisant les gloires passées de la nation. De la première croisade à l'assassinat de Maurice Audin, de Clovis aux mutinés de 1917, de saint Louis au maréchal Pétain, cette histoire déborde d'erreurs, d'interprétations tendancieuses, voire de mensonges grossiers. Ignorant les sources et méprisant la recherche savante, le polémiste asservit l'histoire au profit d'un discours agressif, raciste et complotiste.Face à cette offensive, un collectif d'historiennes et d'historiens a décidé de répondre en corrigeant, point par point, les plus flagrantes et les plus dangereuses erreurs historiques d'Éric Zemmour.Textes écrits par un collectif d'historiennes et d'historiens rassemblant:Alya Aglan - Florian Besson - Jean-Luc Chappey - Vincent Denis - Jérémie Foa - Claude Gauvard - Laurent Joly - Guillaume Lancereau - Mathilde Larrère - André Loez - Gérard Noiriel - Nicolas Offenstadt - Philippe Oriol - Catherine Rideau-Kikuchi - Virginie Sansico - Sylvie Bénault.

  • Jihadisme européen : quels enjeux pour l'avenir ?

    Hugo Micheron

    • Gallimard
    • 19 Février 2022

    "L'Europe ne peut compter éternellement sur les échecs de ses ennemis pour espérer régler un enjeu aussi complexe."Hugo MicheronMalgré une actualité brûlante, marquée par le procès des attentats du 13 novembre 2015 et la campagne pour l'élection présidentielle, le phénomène jihadiste demeure mal compris.Ce tract retrace les mutations du jihadisme en Europe depuis la chute du mur de Berlin et revient sur ses reconfigurations actuelles à la suite de l'effondrement de Daech. Il fait émerger sa mécanique et pointe un écueil fatidique qui consiste à croire que le jihad global a disparu, à chaque fois qu'il entre en mutation. En l'espace d'une génération, les idées jihadistes se sont propagées vers les sociétés européennes et représentent désormais un enjeu politique et sociétal qui doit absolument être pensé.

  • La conviction qui nous anime en prenant aujourd'hui la parole, c'est que plutôt que de se taire par peur d'ajouter des polémiques à la confusion, le devoir des milieux universitaires et académiques est de rendre à nouveau possible la discussion scientifique et de la publier dans l'espace public, seule voie pour retisser un lien de confiance entre le savoir et les citoyens, lui-même indispensable à la survie de nos démocraties. La stratégie de l'omerta n'est pas la bonne. Notre conviction est au contraire que le sort de la démocratie dépendra très largement des forces de résistance du monde savant et de sa capacité à se faire entendre dans les débats politiques cruciaux qui vont devoir se mener, dans les mois et les années qui viennent, autour de la santé et de l'avenir du vivant.

  • «Les victoires démocratiques restent toujours imparfaites et provisoires, et c'est leur force que de rappeler combien l'histoire est incertaine, l'humanité fragile.»Vincent DuclertFace à tant d'impuissance pour agir et penser aujourd'hui face à l'antisémitisme, il n'est pas vain de rappeler à la France, à l'Europe, le meilleur de ce qu'elles ont été dans le passé, afin de demeurer capables encore d'édifier des sociétés démocratiques. Ces récits de combats héroïques réinsufflent à la raison démocratique un supplément d'âme. Il ne suffit pas d'invoquer la démocratie pour la défendre. On doit «croire» en elle et trouver, dans cette croyance de raison, le courage de se battre pour elle.En 1910, Charles Péguy écrit dans Notre jeunesse que l'affaire Dreyfus «ne finira jamais». Plus elle est finie, explique-t-il, «plus elle prouve».

  • Indignez-vous !

    Stéphane Hessel

    • Gallimard
    • 8 Novembre 2013

    C'est l'an 1 d'Indignez-vous ! Près de quatre millions du petit livre beige répandus sur la planète. Dans l'élan des éditions étrangères, Stéphane Hessel a précisé ses positions sur Israël, la Palestine, rendu un hommage exceptionnel à l'inventeur des Nations unies, le président américain Franklin Roosevelt ; il est revenu sur la non-violence. Cette édition anniversaire intègre ces ajouts, mais aussi des corrections de lecteurs, des photos inédites, sans oublier la fabuleuse histoire de ce soulèvement des consciences.

  • La mort hors la loi

    Stéphane Velut

    • Gallimard
    • 14 Octobre 2021

    Quatre mille amendements posés sur le perchoir comme un solide obstacle à toute issue au débat sur la fin de vie à l'Assemblée le 8 avril 2021 : voilà de quoi se poser des questions. Textes et projets de loi imparfaits, affaires médiatisées, témoignent d'une incapacité à aborder le problème du déclin de la vie sans tomber dans des pièges. Pièges qu'il convient de connaître avant de s'aventurer aux abords périlleux de ce trou de la pensée où le mot exception devrait régner en maître.

  • Le soin est un humanisme

    Cynthia Fleury

    • Gallimard
    • 16 Mai 2019

    Tel est le chemin éternel de l'humanisme : comment l'homme a cherché à se construire, à grandir, entrelacé avec ses comparses, pour grandir le tout, et non seulement lui-même, pour donner droit de cité à l'éthique, et ni plus ni moins aux hommes. Quand la civilisation n'est pas soin, elle n'est rien.
    Cynthia Fleury Soigner, la chose est ingrate, laborieuse, elle prend du temps, ce temps qui est confisqué, ce temps qui n'est plus habité par les humanités. Ici se déploie une tentative de soigner l'incurie du monde, de poser au coeur du soin, de la santé, et plus généralement, dans nos relations avec les autres, l'exigence de rendre la vulnérabilité capacitaire et de porter l'existence de tous comme un enjeu propre, dans toutes les circonstances de la vie.
    Cynthia Fleury expose une vision humaniste de la vulnérabilité, inséparable de la puissance régénératrice des individus ; elle conduit à une réflexion sur l'hôpital comme institution, sur les pratiques du monde soignant et sur les espaces de formation et d'échanges qui y sont liés, où les humanités doivent prendre racine et promouvoir une vie sociale et politique fondée sur l'attention créatrice de chacun à chacun.

  • Le chaos pandémique n'a pas d'après. Pourtant, derrière les images monstrueuses qui défilent sur nos écrans, au-delà des polémiques qui agitent nos débats, dans le vertige des crises des années 2020, un nouveau monde est sur le point d'éclore.Nous nous trouvons encore dans l'interrègne. Nous subissons des bouleversements que l'on peine à décrire, à transformer ou à arrêter. Fait-on du surplace ou sommes-nous en train de basculer?Deux forces fracturent notre réalité. La rivalité géopolitique entre la Chine et les États-Unis structure le monde. La crise climatique planétaire change tout. Entretemps, dans la pandémie, en France, en Europe, des spectres se raniment:la dette, le conflit, le genre, l'État, la souveraineté. Est-il encore possible de bifurquer?Pour son premier volume imprimé, le Grand Continent, phénomène intellectuel des années 2020, réunit vingt voix qui définissent la structure des politiques dans l'interrègne.Une idée les réunit et justifie de les recueillir:si le désordre est certain, le chaos n'est pas encore une nécessité.Née en ligne, portée par une nouvelle génération, la revue le Grand Continent s'est imposée en moins de trois ans comme la plateforme de référence pour le débat stratégique, politique et intellectuel à l'échelle continentale. De cet atelier foisonnant sort ce volume papier, exprimant l'ambition du Grand Continent d'articuler le temps du tweet au temps du livre.

  • L'originalité des recherches de Luc Boltanski et Arnaud Esquerre n'est plus à démontrer.Les deux sociologues s'intéressent dans ce nouvel ouvrage à deux processus constitutifs de l'espace public. D'une part, les processus de mise en actualité:se saisissant de ce qui se passe maintenant, ces processus font connaître à nombre de personnes l'existence de faits que ces dernières n'ont pas, pour la plupart, directement vécus et les accompagnent généralement d'une description et d'une interprétation. Et, d'autre part, les processus de politisation:se saisissant de faits mis en actualité, ces processus les problématisent, en sorte que l'actualité concerne chacun, et par conséquent aussi l'État, tout en donnant lieu à des interprétations dont les divergences suscitent des commentaires, des polémiques et des divisions.Boltanski et Esquerre fondent leurs analyses sur les milliers de commentaires mis en ligne par des lecteurs du quotidien Le Monde en septembre et octobre 2019; et les milliers de commentaires postés sur deux chaînes de vidéo d'actualité passée mises en ligne en janvier 2021 par l'Institut national de l'audiovisuel. Chemin faisant, ils reconstituent la norme du dicible en comparant les commentaires publiés et les commentaires rejetés par les instances de modération; ils saisissent des opinions en train de se faire, au lieu de les recueillir sous la forme stabilisée, souvent réflexive et prudente, des réponses à des entretiens ou des sondages. Ils cartographient les processus de politisation à notre époque, tels le féminisme, l'écologie, l'immigration, les religions, le nationalisme, l'Europe, etc.Loin d'être un livre de plus sur la presse, les médias ou les réseaux sociaux, c'est ici un grand livre sur la formation de l'opinion politique en démocratie et la manière dont en sont affectées nos vies quotidiennes.

  • Sans la liberté

    François Sureau

    • Gallimard
    • 26 Septembre 2019

    « Personne d'autre que le citoyen libre n'a qualité pour juger de l'emploi qu'il fait de sa liberté, sauf à voir celle-ci disparaître. Ainsi la loi ne peut-elle permettre à l'État de restreindre abusivement la liberté d'aller et venir, de manifester, de faire connaître une opinion, de s'informer, de penser pour finir. » Lorsque Chateaubriand déclare que « sans la liberté il n'y a rien dans le monde », ce n'est pas seulement un propos de littérateur. Il exprime cette vérité trop souvent oubliée que « sans la liberté », il n'y a pas de société politique, seulement le néant de ces individus isolés auquel l'État, porté à l'autoritarisme et à l'ordre moral, a cessé d'appartenir. Tel est bien le danger de la démocratie moderne que François Sureau s'emploie ici à désigner tant dans nos moeurs sociales que dans notre vie politique et, sans concession, à la lumière de nos responsabilités individuelles et collectives. L'homme est voué à la liberté ; il lui revient continûment, avec « patience et souffle », d'en reformuler le projet politique et de n'y rien céder.

  • Somme toute, la question essentielle, pour la compréhension de l'état du monde contemporain, est celle de l'inégale répartition des richesses entre les sociétés : pourquoi une telle domination de l'eurasie dans l'histoire ? pourquoi ne sont-ce pas les indigènes d'amérique, les africains et les aborigènes australiens qui ont décimé, asservi et exterminé les européens et les asiatiques ?
    Cette question cruciale, les historiens ont renoncé depuis longtemps à y répondre, s'en tenant aux seules causes prochaines - les fusils, les germes et l'acier - des guerres de conquête et de l'expansion du monde industrialisé.
    Mais les causes lointaines - celles qui firent, par exemple, que les conquérants espagnols avaient les fusils et les chevaux, alors que les empires complexes aztèques et inca n'en disposaient pas -, un certain usage de la biologie prétend aujourd'hui les expliquer par l'inégalité supposée du capital génétique au sein de l'humanité.
    Or, l'inégalité entre les sociétés liées aux différences de milieux, pas aux différences génétiques.
    Jared diamond le démontre dans cette fresque éblouissante de l'histoire de l'humanité depuis 13 000 ans. mobilisant des disciplines aussi diverses que la génétique, la biologie moléculaire, l'épidémiologie, la linguistique, l'archéologie et l'histoire des technologies, il marque notamment le rôle de la production alimentaire - c'est-à-dire la domestication des plantes et des animaux sauvages, puis l'augmentation des vivres par l'agriculture et l'élevage, qui permet d'entretenir des bureaucraties et des artisans spécialisés dans la production des armes - ; l'évolution des germes caractéristiques des populations humaines denses favorisées par la révolution agricole - les germes eurasiens ont tué plus d'indigènes américains et non eurasiens que les fusils ou les armes d'acier des eurasiens - ; le rôle de la géographie dans la diffusion contrastée de l'écriture et de la technologie, selon la latitude en eurasie, mais la longitude aux amériques et en afrique.

    A l'aube du siècle de la globalisation, jared diamond nous propose opportunément cet essai, en tout point singulier, sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les sociétés.

  • TL'enracinement est peut-etre le besoin le plus important et le plus méconnu de l'âme humaine. C'est un des plus difficiles ´r définir. Un etre humain a une racine par sa participation réelle, active et naturelle ´r l'existence d'une collectivité qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d'avenir. Participation naturelle, c'est-´r-dire amenée automatiquement par le lieu, la naissance, la profession, l'entourage. Chaque etre humain a besoin d'avoir de multiples racines. Il a besoin de recevoir la presque totalité de sa vie morale, intellectuelle, spirituelle, par l'intermédiaire des milieux dont il fait naturellement partie.t Simone Weil.

  • Une fissure s'est ouverte, depuis une cinquantaine d'années, entre juge et démocratie représentative. La montée en puissance du premier anémie la seconde.L'emprise du juge sur la démocratie revêt deux aspects distincts:le droit se construit désormais en dehors de la loi, voire contre elle; la pénalisation de la vie publique est croissante. Ces deux aspects sont liés car ils conduisent tous deux à la dégradation de la figure du Représentant:le premier en restreignant toujours davantage son champ d'action; le second en en faisant un perpétuel suspect.Le mal qui ronge aujourd'hui la démocratie paraît se situer beaucoup plus là - c'est-à-dire dans l'abaissement du Représentant, dans le rétrécissement de la souveraineté du peuple, dans la rétraction de l'autorité publique - que dans les réactions allergiques que provoque cet affaiblissement de l'État:abstention, populisme, illibéralisme.Cet ascendant croissant du pouvoir juridictionnel sur les autres a-t-il amené davantage de rigueur et de transparence dans le fonctionnement démocratique? Il se découvre chaque jour un peu plus qu'il n'a fait que remplacer le caprice du prince par le caprice du juge. D'où la question:que faire pour restaurer une juste séparation des pouvoirs?

  • Le monde de l'après-Covid : la fin de l'ère néolibérale

    Antoine Foucher

    • Gallimard
    • 24 Février 2022

    Chacun a senti qu'au sortir de la pandémie du Covid le monde ne serait plus le même. Mais comment définir ce fameux «monde d'après»? En réalité, montre Antoine Foucher, la crise sanitaire n'a fait qu'accélérer une rupture économique et politique qui était en germe. C'est l'ensemble des principes qui ont gouverné la vie de nos sociétés depuis la fin des années 1970 et que recouvre l'étiquette de «néolibéralisme» qui est radicalement remis en question. Des individus autosuffisants, une société qui s'autorégule, un État qui s'autolimite à garantir des prestations:c'est avec cette vision, plus ou moins consciente, que nous vivons depuis une quarantaine d'années. Déjà contestée à travers l'essor des populismes, elle a volé en éclats avec le Covid, et la nécessaire transition énergétique achève de l'enterrer. Nous voilà redécouvrant le besoin impératif de nous gouverner pour faire face aux événements et ne plus subir le cours des choses. L'ère du retrait de l'État, du libreéchange mondial et de l'entreprise réduite à un centre de profits est désormais derrière nous. Ce n'est rien de moins que l'évolution souterraine du rapport entre l'individu et le collectif qui se joue et ouvre une nouvelle époque:l'heure est au retour du politique.

  • La droite et la gauche : histoire et destin

    Marcel Gauchet

    • Gallimard
    • 7 Octobre 2021

    Le clivage droite-gauche est une de ces créations françaises qui ont fait le tour du monde. Il est le produit d'une histoire marquée depuis la Révolution française par une conflictualité aussi intense que complexe. Mais le parcours qui a conduit à la mise en place de cette division canonique des opinions et des identités politiques est loin d'être linéaire. En reconstituer les étapes, comme le fait Marcel Gauchet, est l'occasion de revisiter d'un oeil neuf la singularité de notre histoire politique, en même temps que d'éclairer la signifi cation de ce couple devenu peu à peu constitutif de la vie démocratique. La grande question d'aujourd'hui étant de savoir s'il conserve sa raison d'être au milieu des bouleversements que connaissent nos sociétés, ou s'il appartient à une époque en train de se clore.

  • « Par quelle aberration peut-on penser que la politique consiste à désigner des ennemis alors qu'elle est la définition d'un partage : ce que nous avons en commun, nous individus, à l'intérieur d'une société et comment nous devons l'organiser ? » Les mots ne se contentent pas de décrire la réalité, ils la créent. En hystérisant le débat, en jouant la fureur, l'outrance, la polémique, bref en agitant de tous côtés le fanion rouge du scandale, tous les rhéteurs de l'excès abîment la démocratie et engendrent un état incertain où tout est possible. Ce n'est pas seulement la réalité de la situation qui provoque le malaise actuel, c'est sa déformation par les mots. L'expression lucide et mesurée d'une situation reste en démocratie le meilleur moyen d'affronter les problèmes. D'où nos difficultés si ce débat même est altéré, si la réalité est déjà déformée par les représentations hérissées et délirantes des polémistes. Notre tâche, c'est d'affronter les difficultés réelles, pas les délires.

  • Parole en haut silence en bas

    Danièle Sallenave

    • Gallimard
    • 21 Janvier 2021

    « L'innombrable, c'est celui qui ne profite pas de la fameuse liberté d'expression devenue la valeur majeure de la république. C'est celui à qui elle ne s'applique pas. Qui porte un invisible bâillon. Un des noms de ce bâillon est : légitimité. C'est très compliqué, cette question de l'accès à la parole, orale, écrite. De se sentir légitime, ou interdit. Qui la donne, la légitimité ? Et comment vit-on l'illégitimité ?
    La vraie inégalité est là. Entre ceux qui ont un accès à la parole et ceux qui ne l'ont pas. » Dans ce nouveau tract, Danièle Sallenave prolonge la réflexion engagée avec Jojo, le Gilet jaune, en s'interrogeant sur ce qu'est devenu l'exercice réel de la liberté d'expression dans notre société démocratique, avec cette question centrale, angoissante : qu'est-ce qu'un droit reconnu, garanti par la loi, mais qui ne s'applique pas ? Ou ne s'applique qu'à une minorité et sous conditions ?

  • La grande transformation

    Karl Polanyi

    • Gallimard
    • 24 Avril 2009

    La Grande Transformation est un bel exemple de ce qu'on appelle un « classique contemporain ». À sa parution en 1983, l'ouvrage est lu et reçu comme une étude d'an thropologie. Vingt ans après, c'est désormais LA référence de tous les courants qui souhaitent penser une alternative au libéralisme économique.

  • Le prophète et la pandémie ; du Moyen-Orient au jihadisme d'atmosphère

    Gilles Kepel

    • Gallimard
    • 11 Février 2021

    L'AN 2020, marqué par la Covid-19 et l'effondrement du marché pétrolier, est celui de tous les bouleversements depuis le Moyen- Orient jusqu'aux banlieues de l'Europe.
    Le conflit israélo-palestinien se fragmente avec, d'un côté, un pacte portant le nom du prophète Abraham, qui va des États-Unis à Abou Dhabi au Maroc et au Soudan en passant par Israël, agrège l'Égypte et l'Arabie, et lorgne l'Irak ; de l'autre « l'axe fréro-chiite » qui rassemble Gaza, Qatar, Turquie et Iran, avec le soutien ponctuel de la Russie.
    Dans ces convulsions sismiques, Beyrouth explose, réfugiés et clandestins affluent en Europe, et le président turc Erdogan tente de refaire d'Istanbul le centre de l'islam mondial.
    Enfin, le terrorisme frappe de nouveau, en France et en Autriche, au nom d'un jihadisme sans organisation. Il s'appuie sur une atmosphère créée par des entrepreneurs de colère, mobilisant foules et réseaux sociaux du monde musulman pour venger leur prophète face à l'Occident - tandis que Joe Biden doit restaurer la confiance des alliés de l'Amérique.

    Poursuivant la réflexion engagée dans Sortir du chaos, succès français et international, Gilles Kepel propose, cartes et chronologie à l'appui, la mise en perspective indispensable de l'actualité pour comprendre et anticiper les grandes transformations de demain.

  • Demain la Chine : guerre ou paix ?

    Jean-Pierre Cabestan

    • Gallimard
    • 2 Septembre 2021

    Développement économique vertigineux, montée en puissance impressionnante, modernisation militaire sans précédent, passions nationalistes souvent incandescentes, confrontation de plus en plus intense avec les États-Unis, tous ces ingrédients connus semblent conduire immanquablement la Chine à la guerre.Les causes immédiates d'un conflit armé ne manquent pas:les prétentions de Pékin en mer de Chine du Sud, le conflit territorial sinojaponais autour des Senkaku (Diaoyu) et surtout la volonté farouche de Xi Jinping de réunifier Taiwan à la République populaire constituent les principaux barils de poudre qui peuvent à tout moment exploser. De fait, les prédictions d'un affrontement militaire dans le détroit de Formose d'où la Chine sortirait vainqueur se multiplient.Pour l'heure, ce que l'on observe avant tout est une utilisation de plus en plus fréquente par le gouvernement chinois de ce qu'on appelle les «zones grises» entre la paix et la guerre. Cette stratégie s'est étendue, en 2020, à la longue frontière sino-indienne. Ce nouveau modus operandi permet aussi à l'Armée populaire de libération (APL) et aux autres agences de sécurité chinoises d'améliorer leur capacité de projection de forces et leur préparation au combat. Mais les enjeux d'une guerre ouverte, et pas uniquement avec les États-Unis, restent énormes, incitant l'APL à d'abord envisager des «opérations extérieures» plus limitées et moins dangereuses.Pour ces raisons, bien que nul ne puisse contrôler les passions humaines, et sans pour autant exclure l'irruption de crises militaires, la Chine et les États-Unis s'orientent plus vers une guerre froide d'un nouveau type que vers une guerre chaude qui pourrait rapidement se nucléariser.

  • Jojo, le gilet jaune

    Danièle Sallenave

    • Gallimard
    • 18 Avril 2019

    Il y a ce que disent les Gilets jaunes. Il y a surtout ce qu'ils révèlent. Cette manière de parler d'eux, dans la presse, les médias, les milieux politiques, sur les réseaux sociaux! Une distance, une condescendance, un mépris.
    Danèle Sallenave.

    Au miroir du mouvement des Gilets jaunes, l'élite politique, intellectuelle, culturelle a laissé voir son vrai visage. Début janvier 2019, le président promet d'éviter ces «petites phrases» qui risquent d'être mal interprétées, mais il rechute aussitôt. Les médias ne devraient pas, dit-il, donner sur leurs antennes «autant de place à Jojo le Gilet jaune qu'à un ministre».
    Ainsi se révèlent l'étendue et la profondeur de la fracture qui sépare les «élites» des «gens d'en bas». Fracture géographique, économique, politique et sociale. Et surtout fracture culturelle, entre les habitants des grandes villes, et tous les autres.
    La violence et les embardées de langage de quelques-uns ont jeté le discrédit sur les Gilets jaunes. Il ne faudrait pas qu'une élite, assurée de sa légitimité, en tire argument pour occulter la force d'un mouvement qui a fait entendre une exigence de justice et d'égalité, parfois confuse, mais toujours profondément démocratique. Retrouvant ainsi l'inspiration des grands sursauts populaires qui ont marqué notre histoire.

  • Turbulences, USA ; 2016-2020

    Alice Kaplan

    • Gallimard
    • 22 Octobre 2020

    Etre patriote, en ce moment charnière, demande du courage et de l'imagination. Notre démocratie est en haillons, nos procédures de vote sont cassées, notre langage abîmé, notre discours politique réduit à des cris de haine. On ne pourra même pas dire, comme Sartre jadis, "Jamais nous n'avons été aussi libres que sous l'Occupation". Au contraire, jamais il n'a paru si terriblement difficile de résister.
    Nous, Américains, ne pouvons plus nous cacher derrière l'illusion d'être une démocratie par essence ou par prédestination. La démocratie, cela se mérite.

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