Arts et spectacles

  • Il était l'heure de faire cette adaptation, aussi en souvenir des lettres reçues du monde entier. « Bonjour Monsieur Hessel. Je ne vous cache pas que j'ai déjà dû faire une bonne dizaine de brouillons, mais cette fois-ci c'est décidé ; je ne recommencerai pas ! », écrit Pauline, une lycéenne de Fos-sur-Mer de 13 ans à l'auteur d'Indignez-vous ! âgé, lui, de 93 ans avant d'ajouter : « Grâce à vous, j'ai retrouvé l'espérance que j'avais perdue. » Cette lettre et d'autres rythmeront cette version théâtrale, orale (Indignez-vous !fut conçu en interrogeant l'auteur) à l'heure où le « pouvoir des sans-pouvoir », ces indignés d'aujourd'hui, entrent en scène, tandis que Stéphane Hessel, comme ressuscité, relit son message : « L'indignation : une des composantes essentielles qui font l'humain ! »

  • Rebondissant sur le message final de Stéphane Hessel dans Indignez-vous !
    (« Créer, c'est résister ; résister, c'est créer »), Ken Loach défendra dans ce livre sa vision engagée de l'art, à travers évidemment le choix de ses sujets - des films populaires à thème social ou historique acclamés par la critique. Il montrera aussi comment aujourd'hui, en Europe, les gouvernements étranglent le cinéma d'auteur par des logiques économiques meurtrières qui augmente les coûts, vide les salles de leur public et les films de leur potentiel artistique. Mais il défendra aussi une pratique de l'esthétisme comme engagement, au sens où Flaubert déjà affirmait : « Là où la forme fait défaut, l'idée manque » et où Picasso déclarait : « L'art est un mensonge qui nous fait réaliser la vérité. » INEDIT

  • Lors de la feria de Pentecôte, à Nîmes, en 2003, Françoise Gilot, 82 ans, qui vécut avec Picasso de 1943 à 1954, mère de Claude et Paloma, sent monter en elle une brusque résurgence du sentiment qui nous a liés et cela, à travers la corrida. Ce sentiment la pousse à revenir sur ses souvenirs, quarante ans après son premier livre, Vivre avec Picasso, un best-seller qui provoqua une levée de boucliers de la part de Picasso et du Parti communiste français. Aucune amertume dans ce nouveau livre même si elle y révèle qu'il coûta cher à la belle cavalière, "la femme qui dit non" comme il l'avait baptisée, de résister au grand homme au point d'oser le quitter et d'avoir une vie après lui. Le livre nous révèle un Picasso au quotidien, avec ses manies, sa cour d'admirateurs, ses combats puérils à l'encontre d'autres artistes comme Giacometti par exemple. À ce livre exceptionnel par sa véracité, ses clins d'oeil, ses anecdotes, s'ajoutent des témoignages inédits de Dubuffet, Cocteau. Devenue une artiste internationalement reconnue, installée à New York, Françoise Gilot ressuscite finalement avec une insolente fraîcheur la vie artistique de toute une époque.

  • Les sociétés africaines ont souvent été décrites comme des sociétés traditionnelles, constituées d'ethnies figées dans leurs traditions et dans des contours géographiques imposés.
    Riches, plurielles, complexes, ces sociétés sont pourtant bien éloignées de la fixité. Autrefois en constante évolution, elles le sont encore aujourd'hui, affrontant la modernité avec leurs propres valeurs, leur propre culture. A cet égard, le Mali constitue un pays exemplaire, riche d'une longue histoire : la ville antique de Djenné-Djenno était en plein essor pendant l'âge du bronze européen. Alors que l'émigration, l'exil mais aussi la démocratisation et le tourisme ont entraîné une mise en question de la société malienne, sa culture s'exporte dans le monde à travers ses créateurs, musiciens comme Salif Keita ou écrivains comme Amadou Hampâté Bâ.
    Nation musulmane où l'animisme a conservé toute sa place, mosaïque cohérente de peuples malgré ses vingt-trois langues, Etat parmi les plus pauvres du monde et pourtant troisième producteur d'or en Afrique, le Mali est le pays du paradoxe. Parce qu'elle n'est pas donnée une fois pour toutes, parce qu'elle est la combinaison de strates successives, la culture malienne nous entraîne dans la découverte stimulante d'une certaine manière " d'être au monde ".
    C'est ce mouvement que Mali kow se propose de restituer à travers un dialogue entre un ethnologue, partisan d'une définition des cultures comme des ensembles en mouvement, Jean-Paul Colleyn, et un écrivain malien de la diaspora, Manthia Diawara ; échange illustré par les photographies de Catherine de Clippel sur lequel viennent résonner différents témoignages de Maliens.

  • Josef Ofer

    Josef Ofer

    Josef Ofer est né à Tel Aviv, en 1965 ; il entre à l'Ecole des Beaux-arts de Paris, à 17 ans, ce qui en fait un des plus jeunes élèves à y avoir été admis. Il expose tout d'abord des scènes animalières, très colorées, un peu partout en Europe. Puis, soudain, en dépit du succès, il rompt. Il part vivre en Amazonie, sur les bords du Rio Négro. Alors, naissent ces dessins en noir et blanc qui font songer au Goya des Caprices ; il montre notre monde comme Goya montrait celui de son époque, en déchirant tous les voiles d'hypocrisie. Si la préface de Jean-Pierre Barou, « La maison Ofer » met l'accent sur cette parenté avec le maître espagnol, l'ouvrage doit d'abord et surtout aux reproductions des dessins de Ofer à la mine de plomb, près d'une cinquantaine, révélant son talent de rêveur intempestif, agitant des squelettes facétieux, des rondeurs féminines, et jusqu'à un chaos lequel n'est pas sans nous rappeler qu'il vient d'un peuple qui a connu la Shoah.

  • Le Festival de Danse International de Montpellier met la danse hip hop à la une de son édition 2004. À cette occasion, Claudine Moïse, qui fut la première autrefois à proposer de programmer cette forme de danse issue des banlieues, tire le bilan de vingt années de cette pratique chorégraphique. Aujourd'hui, s'il continue d'exprimer avec autant de force la révolte sociale des jeunes, le hip hop a su trouver une expression artistique et chorégraphique qui lui est propre, diversifiée et aboutie. À travers une gestuelle travaillée, façonnée par des chorégraphes de talent, il exprime, parfois par le biais du texte aussi, les quêtes identitaires, les rapports de domination anciens et actuels, les normes sociales, le multiculturalisme français, le rapport homme/femme. Mais il annonce, déjà, un autre monde : peut-être celui des chorégraphes postcontemporains.
    Ce livre tente, à travers des interviews de chorégraphes et de danseurs, de dire le sens de cette danse, sa force politique quand les crises identitaires sont au coeur des réflexions actuelles ; sa richesse artistique des battles aux spectacles elle qui va vers le mouvement quand la danse contemporaine s'en est éloignée.

  • Dans cette allocution mémorable, prononcée le 8 septembre 2004 à la Médiathèque de Montpellier, Harrison évoque comment ses " frères indiens " perçoivent notre société : ainsi ces Sioux dansant avec de gros réveils accrochés à leur cou, car nous, les Blancs, nous sommes victimes du temps. Il démystifie aussi une idée faussement romantique de l'écriture qui serait soutenue par l'alcool et les stupéfiants et rappelle combien son rythme d'écrivain est cadencé sur le rythme profond et ample de la nature. Du Harrison à la manière d'un conteur indien, saisi dans le génie de l'oralité.

  • Définir l'identité et le génie du cinéma par ta Méditerranée, il fallait oser ! Pierre Pitiot, en Ulysse contemporain, raconte ici comment des images datant de millénaires, ensuite saisies par le mouvement, se sont dotées d'un nom tiré du grec : " cinématographe ", et sont reliées les unes aux autres par le lien de la " méditerranéité ".
    Les qualités de cet espace maritime : lumière, oralité, voyage, peinture, opéra... ont donné ses lois au cinéma. Et à ses cinémas nationaux plus particulièrement, dont il expose les trésors : Espagne, Italie, Balkans, Turquie, Syrie, Liban, Israël, Palestine, Egypte, Maghreb... L'auteur étire l'espace jusqu'au Portugal, au Caucase. En " chauvin fier de l'être ", il égratigne au passage ceux qui endossent les défroques d'une " fallacieuse Méditerranée " comme Godard, Varda, tout en réhabilitant un Méditerranéen aussi improbable que l'Américain Blake Edwards, filmant un débarquement de GI's en Sicile.

  • Le grand collectionneur américain, Leo Stein, fera ce commentaire à la suite d'un achat d'une oeuvre de Manguin, en avril 1905 : " C'est une sorte de Matisse que je n'avais encore jamais vu.
    " Et Marcel Sembat, collectionneur français, dans son journal, mentionnera le désarroi du père du fauvisme devant de magnifiques Manguin " qui lui font mal comme une roublardise d'imitateur ". Et pourtant, Manguin semble n'avoir copié personne alors que, dès 1902, et sans doute avant, il s'aventure avec ardeur et bonheur sur la piste " fauve " - souvenons-nous, le mot n'apparaît qu'à l'automne 1905.

  • Bernard Buffet

    Collectif

    Pour la première fois un grand musée français, le Centre de la Vieille Charité à Marseille, accueille, du 12 mars au 14 juin 2009, une exposition monographique de l'oeuvre de Bernard Buffet pour l'anniversaire de la dixième année de sa mort. Grâce à l'obstination de son seul et unique marchand, Maurice Garnier, des oeuvres pour la plupart jamais montrées en France seront révélées au public. On découvrira que, bien au-delà des années cinquante considérées comme les meilleures années du peintre, les décennies suivantes recèlent de véritables chefs d'oeuvre. On comprendra que tant dans sa stratégie de communication que dans son hyperproduction et la création d'un style qui parfois relève de la bande dessinée - quinze ou vingt ans avant la figuration libre - Buffet fut un précurseur dans bien des domaines, mais qu'il eut à souffrir d'une véritable conspiration du silence.

  • Exégète inspiré aussi bien d'Apocalypse Now et de Batman que de Western, Happy together et Y aura t-il de la neige à Noël ?, représentant chaleureux de toute une génération de nouveaux cinéphiles, l'auteur nous fait entrer dans la grande famille des " indépendants " : réalisateurs jusqu'au boutistes, acteurs venus d'ailleurs, producteurs au service de la passion, diffuseurs défendant des films avec des arguments humanistes, spectateurs, enfin, unifiant cette chaîne...
    Tous on en tête de promouvoir un cinéma de la diversité, de la rigueur et du doute, entre la splendeur du monde et ses ténèbres - autant de contrepoisons vivifiants dans une société laminée par l'argent.

  • Cartes postales, photos, lettres: une correspondance, qui avait échappé à l'histoire, entre Henri Matisse et Étienne Terrus, peintre catalan (1858-1922), éclaire d'un jour nouveau la naissance du Fauvisme et ses développements.
    Les deux hommes se rencontrent dès mai 1905, alors que Matisse découvre Collioure, y loue à l'année un atelier et fait venir femme et enfants. Derain, puis les anciens de l'École des beaux-arts, Camoin, Manguin, Marquet, suivent et se lient aussi avec ce peintre dont le sculpteur Maillot a pu dire que ses couleurs sont " comme des notes de Mozart ". Terrus se révèle à la fois comme un maître de la couleur expressive et le confident privilégié des crises morales de Matisse, si secret, en ces années décisives.
    " Vous ne pouviez me faire un plus grand plaisir qu'en m'annonçant ces deux bonnes nouvelles : votre crise de volonté finie et Marguerite en train de guérir de la gorge ", lui écrit Terrus en 1910.

  • Chine, le corps partout ?

    Collectif

    La fin du XXe siècle a vu l'irruption, dans la tradition artistique chinoise dominée jusqu'ici par le thème de la nature, du corps et du nu. La trentaine d'artistes dont les oeuvres, pour la plupart inédites en France, sont présentées dans ce catalogue, témoigne de cette véritable révolution esthétique qui s'opère actuellement au sein de l'Empire du Milieu.
    On peut notamment y admirer deux oeuvres de Yu Youhan, icône du pop chinois, et des compositions des artistes de Canton, Huang Yihan, Leo Pan, Xiang Dindong ; des porcelaines de Huang Yan ; une vidéo de Zhou Xiaohu qui vient de remporter un prix à Houston ; des installations de Shen Ge et Wang Wei ; des photos de Ren Rong, de Zhao Bandi ; une sculpture monumentale de Ma Tse Lin ; des vidéos de Ciu Xiuxen. Est également présenté le performer Cang Xin qui, pour la toute première fois en France lors de l'exposition-événement du Musée d'Art Contemporain de Marseille, a prévu de se faire enterrer dans le sol de la cité phocéenne ! Quant à Li Wei, on découvre ses singulières robes-sculptures. Le catalogue ne néglige pas pour autant, bien sûr, les poids lourds de l'art contemporain chinois, les Yu Minjun, Xang Xiaogang, Fan Linjun, pour ne citer qu'eux...

  • Pour une fois dans l'histoire de l'art, grâce à Gustave Fayet (1865-1925), richissime viticulteur de Béziers, la province précède Paris.
    Dès 1901, il organise dans sa ville natale une exposition qui rassemble les grands exclus de l'époque : Cézanne, Gauguin, Redon, Van Gogh, et un Espagnol encore inconnu : Picasso. Il acquiert leurs oeuvres, devient même le plus grand collectionneur du XXe siècle, soutient par ses mandats un Gauguin malade et désespéré, au bout du monde. Les deux premières rétrospectives consacrées à l'exilé des Marquises, d'abord à Weimar, en 1905, puis à Paris, en 1906, et qui vont bouleverser l'histoire de la peinture, n'auraient pu se tenir sans Fayet.
    En 1908, il se rend propriétaire de l'abbaye cistercienne de Fontfroide, près de Narbonne, qu'il restaure en lui ajoutant des vitraux, des panneaux muraux de Redon, des bouddhas, une bibliothèque digne de Goethe où voisinent les classiques de la mystique chrétienne, le Coran, des textes hébraïques, La Bhagavad Gîtâ... Mais Gustave Fayet fut aussi un artiste capable de provoquer cette apostrophe de Gauguin : " Vous, peintre...
    " Et comme lui, comme ces maîtres qu'il affectionne, de s'adresser avec ses " noirs ", ses " mauves ", ses " montagnes ", au centre mystérieux de l'esprit.

  • Entre 1911 et 1925, R. Burgsthal crée des vitraux pour l'abbaye cistercienne de Fontfroide, à la demande des nouveaux propriétaires. Cet ouvrage présente le cheminement de l'artiste, ses rapports avec son mécène G. Fayet, l'élaboration de l'ensemble et sa conservation, et propose une étude détaillée de chaque vitrail.

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