Arts et spectacles

  • Voir Paris

    Eugène Atget

    Les peintres ont besoin d'arbres, d'objets, de scènes de rues pour leurs compositions. Vers 1897-1898, il commence à photographier Paris de manière systématique. L'époque s'intéresse au patrimoine de la capitale et la commission du Vieux Paris commande à Atget plusieurs séries qu'il nomme Paris pittoresque, L'art dans le vieux Paris, Environs... Doté d'un imposant dispositif comprenant une chambre à soufflet avec un châssis chargé de plaques de verre, le photographe saisit la topographie d'une ville qui change. Petits métiers, étalages, cours d'immeubles, heurtoirs, charrettes, ruelles, cafés, chiffonniers de la zone, jardins urbains, parcs à demi abandonnés, quais de la Seine, cette obsessionnelle recherche fixe le détail de l'imprévu ; il en émane un sentiment de nostalgie, d'immédiate proximité, mais aussi une grande poésie. Atget procède de manière méthodique, progressant par arrondissements et quartiers, comme en témoignent ses carnets.
    Préférant les lumières du petit matin, le photographe réalise des milliers d'images destinées aux bibliothèques et aux musées. En 1906, la bibliothèque historique de la ville de Paris lui commande un travail sur la topographie du vieux Paris. Son cheminement montre des rues souvent désertes, des façades impénétrables, des fenêtres ouvertes sur de sombres intérieurs : le monde est comme endormi, il y a peu d'habitants, qui apparaissent tels des spectres derrière leur fenêtre. L'absence humaine dramatise le réel. Les objets sont eux aussi dotés d'une présence insolite : chaussures accrochées dans une vitrine, paniers, fouet et rênes suspendus mais sans cocher... Documents ou oeuvres d'art ?
    Atget se qualifie d'auteur-éditeur : sa maîtrise absolue du cadrage, son attention aux lignes des bâtiments, aux détails inattendus, aux choses abandonnées élaborent un univers singulier. Chez Atget, la photographie est réduite à elle-même, elle n'a aucun apprêt. Dans les années 1920, son intérêt pour les objets du quotidien sortis de leur fonction fascine les surréalistes. Élève de Man Ray, l'Américaine Berenice Abbott est la première à comprendre son oeuvre. Elle acquiert à sa mort plus de mille plaques qu'elle vendra en 1968 au MoMA de New York, favorisant la diffusion de ses images aux États-Unis. Par son regard frontal, sa vision qui mêle imaginaire et réel, Atget a inventé la photographie moderne.
    Cet ouvrage présente environ 170 images de la collection du musée Carnavalet et offre une promenade onirique et esthétique, une jouissance de l'oeil que souligne le titre de l'exposition à la fondation Henri Cartier-Bresson qui accompagne cette publication.

  • India

    Harry Gruyaert

    Durant plus de trente ans Harry Gruyaert a sillonné la péninsule indienne. Pour la première fois, cet ouvrage rassemble environ 150 photographies, pour la plupart inédites, qui racontent une Inde à la fois intemporelle et moderne.

    Ces images témoignent de la singularité du photographe : de son intérêt pour le récit, l'espace public et les scènes inattendues. Gruyaert dit avoir besoin de voyager pour ressentir le monde et l'exprimer en images. Du Gujarat au Kerala, il a saisi une certaine quintessence de ce pays aux multiples légendes. Rues grouillantes d'activités de New Delhi ou de Calcutta, modestes villages du Tamil Nadu ou du Rajasthan, ghats des grandes cités religieuses de Bénarès ou de Varanasi... Des femmes en sari safran et pourpre battent le grain, des teinturiers s'activent dans des cuves fumantes, un campement de bergers nomades s'organise dans la lumière crépusculaire... L'air est saturé de couleurs, de lumière, de bruits, parfois de silence aussi. « La couleur doit être primordiale », précise Gruyaert, elle restitue une perception émotive, donne une vision graphique du monde. Les atmosphères aux subtiles variations chromatiques dressent un tableau contrasté et à rebours de tout exotisme. Loin des stéréotypes, ces images donnent à voir la pluralité de l'Inde au fil des années et des événements politiques du pays. « Faire une photo, c'est à la fois chercher un contact et le refuser, être en même temps le plus là et le moins là », dit le photographe.
    Il s'agit de faire surgir l'émerveillement, de saisir ce qui caractérise le lieu. La recherche de densité dans le cadre fait de la photographie une expérience physique. Expérience qui s'incarne particulièrement ici, dans ce voyage multi sensoriel en Inde.

  • C'est en 1965, sept ans après un séjour de quatre mois à Londres, qu'il écrivait dans une brève introduction à son livre El rectangulo en la mano : « c'est au fond de moi que je cherche les photographies, lorsque, l'appareil à la main, je jette un oeil au dehors ; je peux consolider ce monde de fantômes lorsque je rencontre quelque chose qui résonne en moi. » Ce nouvel ouvrage en est la preuve tangible. Il fait suite au premier publié en 1999 par Hazan qui tenu lieu de « premier jet » avant que Sergio Larrain n'y fasse quelques retouches, alors que nous lui avions suggéré de nombreuses photos oubliées, qu'il n'avait d'abord pas considérées.

    Le photographe chilien a été retenu dans l'histoire du médium essentiellement pour son oeil acéré et brillant certes, mais surtout pour les images de Valparaiso. Le corpus photographique réalisé pendant les quatre mois de cette résidence à Londres durant l'hiver 1958-1959 constitue le premier essai d'importance du photographe, qui devait ainsi faire ses preuves, en partie sur les traces de Bill Brandt qu'il appréciait. Curieusement, les photographies que Larrain a prises à Londres, sur le mode de la flânerie, ont été peu reproduites dans la presse, ce qui aurait pu être possible grâce à Magnum Photos, sa nouvelle agence. Car c'est à la faveur de ce voyage vers l'Angleterre que l'aspirant photographe fit un stop à Paris pour rencontrer son mentor Henri Cartier-Bresson et intégrer Magnum.

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  • Sans lui

    Sophie Calle

    Présentées lors de son exposition au musée de la Chasse, à Paris, en 2018, puis ce printemps au Muséum d'histoire naturelle de Marseille, ces petites annonces, d'hommes cherchant des femmes, racontent l'évolution des qualités recherchées chez l'autre sexe depuis plus d'un siècle. Classés par décennies, des années 1910 à aujourd'hui, ces messages montrent les changements dans les critères de sélection. Au début du xxe siècle, les hommes parlent de fortune, de mariage, dans les années 1970, ils évoquent plutôt la crainte des femmes trop cérébrales et indépendantes. Plus on avance avec le temps plus le corps est évoqué, de même que la sexualité. Pour compléter son panorama sociologique des relations homme-femme, Sophie Calle a également puisé dans les annonces du Nouvel Observateur et du site de rencontres Meetic. Elle a repéré pour chaque décennie les qualités principales recherchées chez les deux sexes ; cet ouvrage présentant aussi des annonces de femmes cherchant des hommes. « J'ai toujours trouvé les petites annonces poétiques, j'aime leur langage concis, économique, elles sont comme des haïkus », souligne l'artiste. Parfois clairement intéressées, telle : « Garçon boucher désire connaître personne ayant boucherie, vue mariage », ces publications parlent aussi de la solitude à l'oeuvre dans la quête amoureuse, une quête dans laquelle il y a aussi de de l'attente, du silence, des non-dits. Image de la solitude affective, de la quête de l'amour ou au contraire marque de son renoncement, ces petites annonces dressent un catalogue amoureux. Artiste inclassable qui floute en permanence la ligne entre réalité et fiction, Sophie Calle met ici en scène la recherche universelle de l'être aimé chez la femme et chez l'homme. Conçu en collaboration avec la maison d'édition Cent pages, cet ouvrage s'inscrit dans la suite des livres dessinés à quatre mains avec l'artiste.

  • Le temps, la mémoire, la beauté sont des thèmes qui traversent toute l'oeuvre des photographes. « Nous cherchons à expérimenter la beauté de la découverte », précisent-ils. Entre réel et illusion, l'image interroge notre rapport au monde tangible. « La photographie nous aide à comprendre la réalité, les images sont comme des notes visuelles dans un carnet. » Chaque image est comme une histoire arrêtée. Ses nuances chromatiques, nous immergent dans la couleur. Cabrera et Albarrán utilisent de nombreux procédés : tirage platine, au palladium, cyanotype, gélatine argentique, impression pigmentée... L'image se fait vibration sensible. Pour la collection Des oiseaux, le duo a réalisé des photographies spécialement pour le livre. La beauté de l'éphémère, une certaine mélancolie mais aussi la fragilité de l'instant saisi par l'objectif se révèlent au fil d'images en couleurs mordorées ou en monochrome. Les oiseaux semblent tout droit sortis de contes fantastiques ; ils prennent leur envol sur des surfaces miroitantes, se dispersent parmi de sombres frondaisons. Les cadrages serrés soulignent leur présence physique. Les oiseaux deviennent presque abstraits. Cou souple bicolore d'un couple de cygnes, bec immaculé d'une poule d'eau d'un noir lustré, ailes de palombes déployées aux pennes argentées, plumes de paon au somptueux tombé : le jeu formel des formes sert de contrepoint à la saturation des couleurs. Cabrera et Albarrán laissent l'interprétation de leurs images à la mémoire du spectateur, s'inscrivant dans la démarche de Joan Miró, qui dans son tableau Bird in Space, donne une représentation minimale de l'oiseau, à travers des points ou des ombres, pour laisser voler notre imagination.

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  • Side walk

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    L'ouvrage Frank Horvat s'intéresse plus précisément à son travail en couleur : en proposant un voyage inédit à travers cette oeuvre sous le prisme de l'extraordinaire talent de coloriste d'Horvat, le livre offre un point de vue nouveau en intégrant des photographies iconiques à des images jamais publiées et retrouvées dans ses archives, grâce à l'aide de sa fille.
    Cette nouvelle perspective qu'offre le temps permet de créer un nouveau tableau, en couleur, celui d'une photographie pictorialiste dans laquelle le pigment compose le cadre et son sujet. Les images s'enchaînent dans le livre comme une promenade urbaine très dense et contrastée, parfois rude, mais toujours sensible. Frank Horvat documente ici sa vie passée dans une ville telle que New York.
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    Un texte de Hans-Mikael Koetzle, historien de la photographie allemand réputé, offrira une réflexion plus intellectuelle sur l'importance du passage à la couleur dans l'oeuvre du photographe.

  • Ruines

    Josef Koudelka

    Fruit de plus de vingt années de pérégrinations allant du sud de l'Europe jusqu'au Proche-Orient, du forum de Rome à Olympie en passant par Petra et Aleph, Koudelka a photographié selon un même format panoramique presque 200 sites archéologiques. Ses cadrages étonnants et ses noirs et blancs aux puissants contrastes nous font redécouvrir certains lieux mythiques, comme Delphes ou Pompéi. Parmi ses images, certaines donnent à voir des sites désormais disparus ou mutilés suite aux récents conflits dans le monde arabe, tels Palmyre ou Bosra. Ce corpus exceptionnel révèle l'homogénéité d'un empire, dirigé depuis Rome, durant des siècles, la fascination que nous avons pour les ruines, mais aussi pour une civilisation fondatrice de la nôtre.
    Pour accompagner ces photographies, l'helléniste Alain Schnapp a puisé dans la littérature antique et celle des écrivains voyageurs des citations anciennes et modernes qui jettent un autre regard sur l'Antiquité et ses ruines, et mettent en perspective notre approche du passé.

  • Ces scènes parfois anodines - photographiées en Italie, en France, au Danemark, en Finlande ou encore au Népal -, sont souvent teintées de mélancolie et révèlent l'univers poétique du photographe.
    Ses images en noir et blanc témoignent d'une attention particulière accordée aux détails, à la lumière qui modèle les espaces, aux étendues silencieuses dans lesquelles surgit soudain une présence humaine ou animale. La forte présence de la nature, le mimétisme entre le vol des oiseaux, le mouvement des arbres dans le vent, le poids de la neige, l'étendue des nuages... confèrent à ses images la puissance évocatrice de contes visuels. La contemplation du monde à travers l'objectif de Pentti Sammallahti donne à voir une nature sensible, parfois même lyrique.
    L'expérience de l'image est double : au-delà de sa virtuosité narrative, son usage de la bichromie, avec des blancs immaculés, tel le plumage de ses cygnes ou de ses flamands roses, confrontés à des noirs profonds, crée un jeu sur les textures et restitue avec force un monde où les oiseaux tiennent une place singulière.

    Pour cet ouvrage, Guilhem Lesaffre met en lumière la relation aux saisons qui est un aspect fondamental de la vie des oiseaux. Là où il existe, l'hiver est une contrainte importante avec laquelle les oiseaux doivent composer et qui induit notamment des stratégies de recherche de nourriture et d'économie d'énergie, ou encore le grégarisme. L'auteur associe ici la vie des oiseaux en hiver avec les photographies de Pentti Sammallahti.

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  • Le plissement velouté de l'eau, le vol lent d'un oiseau, une ligne d'horizon ponctuée d'oiseaux marins aux ailes ourlées de gris : le photographe capte une réalité qui fourmille de détails. Les métamorphoses de la nature le fascinent. Travaillant exclusivement en noir et blanc, Byunghun Min rend abstrait un moment éphémère. Brouillards sur lesquels se détache une mouette, variations de la lumière sur un rivage où se baignent des oiseaux migrateurs, ciels chargés de nuages et traversés par des nuées dansantes, sa perception de l'espace entraîne le regardeur dans les profondeurs de l'image, l'instant fugace se dérobe sous nos yeux.
    Les oiseaux de Min habitent un espace impalpable. Ils semblent enveloppés dans un voile blanc, dans une lumière argentée. La quasi monochromie de l'image, l'uniformité des tons oscillant entre blancs et gris, l'absence de perspectives et de contrastes, la simplicité de la construction et le minimalisme des formes restituent un réel devenu fantastique. Le long travail lors du tirage du négatif permet au photographe de rendre non seulement ce qu'il a vu mais aussi perçu. Les oiseaux de Min invitent à la contemplation.

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  • En 2008, elle commence à réaliser des portraits photographiques d'oiseaux en travaillant aux côtés d'ornithologues dans des réserves naturelles. Sujets particulièrement difficiles à saisir en raison de leur grande mobilité et de leur furtive attention, les oiseaux requièrent un art de l'attente que Leila a développé depuis des années passées dans les forêts et jungles tropicales. « J'ai toujours remarqué que beaucoup d'oiseaux avaient des expressions particulières. Pour les capter, il m'a fallu trouver comment les photographier de manière à faire surgir leur caractère propre, souligne-t-elle. Ma façon préférée de les photographier est d'installer un studio de portrait dans un endroit qui leur est familier. Je leur parle pendant que je travaille afin qu'ils interagissent avec moi. » Les temps de pose sont extrêmement longs de même que le travail en post-prod - nécessaire pour séparer ces merveilleuses créatures de leur environnement naturel. Cacatoès noirs, perruches sauvages, hiboux fauves, pigeons roses ou pinsons jaunes, tous semblent parés de leurs plus beaux atours. Tour à tour, gracieux, espiègle, farouche, fier, timide, poseur : chaque oiseau photographié laisse transparaître sa personnalité. Galerie de portraits à la fois fantaisistes et hyperréalistes, les images de Leila Jeffreys invitent à la rencontre d'espèces exotiques ou plus connues qui toutes semblent vouloir dialoguer avec le regardeur. Les somptueuses couleurs des plumes, du rose poudré au jaune citron, du vert émeraude au bleu cyan, confèrent à ces graciles personnages un chic pop et élégant.

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  • Qu'il s'agisse de la campagne aux lignes d'horizon basses, de ciels découpés à travers des toits, de vues en contre-plongée montrant la cime d'arbres automnaux, ses images invitent à la contemplation. Les oiseaux planent, dessinent des figures aériennes dans des ciels moutonneux, patientent sagement sur des branches...
    Vols suspendus, moments arrêtés : le temps se fige, se fait immuable. Dégradés de gris, tons au léger virage sépia et profondeur de champ insufflent aux photographies de Michael Kenna une certaine mélancolie. Le monde est silence. Les changements incessants de la matière céleste, l'épaisseur, l'éclat ou la fluidité de la lumière donnent l'impression que la durée d'apparition a été suspendue. Les oiseaux deviennent palpables, leur être au monde se fait enchantement. Tels des tableaux issus de la grande tradition classique, les photographies d'oiseaux de Kenna donnent à voir une nature vide de toute présence humaine et où seuls règnent les oiseaux.

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  • En Inde, en Italie, en Andalousie, en Grèce, en France, Plossu dérobe des fragments du monde. Faisant alterner scènes urbaines et paysages majestueux, le photographe pose sur les oiseaux un regard à la fois tendre et curieux que souligne la qualité onirique et « surréelle », comme l'a précisé le critique Francesco Zanot, de ses images. Partout où il promène son appareil, Plossu s'impose une seule et même règle : la sobriété, obtenue grâce à un objectif de 50 mm. « C'est mon seul style, précise-t-il, ce qui me permet d'affirmer que mon style, c'est de ne pas faire de style ». Les oiseaux de Bernard Plossu nous semblent parfois bien familiers, peuplant cours d'immeubles, toits des campagnes ou fils électriques, d'autres, les ailes déployées, jouent avec les vents ascendants qui sifflent en altitude et attisent la fascination et le désir qu'ont depuis toujours les hommes de voler.

  • Réalisées dans l'espace de son jardin personnel, elles révèlent la vie cachée des mésanges, moineaux et autres passereaux qui nichent dans les jardins urbains. Oscillant entre fantastique et réel, ses images semblent prises à la dérobée. Elles montrent des instants volés : vols suspendus, oiseaux dissimulés dans les feuillages, solitaire crânement posé sur une branche, mais aussi ballets aériens de linottes et courses poursuites entre geais et grives. Prises le plus souvent au ras du sol, le nez dans l'herbe, l'objectif de l'appareil perdu dans les fleurs, ses photographies semblent se substituer à l'oeil de l'ornithologue, celui qui observe, fasciné, un monde autre : celui des oiseaux.
    Les saisons se succèdent, les couleurs du jardin varient, passant des orangés, aux bleus et verts vifs de l'été au blanc immaculé de l'hiver. Lumières et couleurs saturées, jeux entre flou et ultra netteté du détail, arrêts sur image dessinent une « supra réalité ». Terri Weifenbach nous immerge dans l'infiniment petit, nous transportent dans un monde particulièrement animé où les oiseaux filent à toute allure, dansent, ou se posent, se figent et tiennent des conciliabules. Elle révèle le merveilleux de leur monde.

    1 autre édition :

  • Cadrages décentrés, effets graphiques et puissance des ombres élaborent un univers poétique où le sentiment d'étrangeté se mêle à celui d'une réalité crue. L'équilibre puissant de ses compositions donne à voir des ciels saturés d'oiseaux, des situations cocasses et inattendues où des poulets attendent sagement sur des étals de marché, où des pigeons se disputent avec des singes, ailleurs se sont des nuées mouvantes qui ressemblent à de véritables organismes vivants aux mouvements souples et fluides. Pour Iturbide, les oiseaux vivants représentent la liberté. Mais la mort n'est jamais loin et un certain esprit surréaliste non plus. Oiseaux morts alignés sur un bout de trottoir, oiseaux carnassiers attendant leur proie au milieu du désert, corbeaux survolant des arbres secs, mésanges inertes posées sur les yeux d'une femme : les photographies de Iturbide sont souvent des tableaux énigmatiques.
    La dimension organique, liée au sang, à la chair, à la boue, à la sueur ou encore à la terre, imprègne également la plupart de ses images. La photographe entretient un rapport particulier au réel en saisissant des moments singuliers. Les oiseaux et les hommes cohabitent, se frottent les uns aux autres. De l'Inde au Mexique, des fronts de mer aux terrasses urbaines, mouettes, aigles, pigeons, hérons, corbeaux envahissent l'espace des hommes ou s'y glissent de manière inopinée et solitaire. Les oiseaux de Graciela Iturbide suscitent à la fois attraction et répulsion : leur fragilité mais parfois aussi leur puissance menaçante interpellent et séduisent.

    1 autre édition :

  • Profondément imprégné de la tradition picturale japonaise, le photographe explore la vie quotidienne tokyoïte et capture des scènes aux confins du fantastique. Ses cadrages et ses couleurs acidulées confèrent à ses images une certaine étrangeté. Formes, textures, nuances colorées, profondeur de champ élaborent un vocabulaire visuel à la fois poétique et pop. « Ce sont les interprétations variées qu'a un spectateur d'une image qui rendent la photographie intéressante », précise le photographe. Yoshinori Mizutani observe avec minutie l'espace urbain et ses excentricités. Sa série Parrots présentait les perroquets sauvages aux couleurs acidulées qui peuplent désormais la ville de Tokyo. Ici, corbeaux, hirondelles, moineaux et autres passereaux des villes saturent l'environnement urbain, ciel, arbres, poteaux électriques, lignes téléphoniques sont envahis, réinvestis. Ils deviennent alors autres, et le passant les perçoit différemment. Parfaitement posés et alignés en rangs serrés sur les fils électriques qui sillonnent le ciel de toute capitale, les oiseaux se font armées, colonies ordonnées. Les lignes graphiques qu'ils forment redessinent l'espace urbain. Visions de rêve ou de cauchemars, les oiseaux de Yoshinori Mizutani saturent par leur présence le monde de la ville et lui restitue son mystère.

    1 autre édition :

  • Mi épopée lyrique, mi récit ludique, la légende de l'éléphante Parkie se découvre au fil d'images extraites de la prestigieuse collection de dessins et manuscrits du Muséum national d'histoire naturelle.

  • Galerna

    Jon Cazenave

    Depuis plus de dix ans, il mène un projet autour de l'identité basque intitulé Galerna (tempête), qui puise aux origines du conflit, mais également dans l'histoire et les légendes du peuple euskarien. Terre faite de montagnes, couvertes de profondes forêts, hérissée l'hiver de sommets enneigés, creusée de grottes aux parois couvertes de peintures préhistoriques, le pays basque est ici restitué dans sa matérialité, sa diversité, mais aussi sa spiritualité. Les images, en noir et blanc au fort contraste et dans lesquels l'ombre le dispute à une intense luminosité, immergent le spectateur dans l'expérience d'une géographie imprégnée de symbolisme. La puissance de la nature acquiert ici une dimension universelle : dans sa quête d'une quintessence de l'identité basque, Cazenave invite le lecteur à un voyage initiatique. L'acuité de l'écriture visuelle du photographe nous immerge dans un paysage qui se dessine aux confins du réel et du mythe : monde minéral, végétal, ciels purs, montagnes boisées, étendues de neige dessinent les contours d'un espace où le contemplatif se mêle au sentiment introspection.
    Réflexion sur les origines et la culture à laquelle on appartient et qui se transmet par la langue et les traditions, cet ouvrage questionne les concepts universels d'identité, de transmission, d'héritage culturel. Un récit de l'écrivain Kirmen Uribe interroge les fondements linguistiques de la langue basque et ses résonnances ethnographiques.

  • Entre catalogue raisonné et livre d'artiste, Ainsi de suite rassemble le travail de Sophie Calle depuis 2003 jusqu'à aujourd'hui en reprenant les choses là où elles avaient été laissées par M'as-tu vue, premier ouvrage rétrospectif des oeuvres de l'artiste réalisées entre 1979 et 2003, qui se terminait sur Unfinished. Ainsi de suite débute par cette série et poursuit jusqu'aux travaux en cours, en présentant à la fois les oeuvres et des vues d'exposition pour beaucoup inédites.

    Plusieurs conversations entre l'artiste et l'écrivain Marie Desplechin servent de fil rouge aux déambulations du lecteur dans l'oeuvre foisonnante de Sophie Calle à travers un parcours thématique rassemblant près de trente séries.

  • Traverser

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    Écrivain, photographe et réalisateur, l'homme semble sans limites. Il a arpenté tous les chemins de la photographie du réel, des premiers pas balbutiants dans La ferme du Garet , aux planques de célébrités, du reportage pour la presse au documentaire d'auteur.
    Chez Depardon, l'écriture et la photographie offrent deux temporalités très différentes qu'il a souvent cherché à faire cohabiter. Il s'agît pour lui de « faire des images un peu banales, calmes, sans éloquence particulière, mais chargées de sentiment », ce qui le conduira alternativement dans l'errance volontaire et/ou dans la production déterminée d'une archive à partager pour les temps futurs.

  • Le monde rural et ses figures allégoriques inspirent la plupart de ses romans : ses personnages du grand Ouest américain, leurs lieux de vie, leur quotidien vont s'incarner, à partir de 1939, dans des oeuvres dites « photos-textes ». Attribuant une valeur égale entre image et texte, Morris imagine des ouvrages mêlant littérature et photographie, l'une dialoguant avec l'autre dans une même puissance évocatrice.
    Durant une quinzaine d'années, il photographie la vie simple des Américains empruntant au réalisme des auteurs et photographes de la Grande Dépression, tels John Steinbeck ou encore Walker Evans : « J'ai vu le paysage américain encombré de ruines que je voulais sauver », précisant vouloir « enregistrer cette histoire avant qu'elle ne disparaisse ». Ses images, quasiment toujours vides de toute présence humaine, montrent des objets récurrents du quotidien. Des vêtements sans corps, des lits et des chaises vides, des couverts déposés sur une table : le temps est suspendu, l'image énigmatique. L'esprit des lieux est ici matérialisé par une infinité de détails ; Morris réussit à « capturer l'essence du visible ».
    Ses photographies sont des « morceaux de temps » : roues de charrettes à l'arrêt, enclos vides, façades de grange, évier de cuisine, fin de repas sur la table d'une salle à manger vide, vaisseliers, outils et objets du monde agricole... Wright Morris saisit un quotidien intime, le presque rien de vies simples du Midwest américain. Opérant un travail de mémoire, ses images oscillent entre réalisme et fiction, entre poétique et mystère d'un temps suspendu.

  • Ces entretiens constituent un véritable état des lieux de la photographie contemporaine. Clément Chéroux y use d'une approche originale, menant une conversation rythmée qui lui permet de dévoiler les interrogations des photographes, leurs inspirations et les multiples facettes de leur travail. Au fur et à mesure des entretiens, il établit ainsi des liens entre les diverses séries, les photographes et les événements qu'ils ont vécus. Le lecteur entre alors dans l'intimité du processus créatif des artistes, invité à porter un regard renouvelé, toujours accompagné d'une pointe d'humour, sur le travail de ces grands témoins de la photographie.

    Entretiens avec :
    Christian Boltanski.
    Sophie Calle.
    Raymond Depardon.
    Samuel Fosso.
    Graciela Iturbide.
    Alfredo Jaar.
    Josef Koudelka.
    Susan Meiselas.
    Jean-Luc Moulène.
    Patrick Tosani.
    Sophie Ristelhueber.
    Denis Roche.
    Agnès Varda.

  • Lost and found

    Bruce Gilden

    Parmi ces milliers d'images inédites qu'il n'avait pour la plupart jamais vu lui-même, Gilden en a sélectionné une centaine. Émanant du désir de revisiter son oeuvre de jeunesse, cette archive historique, qui refait surface quarante ans plus tard telle la Valise Mexicaine, constitue un trésor inestimable. Il s'y dessine le portrait d'un New York hors du temps et dévoile par ailleurs un pan inconnu du travail de Gilden. Dans le plein élan de la trentaine, il s'était alors lancé sans flash (avant de devenir célèbre pour son usage quasi systématique) à l'assaut des New Yorkais, dans une ambiance visiblement tendue qui ne l'empêchait pas de bondir à un rythme frénétique sur ce que cette scène, à la fois familière et exotique, avait à lui offrir. Dans cette extraordinaire galerie de portraits, les compositions, la plupart horizontales, bouillonnent d'énergie et débordent de personnages les plus divers, comme si Gilden entendait inclure dans le cadre tout ce qui attirait son oeil. Dans Lost & Found, on perçoit déjà le fil conducteur du travail qui rendra Bruce Gilden célèbre : un mouvement et une tension continus, une fougue sans pareil, une affection instinctive et irrévérencieuse pour ses sujets - en parfaite connivence avec sa ville.

  • Spectacle-performance polymorphe mis en scène et écrit par William Kentridge, The Head & the Load explore le rôle de l'Afrique durant la Première Guerre mondiale.

    Cette histoire, encore peu étudiée, est déroulée au fil de tableaux scéniques mêlant musique, danse, jeu d'acteur, projections et sculptures mécanisées. Sur un livret polyglotte (anglais, allemand, français et langues vernaculaires africaines) se déploient tous les méandres de ce conflit et l'importance cruciale qu'eurent tous les porteurs africains utilisés par les Britanniques, les Français et les Allemands. Allusion au proverbe ghanéen disant « la tête et la charge sont les ennuis du cou », cette performance théâtrale met en exergue une histoire aux lourdes répercussions politiques, humaines et sociologiques et s'inscrit pleinement dans la démarche plastique de l'artiste dont les oeuvres sont des catalyseurs politiques. Accompagné d'une distribution internationale de chanteurs, d'acteurs et de danseurs, ainsi que de son complice, le compositeur Philip Miller, William Kentridge développe avec force couleurs, projections vidéos, dessins et mots une oeuvre protéiforme. Une longue et imposante procession d'acteurs et danseurs déroule le récit de ces porteurs africains qui assurèrent le succès des vainqueurs mais restèrent dans l'ombre. L'histoire coloniale et ses répercussions dans le monde actuel sont ici reconsidérées par Kentridge. Présentée à l'été 2018 à la Tate Modern, à Londres, et à l'automne dernier à New York, The Head & the Load fera l'objet de plusieurs représentations en 2020 au Grand Palais, à Paris.

  • Installé au Brésil pendant plus de dix ans, Ludovic Carème commence par photographier la petite favela d'Agua Branca, située en plein coeur de São Paulo. Peuplée de travailleurs précaires vivant dans des baraques en planches, la favela donnait à voir la lassitude, le désespoir, la violence de la misère.

    Le photographe décide de faire à rebours le chemin de ceux qu'il a encontrés dans cette favela. Il part voir là où cela commence, aux origines de l'exode, dans la luxuriance de la forêt amazonienne.Agua Branca est aussi le nom des eaux argileuses charriées par certains affluents de l'Amazone. En remontant le courant et le temps, Ludovic Carème arrive dans l'état d'Acre. Situé aux confins du nord-ouest, cette région est la dernière à avoir été intégrée au pays. Là vivent les seringueiros, les soldats du latex, « saigneurs de l'hévéa » et descendants des paysans du Nordeste, recrutés par le gouvernement durant la Seconde Guerre mondiale pour fournir l'armée américaine en caoutchouc. Exploités par l'industrie agro-alimentaire, qui les pousse à déforester et à renier leurs origines indiennes, les familles vivent en ordre dispersé dans la forêt. Dans la touffeur, le photographe fait le constat de la déforestation mais saisit aussi l'intérieur des maisons, dans lesquelles pénètre une douce lumière, des corps au travail ou au repos, dans l'abandon d'une certaine torpeur. Plus loin, c'est l'exploitation de l'hévéa, le saignement du latex, des palmes qui se reflètent dans le rio, la mangrove qui envahit l'espace. Immersion dans la forêt amazonienne, les images de Ludovic Carème, dont les noirs confinent presque au lustre, restituent à la fois le mystère, la fascination et l'acuité du quotidien de ces Indiens.

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