Hazan

  • Célébré maître de la couleur par les artistes et les critiques de son temps, Marc Chagall se révèle, dans ce projet d'exposition consacrée à ses dernières années, par son exploration artistique du noir et blanc vers une nouvelle maîtrise magistrale de couleurs particulièrement lumineuses, intenses et profondes.
      Le début de cette période coïncide avec le retour du peintre en France de l'exil américain en 1948 tant souhaité et espéré. Grâce à une sérénité retrouvée dans sa « seconde patrie », Marc Chagall insuffle à son vaste dessein plastique et monumental le fruit récolté des commandes réalisées pour la scène au Mexique et à New York pendant la guerre. Toujours à l'écoute de son temps et désireux de vouloir surprendre les attentes du public européen, cette nouvelle étape artistique se nourrit d'un cheminement tout à fait audacieux. Car l'interrogation de la couleur par l'exploration du noir et blanc semble se trouver à l'encontre de l'image que le coloriste a laissé pendant quelques décennies.
      Toutefois, le dialogue entre le noir et blanc et la couleur a déjà été tissé à plusieurs époques précédentes, dès les années vingt, lorsque Chagall découvre toutes les techniques de la gravure. Or, à l'encontre de l'expérience traversée dans les dernières années mises en exergue dans l'exposition, les dialogues précédents soulignaient la nécessité de l'exploration de la couleur pour appréhender les profondeurs des noirs.
      Dans une vaste sélection représentative d'environ 200 oeuvres réalisées dans diverses techniques artistiques que l'artiste expérimente avec curiosité et ferveur, le public sera amené à découvrir pour la première fois les moyens artistiques investis avec grande liberté à travers lesquelles la vision de l'univers du peintre, dessinateur, sculpteur, céramiste et graveur s'étoffe, se construit et se déploie vers une palette enrichie de couleurs.
      Des lavis à l'encre de Chine et des sculptures en marbre blanc inaugureront cette découverte du visiteur vers la rencontre de la palette des diverses matières abordées, imprégnées par la terre d'accueil. L'introduction des masses colorées en dialogue avec le noir et le blanc dans l'espace exploré permet d'accompagner le regard du visiteur vers une nouvelle compréhension de la profondeur lumineuse du monochrome construit ainsi que des couleurs chatoyantes que l'on associe avec l'oeuvre de Chagall de l'époque méditerranéenne.
     Certes l'exposition donnera la voix à tous les thèmes familiers de l'univers pictural de Chagall mais l'éclairage particulier devrait permettre au visiteur de conjuguer le vocabulaire pictural et la découverte du cheminement de la couleur afin de garantir une nouvelle lecture de l'oeuvre.
      A l'occasion de cette exposition dont le commissariat est assuré par Ambre Gauthier et Meret Meyer, un catalogue sera édité, enrichi des reproductions en couleurs de toutes les oeuvres prêtées et de textes rédigés par des spécialistes consacrés à cette nouvelle approche de l'oeuvre.

  • Catalogue officiel de l'exposition « Allegro Barbaro, Béla Bartók et la modernité hongroise, 1905-1920 », au musée d'Orsay, du 15 octobre 2013 - 5 janvier 2014. De nos jours, le Hongrois Béla Bartók (1881-1945) est considéré comme l'un des plus éminents compositeurs modernes alors que le caractère typiquement hongrois de son oeuvre est toujours souligné. Pionnières au sein de l'art moderne européen, mais résolument ancrées dans une tradition, dans un « folklore » au sens premier du mot : musique et peinture hongroises, au début du XXe siècle, sont associées dans un même esprit de rupture et de renouveau. Au tournant du siècle, les artistes hongrois en quête de modernité se tournent vers Paris. Cézanne, Gauguin et Matisse sont plus connus des peintres de la jeune génération hongroise que Klimt, Schiele ou Kokoschka ; Bartók se tourne plus volontiers vers Debussy que vers la musique des représentants de la seconde école de Vienne (Schönberg, Berg, Webern); tandis que le poète le plus important de l'époque, Endre Ady, est un fervent admirateur de Baudelaire et de Mallarmé. Nombreux sont les jeunes artistes qui se rendent directement à Paris au cours de la première décennie, exposent régulièrement au Salon d'Automne et au Salon des Indépendants, lorqu'ils ne se joignent au groupe des Fauves français. Ces peintres ne perdent pas pour autant le lien avec leur pays d'origine. En combinant les mouvements artistiques en vogue en Europe avec les traditions hongroises et leurs recherches stylistiques personnelles, ils inventent un langage visuel autonome et original : on peut ainsi parler d'un fauvisme hongrois. Cette période d'effervescence connaît son apogée autour des années 1909-1912, c'est à dire durant de la période d'activité du groupe des Huit (Nyolcak). Une effervescence culturelle se développe grâce à des revues comme Nyugat puis Ma, à l'origine du courant des « Activistes », et autour de grandes personnalités comme le philosophe Georges Lukács, les musiciens Béla, Kodály, Leó Weiner, l'écrivain, éditeur et théoricien Lajos Kassák, mouvement qui engendre une deuxième avant-garde plus radicale qui conduira aux premières expérimentations abstraites des Activistes et au constructivisme d'un László Moholy-Nagy.

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