Littérature traduite

  • C'est la décennie de l'audace, des toiles expressionnistes, des livres au graphisme créatif, des oeuvres d'art totales du Bauhaus, des débuts de la psychologie, des bals de travestis, des cabarets et du cinéma. Entre les tensions de deux guerres mondiales, Berlin dans les années 1920 était une capitale à l'apogée de sa nonchalance, débordant d'art, d'innovations et d'idéaux.

    Cet ouvrage plonge ses lecteurs dans l'esprit libre de la période de Weimar. À travers des oeuvres emblématiques, puisées dans la peinture, la sculpture, l'architecture, le design graphique, la photographie et le cinéma, nous sont dévoilées les innovations, les idées et les folles utopies qui caractérisent cette vitrine culturelle unique. On entre dans les bars jazz et les salles de danse, on adopte la mode à la garçonne et on découvre les « kinos » remplis de spectateurs, on suit les avancées technologiques et les progrès des modes de transport, depuis les tours de radio aux roulements des trains et tramways, en passant par les gratte-ciel vertigineux, sans oublier les chefs-d'oeuvre cinématographiques et la nouvelle indépendance conquise par les femmes qui les autorise à fumer des cigarettes, à porter les cheveux courts et à gagner leur vie par leurs propres moyens.

    Parmi les oeuvres de cette évocation culturelle vivante figurent Les Journalistes de Hannah Höch, les Mains sur la machine à écrire de Lotte Jacobi, le Portrait de la journaliste Sylvia von Harden d'Otto Dix, le projet pour l'Alexanderplatz de Peter Behrens et L'Ange bleu de Josef von Sternberg, avec Marlene Dietrich dans le rôle de Lola Lola, la chanteuse de cabaret.

    Au fil des pages et des années, on découvre à la fois la soif d'utopie et les réalités économique et politique, plus ambiguës, qui ont nourri des chefs-d'oeuvre de divertissement, idéalistes ou réactionnaires produits durant cette période. Derrière les lumières vives et les robes pailletées se cachent l'inflation, le travail à la chaîne et un consensus politique fragile que dissimulent ces années bénies et qui annoncent finalement une issue brutale amorcée par la montée du national-socialisme.

  • Comment expliquer le croisement, au cours du XXe siècle, de l'idéologie et des théories sur la violence et la créativité ? Mark Antliff examine la rencontre entre esthétique et violence en étudiant le rôle peu connu mais essentiel joué par les théories sur les arts visuels et la créativité dans le développement du fascisme en France.
    Mark Antliff se penche sur la dimension esthétique des mythes fascistes dans le cadre de l'histoire de l'avant-garde. Au cours de la période 1909-1939, un nombre surprenant de modernistes ont été impliqués dans le projet, notamment des figures aussi importantes que le peintre symboliste Maurice Denis, les architectes Le Corbusier et Auguste Perret, les sculpteurs Charles Despiau et Aristide Maillol, la photographe de la « Nouvelle Vision » Germaine Krull, ainsi que le fauve Maurice de Vlaminck.
    Les fascistes français étudiés ici se sont approprié, entre autres, l'esthétique avantgardiste du cubisme, du futurisme et du surréalisme, en prônant le fameux « retour à l'ordre » et l'un d'entre eux, est même allé jusqu'à rapprocher le « dynamisme » de l'idéologie fasciste de la théorie du montage du cinéaste soviétique Sergueï Eisenstein. Pour tous ces personnages, l'art moderne est le précurseur mythique d'une révolution régénératrice destinée à balayer les institutions en place, inaugurer un nouvel ordre anticapitaliste et éveiller le potentiel créateur et artistique du « nouvel homme » fasciste. Pour définir la matrice idéologique mêlant esthétique et violence, ils s'inspirent avant tout des écrits du théoricien politique Georges Sorel (1847-1922), dont le concept de mythe révolutionnaire occupe une place centrale dans les théories fascistes sur la régénération culturelle et nationale.
    Trois figures sont plus particulièrement influencées par cette théorie sorélienne du mythe dans l'entre-deux-guerres : Georges Valois (1878-1945), Philippe Lamour (1903-1992) et Thierry Maulnier (1909-1988). Valois est le fondateur du Faisceau, premier mouvement fasciste français (1925-1928). Lamour, proche de Valois, crée en 1928 l'éphémère Parti fasciste révolutionnaire, avant de lancer deux revues, Grand' Route (1930) et Plans (1931-1933). Quant à Maulnier, il est l'inventeur d'une théorie du fascisme sous les auspices des revues Combat (1936-1939) et Insurgé (1937). Tous trois se réclament à la fois de Sorel et de l'avant-garde artistique, mais développent des formes radicalement différentes de fascisme. À l'instar de Sorel, ils considèrent que l'art et la culture font partie intégrante de la théorie de la révolution totale.

  • A l'aube du XXe siècle, Vienne, à la tête de l'empire austro-hongrois, s'éveille sur une période particulièrement prospère : c'est la grande époque de la Sécession, époque d'effervescence créatrice. Les artistes de la Judengstil - dont Gustav Klimt, Josef Hoffmann-, en parant la capitale d'édifices majestueux de style Art Nouveau, bouleversent l'art européen, tandis que Sigmund Freud, dans son laboratoire, révolutionne les sciences humaines. L'intelligentsia de l'empire échange et débat dans les mythiques cafés viennois et fait briller la ville sur l'ensemble du vieux continent.
    Cet ouvrage met en lumière la vie de la capitale austro hongroise d'alors, grâce à de nombreux et différents documents, témoins de cette période. Les affiches, photographies, cartes postales, dessins, caricatures et silhouettes, les tableaux qui y sont réunis et mêlés permettent de rendre toute l'atmosphère de l'époque. Ils révèlent les habitudes des Viennois (la lecture dans les cafés bondés, les soirées au bal ou à l'opéra), les modes et mouvements du moment (le règne de l'Art Nouveau, dans la tenue vestimentaire, le mobilier d'intérieur, l'architecture), le train de vie des Viennois, enfin les personnages qui font rayonner la ville (Klimt, Arnold Shönberg, Oscar Kokoscka, Egon Schiele, et bien d'autres).

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