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Les Presses Du Reel

  • Interférences est composé de trois séries de poèmes, construits comme des photographies textuelles. Le matériau de cette poésie croise souvenirs collectifs (manifestations contre la guerre du Golfe...), actualité sociale et inserts intimistes, dans une logique de télescopage et/ou de brouillage des données.
    On photographie l'appareil en train de filmer on la photographie qui regarde l'appareil en train de filmer très clairs d'avant comme observant avec fixité les épreuves se développent chromogènes lignant les cavités géométriques franchir les rectangles d'eau une distribution dans des récipients mesurés la rupture est une gorge encaissée de plus près des dalles cassées après extraction

  • Les échanges féconds entre poésie française et américaine depuis le tournant de 1968.
    Le dialogue entre la poésie française et la poésie américaine remonte au XIXe siècle. Mais si les Américains en quête de modernité se sont d'emblée tournés vers la France, le courant s'est inversé à partir des années 1970, les poètes français regardant désormais vers les États-Unis au moment où la modernité s'essoufflait. Cette étude rend compte de ce phénomène en mettant au jour les enjeux qui ont préoccupé les poésies française et américaine et motivé leurs échanges. Pour y parvenir, elle pose les questions suivantes.
    Pourquoi les poètes objectivistes (Reznikoff, Zukofsky, Oppen...) ont-ils bénéficié en France d'une réception sans cesse recommencée depuis cinquante ans ?
    Pourquoi tant de poètes français et américains de la même génération se sont-ils lus, cités et entre-traduits dans les années 1980, au point d'établir une communauté transatlantique ?
    Comment, après 1968, « dissoudre la solennité poétique » et adapter le « bas voltage » américain dans la langue de Racine ? Comment dire la poésie ? Comment la lecture publique s'institutionnalise-t-elle en France ? « Être debout et parler », est-ce encore de la poésie ?
    Au moment où la poésie en France éprouvait un sentiment d'impasse et entreprenait un bilan de la modernité, la conversation transatlantique lui aura offert un forum pour redéfinir ses formes et sa fonction. S'y sont notamment fait entendre Ashbery, Roche, Roubaud, Royet-Journoud, Albiach, Hocquard, di Manno, Gleize, Leibovici, les Waldrop, Auster, Duncan, Palmer, Bernstein, Hejinian, Watten, Doris, Fourcade, Creeley, Rothenberg, Antin, Heidsieck, Cadiot, Alferi.

  • Ce livre se fabrique dans le temps des mouvements sociaux (de 2016 à 2020). Alors que ce pose la question de comment réinvestir nos villes et nos vies - notre présent -, l'auteur réinvente une poétique qui se construit sur le rythme, parfois hésitant, titubant, de la marche - comme on traverse l'espace pars des chemins de traverse, dans une logique d'écriture buissonnière. Des lettres, envoyées à une camarade, ponctuent ce récit fragmenté par des descriptifs qui sont autant de respirations.

  • Un recueil d'essais et de textes fondateurs consacrés aux enregistrements sonores de poésie.
    La poésie, dans les cultures de l'écrit, s'adresse à la fois à l'oeil et à l'oreille. Mais l'enregistrement de la voix constitue dans l'histoire du genre une mutation médiatique majeure. Le corpus dont nous disposons après plus de cent ans d'enregistrements est immense et hétérogène, à la fois en termes de supports (mécaniques, magnétiques, optiques, numériques) et de sources (émissions de radio ou de télévision, enregistrements phonographiques, lectures publiques, lectures privées). Il nécessite un travail considérable d'inventaire, de préservation, de diffusion et d'analyse. Cet ouvrage, qui rassemble des contributions de chercheurs français et étrangers ainsi que deux textes fondateurs, en jette les bases, et invite à un tournant oral des études littéraires.

  • Un poème-fleuve qui interroge notre être au monde avec une liberté à la fois nouvelle et atemporelle, comme si cette parole nous venait des origines.

    Nous sommes immenses mais nous n'avons jamais été plus loin que le bout de notre nez que nous voyons à peine en ouvrant un oeil et en fermant l'autre, comme si nous étions si loin que pour voir juste une petite partie de notre visage nous devions nous regarder dans une longue-vue, un oeil ouvert et un oeil fermé pour voir une petite partie du jour sous une infinie partie de la nuit.

    Soleil des autres est le second volet d'une trilogie. Soleil Absent était le premier volet, publié en 2020. Soleil la nuit, qui clôturera cette triade, sera publié en 2022.

  • Un long poème vertigineux, virtuellement infini, de Michèle Métail, construit sur le principe de la concaténation et des « ricochets » de compléments de nom : une exploration rigoureuse du langage construite comme une partition, inspirée des techniques de montage de la musique électroacoustique, pour se rapprocher d'une musique verbale.

    2887 ___________________________________________________________________ le poème de l'infini / 2886 ____________________________________________________ l'anniversaire du poème de l'infini / 2885 ________________________________________ l'annuité de l'anniversaire du poème de l'infini / 2884 _______________________ la quarantaine de l'annuité de l'anniversaire du poème de l'infini / 2883 la célébration de la quarantaine de l'annuité de l'anniversaire du poème de l'infini / 2882 la cérémonie de la célébration de la quarantaine de l'annuité de l'anniversaire du poème / 2881 la solennité de la cérémonie de la célébration de la quarantaine de l'annuité de l'anniversaire / 2880 l'occasion de la solennité de la cérémonie de la célébration de la quarantaine de l'annuité / 2879 la voiture de l'occasion de la solennité de la cérémonie de la célébration de la quarantaine / 2878 le conducteur de la voiture de l'occasion de la solennité de la cérémonie de la célébration / 2877 le permis du conducteur de la voiture de l'occasion de la solennité de la cérémonie / 2876 la délivrance du permis du conducteur de la voiture de l'occasion de la solennité / 2875 la préfecture de la délivrance du permis du conducteur de la voiture de l'occasion / 2874 le chef-lieu de la préfecture de la délivrance du permis du conducteur de la voiture / 2873 le canton du chef-lieu de la préfecture de la délivrance du permis du conducteur / 2872 la confédération du canton du chef-lieu de la préfecture de la délivrance du permis / Egalement disponible en édition de tête, accompagnée d'une oeuvre originale.

  • Jean-Luc Parant convoque la poésie, celle qui dit que nous sommes, en toute simplicité.
    « C'est quand les yeux sont allés là où le corps ne pouvait plus aller que les yeux ont cessé de grandir avec lui. Si notre corps grandit c'est juste pour que nos mains puissent être assez grandes pour cacher le soleil et que nos yeux puissent atteindre les étoiles sans être éblouis ou aveuglés par leur lumière. ».

    Jean-Luc Parant n'est pas poète pour nos pieds, il est poète pour ce que le soleil n'ose pas, pour ce que le soleil ne veut pas, ne peut pas nous montrer. Quand le soleil collapse, la vie surgit flanquée de tous nos poings.
    Jean-Luc Parant écrit rotativement, et s'il nous écrit que le soleil est absent, c'est pour mieux nous faire comprendre que là, enfin, tout commence au seuil du visible et de l'invisible, au seuil de soi et de l'infini crépusculaire.
    Poète et joueur, c'est à notre choeur qu'il s'adresse, à mi-voie du profane et du sacré. Quarante années passées à scier les barreaux du panoptique instant présent pour retourner les strates de l'existence. D'abord, c'est quoi qui existe, c'est qui, qui existe, hein ?
    Le Verbe toujours recommencé. Jean-Luc Parant fait un sort au vain ordinaire, il le boit dans son calice transsubstantié. Il n'y a pas d'une seule vie pour couronner l'inexistence de sa tautologie : d'âme, la vie rêvée sans vous ne vaut pas son saoul d'espoir.
    Jean-Luc Parant nous fait découvrir l'ivresse du sens dessus-dessous, je le suspecte même de vouloir traverser les espaces quadrillés. Ne serait-il bavard que pour de célestes clochards ivres de voyance ?
    D'après lui, nous ne mourons jamais assez, pour mourir éternellement. Est-ce que mourir un peu suffirait à exister ? Jean-Luc Parant convoque la poésie, celle qui dit que nous sommes, en toute simplicité. Mais c'est beaucoup. Et s'il s'amuse de nous amuser, c'est pour mieux nous amuser, nous, les pas du peu.
    Laurent Cauwet

  • Sortir de la suffocation et du silence, faire émerger du chaos une langue, monstrueuse et irréconciliable, qui ose confronter au monde sa propre singularité... Koma Kapital, en six salves, dit la brutalité de notre société et celle dont peut être capable le monde du travail ; également, de leur capacité, ou à nous formater, ou à nous détruire.

  • Cette première traduction française des premiers poèmes de Clemente Padìn (initialement parus dans sa revue poético-politique Los Huevos del Plata en 1966 puis en recueil l'année suivante) permet de découvrir la préhistoire du chantier poétique de Padín, le socle à partir duquel le poète a remis en cause tous les formalismes poétiques, en a sapé les limites et contraintes, pour devenir l'un des acteurs les plus inventifs et critiques de la poésie-action.

  • Le manifeste de Julien Blaine.
    En octobre 2002, Julien Blaine signe un texte-manifeste de trois pages sur la performance. Depuis, il agrège à ce texte des post-scriptum (217 au total, écrits entre 2002 - « C'est un art désespéré » - et 2019 - « Que de suicidés parmi les poètes. Or, ils ne sont pas suicidés, on les a assassinés ») où se déploie à travers des pensées, réactions, colères, dialogues, amusements, notes et commentaires... toute une argumentation expliquant son arrêt de la performance, et développant une critique acerbe, virulente, d'un art qui, institutionnalisé, tend à perdre ses vertus transgressives.

    « C'est un corps / dans un espace / et c'est un son / dans un corps, / ce son est celui de mon corps / ou celui de cet espace, / c'est un son de nature : / voix, viande, &c. / ou un son d'artifice : / musique, bruits, &c. / Puis c'est un geste / du corps / et un mouvement / de cet espace / et comment jouent ensemble / le geste du corps / et le mouvement de l'espace. / Le mouvement de l'espace / est proprement celui de l'espace / mais aussi du peuple de cet espace : / du public. »

  • De « L'éditeur de la Rive gauche » à « Miss Fukushima », 102 portraits-robots de personnes ou de professions en 10 expressions mises sous forme d'inventaire, regroupés en 8 chapitres (« Profil grec », « Ich bin ein Berliner », « Gens d'Edenkoben », « Viennoiserie », « Les Marseillais, peuchère ! », « Le Tout-Paris », « Helvétisme », « Estampes friponnes »).

    Ces Poèmes figurés au sens propre font suite à un premier volume de Cinquante Portraits-Robots publié en 1982 à 150 exemplaires (bibliothèque oulipienne n°21). Comme eux ils composent une « imagerie mentale à la manière d'Arcimboldo et de Nicolas de Larmessin ».
    De nombreuses allusions historiques et littéraires se cachent derrière ces personnages. Le lecteur reconnaîtra une citation de J.F. Kennedy et l'évocation de F. Hessel, A. Einstein, A. Döblin, R. Musil, S. Freud, B. Tapie, A. Onassis, M. Callas, A. Tsipras, Rousseau, Voltaire, Guillaume Tell, du clown Dimitri et du grand collisionneur de Hadrons (LHC), de Pierre Loti sans oublier quelques philosophes de l'Antiquité...
    « Gens d'Edenkoben » fut écrit durant une résidence de cinq mois dans la Maison des artistes (Künstlerhaus) de cette petite ville de Rhénanie-Westphalie située au pied du Kesselberg. La Ludwigshöhe et le château de Hambach sont des sites historiques emblématiques de la région. Un festival de guitare se déroule chaque année à la Ludwigshöhe.
    Marseille en treize portraits-robots repris ici avec quelques modifications sous le titre « Les Marseillais, peuchère ! » répondait à une commande des architectes Catherine Rouan et Stéphane Raguenet dans le cadre de « Marseille 2013, capitale européenne de la culture ». Ils conçurent un phare bleu émettant chaque nuit des textes transposés en morse lumineux. Ces treize portraits furent diffusés de juin à septembre, publiés sur le site internet du phare bleu puis dans la revue Pro Memoria n°6, 2014. Le minot et la cagole sont des personnages incontournables de la ville.
    Le Tout-Paris en vingt portraits-robots publié initialement dans Poésie au coeur du monde. Anthologie 2013, Biennale internationale des poètes en Val de Marne, 2013, est repris ici avec quelques modifications.
    À Genève, le sautier de la République est un fonctionnaire qui a notamment pour charge de signaler l'éclosion du premier bourgeon du marronnier officiel situé sur la Promenade de la Treille. Il déclare ainsi chaque année le début du printemps.
    Des extraits de « Profil grec », « Ich bin ein Berliner » et « Viennoiserie » ont paru dans la revue L'intranquille n°12, printemps-été 2017.

    Egalement disponible en édition de tête, accompagnée d'une oeuvre originale.

  • La (les) figure(s) de Cindy Sherman comme trame d'un récit personnel de Jean-François Bory.
    Il veut surtout que je lui dise ce que je pense de son travail. Il me pousse contre le mur, il me parle, il m'envahit. Il sait que j'ai beaucoup écrit sur l'art et que je fais encore actuellement une revue soignée. Encore cinq minutes et je devrai céder.
    Mariette qui a vu le manège s'approche pour me sauver.
    - Ah ! Jean-Yves, c'était gé-nial...
    - Justement je disais à notre Auteur favori qu'il faut absolument qu'il vienne à ma...
    - En ce moment, il n'écoute pas. Il n'a rien dû comprendre de ce que tu lui as raconté.
    - Mais pourquoi...
    - Il est tout occupé à écrire un truc gé-nial, tu sais ! C'est sur Cindy Sherman. Ça s'appelle United C. Sherman Company.
    Le regard soudain absent, Jean-Yves m'abandonne pour une autre proie.

  • Le reste c'est la suite sonde notre présent pour remonter vers le ou les moments de rupture d'une séquence - franchissements, seuils, points de bascule - comme on le fait à la suite d'une expérience traumatique.
    Annotations du quotidien, dates, archives, récits de rêves, étymologies, citations, souvenirs d'enfance, scénarios imaginaires, bribes d'intrigues policières, de chansons, de carnets, dialoguent avec un flux de films, de séries télé, de dépêches en continu, d'images d'actualité, à l'intérieur d'une trame qui recompose une mémoire collective et intime de la « catastrophe contemporaine » et sa représentation, traversée par des menaces inédites et la défaite du politique. Avec, pour fils rouges, l'avènement de ce que l'on nomme aujourd'hui « l'urgence climatique », la sidération des attentats survenus en France en 2015-2016, et, en ligne de mire, d'une révolution massacrée à l'explosion de la violence « dans un pays en paix », la Syrie, comme un miroir tendu.

    « Le souffle du vent / soulève la terre, / charrie la poussière, / et porte les incendies. » / La collection PLI, dirigée par Justin Delareux et Jean-Marie Gleize, est une extension autonome d'Al Dante.

  • Une fable originelle en guerre contre les livres fondateurs des monothéismes (inédit de 1963).

    Dès ses premiers gestes, le chantier poétique de Julien Blaine s'affirment dans une recherche inlassable des écritures originelles ; de celles qui furent brûlées, détruites, salies, oubliées, déformées ou ridiculisées par les différents monothéismes. Ainsi, il écoutera et dialoguera avec la nature (les Poëmes soumis à la pluie de 1958) et les animaux (l'interview aux éléphants de 1962...) ; partira à la rencontre des indiens rescapés du génocide US, des Bamilekes rescapés des colonisations allemande puis française... réveillera la Pythie pour qu'elle puisse de nouveau, souveraine, délivrer ses oracles ; ira au fond des grottes du monde, afin de déchiffrer les mystérieux enseignements laissés des aurignaciens aux aziliens ; ravivera des univers oubliés dans la confrontation des mots des Poëmes métaphysiques...
    Le livre, écrit en 1965, est une fable originelle en guerre contre les livres fondateurs des monothéismes (juif, arabe, chrétien), tout d'abord par ce qu'il raconte - de la violence des pulsions de vie et d'un langage qui se creuse et s'invente dans la chair d'une nature dont nous faisons partie -, mais également en combattant la toute-puissance du livre. Car, comme dis Julien Blaine : « Lisez Le Livre (« Je sors de là ») mais ne prenez à votre profit que ce que vous estimez juste et beau. » Entendez : Méfiez vous du livre. Prenez dedans ce dont vous avez besoin, mais n'hésitez pas à le détruire - commencez par celui-ci.
    Publié une première fois en 1965, en version compactée, dans la revue Ailleurs (créée et dirigée par Carmelo Arden Quin), voici enfin, 49 ans plus tard, Le livre dans sa version dépliée en... livre.

    « Leur bible : ramener à la vie des cadavres pour fabriquer une armée redoutable et sanguinaire comme nous pouvons le vérifier au cours de leur 6 millénaires ! »

  • Le texte de Julien Ladegaillerie Lacrymogenèse part du corps, est dépouillé par des coupes, des spasmes, des incisions, des coups. Ces coupes et ces coups pourraient être ceux que le corps reçoit, corps et langue mêlés dans l'empêchement. Texte de contradictions et d'enchevêtrements, voix suffocantes, Lacrymogenèse suggère tout autant les conditions de l'enfermement, une écriture tassé dans l'étroitesse de notre époque.

  • Traduit pour la première fois en français, ce texte culte de la poésie contemporaine mexicaine est le fruit d'une longue errance au nord-ouest du Mexique, à la découverte des rites du peyotl chez les Tarahumara. Écrit en 1978, ce long poème porte la trace des expérimentations du courant infra-réaliste, dont Anaya écrivit le premier manifeste en 1975, un texte inédit publié en annexe de cette édition.

    « Les étranges conquistadors (chavochi) parlent des « tarahumara », ils ne savent pas dire rarámuri, pieds coureurs, peuple issu d'où Rayena-Soleil est dévoré par la mer tous les soirs / Les chants Wikaráriame et Nawajíriame sont pour la joie où parlent esprit et corps / chants et danses dans le Tutuguri et dans le Tónari / illuminations, respect avec le Híkuri / noces, farces, rires avec le Batari / Assemblées de tribus pour la justice sociale et individuelle / RÉUNIONS DE RE-CONNAISSANCE / » Híkuri, qui, en langue rarámuri, signifie peyotl, propose une expérience perceptuelle, une quête hallucinatoire, la recherche d'un langage véritable - ne pouvant émerger qu'au contact de cette poésie corporelle et vivante, qu'Artaud avait si bien reconnue comme pulsant dans les rites tarahumara du peyotl. Dans Híkuri, le mot se fait vision. La langue maternelle se brouille, se peuple de langues étrangères. En premier lieu les mots de la langue rarámuri, qu'Anaya a peut-être entendu, enfant, dans la bouche de son grand-père, soldat révolutionnaire indigène de l'armée de Villa. Mais pas seulement. Les noms d'Hölderlin, de Rimbaud, de Pound sont convoqués. La voix de l'aimée, de la mère, du père du poète s'entremêlent, jusqu'à se faire indiscernables. Principe de citation où la notion d'auteur se brouille. Collage ou cut-up. Sans autre cohérence de sens que celle de ce voyage intérieur, à la recherche d'un nom indicible, qui ne saurait s'écrire. D'où la forme la force rhizomatique du poème. À l'éditeur qui lui faisait le reproche, à la fin des années 1970, de n'avoir pas écrit son texte, Anaya avait rétorqué que nul n'aurait pu lui faire de plus belle critique.

  • Document poétique distribué lors de rassemblements politiques.
    Le document original est un livret de 28 pages, format A5 (feuilles A4 pliées en 2 et agrafées), trouvé lors d'un rassemblement en janvier 2019 (contre les prisons) sur une table d'infos, sans nom d'auteur.e, ni aucune indication d'origine. Seule mention en bas de la dernière page : copillage . à diffuser librement...
    Une écriture du quotidien pulvérisée, à la fois en destruction et en composition.

  • La première publication en français du poète saoudien Mohammed Al Hers, l'une des voix les plus singulières et les plus écoutées du pays, comptant parmi les principaux représentants d'une génération de poètes qui a imposé des réformes importantes dans l'espace poétique saoudien en ouvrant toujours plus le champ des possibles, aussi bien sur le plan formel que sur son contenu.

    ...
    Il faudrait d'abord que je brise leurs rames Et que je cache la boussole.
    ...

  • Une anthologie de poésie critique et politique.
    Au sommaire : De la restitution par Seloua Luste Boulbina, Jan Middelbos et La Meute, dossiers Mexique et Soudan, Ahmed Slama, Alexandre Costanzo sur quelques dessins de Kafka, Surréalisme et colonialisme...

  • La poésie de Jalal El Hakmaoui forme une géographie intime aux contours tripartites, entremêlant arabité radicale, expression française et imaginaires américanisés. Traduit de l'arabe au français par l'auteur.

    « Empire. Mac Donald's. Poésie. Ma langue poétique mineure. Empire. Macdonaldisation. Maroc. Mosquées. Barbus. Diglossie malheureuse. Bilinguisme. Colonisation crime contre l'humanité. Mutations. Doors. Élite. Et puis, mes textes continuent leur chemin du monde (poing levé). Je continue ma guerre linguistique contre les fantômes de l'histoire hégémonique. Ces textes poursuivent des petits récits de blessures du nom propre. Mon nom propre... »

  • Recueil de transcriptions de « partitions » composées pour des lectures-performances publiques. Un CD est joint à ce livre, comprenant la lecture par l'auteur, seul ou accompagné de l'actrice Vanda Benes, de la totalité des textes.

    Projet : faire éprouver le poids de langue hétérogène, incentré, troué et dissonant dont est faite la rumeur de fond d'où tout écrit tire le matériau qu'il va formaliser.
    Cette rumeur, c'est « l'expérience » : non pas la vie nue (une « nature » hors langue) - mais le réseau des représentations toujours-déjà verbalisées dans lequel nos vies se déplacent, se déforment et se reforment.

  • Un recueil critique : une réévaluation de la poésie de Julien Blaine et des problèmes esthétiques qui s'y rapportent.
    Les 37 textes, pour certains inédits, et les 25 auteurs de La Poésie à outrance s'arrêtent sur la poésie polymorphe de Julien Blaine. L'ensemble qu'ils composent propose des clés biographiques, thématiques, notionnelles et conceptuelles qui examinent et mettent en perspective les procédés poétiques que le poète affectionne. Il signale aussi à quel point sa poésie suscite et fait avancer la réflexion sur la poésie contemporaine.
    Julien Blaine, poète prolifique, traverse la seconde moitié du XXe siècle, aux avant-postes de la poésie expérimentale. Il n'a de cesse de renouveler le programme des avant-gardes historiques sans se soumettre à aucune école. On le retrouve plutôt à l'origine de poésies singulières et marquantes : poésie élémentaire, mail art, performance, écriture originelle... Sa bibliographie abondante, quelque quarante ouvrages, une centaine de livres d'artiste... constitue en elle-même un dépassement du livre comme résidu et marchandise, aussi bien qu'une critique esthétique et politique du signe, de la langue et de l'écriture.
    Quant aux innombrables actions poétiques auxquelles il s'adonne, elles s'inaugurent avec Éléphant Reps 306 (1962), s'achèvent en 2004 (bye bye la perf., 2004), pour se métamorphoser en déclar'actions et autres Installation Humaine Anonyme Laissée Là par Inadvertance. Il se trouve être simultanément, dès les années 1960, au centre d'une activité éditoriale internationale qui sert tout à la fois de pivot et de pilier, de laboratoire et de chambre d'écho, pour toutes les revendications culturelles et artistiques mineures : à travers des revues poétiques (Les Carnets de l'Octéor, Approches, Robho, Doc(k)s, Invece... entre autres), mais également militantes, populaires et de résistance (Géranonymo, Pirates, Vivlalib...), pour son compte, comme pour celui d'autres éditeurs et au bénéfice de nombre de ses pairs. Il est aujourd'hui encore l'auteur de nombreux ouvrages, d'expositions diverses et autres interventions poétiques... qui nourrissent la scène poétique d'avant-garde et alimentent le fonds Julien Blaine, déposé à l'Imec.

  • Le roman à quatre mains de deux grands poètes américains associés à l'Ecole de New York.
    Les invités avaient à peine eu le temps de commenter à leur guise le bruit du bouchon et l'excellence du millésime que la porte d'entrée s'ouvrit et Mrs Greeley, sémillante dans un nouveau manteau de fourrure d'écureuil, entra en trombe. « Scusi, dit-elle, mais Abel m'a fait promettre de venir l'arracher en temps utile à votre charmante compagnie. Alan Watts donne une conférence sur le régime macrobiotique au lycée. » C'est par hasard que James Schuyler et moi avons commencé à écrire Un nid de nigauds en juillet 1952. On nous reconduisait à New York après un week-end à East Hampton. Poussé par l'ennui, Jimmy a proposé : « Et si nous écrivions un roman ? » Et comment ça ? ai-je demandé. « C'est facile, tu écris la première ligne » a-t-il répondu. C'était assez typique de lui : avoir une idée brillante, puis contraindre quelqu'un d'autre à la réaliser. Pour ne pas me laisser manoeuvrer, j'ai fourni une phrase de trois mots : « Alice était fatiguée. » Et nous étions lancés dans une aventure qui nous occuperait les mois et les années à venir. - John Ashbery

  • Numéro spécial de Celebrity Cafe consacré aux travaux récents du poète brésilien Augusto de Campos. Au sommaire : deux préfaces de Jacques Donguy et d'Augusto de Campos, une large sélection d'oeuvres numériques (poèmes, « intraductions », « autraductions », contrepoèmes), une postface de Jean-François Bory et un ensemble d'annexes.

    «OUTRO», littéralement «AUTRE», titre du dernier recueil d'Augusto de Campos dont nous donnons ici de larges extraits, est un terme musical indiquant la conclusion, synonyme de « coda », en opposition à «INTRO». Il est aussi utilisé tel quel («OUTRO») à la fin des disques de musique populaire américaine, pour désigner un « bonus » ou un « extra », d'où notre choix de garder ce titre. Le terme sera repris pour ses « outraduções », « autraductions », qui ne sont pas des traductions, mais des « remix poétiques », des interprétations graphiques du texte original. [...] Les poèmes de ce recueil « OUTRO » sont à la fois graphiques et sémantiques, et se présentent sous la forme de fichiers numériques. Augusto de Campos utilise un Macintosh, un ordinateur personnel depuis 1992, date où il a été possible d'en importer au Brésil sans droits de douane prohibitifs censés protéger une industrie nationale inexistante. Un poème de lui, «PULSAR», avait déjà été retravaillé à l'ordinateur, grâce à des amis de l'art technologique autour de Wagner Garcia, et avait été présenté en 1984. «PULSAR» avait été monté lettre par lettre, avec les étoiles à la fin. Cette utilisation d'un ordinateur portable personnel à partir de 1992 lui a permis notamment de développer, avec d'autres moyens, son travail typographique pionnier de «Poetamenos». Il travaille aussi avec son fils Cid Campos, musicien, pour la mise en musique de ses (non) poèmes, renouant avec la tradition d'un Arnaut Daniel.
    Quelle conception de la poésie chez Augusto de Campos ? Là, nous nous inspirons de propos tenus lors d'une visite chez lui à São Paulo en novembre 2016. Augusto de Campos regrette cette poésie qui se pratique à Rio de Janeiro, qui joue avec l'émotionnel, le sentimental, à l'exception d'André Vallias, qui est paulista. Il rappelle cette phrase de Lautréamont qui disait : « Oh mathématiques sévères, je ne vous ai pas oubliées ». Tout un chant pour louer les mathématiques ! Pound disait aussi que la poésie était une espèce de mathématique inspirée qui nous fait arriver à des équations pour des émotions. Et Maïakovski a dit dans un de ses poèmes qu'il voulait pour sa poésie une précision et une concision mathématiques, sans oublier Edgar Allan Poe qui, pour son poème « Le Corbeau » disait que dans la poésie, 90%, c'est de la mathématique, et le reste, de la matière la plus banale. Donc neuf dixième de mathématique, et un dixième d'éthique.
    Préface de Jacques Donguy (extraits).

    Editée par Jacques Donguy, Sarah Cassenti et Jean-François Bory, Celebrity Cafe est une revue littéraire au sens artistique du terme, ancrant la création d'aujourd'hui - en poésie, en musique, en danse, dans les arts plastiques et les pratiques intermedia - dans les avant-gardes du début du XXe siècle.

    Augusto de Campos (né en 1931 à São Paulo) est une figure exemplaire de la Weltliteratur. Après avoir co-fondé, avec son frère Haroldo, le mouvement historique de la Poésie Concrète au Brésil dans les années 1950, très vite devenu international, il a su développer une oeuvre sans concession s'inscrivant dans la lignée du Coup de Dés de Mallarmé, des Cantos de Pound et des poèmes de Cummings, vers un questionnement de la langue au niveau typographique et iconique (Baboeil) jusqu'à cette notion d'« Ex-Poème » ou de « Non-Poème », retrouvant par là le concept boudhiste, mais aussi de physique contemporaine, d'énergie du Vide.
    Augusto de Campos est également traducteur, critique de musique et artiste plasticien. Depuis 1980, il intensifie ses expériences avec les nouveaux médias, en présentant ses poèmes à l'aide de vidéo-texte, néon, panneau électrique, hologramme et laser, infographie et événements multimédias. L'influence qu'il exerce encore aussi bien sur la musique et la poésie que sur les arts plastiques contemporains est immense.
    Augusto de Campos a reçu le Grand Prix de Poésie Janus Pannonius en Hongrie en 2017.

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