Seuil

  • Dieu, Kyrios, Deus, Notre Père, Iahvé, Elohim, Adonaï, Jésus ou Allah ont indéniablement un « air de famille ». Cela ne veut pas dire qu'on puisse les traduire les uns dans les autres sans précaution ni qu'ils soient identiques comme le laissent entendre un peu vite ceux qui prônent la notion de « religions abrahamiques ». Il n'en demeure pas moins que ces trois religions se réfèrent à des Révélations. Elles nous recommandent de croire que Dieu s'est révélé lui-même, de diverses manières selon qu'on soit juif, chrétien ou musulman.
    Philippe Borgeaud insiste sur un point névralgique : pour l'historien ou l'anthropologue, l'islam, le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme, l'animisme ou l'hindouisme n'existent pas en tant que tels, pas plus que les dieux auxquels on les associe. Il n'y a de religion que dans les paroles, les sentiments et les actes de ceux qui s'en proclament les acteurs ou les adversaires. Pour saisir cette divergence fondamentale, entre le sens commun et l'observation des sciences humaines, comparer les croyances entre elles est indispensable.
    Tout en interrogeant notre présent, posant la question de savoir si on peut encore « afficher de l'incroyance », Borgeaud analyse les systèmes de pensée religieuse. Dans ce livre, il nous propose de repenser les mythes et les récits fondateurs qui ont contribué à transformer des pratiques et des croyances ancestrales en « religions » modernes.

  • Dans le paysage religieux de l'humanité, le judaïsme est considéré comme la plus ancienne religion monothéiste, confessant qu'il n'existe qu'un seul dieu, qui est à la fois le dieu spécifique du peuple d'Israël et le dieu de tout l'univers. Cette idée d'un dieu unique s'est ensuite propagée à travers le christianisme et l'islam.
    Le dieu auquel se réfèrent, de manières différentes, les trois religions monothéistes, semble régner seul de toute éternité sur le ciel et la terre. À y regarder de plus près, on trouve cependant dans les différents textes bibliques des indices qui attestent que les anciens Israélites vénéraient d'autres dieux à côté de Yahvé. De fait, contrairement à ce que certains théologiens continuent d'affirmer, il ne fait pas de doute que le dieu de la Bible n'a pas été « unique » depuis toujours.
    En analysant les textes bibliques comme n'importe quel document de l'Antiquité et en confrontant les méthodes exégétiques aux plus récentes découvertes de l'archéologie et de l'épigraphie, cette enquête passionnante retrace l'histoire de ce dieu de l'orage et de la guerre depuis ses origines jusqu'à sa « victoire » sur les autres dieux et déesses, son installation comme dieu national en Israël et en Juda et, enfin, l'affirmation de son unicité et de sa transcendance.

  • Peu de gens le savent : Jésus occupe dans le Coran une place éminente, supérieure à celle qu'occupe Mahomet lui-même.
    C'est de cette surprise que Prieur et Mordillat sont partis. Bien que le Livre sacré de l'islam soit un texte difficile à appréhender pour les non-musulmans, il existe des points de contacts qui permettent notre lecture : une lecture critique à la fois littéraire et historique, une lecture non religieuse comme celle entreprise précédemment avec le Nouveau Testament.
    La sourate IV qui raconte de manière très particulière la crucifixion de Jésus est le point de départ. À partir de ces quelques versets, les auteurs ont cherché à reconstituer ce qu'ils pouvaient savoir de la prédication de Mahomet et pourquoi elle s'est développée dans une région de réputation païenne, tout en étant très marquée par les références bibliques et l'influence des églises syriaques.
    Une religion ne naît jamais de rien. L'islam s'est voulu l'ultime révélation après la révélation juive et la révélation chrétienne. Elle en est à la fois la continuité et l'adversaire.
    C'est au carrefour des trois formes du monothéisme, dans l'héritage du judaïsme de Moïse et du judéo-christianisme de Jésus, que les auteurs ont voulu comprendre les origines de l'islam. Pourquoi et comment le juif de Galilée mué en Christ fondateur du christianisme est devenu, dans la péninsule arabique au VIIème siècle de notre ère, « le messie Jésus, fils de Marie, envoyé d'Allah' », l'ultime prophète avant le Prophète.

  • Les Pouvoirs du sacré pose une question brûlante : celle de la place persistante du sacré et de la religion dans la vie sociale contemporaine. Ni une vision linéaire de la sécularisation comme déclin progressif et mondial de la religion, ni une compréhension mystique du « retour du religieux » ne conviennent pour appréhender ce phénomène complexe. Hans Joas parcourt, synthétise et discute les grands paradigmes qui ont été élaborés par la philosophie et la sociologie, depuis le xviiie siècle, pour penser la vie religieuse.
    En discussion critique avec Max Weber, Joas construit une alternative au récit du « désenchantement du monde ». Il estime qu'une compréhension du devenir de la religion ne peut se séparer d'une interprétation des tensions entre le politique et le religieux, l'État et les Églises, qui ont paradoxalement créé des interstices dans lesquels les individus ont pu construire leur liberté et redéfinir leur vie en commun.

    Il s'agit aussi d'un livre engagé en faveur d'un universalisme des droits de la personne qui se traduirait, au plan théologico-politique, par le double rejet des théocraties et des dictatures laïques, et par une mise en garde contre la tentation d'une « auto-sacralisation de l'Europe » contre l'islam.

  • Les religions contiennent des trésors d'humanité. Il est indispensable de les comprendre pour s'orienter dans la vie.
    Le monde est aujourd'hui plus conflictuel, plus tendu autour des questions des croyances. Les religions redeviennent souvent sources de malentendus et prétextes à des guerres, il est urgent de saisir leurs liens, leur unité, comme leurs différences. Se connaître les uns les autres pour mieux se respecter est donc devenu aujourd'hui plus indispensable que jamais.Ce livre d'une grande clarté s'adresse à tous, en des termes simples, mais exacts et vérifiés, sans ligne de pensée. Il explique en quoi croient des millions d'êtres humains, et expose certaines notions fondamentales (le sacré et le profane, le fanatisme et la tolérance, les sociétés laïques et religieuses...) avant de considérer les principales religions (le Judaïsme, le Christianisme, l'Islam, l'Hindouisme et le Bouddhisme) dans leurs spécificités. De manière sensible, honnête et efficace, Roger-Pol Droit fixe ainsi des points de repères qui nous manquent souvent dans leur appréhension et aident à la compréhension de chacune d'entre elles.
    L'iconographie de ce livre très riche et commentée par l'auteur démontre également à quel point l'art s'est depuis toujours placé au service de la religion et comment sans connaître les fondements des différentes religions il n'est pas possible d'appréhender l'ensemble de notre histoire culturelle.

  • A l'aube de notre civilisation, on trouve une grande déesse préhistotique mère des dieux et des hommes.
    Psychanalystes, anthropologues et féministes se sont passionnés pous cette figure de mère archaïque, à l'origine des théories d'un matriarcat universel. Mais où se trouve donc, dans la documentation historique, la Mère des dieux ? S'agit-il d'une Déméter sauvage ou de Cybèle entourée de son cortège de prêtres eunuques ? ET la Vierge Marie est-elle l'héritière monothéiste de ces cultes polythéistes qui sont nés au confluent du vieil Orient, de l'Anatolie et de la Grèce archaïque avant de se retrouver à Rome ?
    S'appuyant sur une documentation riche et cohérente, qui va du IIè millénaire au IVè siècle de l'ère chrétienne, Philippe Borgeaud s'inscrit résolument dans une démarche historique.
    Montrant l'inanité des théories qui ont, depuis plus d'un siècle, créé une nébuleuse universelle emprisonnant la figure de la déesse archaïque, l'auteur restitue la Mère des dieux à sa pluralité archéologiquqe.
    Entre richesse symbolique et rigueur historique, Borgeaud invite à repenser la complexité de la figure maternelle dans les sociétés anciennes aux origines de la chrétienté.

  • Que peut-on savoir aujourd'hui de la religion de l'Iran préislamique ? Zoroastre, longtemps considéré comme le Moïse de l'Iran antique, que les manuels présentent comme un prophète monothéiste et un réformateur religieux, a-t-il vraiment vécu et accompli son oeuvre au VIe siècle avant J.-C. ?

    Dans ce livre novateur, Jean Kellens propose une histoire des hypothèses échafaudées sur les origines du zoroastrisme. Sans détour, l'auteur nous dit que depuis longtemps il «sentait confusément que quelque chose ne tournait pas rond» au pays des historiens du zoroastrisme. Sceptique envers le modèle d'explication historique faisant de Zoroastre un vrai prophète qui a vraiment vécu ici ou là à tel ou tel moment, il va restituer Zoroastre à sa dimension mythologique. Autrement dit, si l'auteur refuse l'hypothèse des origines prophétiques du zoroastrisme, c'est pour mieux affirmer la créativité littéraire et spéculative des vieux textes zoroastriens.

  • De grands événements bibliques se jouent autour d'un puits, c'est-à-dire dans une proximité essentielle avec l'eau, dans des lieux de conflits et de réconciliation, de relations hostiles ou amicales entre des groupes ou des personnes. Spécialiste de la tradition juive, bon connaisseur du Nouveau Testament et du Coran, Armand Abécassis explore systématiquement ces rencontres inédites autour d'un puits, où s'engage l'aventure de la paix ou de la guerre, de la justice ou de l'injustice, du droit de tous ou de l'inégalité maintenue, de l'amitié ou de la violence, de l'accueil ou du rejet de l'étranger, de la place des femmes. Les divergences entre les trois monothéismes - mais aussi peut-être les moyens de les surmonter - se dessinent déjà là, à travers les deux vocations d'Israël et d'Ismaël, où s'enracine la distinction entre judaïsme et islam, ou encore à travers les deux réponses, juive et chrétienne, à la quête humaine de paix, que l'auteur lit dans la rencontre entre Jésus et la Samaritaine. Du puits de Sodome au puits de Jacob, du puits d'Isaac au puits de Moïse, du puits de Rébecca au puits de la Samaritaine, le partage de l'eau - pour désaltérer, pour arroser, pour purifier - en apprend beaucoup sur l'origine de la violence et l'instauration de la paix.

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