Littérature traduite

  • Les premiers missionnaires débarqués au Brésil sont confrontés à un curieux paradoxe  : alors que les Tupimamba acceptent volontiers la doctrine chrétienne et se convertissent, ils ne renoncent pas pour autant à leurs coutumes féroces, au cycle infernal des guerres intertribales, au cannibalisme et à la polygamie. Cette apparente inconstance, cette oscillation entre respect de la nouvelle religion et oubli de sa doctrine, entraîne finalement les Européens à déclarer que les Tupinamba sont fondamentalement sans religion, incapables de croire sérieusement en une quelconque doctrine. Dans cet essai, le célèbre anthropologue brésilien Eduardo Viveiros de Castro, figure tutélaire des études actuelles en ethnologie amazonienne, revisite les sources du XVIe siècle pour restituer les enjeux de cette «  inconstance de l'âme sauvage  », en laquelle se disputeraient deux manières fondamentalement différentes de penser le monde et la société. Il nous invite à remettre en cause, dans une perspective à la fois historique et anthropologique, le rapport entre culture et religion.

  • Les Pouvoirs du sacré pose une question brûlante : celle de la place persistante du sacré et de la religion dans la vie sociale contemporaine. Ni une vision linéaire de la sécularisation comme déclin progressif et mondial de la religion, ni une compréhension mystique du « retour du religieux » ne conviennent pour appréhender ce phénomène complexe. Hans Joas parcourt, synthétise et discute les grands paradigmes qui ont été élaborés par la philosophie et la sociologie, depuis le xviiie siècle, pour penser la vie religieuse.
    En discussion critique avec Max Weber, Joas construit une alternative au récit du « désenchantement du monde ». Il estime qu'une compréhension du devenir de la religion ne peut se séparer d'une interprétation des tensions entre le politique et le religieux, l'État et les Églises, qui ont paradoxalement créé des interstices dans lesquels les individus ont pu construire leur liberté et redéfinir leur vie en commun.

    Il s'agit aussi d'un livre engagé en faveur d'un universalisme des droits de la personne qui se traduirait, au plan théologico-politique, par le double rejet des théocraties et des dictatures laïques, et par une mise en garde contre la tentation d'une « auto-sacralisation de l'Europe » contre l'islam.

  • Qui étaient les gnostiques ? Et comment le mouvement gnostique a-t-il influencé le développement du christianisme dans l'Antiquité ? L'Église at- elle rejeté le gnosticisme ? La somme de David Brakke présente une définition inégalée en France sur les gnostiques.
    Ce livre offre une incursion éclairante dans les débats les plus récents à propos du « gnosticisme » et de la diversité du premier christianisme. En reconnaissant que la catégorie « gnostique » est imparfaite et doit être reconsidérée, David Brakke plaide pour un rassemblement plus prudent des preuves sur le premier christianisme, connu comme école de pensée gnostique. Il met ainsi en évidence la manière dont le mythe et les rituels gnostiques se sont adressés à des questionnements humains élémentaires (notamment à propos de l'aliénation et du sens), répandant le message d'un Christ sauveur et permettant aux hommes de regagner leur connaissance de Dieu en tant que source ultime de l'être. Plutôt que de dépeindre les gnostiques comme des hérétiques ou comme les grands perdants de la lutte pour la définition du Christianisme, David Brakke soutient la thèse d'une réelle participation des gnostiques dans la réinvention en cours de la religion monothéiste. Si les autres chrétiens ont pu rejeter les idées gnostiques, ils les ont aussi et surtout adaptés et transformés.

  • Le sutra du lotus

    Collectif

    • Fayard
    • 27 Août 1997

    Le Sûtra du Lotus est sans aucun doute l'un des textes fondamentaux du Mahâyâna. Depuis plus de quinze siècles, dans la version de Kumârajîva, il a scandé la pratique des bouddhistes de l'Extrême-Orient et permis à des millions d'entre eux d'approfondir le message du Bouddha. Ce livre canonique connaît actuellement une renaissance impressionnante en Chine, en Corée, voire au Viêt-Nam. Au Japon, il a joui d'une ferveur ininterrompue: les plus croyants continuent à en réciter des passages chaque jour et des mouvements religieux ne cessent de le diffuser pour en faire la Bible du bouddhisme.

    Grandiose fresque, le Sûtra du Lotus apparaît comme une mise en scène, à l'échelle cosmique, de la prédication du Bouddha, illustrée de paraboles décrivant les différentes étapes qui mènent à l'Eveil. Au cours des âges, poètes et artistes en ont exploré et transposé les innombrables images. Ses virtualités philosophiques, dont le sens peut paraître aujourd'hui obscur, furent mises en valeur par des commentateurs issus de tous les courants du bouddhisme.

    Le Sûtra du Lotus, dont l'original sanscrit a été magistralement traduit au XIXe siècle par Eugène Burnouf, fut propagé à travers toute l'Asie dans la version en chinois classique qu'en fit Kumârâjiva au Ve siècle. C'est cette dernière qui est présentée pour la première fois en français, avec ses deux traditionnels sûtra d'accompagnement, Le Livre des sens innombrables et Le Livre de la contemplation du Sage-Universel.

    Jean-Noël Robert, directeur d'études à l'EPHE, Section des sciences religieuses, a publié Les Doctrines de l'école japonaise Tendai au début du IXe siècle.

  • Un philosophe juif dans l'Espagne musulmane Nouv.

    Salomon Ibn Gabirol, philosophe néoplatonicien, et poète prolifique hébraïque de l'Espagne musulmane, est né à Malaga vers 1021/1022. Son livre de correction des qualités morales, est un petit traité de morale écrit dans un langage populaire. L'auteur y a intercalé un grand nombre de sentences puisées dans la Bible, dans les auteurs profanes de l'Antiquité et dans les poètes arabes.
    (Salomon Munk) Ce texte contient de précieuses indications sur l'état de la pensée, du savoir et des valeurs au XIe siècle dans les communautés juives d'Espagne. Mais surtout, ce texte, écrit directement en arabe par un rabbin juif, et empruntant une partie de sa matière aux traditions grecques (on y lit un hommage au «divin Socrate»), chrétiennes ou musulmanes, témoigne d'une ouverture extraordinaire.
    Les pages originales de cet ouvrage mêlent l'écriture cursive arabe à l'alphabet hébraïque, utilisé pour citer la Torah. L'ouvrage est un extraordinaire témoignage d'ouverture d'esprit et d'ouverture à l'autre. Il est une leçon sur la capacité des intellectuels, dès le XIe siècle, à dialoguer d'une culture à l'autre, d'une religion à l'autre, sans heurt et avec respect.
    L'ouvrage lui-même, par sa nature de traité de morale, exhorte à la tempérance, à l'ouverture, à la réflexion, au calme et à l'écoute, toutes valeurs indispensables en notre temps.

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