Belles Lettres

  • Gorgias

    Platon

    Le Gorgias est sans doute le plus animé et le plus féroce des dialogues platoniciens. A la faveur de la discussion qui oppose Socrate au sophiste Gorgias et à l'incroyable rhéteur Calliclès, Platon conduit la philosophie en un lieu où on ne voulait pas l'attendre : au sein des assemblées, des tribunaux et des discussions publiques où la question est posée de la "meilleure manière de vivre". A l'encontre de la rhétorique athénienne, la philosophie revendique la prétention exclusive d'être le seul discours éthique. Qu'il s'agisse des plaisirs, dont on ne peut vraiment jouir qu'à la condition de les maîtriser et de les connaître, ou du soin de la cité, qui exige un gouvernement susceptible d'améliorer les citoyens, la philosophie fait ici valoir sa compétence à ordonner les conduites.
    Sans doute écrit au moment où Platon fondait à Athènes l'Académie (autour de 387), le Gorgias veut être le protocole éthique d'un engagement politique ; il débat donc des conditions du gouvernement de soi et des autres.

  • Le 8 juin 1978 Alexandre Soljénitsyne disait aux étudiants de l'université de Harvard :
    « Non, je ne peux pas recommander votre société comme idéal pour transformation de la nôtre. (.) Nous avions placé trop d'espoirs dans les transformations politico-sociales, et il se révèle qu'on nous enlève ce que nous avons de plus précieux : notre vie intérieure. À l'Est, c'est la foire du Parti qui la foule aux pieds, à l'Ouest la foire du Commerce : ce qui est effrayant, ce n'est même pas le fait du monde éclaté, c'est que les principaux morceaux en soient atteints d'une maladie analogue. »

  • Une des principales passions humaines.
    Un des moteurs de nos actions. Et qui pourtant n'avait jamais fait l'objet d'une étude complète : le livre d'Helmut Schoeck nous propose la première analyse exhaustive de l'envie à travers les temps et selon tous ses modes.
    Des sociétés traditionnelles aux sociétés modernes, des mythes à l'économie, voici une extraordinaire "coupe" de l'histoire de l'humanité vue à travers ce sentiment essentiel et les comportements qu'il engendre. Le crime peut-il être inspiré par l'envie ? Quels sont les rapports entre l'envie et l'esprit de compétition ? C'est à des questions éternelles aussi bien qu'aux plus contemporaines que répond ce livre.

  • On a pu dire de l'oeuvre considérable de George Steiner qu'elle tourne tout entière autour du langage, de son sens et de ses conséquences morales et religieuses. On le verra en lisant cet ouvrage écrit voici quarante ans par l'auteur de Après Babel et Réelles présences et qui, dans un style clair et rigoureux, analyse les menaces qui pèsent sur le langage, sur la position du poète face à la barbarie et la survie d'un sens lié à la culture occidentale. Les humanités survivront-elles ? Chacun sait que la réponse est un combat qui ne cessera jamais.

  • Il existe peu d'histoires de la philosophie en français, et celles que l'on peut lire s'adressent à des spécialistes ou à des étudiants.
    L'oeuvre de Bertrand Russell, en revanche, est accessible à tous, sans que pour cela l'exposé des différents systèmes perde en quoi que ce soit de son exactitude et de sa rigueur. C'est donc un tableau cohérent et complet de la philosophie occidentale, de l'Antiquité à nos jours que "l'honnête homme" trouvera ici. Complet, cela va de soi, car l'érudition de l'auteur ne saurait être mise en défaut. Cohérent, car une pensée sous-entend et anime cet ouvrage, cette pensée que les philosophes sont à la fois des effets et des causes : ils sont les effets des circonstances sociales, de la politique et des institutions de leur temps ; ils sont la cause (s'ils sont heureux) des nouvelles croyances qui façonneront la politique et les institutions des âges futurs.
    Cet ouvrage capital de Bertrand Russell, grand penseur anglais, Prix Nobel 1950, a un double caractère : non seulement il est nourri de pensée comme un livre de philosophie, mais il se lit avec tout l'intérêt qu'on apporte à un livre d'histoire. Redisons-le, c'est une oeuvre qui pourra, et devra, figurer dans la bibliothèque de tout "honnête homme". Bertrand Russell est le plus éminent philosophe britannique du XXe siècle, qui apporta des contributions décisives dans les domaines de la logique et de l'épistémologie.
    Ses principes éthiques, qu'il incarna à travers ses engagements politiques.

  • C'est avec ces mots que Bertrand Russell ouvre ce qui est en effet un livre révolutionnaire. Prenant pour point de départ l'irrationalité du monde, il offre par contraste un point de vue " violemment paradoxal et subversif " : la croyance en la capacité de la raison à déterminer les actions humaines. Parce qu'ils pressentirent les horreurs qui résultèrent, dans les années suivant leur première publication en 1928, des passions irrationnelles issues des convictions religieuses et politiques, ces Essais sceptiques furent constamment réimprimés. Aujourd'hui, harcelés que nous sommes par les assauts violents du capitalisme, la défense russellienne du scepticisme et de l'indépendance d'esprit est plus que jamais d'actualité. Par sa prose engagée, il nous guide à travers les problèmes philosophiques fondamentaux qui concernent notre vie quotidienne - la liberté, le bonheur, les émotions, l'éthique et les croyances - et nous offre des conseils avisés. " Quels pourraient être les effets, demande-t-il ironiquement à ses lecteurs, d'une extension du rationalisme sceptique ? "

  • Walter Benjamin. Un itinéraire théorique concentre et condense, dans un style clair et rigoureux, les clés thématiques indispensables pour aborder tout en nuances la pensée complexe d'un intellectuel juif allemand pris entre deux apocalypses. Grâce à une mise en lumière qui croise systématiquement les éléments biographiques, historiques, philosophiques, littéraires ou encore politiques, Walter Benjamin, auteur difficile, s'offre ici sous un jour accessible qui par ailleurs ne cède en rien quant à « l'acuité des tensions qu'il a choisi de laisser vivre dans son oeuvre ».
    Si de l'adversité sans cesse combattue Walter Benjamin fit des armes, c'est donc à en comprendre le maniement comme la portée, à en transmettre l'acuité théorique et critique que nous invite Jean-Michel Palmier.

  • Paru en 1937 dans sa traduction française, soit sept ans après sa publication en Espagne (1930) sous le titre La rebellion de las masas, La révolte des masses demeure un opus majeur de la littérature intellectuelle mondiale. Et son auteur, le philosophe José Ortega y Gasset (1883-1955), professeur de métaphysique à l'université de Madrid de 1910 à 1936 et fondateur de l'influente Revista de Occidente, est considéré comme l'un des plus éminents représentants de l'humanisme libéral européen du xxe siècle.
    Bien qu'il ait publié beaucoup d'autres ouvrages notables (dont L'Espagne invertébrée et Le thème de notre temps), c'est dans cette Révolte des masses à l'immense retentissement que la pensée d'Ortega s'expose avec le plus de saillance. Son rude diagnostic sur la nature de la maladie qui ronge l'Europe n'a rien perdu de sa pertinence : l'irruption de l'« homme-masse », un « enfant gâté » conformiste et égalitariste qui rejette le passé, la raison et l'exigence morale - corrélée à une inquiétante « étatisation de la vie » et à l'« idolâtrie du social ». Mais il y esquisse aussi ce qui peut l'en guérir : l'avènement d'« un libéralisme de style radicalement nouveau, moins naïf et de plus adroite belligérance », et l'édification culturelle d'une Europe réellement unie.
    En 1938, Ortega publie un Épilogue pour les Anglais prolongeant et actualisant la réflexion de La révolte des masses : la présente réédition inclut ce texte capital à la diffusion jusqu'alors demeurée confidentielle.

  • «Trois passions simples mais irrésistibles, a écrit Bertrand Russell, ont commandé ma vie: le besoin d'aimer, la soif de connaître, le sentiment presque intolérable des souffrances du genre humain ces passions comme de grands vents m'ont poussé à la dérive, de-ci, de-là, sur un océan d'inquiétude, où je me suis parfois trouvé aux bords mêmes du désespoir.»C'était bien donner le ton de cette Autobiographie exceptionnelle en tous points. Elle nous permet de retrouver un personnage hors normes à la vie riche en événements de toutes sortes, dont les deux guerres mondiales qui ont ensanglanté et endeuillé le XXe siècle ne furent évidemment par les moindres. Tant il est vrai que sa vie durant, cumulant conquêtes intellectuelles et combats politiques, Bertrand Russell sut conjuguer comme personne la réflexion du logicien, ami de Wittgenstein et de Whitehead ou Moore, avec une action dans le siècle qui lui fit notamment connaître la prison en 1918 et une révocation de l'université à New York pour immoralité!Plus d'un personnage célèbre a croisé notre héros tels Bernard Shaw, Joseph Conrad, D.H. Lawrence, Katherine Mansfield ou J.M. Keynes que l'on retrouvera au fil de ces pages. Traversée du XXe siècle à hautes altitudes, cet autoportrait d'un géant de l'époque est une lecture nécessaire pour les citoyens du XXIe siècle.Bertrand Russell (1872-1970) est le plus éminent philosophe britannique du XXe siècle. Il apporta des contributions décisives dans les domaines de la logique et de l'épistémologie. Ses principes éthiques, qu'il incarna à travers ses engagements politiques et ses prises de position tranchées, lui valurent deux fois la prison mais aussi le prix Nobel de littérature en 1950.

  • Ce recueil de textes souhaite mettre en avant l'un des apports majeurs des recherches de Pierre Hadot, l'idée selon laquelle la philosophie antique est à la fois théorie, discours et mode de vie. Le philosophe français, philologue spécialiste de l'antiquité, est en effet celui qui a montré en quoi la philosophie antique était une articulation entre theôria et praxis. Soulignant expressément que la pratique de la philosophie n'est pas quelque chose q s'ajoute » à la théorie mais est un élément constituant de la philosophie chez les Anciens.
    Ainsi, de très nombreux textes de Pierre Hadot sont destinés à mettre en évidence en quoi les écoles philosophiques hellénistiques et romaines sont à la fois d d'enseignements, des lieux de confrontations aux discours des maîtres et des endroits où l'on apprend le mode de vie qui se conforme à ces enseignements. Les philosophes, les maîtres sont à la fois ceux qui instruisent, transmettent et offrent des leçons et, dans le même temps, ce qui en font la démonstration dans leur pratique quotidienne.
    Les ouvrages de Pierre Hadot ont souvent cherché à souligner cette articulation entre théorie et mise en oeuvre. C'est notamment le cas dans Qu'est-ce que la phi Cependant, peu d'entres eux abordent directement et uniquement ce thème. Ainsi si regard, Apprendre à philosopher dans l'Antiquité citadelle intérieure, Le voile d'Isis exemple s'intéressent à cet aspect, ils ont aussi pour vocation d'être une introduction au plotinicisme, au au stoïcisme tardif, à l'histoire de l'idée de nature, etc.
    Ce regroupement de textes a pour ambition d'adresser pleinement la question de l'articulation l'oeuvre de Pierre Hadot à travers un certain nombre de textes parfois rares ou même inédits où cette problématique est particulièrement soulignée.

  • Aucun philosophe français n'est plus connu que Descartes. Mais en même temps, aucun n'est moins bien connu :
    Sur toutes sortes de points (les idées innées, les relations de l'âme et du corps, les animaux réduits à des machines, la maîtrise humaine de la nature, etc.), on croit très bien savoir ce qu'il a dit, et l'on se dispense de le lire.
    Ce livre entreprend de mettre en évidence la distance entre ce qu'on fait dire couramment à Descartes et ce qu'il a effectivement écrit. En vingt-et-un courts chapitres qui correspondent à toutes les parties de l'oeuvre (de la méthode à la morale en passant par la métaphysique et par la physique), il dresse un tableau des erreurs les plus communes et présente les textes qui permettent de les réviser.
    L'ensemble est écrit dans un style clair et vif, avec des parties dialoguées. Libre et vivante introduction à l'oeuvre de Descartes, il apporte en même temps des éléments neufs sur des questions difficiles qui communiquent avec des problèmes cruciaux de la pensée contemporaine. La pensée de Descartes, si souvent calomniée, se révèle ainsi d'autant raffinée, stimulante et fascinante qu'on l'étudie de plus près.

  • « De son vrai nom Abu l-Walid Muhammad ibn Ahmad Ibn Rušd, Averroès (1126, Cordoue - 1198, Marrakech) est le personnage de plusieurs histoires : médecin, juriste, cadi, philosophe et commentateur d'Aristote, il est à la fois l'héritier des grandes figures de la pensée gréco-arabe, puis par la traduction, la diffusion et l'usage de ses oeuvres, l'une des sources majeures des cultures médiévales juives et latines. Mais de ce maître, la scolastique fit aussi un scandale. Pour des siècles, en Europe, Averroès sera le père insensé d'une théorie dégradante et antireligieuse sur l'homme. Le livre parle de cela. » (incipit de l'ouvrage)

  • La belle mécanique n'a pas fonctionné comme prévu.
    Le suffrage universel, finalement conquis (plus ou moins tard selon les pays et en Italie presqu'en dernier), a déçu trop souvent ceux qui s'étaient battus pour lui et n'a pas produit les effets espérés. Au contraire, les urnes ont servi à légitimer des équilibres, des classes, un personnel politique presque immuable - et peu importe si ce dernier est diversifié et divisé. Et si le vrai pouvoir était ailleurs ? C'est ce dont il sera question, cher lecteur, dans les pages qui suivent." Canfora insinue bien plus que de vagues soupçons sur les déguisements du pouvoir : cette domination de quelques-uns - elle n'est d'un seul qu'en apparence - qui ne peut cependant se maintenir qu'à condition de s'assurer un large consensus.
    Tout en restant, bien entendu, au sens plein de ce mot, une domination.

  • Libre penseur, tel fut Bertrand Russell et tel il nous manque en ces temps de pensée unique, cathodique et pseudo-bienséante. Aussi bien les marques de son génie n'ont-elles pas pris la moindre ride et les textes ici rassemblés, vieux d'un demi-siècle, ont-ils conservé tout leur mordant à propos de sujets - la morale et la religion - sur lesquels l'évolution des mentalités paraît bien lente comparée à celle des techniques. La réédition de l'essai fameux de Russell sur Le Mariage et la morale (1929) avec ceux, contemporains, réunis sous le titre Pourquoi je ne suis pas chrétien par le Pr Paul Edwards en 1957, s'imposait d'autant que l'ensemble fut produit comme pièces à conviction dans l'espèce de procès en immoralité qui fut diligenté contre Russell en 1940 pour lui interdire d'enseigner au Collège de la Ville de New-York.

  • L'oeuvre de Hegel n'a pas fini de fasciner et d'effrayer ceux pour qui la philosophie n'est pas un vain mot. Pour tous, le livre de Kostas Papaioannou, bref et dense, clair et profond, fournit la meilleure des «initiations». Derrière les abstractions logiques du Système, il met à jour le souci pathétique qui, dès les écrits de jeunesse, donne à la pensée hégélienne son unité: réconcilier l'homme avec le monde, avec le temps, avec lui-même. Un choix de textes fondamentaux, dont certains fort rares, tous traduits par Papaioannou, éclaire cet essai brillant et original, honnête et solide aussi, dans lequel la sympathie intellectuelle, née d'une longue familiarité avec les écrits de Hegel, n'exclut pas la distance historique et critique nécessaire. Cette nouvelle édition s'accompagne d'une note sur les fondements de la politique hégélienne et d'un texte inédit sur Hegel et la Révolution française.Kostas Papaïaonnou (1925-1981) est l'auteur d'importants travaux sur Marx, le marxisme et le totalitarisme soviétique (L'Idéologie froide. Essai sur le dépérissement du marxisme, Marx et les marxistes, De Marx et du marxisme). Sa traduction de La Raison dans l'Histoire. Introduction à la Philosophie de l'Histoire, de Hegel, fait autorité. La réflexion sur Hegel est également au centre de ses essais sur la « généalogie de la conscience historique », publiés sous le titre de La Consécration de l'histoire. On lui doit aussi de remarquables ouvrages sur L'Art et la civilisation de la Grèce classique et sur La Peinture byzantine et russe.

  • Pensées du corps: se peut-il que le corps pense, qu'il ne soit pas un simple objet de réflexion, mais un sujet de pensée à part entière?La démarche philosophique est ici confrontée à un corpus de pratiques et d'arts gestuels japonais (danse, théâtre, arts martiaux). Une série d'expériences significatives bousculent les idées reçues et poussent le penseur à un renouvellement radical de ses méthodes et de ses concepts. En résulte une philosophie de terrain, incarnée et immanente, qui met en lumière la profonde rationalité du corps. Y compris dans ses déploiements qui d'ordinaire résistent à l'analyse: sensation et action.Nul besoin d'avoir recours à un relativisme culturaliste friand d'exotisme, encore moins à un quelconque irrationalisme. Les pensées du corps dessinent un espace de publicité et d'intelligibilité, une forme d'universalité que chacun peut intimement éprouver et affiner. Loin de constituer un dehors, le corps apparaît comme le lieu de production d'un savoir et d'une pensée universellement partageables.

  • A travers les Dimensions de la conscience historique, Raymond Aron s'impose comme l'un des penseurs majeurs de l'histoire au XXe siècle.
    Après les bouleversements issus du second conflit mondial, Raymond Aron pense le monde à l'aune de l'installation durable du communisme à l'Est de l'Europe, de la fin de la colonisation, des mutations que signale une phase de progrès technique encore inconnue dans les sociétés développées. Il prend acte du changement radical que marque pour la condition humaine l'avènement de l'ère nucléaire. Face à ces mutations, le philosophe a plus que jamais le devoir de penser l'histoire et la liberté de l'homme face à l'événement.
    Dialoguant avec Thucydide, combattant l'idée d'une fin de l'histoire avancée par Spengler et Toynbee et plus encore par la téléologie marxiste, il poursuit la réflexion sur les limites de l'objectivité historique engagée au cours des années 1930. Les Dimensions de la conscience historique n'ont cessé de nourrir les débats sur l'histoire. Il demeure aujourd'hui un ouvrage indispensable pour réfléchir à notre condition historique.

  • Paru en 1937 aux Etats-Unis sous le titre An Inquiry into the Principles of the Good Society et traduit en français l'année suivante, La Cité libre n'a, malgré sa grande notoriété, jamais été republié depuis. On mesurera la nécessité intellectuelle de sa réédition en rappelant que son auteur, l'influent chroniqueur et réputé sociologue Walter Lippmann (1899-1974), a été une personnalité politique américaine de premier plan (conseiller du président Wilson, introducteur de l'expression " guerre froide "...), passé du socialisme au libéralisme dans une acception mi-américaine, mi-européenne. La Cité libre inaugure une critique conjointe du " despotisme collectiviste " de l'Etat-providence et des " illusions dogmatiques " du libéralisme économique de laissez-faire - au nom d'un " libéralisme renouvelé " à construire. L'écho rencontré par le livre a été tel qu'a été organisé à Paris fin août 1938 un " colloque Walter-Lippmann ", auquel participèrent déjà Hayek et Aron, et qui s'acheva sur la publication d'un " agenda du néolibéralisme ". Actuellement, un nombre croissant de spécialistes de philosophie et de sciences politiques français intéressés par les origines du " néo-libéralisme " voient dans La Cité libre et le colloque Walter-Lippmann le début d'une séquence fondamentale d'histoire des idées aux prolongements contemporains évidents.

  • Vertu d'égoïsme

    Ayn Rand

    " L'éthique objectiviste considère que ce qui est bon pour l'homme ne nécessite pas de sacrifices humains et ne peut être accompli par le sacrifice des uns en faveur des autres. (...) Elle considère que les intérêts rationnels des hommes ne se contredisent pas, et qu'il ne peut y avoir de conflits d'intérêts entre des hommes qui ne désirent pas ce qu'ils ne méritent pas, qui ne font ni n'acceptent de sacrifices et qui traitent les uns avec les autres sur la base d'un échange librement consenti, donnant valeur pour valeur. " Cette pensée est celle de Ayn Rand (1905-1982), philosophe, romancière, dont la vie fut aussi iconoclaste et tumultueuse que l'oeuvre. Née en Russie, elle fuit celle-ci après la révolution bolchevique et émigre aux Etats-Unis où elle commence une carrière de scénariste à Hollywood avant d'écrire deux best-sellers, The Fountainhead, et Atlas Shrugged. Rassemblant une série d'articles et de conférences, La Vertu d'égoïsme constitue une excellente approche de la pensée forte, singulière et redoutablement actuelle - l'objectivisme - d'une des plus notables et influentes figures de la vie intellectuelle américaine du milieu du XXe siècle.

  • Le Cygne Noir soulevait un problème, le fait qu'une certaine catégorie d'événements historiques successifs demeure impossible à prévoir et à évaluer. Force et fragilité va plus loin, au coeur des questions philosophiques et empiriques, et se penche sur les mesures concrètes pour faire face aux Cygnes Noirs.

  • Les intellectuels, c'est bien connu, sont assez souvent enclins à la grandiloquence. Ils aiment les grandes phrases, les propositions définitives et par-dessus tout la critique. Leur légendaire "sens du problème" paraît même leur interdire de découvrir des solutions simples aux questions que tout le monde se pose. Karl Popper se singularise ainsi par son mépris pour l'intellectualisme et les querelles philosophico-philosophiques. Il n'a pas de termes assez durs pour stigmatiser le culte de l'incompréhensibilité et le style digne d'un oracle antique pratiqué dans de si nombreux cénacles. "Qui ne peut s'exprimer clairement et simplement doit se taire et continuer à travailler jusqu'à ce qu'il puisse parler clairement", déclare-t-il. L'ensemble des conférences publiées ici manifeste un seul souci : exposer les résultats de ses études de façon à être entendu par le plus grand nombre. Sur des sujets aussi variés que le totalitarisme, l'art, la science ou le système libéral, Popper, homme parmi les hommes, nous donne une grande leçon de modestie et de probité.

  • Avec Le Sens des réalités, l'essentiel de la pensée d'Isaiah Berlin est enfin publié. On y retrouve tous les thèmes qui ont nourri son oeuvre : le mouvement romantique, sa genèse et ses implications, l'histoire des théories socialistes et marxistes, le nationalisme et ses racines, l'engagement de l'intellectuel et, finalement, la conviction de Berlin que les idées ont une importance déterminante dans la destinée de l'humanité. On discerne aussi, en filigrane, les questions qui l'ont tiraillé toute sa vie -comment construire une société décente ? comment prendre une bonne décision ? pourquoi certaines idées, plutôt nobles et belles au départ, en viennent-t-elles à nourrir les pires idéologies ? Et pour trouver les réponses, une qualité lui semble alors indispensable- le sens des réalités. En lisant cet essai, on découvre un style très particulier qui rappelle à la fois les grands auteurs de fiction russes du XIXe siècle et la littérature victorienne à laquelle Berlin vouait une grande admiration. Ce style, ample et cadencé, est un labyrinthe où l'on se perd volontairement. Le propos sait alterner grandeur, noblesse, ironie, sens critique et bon sens. Il y a une voix dans ces textes, qui, au fond, s'évade de l'estrade professorale et s'égaye dans une simple conversation ou se réfugie dans une écriture sérieusement tissée.

  • Le libéralisme est partout et nulle part. Son omniprésence dans le débat public est accompagnée d'un flou conceptuel, qui ne permet pas de saisir sa place et son influence dans nos sociétés.
    Il demeure un objet mal identifié, dont les fondements théoriques et la diversité des thématiques sont méconnus.
    Savoir ce qu'est le libéralisme, dans toutes ses dimensions, pas seulement économique mais aussi philosophique, politique, morale et culturelle, donner la parole aux penseurs qui l'ont édifié et prendre appui sur les textes, voilà l'objet de cet ouvrage, inédit par l'ampleur et la variété de son corpus.
    Ce livre propose au lecteur:
    Un choix de plus d'une centaine de textes, illustrant toutes les écoles et sensibilités libérales, de la Renaissance à nos jours. On y trouvera des écrits classiques (Smith, Kant, Bentham, Tocqueville, Spencer, Hayek) et d'autres plus originaux et inattendus (Jurieu, Courier, Cobden, Guyot, Oppenheimer, Croce...). Nombre d'entre eux étaient introuvables à ce jour.
    Une généalogie inédite du mot « libéralisme ».
    Un dictionnaire exhaustif des auteurs libéraux.
    Des « chemins de traverse » qui documentent et élargissent la connaissance des notions et figures du libéralisme, au gré d'approches critiques et d'excursions intellectuelles hors des sentiers battus...

  • Ce traité, qui eut une certaine influence sur la scolastique latine, n'avait en français fait l'objet d'aucune étude (l'ensemble dans sa version arabe publiée par les soins du P. Rouyges en 1938. C'est cette étude qu'on s'est proposé de mener à bien sur la base d'une nouvelle traduction commentée.
    En bien cerner l'intention nécessitait d'en situer les thèmes à la fois dans l'histoire de la falsafa naissante et dans la perspective de l'évolution de la pensée de Farabi. Bien loin du traité brouillon qu'on a voulu y voir, son étude attentive révèle un philosophe déjà maître de la philosophie développée dans ses oeuvres plus tardives et maître également d'une pensée pédagogique qui a donné au traité sa facture particulière : clair sur les thèmes politiques du début du traité, qui sont analysés ici pour la première fois, puis volontairement elliptique vers la fin, au moment de conclure sur les Causes secondes et le Premier principe, Farabi va d'abord à la rencontre de ses lecteurs et les incite ensuite, par la difficulté croissante de l'exposé, à rechercher an-delà du traité les questions que celui-ci ne fait qu'esquisser.
    'l'ont en invitant ses contemporains à venir en apprendre plus auprès de lui, l'oeuvre pose les fondements conceptuels de l'espérance philosophique et le terne de la vie humaine accomplie :
    L'immortalisation par la connaissance, au stade où l'intellect devient "acquis" (adeptus). Alexandre d'Aphrodise et en particulier son De anima servent ici de caution et de prétexte aristotéliciens à l'élaboration d'une doctrine dont l'ontologie de référence est inspirée du Plotin arabe.

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