Cerf

  • « Avec ce volume, écrit J. Habermas, je poursuis les recherches concernant "Morale et communication". Ce qui relance la discussion ce sont surtout les objections faites aux concepts universalistes de la morale qui remonte à Aristote, Hegel et le contextualisme contemporain. Il s'agit de dépasser l'opposition stérile entre un universalisme abstrait et un relativisme qui se contredit lui-même. Je tente donc de défendre la prééminence du juste, compris dans un sens déontologique, sur le bien. Mais cela ne signifie pas que les questions éthiques, au sens étroit du terme, doivent être exclues du questionnement rationnel. » Comme l'indique le traducteur, M. Hunyadi, « dans cette perspective, la question morale centrale n'est plus, on le voit bien, la question existentielle de savoir comment mener une vie bonne, mais la question déontologique de savoir à quelles conditions une norme peut être dite valide. Le problème se déplace de la question du bien vers la question du juste - de celle du bonheur vers celle de la validité prescriptive des normes. Les questions morales - concernant le juste, et décidables au terme d'une procédure argumentative - sont à distinguer des questions éthiques - concernant les choix axiologiques préférentiels de chacun, par nature subjectifs -, c'est l'une des entreprises originales de ce livre que de le montrer. »

  • La lutte pour la reconnaissance

    Axel Honneth

    • Cerf
    • 14 Février 2000

    La philosophie sociale moderne, depuis machiavel et hobbes, présuppose un rapport d'hostilité entre des individus désireux de s'assurer une place au soleil ou plus simplement de garantir les conditions de leur survie.
    La société ne serait rien d'autre qu'une collection d'individus. la fonction de l'etat, dans ce contexte, consiste à neutraliser leur antagonisme. la morale se trouve ainsi instrumentalisée. le jeune hegel se démarque de cette tradition en cherchant à comprendre les conflits humains dans la perspective d'une demande de reconnaissance. il met ainsi en lumière la dimension morale inhérente à tout affrontement et reconstruit l'évolution sociale selon une succession de luttes réelles ou symboliques, dans lesquelles l'individu ne cherche pas tant à supprimer ou à abaisser son adversaire qu'à être reconnu par lui dans son individualité.
    L'amour, le droit, la solidarité offrent les cadres successifs oú s'inscrit, à mesure que s'enrichissent les rapports humains, ce lien de reconnaissance. la psychologie sociale moderne permet de reprendre cette approche pour l'enraciner dans les mécanismes de formation de la personnalité humaine (les travaux de g. h. mead et de d. winnicott en particulier). en distinguant trois formes de mépris - l'atteinte physique, l'atteinte juridique et l'atteinte à la dignité de l'individu -, correspondant aux stades de développement du rapport de reconnaissance, axel honneth se dote d'un outillage conceptuel qui lui permet d'articuler une véritable " grammaire morale des conflits sociaux ", fondée sur une théorie intégrée de l'homme et de la société.
    Ce faisant, il nous met aussi entre les mains un précieux instrument critique.

  • Morale et communication

    Jürgen Habermas

    • Cerf
    • 1 Janvier 1987

    Ce livre, publié en 1983, est à plusieurs égards un livre décisif pour cette fin de siècle Il l'est en premier lieu en tant que démenti formel à la rumeur insistante selon laquelle la philosophie serait bientôt - sinon déjà - condamnée à la futilité et à l'inaction.
    S'appuyant sur une analyse lucide de la modernité, Habermas montre que si la tâche philosophique de médiation de la rationalité demande certes à être réévaluée, elle est non seulement possible mais encore essentielle à notre réflexion. Non content de le dire, Habermas le prouve. Tout d'abord, en mettant en oeuvre la conception de la philosophie qu'il défend, conception liée à la théorie critique de la société qu'il a lui-même reconstruite sur la base d'une Raison communicationnelle, et qui préconise une coopération de toutes les activités intellectuelles déclarant une exigence de rationalité.
    Il le prouve encore en mettant en place, à partir de l'activité communicationnelle et de l'éthique de la discussion de K.O. Apel, une théorie proprement philosophique des relations humaines dans les sociétés contemporaines ; théorie formelle de l'intersubjectivité, elle apparaît comme une morale non prescriptive dont les principes ne sont liés qu'à la garantie de l'intercompréhension, offrant ainsi une nouvelle appréhension de la Raison pratique.
    Il le prouve toujours en démontrant que cette théorie, sans rien renier de son caractère philosophique, peut nouer un dialogue effectif et heuristique avec une science sociale - ici avec la psychologie sociale, de Kohlberg. Il le prouve enfin en apportant à la société contemporaine, par ce dialogue, une intelligibilité critique d'elle-même qu'elle ne pourrait acquérir autrement.

  • Voici le texte inédit du Mémoire pour le Diplôme d'études scientifiques que soutint le jeune Paul Ricoeur en 1934 devant Léon Brunschvicg. Dans ce travail remarquable, qui laisse entrevoir tout le génie du philosophe, Ricoeur aborde sous l'angle de la méthode réflexive le problème de Dieu.
    Si Dieu est l'être même de la pensée, il n'est pas à chercher hors de nous, mais en nous ; il est notre meilleur moi, l'âme de notre âme ; il nous est plus intérieur que nous-mêmes. La recherche de Dieu n'engage cependant pas seulement notre connaissance, car la pensée oriente aussi vers un idéal pratique de vie. Appliquer la méthode réflexive n'est pas un jeu d'idées, mais une discipline de vie. Spéculer n'est pas assister à un spectacle ou se regarder en un miroir (speculum) : c'est consentir à ne vivre que par l'esprit et pour l'esprit.
    Devenu une figure centrale de la philosophie française du XXe siècle, Paul Ricoeur (1913-2005) sondait ainsi dans son Mémoire de jeunesse, enfin exhumé, les ressources de la méthode réflexive : elle l'aura accompagné tout au long de ses recherches ultérieures.

  • La confrontation entre philosophie et psychanalyse a connu de beaux jours. Mais après les grands débats avec P. Ricoeur, M. Merleau- Ponty, J. Derrida, G. Deleuze ou M. Henry, ce dialogue semble aujourd'hui rompu. Il fallait donc de nouveau franchir le Rubicon. Peut-être la philosophie contemporaine souffre-t-elle d'un « excès de sens », qu'il s'agisse de signification ou d'interprétation, et que la psychanalyse ait sur ce point matière à interroger ?
    Dire «i» Ça n'a rien à voir«/i» n'indique pas qu'entre philosophie et psychanalyse il n'y ait pas de rapports, bien au contraire. « Ça n'a rien à voir » veut plutôt signifier que le « Ça » ne se voit pas - parce que précisément il ne se donne jamais à voir comme « phénomène ». Oser «i» Lire Freud en philosophe «/i», c'est ainsi conduire la pensée vers des rives insoupçonnées, en une lecture de la psychanalyse ici renouvelée.

    «i» Doyen honoraire de la Faculté de philosophie de l'Institut catholique de Paris, Emmanuel Falque est philosophe et phénoménologue. Il est l'auteur de nombreux ouvrages publiés en France et traduits à l'étranger, en particulier aux États-Unis. Derniers livres «/i» : Le Combat amoureux (2014), Parcours d'embûches (2016), Le livre de l'expérience (2017).

  • Qu'est-ce que la haine ? Comment cet affect individuel peut-il animer des persécutions collectives ? C'est la logique de la haine, toujours active et menaçante, que ce livre s'efforce de comprendre. Pour cela, Jacob Rogozinski interroge le phénomène de la chasse aux sorcières qui s'est déchaînée de la Renaissance aux Lumières. Il décrit les techniques mises en oeuvre pour désigner, puis anéantir ses cibles. Il analyse la recherche du « stigmate diabolique », l'aveu d'une « vérité » extorquée sous la torture, la dénonciation d'un « complot des sorciers », la construction de la figure de « Satan » comme ennemi absolu. Les mêmes dispositifs se retrouveront sous d'autres formes, dans d'autres circonstances, de la Terreur jacobine aux procès de Moscou, et sous-tendent encore les récentes « théories du complot ». En étudiant ces expériences historiques, en repérant leurs différences et leurs similitudes, Jacob Rogozinski montre comment l'on passe de l'exclusion à la persécution, comment l'indignation et la révolte des dominés peuvent se changer en haine et se laisser capter par des politiques de persécution. Ses analyses nous éclairent ainsi sur les dispositifs de terreur de notre temps.

  • Si nous ne voulons pas que l'écologie se réduise à des déclarations d'intention, des changements dans nos styles de vie sont nécessaires.
    La question est de savoir quelle éthique et quelles transformations de la démocratie peuvent rendre possible la prise en compte de l'écologie dans notre vie. Reliant des champs de l'éthique appliquée qui d'ordinaire sont étudiés séparément - la culture et l'agriculture, le rapport aux animaux, l'organisation du travail et l'intégration des personnes en situation de handicap -, cette enquête élabore un concept rigoureux de responsabilité susceptible de promouvoir une autre manière de penser le sujet et une autre organisation politique.
    Loin de fonder la politique sur l'écologie, il s'agit de montrer que celle-ci ne peut être prise au sérieux qu'au sein d'un humanisme rénové. Ainsi, le sujet de l'éthique de la vulnérabilité s'inquiète du devoir être de son droit et intègre, dans son vouloir vivre, le souci de préserver la santé de la terre et de ne pas imposer aux autres hommes et aux autres espèces une vie diminuée.

  • Socrate

    Jan Patocka

    « Qu'est-ce que l'‹ âme › ? [...] Chez Socrate [...] c'est un destin intérieur, la détermination intime de l'homme. L'âme décide d'elle-même et possède à cette fin une faculté qui n'appartient qu'à elle - la connaissance de la vérité, la faculté de distinguer le bien du mal. Ce qui, chez nous, décide en dernière instance de soi-même, en vertu de sa connaissance du bien, c'est l'âme selon Socrate. Pourquoi alors faut-il en prendre soin ? Pourquoi faut-il en avoir souci ? ».

    Cours professé à l'Université Charles de Prague en 1946, le Socrate de Jan Patocka constitue une interprétation délibérément philosophique de la pensée socratique telle qu'elle se révèle à travers les témoignages de ses disciples. En six chapitres, l'auteur traite d'abord des problèmes que posent la reconstruction philologique et l'interprétation philosophique de la figure de Socrate. Il aborde ensuite les présupposés culturels de l'activité du philosophe athénien tels que la tragédie et la sophistique et il résume les circonstances de sa vie. Enfin, Jan Patocka réfléchit sur les objectifs de la quête philosophique de Socrate et sur la signification que revêtent chez lui les notions du soin de l'âme, de la vertu et du bonheur. Une importante annexe reprend le dossier des témoignages sur les disciples de Socrate pour défendre l'idée d'un socratisme qui, pour peu qu'il constitue une doctrine, n'en est pas moins une philosophie.

  • Cette première édition française des Sermons latins de Maître Eckhart, produite et commentée par un des spécialistes formés dans l'Equipe de recherches sur les mystiques rhénans (Université de Metz), ouvre à une meilleure compréhension de la pensée mystique d'un des plus grands maîtres du Moyen Age.
    L'OEuvre des Sermons de Maître Eckhart, dernier volet de son grand projet inachevé " l'OEuvre tripartite ", nous restitue tout au long de cinquante-six serinons une présentation générale de la pensée du Mystique thuringien. À la différence des Sermons allemands, Eckhart s'adresse ici en premier lieu à ses frères dominicains : il nous montre un autre visage d'Eckhart sans effacer celui qui apparaît dans les écrits allemands.
    Tout autant attaché à la divinisation de l'homme, à la naissance de Dieu dans l'âme, il nous en donne les arguments théoriques, scolastiques. Nulle part ne se voit mieux combien l'intelligence est convoquée à l'union avec Dieu. Cependant, le frère dominicain, admirateur de Thomas d'Aquin, attaché à l'eucharistie, à la recherche des vertus apparaît aussi. Et ce n'est pas la moindre des qualités de cet ouvrage que de nous montrer comment une spiritualité se vérifie et se construit au coeur d'une vie chrétienne, consacrée à l'étude et à la prédication.
    Car c'est bien là le but d'un homéliaire : exposer les mystères et inviter à les pratiquer. Adossé au rythme liturgique, il aborde des thèmes qui ne sont jamais abordés aussi frontalement dans son oeuvre allemande : les sacrements, les vertus, ou même la Trinité. Ainsi, toute une image d'Eckhart est corrigée, réinsérée en quelque sorte dans la vie conventuelle. Ce n'est pas pour autant un ouvrage fade : tout le génie de son auteur y apparaît.
    Les points les plus marquants de sa pensée sont tous présents, que ce soit la divinisation de l'homme, l'enfantement de Dieu dans l'âme, le rôle central de la Trinité. Eckhart nous livre ici les bases intellectuelles sur lesquelles repose sa pensée.

  • Responsabilité auquel il doit sa notoriété. Le présent ouvrage propose la traduction de quatre chapitres essentiels de ce livre sur l'art médical. Jonas y développe une éthique veillant à éclairer efficacement les actions engagées au sein du champ médical, puisque la dynamique de la médecine moderne menace l'essence même de la médecine dans ses moyens comme dans ses buts.
    Pour faire face à ce pseudoprogrès, le médecin est convoqué à la responsabilité. Il doit notamment rester libre devant le mouvement technoscientifique en veillant à la dignité de ses patients. Le philosophe s'interroge aussi sur les perspectives ouvertes par les recherches médicales, le clonage et l'ingénierie pouvant représenter, à certains égards au moins, les pires poisons.

  • Le concept d'expérience revient aujourd'hui en force. Il plonge pourtant ses racines dans notre passé. La « réflexion sur l'expérience » naît en effet au Moyen Âge aux XIe et XIIe siècles dans le cadre de la théologie monastique. Car s'il faut parler d'expérience quand on est « moine », encore faut-il parler sur l'expérience et non pas uniquement à partir de l'expérience. L'« expérience en pensée » (Anselme de Cantorbéry), l'« expérience du monde » (Hugues et Richard de Saint-Victor), et l'« expérience en affects » (Aelred de Rievaulx et Bernard de Clairvaux) traversent ainsi ce « renouveau monastique » philosophiquement à interroger.
    « Aujourd'hui nous lisons au livre de l'expérience. » Le mot célèbre de Bernard de Clairvaux indique un programme encore à réaliser. Ce Livre de l'expérience, pris entre l'analyse des Pères et de la scolastique, vient donc ici comme un manque à combler - non seulement en achevant un nouveau triptyque, médiéval cette fois, mais aussi en ouvrant sur une richesse expérientielle et philosophique de la spiritualité que nous aurions tort d'ignorer.

  • La prostate ? Cette glande est la première cause de cancer masculin en France : 54 000 cas par an. Elle est aussi le siège de plaisirs intenses... Pourtant, aucun philosophe du corps, ni aucun philosophe du plaisir, n'a daigné écrire sur cette glande commune à tous les hommes, comme si elle était une chose honteuse ou vaine, trop personnelle. On n'en trouve trace ni dans les écrits de Michel Foucault, ni chez les historiens de la " virilité ".
    Pourquoi une telle ablation ? Pourquoi cette amnésie, à une époque où l'on parle sans cesse de plaisir et de sexualité ? Dans ce récit philosophique et autobiographique, Philippe Petit raconte sa maladie, et revisite même son enfance blessée, sa vie d'homme avant et après 1968... Il invoque Pascal, Cabanis, Nietzsche, François Dagognet et Philip Roth, dans une approche neuve de la philosophie médicale ; promouvant une véritable révolution " masculine " capable de conjoindre l'amour et la sexualité.
    Philippe Petit livre ici une admirable philosophie de l'expérience, qui nous plonge au coeur de la psychologie masculine.

  • De nos jours, les crispations identitaires et la crainte d'une perte de soi de la communauté nationale engendrent des peurs qui favorisent le rejet de l'autre, du différent. Dans ce contexte, l'image de l'Arabe ou du musulman apparaît comme la nouvelle cause des inquiétudes. Une distance critique devient nécessaire pour questionner en profondeur ces représentations que, déjà, la littérature et l'iconographie occidentales ont contribué à véhiculer.

    Voilà pourquoi il est important de faire découvrir au lecteur français la figure d'Edward W. Said (1935-2003), intellectuel d'envergure, qui malgré sa grande notoriété aux États-Unis, dans les pays anglo-saxons, germaniques ou nordiques, demeure trop peu connu en France. Cet écrivain américain d'origine palestinienne, homme du métissage et de l'exil, décrit dans son oeuvre la façon dont les savants et les écrivains occidentaux ont construit l'image d'un Orient mythique et obscur, ou, plus précisément, une antithèse de la raison éclairée des Lumières, propre à justifier la colonisation. L'auteur du célèbre ouvrage « L'Orientalisme » (1978) souligne la dimension idéologique de ce regard et donne la source des préjugés antiarabes du monde occidental.

    Ce premier ouvrage en langue française sur l'oeuvre du père fondateur de la pensée postcoloniale nous aide à comprendre d'où viennent les craintes qui traversent nos sociétés occidentales et redonne sens à un humanisme radical, soucieux de former des citoyens critiques et responsables.

  • Dans le langage ordinaire comme dans l'usage plus académique, nous distinguons différents champs disciplinaires : science, art, philosophie, histoire, théologie, etc. (qui, à leur tour, font l'objet de minutieuses subdivisions : sciences de la nature, de l'homme, sociales...). Quelle est la pertinence de ces distinctions et, en dernière instance, en ont-elles une ? C'est à l'élaboration précise de cette question que voudrait contribuer cet ouvrage, en étudiant, plus particulièrement ici, la problématique distinction entre art et philosophie.

    Cette distinction - toujours supposée, sans cesse contestée - revêt dans l'histoire différentes figures, qui, souvent, aboutissent à penser la relation entre les disciplines soit en terme d'exclusion radicale (la distinction entre les domaines serait à jamais d'objet), soit en terme d'inclusion totale (la distinction entre les domaines ne serait plus pertinente : l'art devenant philosophie - Hegel, Danto, etc. -, ou la philosophie, art - Nietzsche, Novalis, Kosuth, etc.).

    Ce livre cherche à penser une relation en dehors de la réduction au même ou de l'exclusion de l'autre. Pour ce faire, il étudie, d'abord, les mises en relation entre art et philosophie proposées tant par les artistes que par les philosophes, et justifie le choix d'une tentative de spatialisation du problème. Il se propose, ensuite, d'expérimenter cette hypothèse par une série d'études concrètes alliant art et philosophie. Il tire enfin réflexivement les leçons de ces expérimentations.

    À travers cet essai de fertilisation croisée entre art et philosophie et à partir de comparaisons précises quoique inhabituelles (entre - parmi d'autres - Turell et Levinas, Baudelaire et Merleau-Ponty, Marc Petit et Russell, Kandinsky et Schelling, Giacometti et Aristote, Piero della Francesca et la phénoménologie française la plus contemporaine...), ce livre cherche à suivre l'entrecroisement des problèmes, la dynamique des phénomènes, tout en veillant à restituer la grammaire propre à chacun des domaines.

  • Sur certains sujets, la quête de connaissance ne peut se passer de la littérature. Quand il s'agit de réfléchir sur ce qu'est la vie bonne pour un être humain, sur ce que les émotions - et l'amour tout particulièrement - peuvent avoir de déconcertant et d'éclairant, la philosophie ne peut se satisfaire d'un style plat et analytique. Elle doit se mettre à l'école d'une forme littéraire qui cherche à capturer, dans son mouvement même, la surprise, la confusion, l'illumination propre à une vie humaine et à la richesse des sentiments qui y trouvent place.

    Dans « La Connaissance de l'amour », Martha Nussbaum entreprend ainsi un double exercice. Il s'agit d'abord de défendre une thèse de philosophie morale. Une thèse qui insiste sur la complexité irréductible des situations, sur l'importance des choses et des êtres particuliers, sur le fait que la vie humaine bonne n'est ni réductible à un critère unique du bien, ni exempte de vulnérabilité et de conflits. La « connaissance de l'amour » consiste à la fois à tenter de comprendre quelle place occupe l'amour dans une vie humaine accomplie, mais également à être attentif à l'enseignement propre de l'amour, parce qu'il est sensible à ce que les choses et les êtres ont d'irréductiblement singulier. Mais il s'agit, ensuite, de mettre en lumière l'importance du style pour la connaissance philosophique : au fil de ces essais, qui interrogent successivement les oeuvres de Platon et d'Aristote, les romans de Henry James, de Proust ou encore de Beckett, se dessine une philosophie attentive à la narration, à la pluralité des voix, à la diversité de leur adresse au lecteur.

  • Le bruit du sensible

    Jocelyn Benoist

    Qu'est-ce que la perception ? Par elle, que nous disent les sens du monde, de l'autre et de nous-mêmes ? Rien ! Les sens sont muets. Ils n'ont rien à nous dire ! Telle est la réponse de Jocelyn Benoist. Il est essentiel, pourtant, que nous puissions en parler. Seulement c'est nous qui parlons, non eux. Et si, voulant faire droit à la réalité de notre expérience sensible. nous commencions par renoncer à la traiter d'abord comme un discours ? Le mutisme des sens demeure traversé de bruits.
    Jocelyn Benoist, envers et contre un certain traitement philosophique de la perception - qui la confond avec la connaissance que nous pouvons en tirer ou le sens que nous pouvons lui donner -, nous invite à écouter en elle le bruissement du sensible. Selon lui, pour rendre celui-ci pleinement audible. il faut congédier ce que la philosophie aujourd'hui appelle le "problème de la perception" et, peut-être, renoncer au concept même de "perception" tel que nous l'héritons de la philosophie moderne, au profit d'une enquête sur la texture réelle et poétique du sensible.

  • L'idée d'histoire a elle-même une histoire.
    Cassirer conduit ici au fondement théorique de sa conception de l'histoire : l'idéalisme critique, pour en dégager les développements nécessaires, jusqu'au site pratique de sa philosophie, qui consiste en une critique du droit, de l'Etat et du politique. Cet aspect de la philosophie de la culture s'appuie tant sur un examen de la méthode d'historiens comme Taine ou Ferrero que sur une étude de la genèse historique de la philosophie de l'histoire, de la Renaissance à Hegel et abordant même la période contemporaine, avec des auteurs tels que Spengler et Heidegger.
    Ce volume réunit l'ensemble des séminaires et des conférences de Cassirer concernant la pensée de l'histoire. Cinq de ces textes étaient encore inédits, cinq autres avaient été édités en anglais ou en allemand. Mis en relation avec ses oeuvres majeures, dont ils sont pleinement complémentaires, notamment le tom IV du PROBLEME DE LA CONNAISSANCE, LA PHILOSOPHIE DES LUMIERES, l'ESSAI SUR L'HOMME, et LE MYTHE DE L'ETAT, ils permettent de circonscrire parfaitement sa théorie de l'histoire.
    Cet ouvrage comporte en outre une bibliographie informatisée des études mentionnant l'oeuvre de Cassirer.

  • Philosophie des sciences de Science and the Modern World et la métaphysique de Process and Reality s'articulent à une vision profonde de notre société et de notre histoire. Certes, l'ouvrage majeur de Whitehead reste Process and Reality, publié quatre ans auparavant. Mais cet ouvrage difficile ne permettait guère à lui seul de comprendre ce qui s'annonçait alors pour le monde contemporain. Adventures of Ideas a le double mérite d'assurer cette fonction tout en illustrant les thèses maîtresses de Whitehead sur la priorité du " procès " (process) et l'importance de la créativité. Les aventures d'idées qui suscitent et conduisent une telle évolution sont celles de la victoire progressive de la persuasion sur la force, et la croyance que cette victoire-là est la seule perspective pensable pour l'homme. Cette fragile conquête sur la tragédie absolue s'appelle la paix, obscur désir d'une humanité aux prises avec les déchirements que l'on sait, utopie sans doute, mais inscrite pourtant au plus profond de la réalité physique, biologique et humaine, de cette réalité qu'avait déjà si profondément scrutée Science and the Modern World. C'est un idéal qui continue d'agir au sein de notre histoire humaine, toujours renaissant avec les générations nouvelles, toujours inventif d'idées créatrices, et visant à faire de la civilisation le lieu d'une sagesse à la fois fragile et essentielle.

  • Ce livre tente de proposer quelques réponses à la question : " Qu'est-ce que l'homme ? " Cette question s'avère particulièrement cruciale aujourd'hui, parce que l'unité de l'espèce humaine a été et est encore remise en cause par toutes sortes de racismes ; et parce que la multiplicité des cultures, souvent source de conflits, nous convainc de chercher un fondement commun à l'humanité, sur lequel nous pourrions asseoir les modalités d'une vie commune à l'époque de la mondialisation. Par ailleurs, depuis plusieurs siècles, certains courants défendent l'idée selon laquelle l'homme n'est rien d'autre qu'une créature malléable que notre volonté pourrait définir et remanier. Peut-il y avoir un discours sur l'homme qui ne soit pas éminemment temporaire et aléatoire ? L'homme possède-t-il une " condition " qui ne saurait être dépassée sans que soit détruit l'être même qu'on voudrait servir ? Peut-on dire quelque chose de stable sur l'homme, valable dans le temps et dans l'espace ?

  • Pourquoi faut-il que nous nous interrogions sans relâche ? Qu'un seul veille et le monde est sans repos, libre à nouveau de toute réponse, comme si ni l'histoire ni la mémoire n'avaient tracé les signes, multiples et réitérés au long des siècles, de nos balbutiements devant l'énigme de l'être.
    D'aussi loin que les textes nous parviennent, la philosophie s'est érigée contre la superstition, la croyance vaine, l'opinion. Elle a fait oeuvre de discernement en direction de la question de l'être, du monde, du sujet. Pourquoi alors défendre l'idée d'une vocation prophétique de la philosophie ? Parce qu'il y aurait à répondre de, avant même que la réflexion philosophique puisse, comme telle, être légitime.
    La vocation serait l'espace de toute réponse possible. Et la philosophie, dès lors, s'inscrirait à partir de ce lieu où la réponse est toujours différée, parce qu'elle est cette ouverture radicale sur l'absolument autre qui empêche le discours de se clore sur lui-même. Quels penseurs ont anticipé notre présente détresse ? A moins que la détresse ne soit elle-même qu'un état transitoire dont il ne faudrait pas s'affliger puisque nos démocraties sont, à tout prendre, les moins barbares des sociétés de droit.
    Les penseurs prophétiques frayent un chemin de veille, non pour perpétuer une trace, un enseignement, mais pour risquer plus loin la question de l'humanité de l'homme.

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