Oeuvres romanesques t.1 (édition Stéphane Michaud)

Traduction ALBERT BENSOUSSAN  - Langue d'origine : ESPAGNOL (PEROU)

À propos

«C'est à Paris que j'ai écrit mes premiers romans, découvert l'Amérique latine et commencé à me sentir latino-américain ; j'y ai vu la publication de mes premiers livres ; j'y ai appris, grâce à Flaubert, la méthode de travail qui me convenait et su quel genre d'écrivain je souhaitais être. La France m'a enseigné que l'universalisme, trait distinctif de la culture française depuis le Moyen Âge, loin d'être exclusif de l'enracinement d'un écrivain dans la problématique sociale et historique de son propre monde, dans sa langue et sa tradition, s'en fortifiait, au contraire, et s'y chargeait de réalité.
«Fraîchement arrivé à Paris, en août 1959, j'ai acheté Madame Bovary à la librairie La Joie de Lire, de François Maspero, rue Saint-Séverin, et ce roman, que j'ai lu en état de transe, a révolutionné ma vision de la littérature. J'y ai découvert que le "réalisme" n'était pas incompatible avec la rigueur esthétique la plus stricte ni avec l'ambition narrative...» Extrait de l'Avant-propos de l'auteur, inédit.

Débrider l'imaginaire et rivaliser avec la réalité, «d'égal à égal» : tel est le programme du romancier Vargas Llosa. Il reflète un appétit qui pourrait passer pour démesuré. Julio Cortázar comparait l'énergie de son ami Mario à celle de ce rhinocéros du zoo de Buenos Aires qui renversa les barrières de son enclos quand l'envie lui prit d'aller se baigner dans l'étang voisin. L'anecdote fait d'ailleurs écho à la manière dont Vargas Llosa lui-même évoque l'exorbitant pouvoir de l'écrivain, capable de saccager le monde, de le décortiquer, voire de le détruire, pour lui opposer une image littéraire née de la parole et de l'imagination.
Cette radicalité, que partagent les modèles de Vargas Llosa - Flaubert, Faulkner -, est à la source d'un univers imaginaire qui nous entraîne (Cortázar avait raison) avec la force irrésistible des grands mammifères. Il y a du démiurge chez l'auteur de Conversation à La Catedral. Et de l'architecte : ses livres sont des édifices minutieusement équilibrés, chacun a sa forme propre, ses audaces, son rythme, ses voix. Vargas Llosa gouverne en sous-main un monde polyphonique, violent, généreux, extraordinairement séduisant, auquel le public est fidèle depuis un demi-siècle.
Voici, en deux volumes, huit romans publiés entre 1963 et 2006, choisis par l'auteur et proposés dans des traductions révisées. Ils sont accompagnés d'un appareil critique qui a bénéficié du dépôt par Mario Vargas Llosa de ses archives littéraires à l'université de Princeton, où sont désormais conservés les manuscrits de ses livres, les carnets dans lesquels il consigne ses projets, mais aussi de la correspondance, des notes personnelles, des coupures de presse, d'autres documents encore qui autorisent, pour la première fois, une plongée dans l'atelier de l'écrivain.

Trad. de l'espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan, Anne-Marie Casès et Bernard Lesfargues. Édition publiée sous la direction de Stéphane Michaud avec la collaboration d'Albert Bensoussan, Anne-Marie Casès, Anne Picard et Ina Salazar Avant-propos de l'auteur. Traductions révisées par Albert Bensoussan, Anne Picard et Ina Salazar.

Sommaire

La Ville et les Chiens - La Maison verte. En marge de La Maison verte : Les Secrets d'un roman. Conversation à La Catedral - La Tante Julia et le Scribouillard.

Rayons : Littérature > Œuvres classiques

  • Auteur(s)

    Mario Vargas Llosa

  • Traducteur

    ALBERT BENSOUSSAN

  • Éditeur

    Gallimard

  • Distributeur

    Sodis

  • Date de parution

    24/03/2016

  • Collection

    Bibliotheque De La Pleiade

  • EAN

    9782070137305

  • Disponibilité

    Disponible

  • Nombre de pages

    1 952 Pages

  • Longueur

    18 cm

  • Largeur

    11.8 cm

  • Épaisseur

    4.5 cm

  • Poids

    720 g

  • Support principal

    Grand format

Infos supplémentaires : Luxe   Relié  

Mario Vargas Llosa

Les premiers romans de Mario Vargas Llosa, écrivain espagnol d'origine péruvienne né à Arequipa en 1936 - s'inspirent d'une jeunesse mouvementée : les relations difficiles avec son père, le collège militaire (« La ville et les chiens », le déménagement à Piura (« La maison verte »), la bohème à Lima (« Conversation à la Cathédrale »), la vie de journaliste (« La tante Julia et le scribouillard) trouvent des échos très présents dans ses romans. Réalité et fiction se trouvent si étroitement mêlées que lui-même avoue parfois douter de ce qui sépare l'une et l'autre. Au-delà de son expérience personnelle, l'oeuvre offre un panorama complet et saisissant de vérité concernant un pays, le Pérou, avec lequel il entretient des rapports passionnels souvent difficiles. Vargas Llosa ne se contente pas de parsemer de « petits faits vrais » la description de son pays de cette seconde moitié de siècle mais embrasse tous les aspects de la réalité. La détresse d'une grande partie de la population tient dans les descriptions hallucinantes de Lima et de ses bidonvilles ou dans ces épiques scènes de beuveries qui jalonnent « Lituma dans les Andes » où le pisco et la chicha soulagent les peines. Mario Vargas Llosa dresse un inventaire minutieux de l'ensemble d'hommes différents (Indiens quechuas ou d'Amazonie, Espagnols, Métis) par la langue, les coutumes et les traditions, dont le seul dénominateur commun est qu'ils ont été condamnés par l'histoire à vivre ensemble sans se connaître, sans s'apprécier. C'est probablement « Conversation à la Cathédrale » qui exprime le mieux son pessimisme politique à propos du Pérou où gouvernements « démocratiques » et régimes militaires se succèdent pour conduire le pays au désastre. L'espoir d'un avenir meilleur est mince là où la corruption et l'incurie des dirigeants n'a d'alternative que quelques groupuscules communistes (minorités éclairées censées guider la plèbe arriérée), modestes ancêtres du sinistrement illustre Sentier Lumineux.
Sans doute, est-ce la justification de son engagement dans la vie politique de son pays. Après avoir refusé le poste de Premier Ministre au début des années 80 dans le gouvernement de Terry Belaúnde, après de nombreuses prises de position idéologique, il se présente aux élections présidentielles de 1990. La campagne électorale se déroule dans un climat de violence, entretenu par les nombreux attentats terroristes du Sentier Lumineux avec de surcroît des attaques personnelles incessantes qui le présentent comme un pervers et un pornographe : « ...la preuve en était mon roman « Eloge de la marâtre », qui fut lu entièrement, à raison d'un chapitre par jour, sur Canal 7, chaîne publique, aux heures de plus grande écoute. Une présentatrice, en dramatisant sa voix, avertissait les maîtresses de maison et mères de famille d'avoir à écarter leurs enfants car elles allaient entendre des choses abominables. Un présentateur procédait alors, avec des inflexions mélodramatiques aux moments érotiques, à la lecture du chapitre. Puis l'on ouvrait le débat, où des psychologues, sexologues et sociologues apristes m'analysaient. » (« Un poisson dans l'eau ») Le programme politique, quant à lui, n'a rien de l'originalité de l'oeuvre littéraire, considérant qu'en politique il n'est d'autre remède que d'être réaliste, contrairement à la littérature, activité plus libre et plus durable. Il prône un libéralisme économique « made in Britannia » s'inspirant de l'exemple de Margaret Thatcher. Pour juguler l'inflation qui avoisinait les 3000%, pour venir à bout du manque de logements, de travail, d'assistance médicale, de transport, d'éducation, d'ordre, de sécurité, il fallait un « shock », une révolution libérale telle que l'avaient connue le Japon, Taiwan, la Corée du Sud et Singapour en choisissant le développement vers une industrialisation et une modernisation des plus rapides. Malgré des sondages favorables jusqu'à la veille des élections, il est battu par Alberto Fujimori. Inconnu des Péruviens quelques semaines plutôt, « l'ingénieur » a su profiter des points faibles de son adversaire. Plus encore que « l'antimilitarisme » ou « l'antinationalisme » dont on l'accuse, ce sont sa fortune et son athéisme que l'opposition politique exploite dans un pays où la misère est le lot quotidien.
Cette défaite et cet échec personnel cuisant ne lui enlèvent pas son franc-parler et sa propension à donner son avis sur tout. On le voit engager des polémiques avec de nombreux intellectuels tels que Günther Grass, Salman Rushdie et surtout Gabriel García Márquez. Il reproche à ce « courtisan de Fidel Castro » son adhésion à la Révolution cubaine qui « prend souvent l'allure de la bigoterie religieuse ou de l'adulation » (« Contre vents et marées ») alors que d'autres déclarations lui valent souvent des réactions dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles sont passionnées. Mario Vargas Llosa ne laisse personne indifférent mais bien plus que l'hostilité que peuvent générer certaines de ses idées politiques - il tient toujours une chronique dans le quotidien espagnol « El país » -, c'est son talent d'écrivain qui suscite l'admiration. Son immense capacité d'évocation de la réalité lui permet de démonter les rouages de cette société péruvienne fondée sur le machisme et sur le mythe de la réussite sociale avec, toujours en contrepoint des situations tragiques du quotidien, l'humour et l'ironie qui aident à rendre l'horrible supportable.

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